Mithra-Nomadeblues_: « Que la parole sur Mediapart soit vive »

Son blog s'intitule Résonances, et c'est un titre qui va bien à son auteur. Mithra-Nomadeblues_ cherche « la parole qui fasse tilt ». Elle m'a spontanément proposé ses réponses aux questions préparées pour servir de guide à cette série de portraits d'abonnés de Mediapart. 

Son blog s'intitule Résonances, et c'est un titre qui va bien à son auteur. Mithra-Nomadeblues_ cherche « la parole qui fasse tilt ». Elle m'a spontanément proposé ses réponses aux questions préparées pour servir de guide à cette série de portraits d'abonnés de Mediapart. 

Un mois après notre cinquième anniversaire, et une quinzaine de jours après que Jérôme Cahuzac ait reconnu avoir détenu un compte en Suisse, vous êtes aujourd'hui encore (beaucoup) plus nombreux à nous lire, et à participer à Mediapart, par vos billets et commentaires. Comment mieux faire connaissance, découvrir ceux qu'on croise dans un fil de commentaires, se laisser guider par leurs enthousiasmes, c'est l'objet de cette édition –ouverte à tous: à chacun(e), aussi, de trouver celui ou celle dont il aimerait faire le portrait.

Voici l'entretien avec Mithra. 

Si vous étiez un autre abonné ?

Un abonné a attiré mon attention depuis quelques semaines (malheureusement son abonnement est déjà terminé, ndlr). Sa pensée claire et intelligente me séduit. Il dit, mieux que je ne le dirais, ce que je pense qu’il faudrait changer pour que le monde bouge. Par exemple, il dit : « La question qui se pose à l'humanité n'est pas de savoir s'il y a du travail pour tous, mais du travail pour quoi faire. » 

Mais j’aimerais me retrouver quelques instants dans la peau de certains abonnés qui savent, en étant silencieux, si bien être présents et parler au cœur même de ceux auxquels en vérité ils s’adressent. C’est ce silence dans la parole, que je rencontre parfois, qui me frappe. 

J'aimerais aussi me retrouver dans le souffle de Fedor Aliouslowensko, poète et parfois clown, quand sa parole surgit, toujours surprenante, ou dramaturge, ou quand poésie, comédie et tragédie se mêlent. Ou dans l’esprit fort de Marielle Billy, si sereine, si bienveillante, si présente aussi, sachant si bien dialoguer et inviter à l’échange. Ou dans le cœur de Jean-Marie Charron, à la parole si tendre et amicale, et si sage surtout – comme quoi un père peut aussi être une mère. Ou dans la noblesse d’âme de POJ et sa vraie bonté, tellement épris de justice, ou dans sa mémoire, ayant une telle capacité de réflexion, ou sa liberté de ton, lorsqu’il se le permet. C’est donc l’humour de POJ, parfois détonnant, que je lui préfère.

Ou dans la main de Dominique Conil écrivant, lorsqu’elle pose des mots perceptibles, émotifs et sensuels et parfois trébuchants. Ou dans l’extrême sensibilité de Matou40, qui sait soudain surgir là où personne n’attend rien, et lancer un mot d’un humour à tout rompre (matou40 n'a pour l'instant surgi que dans les commentaires, son blog est vide, ndlr –ceci est un encouragement).

Ou dans le regard passionné d’Axel J, posé sur le monde, émerveillé lorsqu’il se souvient de ses aurores boréales. Ou dans la volonté farouche de Thierry T. d'Ouville, ou ses larmes qu'il a parfois su retenir. Ou dans le ton de voix d’Annie Lasorne, et sa verve truculente, qui sait envoyer des paires de gifles avec un cœur de mère gros comme ça. Mais aussi (oserais-je ?) dans le souffle chaud/froid maléfique d’Antoine Perraud, n’ayant pas l’ombre d’un sentiment de culpabilité, lorsqu’il lance à la cantonade un mot se voulant d’esprit, le plus méprisant, voire dégradant possible (au « Hamster qui tourne dans sa roue » ou « à la chamane des esgourdes », par exemple…).

Ou encore j’aimerais tellement être parfois la langue de Kakadoundiaye, langue vive, truculante, percutante d’un esprit libre, si empreinte d’humour et d’humanité et de poésie, lorsqu’il fait entrer, dans le champ de la discussion, sa guenon.

Et je vous salue amicalement, Christine Marcandier, Dominique Bry, Vincent Truffy, Patrice Beray, et vous tous aussi – impossible de tous vous nommer – que j’aurais bien osé « croquer »... 

Que vous me le pardonniez.

Si vous étiez un article ?

Les articles se faisant trop rares de Claude-Marie Vadrot me font éprouver le plaisir des sens. Avec ce journaliste jardinier plein de finesse et d'humour, j'entre dans le monde des jardins potagers, des bosquets et des terres de labour. Et soudain je respire la France profonde, sa campagne, ses villages, ses clochers – de cette France de mon enfance telle que je l’ai aimée. Et les odeurs, et les senteurs de l’automne et ses champignons ou du printemps et ses roses, arriveraient presque jusqu’à moi, jusqu’à donner vie et imprégner de parfums mon ordinateur… 

Et j’ai particulièrement aimé voir et revoir la vidéo de Claude Bourguignon (agronome), Claude Bourguignon: révolution verte?  –une conférence que la France entière devrait visionner. 

Et la vidéo des Deschiens, mise en ligne par Antoine Perraud, Moi, j’suis pas pape, continue de me faire éclater de rire…

(Bon, mais là, Mithra, vous mélangez un peu les articles et les billets :-) ndlr.)

Mais un article m’a fait véritablement un plaisir immense : Henri Guillemin, l'indigné de la première heure, par Antoine Perraud.

Si vous étiez un billet ?

Sans hésitation, le billet de Fedor Aliouslowensko Perdu. De chez perdu. Billet admirable de poésie, d’écriture vraiment littéraire (excellent choix pour le retour du printemps, si je peux me permettre, ndlr)

Et cette interview de Philippe Sollers, magistrale, reproduite sur mon blog: L’Enfer, c’est la morale.

Si vous étiez un troll ?

Les trolls sont pour moi les noms d’oiseaux que d’aucuns aiment tant à se lancer à la figure… « Perroquets formatés », entre autres amabilités... Tous ceux qui s’envoient des noms d’oiseaux me font beaucoup rire. Quelle imagination ! Ecoutez-moi ceci : « Moi je dis qu'avec ton sifflet, ton chef pétéradant l'ambigu et ses troupes ouaf-ouaf, tu lui sauves sévère la mise, Uleski, à la social-démo. » (Emmanuel Tugny)… 

Et Fedor Aliouslowensko écrit à ce propos : « Il est vrai que, parfois, il n'est pas facile de penser, sous les tirs croisés de glaviots. »

Si vous étiez un commentaire ?

Le commentaire d’Arpège, qui a écrit un jour : « Je me suis dit que le mélomane est silencieux par nature et ce silence à lui seul vaut hommage. » 

Si vous partiez en reportage, où iriez-vous ?

Au Bénin, interviewer des femmes africaines, à la parole libre. J’en profiterais pour aller me recueillir sur la tombe de la grande psychanalyste Solange Faladé, à qui je demanderais en prière : « Dites-moi maintenant que vous le savez, peut-être : “ Jésus est-il un mythe ? ” » 

Si vous vouliez faire une interview, qui iriez-vous rencontrer ?

J'irais poser quatre questions embarrassantes à Barack Obama, dans le but que cela fasse le tour du monde :

- Pourquoi n’avez-vous pas fait fermer Guantanamo, qui était une parole donnée ?

- En France, l’homme politique Jean-Luc Mélenchon a parlé de « l’humain d’abord ». Alors que vous savez bien que ce sont maintenant les multinationales mafieuses qui régissent le monde et nos vie pour le seul profit de l’argent sale et dévoyé et tuant la vie et n'engendrant que de l'injustice, que faites-vous donc, vous, de l’humain ?

- Quelle valeur attribuez-vous à l'argent ?

- Allez-vous enfin vouloir la paix entre Israël et la Palestine ?

Si vous changiez quelque chose à Mediapart, ce serait ?

Depuis cinq ans que je suis (du verbe suivre) Mediapart, je serais de mauvaise foi si je niais l’apport évident de ce site dans le paysage médiatique français. Mediapart nous informe, analyse chaque jour les méandres du politique, dénonce la corruption de ce système dans lequel nous vivons, et ce travail journalistique est nécessaire et de salut public. Mediapart dans son ensemble est d’une richesse inédite et unique en France. Je comparerais Mediapart à une source (et si un jour la France entière s'y retrouvait ?)...

Cependant, je regrette deux choses.

La première: que d'autres analyses ne soient pas mises en parallèle. Qu’il n’y ait pas d'autres points de vue exprimés, d’autres angles de vue, en même temps, en Une. Que Mediapart aille, à force de toujours ces mêmes points de vue (et ces toujours mêmes noms recommandés dans le club – donc d'autres exclus, (censurés ?)), vers une déformation du réel, voire vers de la désinformation. Ne serait-ce pas l’honneur du journaliste que d’aller parfois à l’encontre de sa pensée ?

D’autre part, je redoute que ce discours ambiant, moralisateur, moralisant et de bienpensance quasi religieuse, un discours vide « vrai dehors/faux dedans », ne pointant presque toujours que du négatif, soit donc à la longue sclérosant et toxique.

Mediapart n’est-il pas d’abord un site gauchiste de la lutte des classes (mortifère), et dénonciateur ? Et d’une pensée presque exclusivement sociologique ? Car s’il faut lutter contre l’injustice sociale, l'on ne devrait plus raisonner en termes de droite, centre ou gauche. Nous sommes maintenant à l'heure où une VIe République devrait voir le jour. Ou, tout du moins, où un vrai changement démocratique commence à poindre... De mon point de vue donc, les interviews des hommes politiques faites par Mediapart (et les questions posées) tombent souvent à côté, toujours trop tournées vers le politique et pas assez vers la politique. Il y a pourtant tant de questions de bon sens à poser. 

Cet abonné-désabonné disait donc l'autre jour : « La question qui se pose à l'humanité n'est pas de savoir s'il y a du travail pour tous, mais du travail pour quoi faire. » Comme le disait Marielle Billy, je butine et je cherche... Je cherche autre chose, et quand j'entends enfin une phrase comme celle-là qui fait tilt en moi, tout simplement je jubile. Parce que ce que je cherche, Jean-Claude Charrié l'a très bien exprimé : « En fait j'ai vite compris que je n'étais là que pour savoir ce que je pense... » « Y a d'ça.  Et puis quand même, aussi, pour savoir si par hasard je ne serais pas le seul à le penser», ajoute Fedor... Alors oui, ce que je cherche c'est de la parole qui fasse tilt et emporte pour nous tous notre adhésion. Car cette parole rejoindrait le bon sens et, chez tout être humain, son humanité.

Et c’est encore abonné-désabonné qui dit : « Dans la mesure, en effet, où la possibilité de rassembler le peuple autour d’un programme de sortie progressive du capitalisme dépend, par définition, de l’existence préalable d’un nouveau langage commun – susceptible, à ce titre, d’être compris et accepté par tous les “gens ordinaires” – cette question revêt forcément une importance décisive. » (Ce commentaire se trouve à la suite d'un billet de Philippe Corcuff, Quelle place pour la critique sociale dans nos démocraties ?, sous le pseudo de fiche_doublon_253435, ndlr.)

Ce langage commun, n’est-ce pas cette parole vivante dont je parle – le surgissement du réel ?
Je trouve en Mediapart, mais j'attends donc toujours de Mediapart dans son ensemble, qu'il me fasse progresser dans mes prises de conscience. Et le réel, c'est quand on se cogne...

J’en appelle donc à un pont jeté, créatif, inventif, vivifiant, entre les journalistes de Mediapart et les lecteurs-écrivants du club. Que la direction de Mediapart recommande nos billets, lorsqu’ils font preuve d’imagination, d’invention et de création aux idées positives et novatrices – que la parole sur Mediapart soit vive ! Que Mediapart et les Médiapartiens, au lieu de se plaindre, inventent et changent ce plomb qui nous plombe, en or. Car si nous voulons changer ce monde, ne faisons pas que le dénoncer, créons-le.

Mediapart, un réseau ?

Oui, Mediapart, grâce à ces liens multiples, est un formidable réseau qui peut être sans fin. Et une source de connaissance émancipatrice, pouvant devenir libératrice. 

Sur Mediapart, j’ai appris à lire, appris à lire entre les lignes, et en me relisant, appris moi-même à écrire. Et le mot « virtuel » ne veut rien dire. Les marques d’amitié sont parfois réelles sur Mediapart et m’ont permis de réelles rencontres par écrit, et m’ont, par messages privés, permis de tenir debout depuis cinq années. 

Vos habitudes sur Mediapart ?

Trop de temps y est passé. Mais Mediapart est aussi une drogue qui stimule et une fenêtre ouverte sur le monde, pour ceux qui vivent seuls. Mais il faut connaître sa raison de vivre. Et il faut rester maître de son temps.

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