Le jardin naturel (7)

  suite des billets: Le jardin naturel (1) ; Le jardin naturel (2) ; Le jardin naturel (3) ; Le jardin naturel (4) ; Le jardin naturel (5) ; Le jardin naturel (6)

 

                                              La mare naturelle

 

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La mare naturelle est certainement l’élément le plus admirable d’un jardin écologique. Elle est source de découvertes et d’émerveillements quotidiens. Le jardinier participe par ailleurs à la restauration de nos précieuses zones humides, premiers réservoirs de biodiversité, qui n’ont fait que régresser ces quarante dernières années.

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Mise en place 

 © julien populin © julien populin

 La situation idéale est d’avoir un sol naturellement argileux et alimenté par une nappe phréatique affleurant. Dans ce cas particulier une pelle suffit alors (vous pouvez aussi louer un tractopelle ou faire appel à un ami costaud Sourire). Attention cependant aux risques d’assèchement l’été.

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 Sur sol drainant il faudra procéder à une étanchéisation artificielle. Différentes solutions sont possibles (béton, fibre de verre imprégnée de résine polyester, couche d’argile de minimum 20 cm,…) mais les plus simples à notre sens sont soit :

 

Le bac préformé : résistant, durable, facile à placer mais volume et surface limités.

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La bâche souple : en PVC (environ 5€/m²) ou EPDM (plus cher mais plus durable).

 Afin d’éviter les dégradations dus aux animaux fouisseurs disposer à même le sol sur toute la superficie un grillage métallique inoxydable à mailles fines type « treillis de poule ». Disposer ensuite une couche de protection constituée d’un feutre géotextile. La bâche peut ensuite être posée.

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 Si possible, prévoir la bâche d’un seul tenant (ce type de matériau supporte difficilement les raccords). Déterminer la superficie de bâche à acheter par la formule suivante :

  •  longueur = longueur du bassin + 2 x la profondeur du bassin + 60 cm ;
  •  largeur = largeur du bassin + 2 x la profondeur du bassin + 60 cm.

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 Les bâches PVC ne peuvent pas être exposées aux rayons du soleil sous peine de se fendre avec le temps. Il faut donc dissimuler les bords sous une couche de gazon, pierre, sable,…

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Lors de la mise en d’eau, privilégier l’eau de pluie à l’eau du robinet, trop riche en éléments minéraux (chlore, nitrates, carbonates...) qui peuvent provoquer divers déséquilibres biologiques, comme un envahissement rapide de l’eau par les algues vertes.

Dans le fond de la mare on peut disposer une fine couche de sable (éviter la terre type terreau, trop riche en matières organiques) et du gravier. Les plantes pourront être plantées directement dans le substrat mais il est préférable de les mettre en pot, pour contrôler leur développement (et, dans le cas d’une bâche, de la protéger des systèmes racinaires puissants).

 © julien populin © julien populin

 

 

Les plantes de la mare

 

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les plantes des berges et des rives marécageuses :

 

1. les plantes des berges et des rives marécageuses :

    Reine-des-Prés (Filipendula ulmaria) - Populage des marais (Caltha palustres) - Lysimaque vulgaire (Lysimachia vulgaris) -  Salicaire (Lythrum salicaria) - Epilobe hérissée (Epilobium hirsutum) - Eupatoire (Eupatorium cannabinum) - Angélique (Angelica sylvestris) - Scrophulaire (Scrophularia umbrosa) - Valériane (Valeriana repens) - Myosotis des marais (Myosotis scorpioides) - Menthe aquatique (Mentha aquatica)

 

2. les plantes semi-aquatiques, enracinées dans la vase, qui s’avancent au plus jusqu’à 50 cm de profondeur :

   Sagittaire (Sagittaria sagittifolia) - Iris jaune (Iris pseudacorus) - Massette à feuilles étroites (Thypha angustifolia) - Roseau commun (Phragmites communis) - Rubanier rameux (Sparganium erectum)

 

3. les plantes flottantes dont les feuilles et les fleurs émergent à la surface de l’eau :

   Plantain d'eau (Alisma plantago aquatica) - Lentille d'eau (Lemna minor) -  Nénuphar jaune (Nuphea lutea) - Potamot (Potamogeton natans)

 

4. les plantes submergées, qui assurent l’essentiel de l’oxygénation :

    Myriophylle (Myriophyllum spicatum). Attention, l’espèce exotique Myriophyllum alternifolium est une plante invasive redoutable. -     Callitriche (Callitriche sp.) - Cornifle (Ceratophyllum demersum) -

Si possible, implanter au moins deux espèces de chaque catégorie. L’approvisionnement peut se faire soit chez un pépiniériste spécialisé (éviter les jardineries) ou chez d’autres adeptes de la mare naturelle. La loi interdit de prélever les plantes dans les réserves naturelles.

 

Colonisation de la mare 

La mare sera d’abord peuplée par la micro-faune comme les protozoaires et de petits invertébrés microscopiques qui vont amorcer la chaîne alimentaire de l’écosystème mare. Ces organismes seront apportés principalement avec la végétation mise en place.

 

Notonecte (hétéroptère - famille des Notonectidae) Notonecte (hétéroptère - famille des Notonectidae)

Dytique (coléoptère – famille des Dytiscidae) Dytique (coléoptère – famille des Dytiscidae)

 

Ensuite arriveront de nombreux insectes : certains sont sédentaires comme les dytiques et les punaises aquatiques (notonectes), alors que d’autres n’y sont présents que durant leur stade larvaire (libellules, demoiselles, phryganes,...). Contrairement aux idées reçues la mare naturelle n’est pas un nid à moustiques, les larves s’y développent très difficilement du fait de la forte pression de prédation qui y règne.

Libellule déprimée (Libellula depressa) Libellule déprimée (Libellula depressa)

Demoiselle (sous-ordre zygoptera) © julien populin Demoiselle (sous-ordre zygoptera) © julien populin

 

 

 

Si les conditions d’accueil sont réunies les batraciens s’inviteront également : tritons, grenouilles, crapauds,…

 

Rappelons l’importance de bannir toute faune non spontanée, en particulier les poissons, qui remuent la vase, rendant l’eau trouble, et font des ravages parmi les larves d’insectes et de batraciens, bouleversant ainsi la chaîne alimentaire et donc l’équilibre biologique de la mare.

 

Grenouille rousse (Rana temporaria) © julien populin Grenouille rousse (Rana temporaria) © julien populin
 

Triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) © julien populin Triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) © julien populin

 

La seule exception à la règle concerne les escargots d’eau (planorbes et limnées). Comme leur faible pouvoir de dispersion les empêche de coloniser des milieux nouvellement créés et comme ils jouent un rôle capital dans la décomposition de la matière organique, il peut être intéressant de prélever quelques exemplaires dans la nature (étang ou marécage).

 

Planorbes (famille des Planorbidae) Planorbes (famille des Planorbidae)

Limnées (Lymnaea sp.) Limnées (Lymnaea sp.)

 

Toutes ces relations complexes entre les herbivores (qui mangent les plantes), prédateurs (qui mangent les herbivores), super prédateurs (qui mangent les prédateurs) et décomposeurs (qui transforment les organismes morts en substances nutritives assimilables par les plantes) forment un écosystème équilibré, dont les cycles peuvent recommencer indéfiniment. La prolifération d’algues, une invasion de moustiques ou de mauvaises odeurs sont les signes de perturbations qui déséquilibrent le milieu. Pour peu qu’on la laisse évoluer sans trop d’interventionnisme, une mare naturelle s’équilibre d’elle-même et n’est source d’aucune nuisance.

 

Jeune crapaud commun (Bufo bufo) Jeune crapaud commun (Bufo bufo)

 

 

Entretien

 Une mare équilibrée écologiquement ne nécessite que peu d’entretien :

 Enlever les végétaux qui se décomposent dans la mare, en particulier les tontes d’herbe et les feuilles mortes en automne ;

Eviter l’assèchement en été, si nécessaire par l’ajout progressif d’eau de ville ;

 Limiter le développement des plantes aquatiques (y compris la végétation flottante) afin d’éviter le comblement du plan d’eau. Il importe de conserver des zones d’eau libre pour permettre un ensoleillement suffisant de la mare. Avant d’exporter les végétaux excédentaires, les laisser quelques jours à proximité immédiate des berges. De cette manière, les animaux pourront s’enfuir et regagner par eux-mêmes leur habitat aquatique ;

Après quelques années il faudra éliminer une partie de la vase qui tend à s’accumuler dans le fond de la mare et cause des problèmes de turbidité dans l’eau.

 

 © julien populin © julien populin

 

 Prochain billet : La haie d'espèces indigènes

 

 

 

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