Edwy Plenel
Journaliste, président de Mediapart
Journaliste à Mediapart

302 Billets

4 Éditions

Billet de blog 16 mars 2021

Mediapart en 2020: tous nos chiffres et résultats

Comme chaque année en mars, Mediapart rend publics tous ses chiffres, comptes et résultats. Unique dans les médias, cet exercice de transparence est l’occasion de donner à voir le fonctionnement de notre journal, au service de l’intérêt public.

Edwy Plenel
Journaliste, président de Mediapart
Journaliste à Mediapart

Mardi 16 mars 2021, jour anniversaire de ses treize ans, Mediapart a tenu sa conférence de presse annuelle. Notre directrice générale, Marie-Hélène Smiéjan, y a présenté le bilan chiffré et détaillé de notre activité durant l’année écoulée. Toutes les données, graphiques et tableaux sont accessibles sur cette page dédiée.

En résumé, l’année 2020 a été exceptionnelle pour Mediapart qui a connu sa plus forte croissance annuelle en treize ans d’existence. Au 31 décembre 2020, Mediapart comptait 218 099 abonnés payants dont 210 991 individuels auxquels s’ajoutent les abonnements collectifs.

Cette augmentation nette de 48 270 abonnés par rapport à 2019 se traduit par un chiffre d’affaires d’un peu plus de 20 millions d’euros (exactement 20 485 401 €), en hausse de 22 %. Représentant 31 % du chiffre d’affaires, notre résultat courant avant impôt augmente de 46 % d’une année à l’autre, atteignant 6 405 514 euros en 2020, soit un résultat net de 4 millions d’euros après impôt et participation versée aux salarié·e·s.

Progression du chiffre d'affaires et des abonnements ©Mediapart

Cette performance s’explique d’abord par le besoin d’une information indépendante et rigoureuse pour comprendre l’imprévu et l’inattendu auquel nous faisons face sans succomber aux mensonges des propagandes. S’y est ajoutée la mobilisation collective de notre équipe qui a fait corps dans l’adversité des confinements avec une remarquable solidarité.

Elle nous a permis d’innover, notamment en inventant « À l’air libre », notre émission quotidienne en accès libre (ses deux animateurs Valentine Oberti et Mathieu Magnaudeix étaient les invités de France Inter ce 16 mars, c’est à voir ici), et en livrant dans les délais une nouvelle application mobile de meilleure qualité. Cette mobilisation s’est aussi traduite par l’arrivée de 26 nouveaux collaborateurs durant l’année, portant à 118 salarié·e·s auxquels s’ajoutent 175 pigistes.

Ces chiffres sont détaillés et commentés dans notre brochure « Treize ans d’indépendance » que vous pouvez télécharger ici

Notre brochure 2008-2021 (pdf, 1.5 MB)

. Ils ont été présentés mardi matin 16 mars lors d’une conférence de presse en visio dont voici la vidéo :

La conférence de presse des 13 ans de Mediapart

Cet exercice de transparence est unique parmi les médias français quels qu’ils soient, numériques, imprimés, audio ou télévisuels. Il précise notre hiérarchie des salaires (actuellement de 1 à 3,38), notre bilan en termes de parité (60 femmes, 58 hommes, avec la création d’un poste de responsable aux questions de genre) , nos procès en justice (plus de 200 procédures judiciaires, 5 condamnations définitives, 2 décisions soulignant l’« intérêt général majeur » de nos informations).

C’est aussi l’occasion de faire connaître, au-delà des contenus éditoriaux de notre journal, l’entreprise que nous avons inventée, l’équipe qui lui donne vie et les défis que nous avons relevés ensemble (découvrir nos nouveaux statuts et notre nouveau conseil d’administration). Derrière l’étendard d’une presse libre réputée pour ses enquêtes et ses révélations, Mediapart est aussi un laboratoire de recherche et d’expérimentation où s’invente la nouvelle presse de l’ère numérique.

En treize ans d’existence, nous avons à notre actif quatre innovations pionnières qui nous distinguent dans le paysage médiatique et qui, pour certaines, ont fait école.

La première est celle du modèle économique : en pariant uniquement sur l’abonnement en ligne, en excluant la publicité et en refusant les subventions, Mediapart a prouvé que la valeur de l’information passait par le soutien de son public.

Depuis, toute la presse a suivi notre exemple sur l’abonnement payant mais, s’agissant notamment des principaux quotidiens, sans rompre avec les aides financières qui ruinent leur indépendance : propriétés de riches industriels, ils profitent tous d’une manne de subventions publiques (augmentées en raison de la pandémie) dont les plus substantielles vont aux plus riches et plus puissants d’entre eux, de même qu’ils bénéficient des fonds versés par les multinationales du numérique (Google, Facebook, Microsoft…).

La deuxième est celle de l’égalité entre presse imprimée et presse numérique : en défendant la neutralité du support via son combat pour un taux identique de TVA, Mediapart a permis une reconnaissance des journaux en ligne qui les différencie du tout venant des réseaux sociaux. Combat officiellement gagné en France en 2014, puis à l’échelle de toute l’Europe en 2018.

Toute la presse a bénéficié de notre audace pionnière, menée avec le soutien du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL). On ne peut pas dire qu’elle nous en a été reconnaissante comme en témoigne son absence de solidarité devant l’injuste pénalisation rétroactive qui nous a été imposée par l’administration fiscale, acharnement que nous contestons devant le Conseil d’État.

La troisième est celle d’un journal résolument participatif : en offrant à ses abonnés le droit de commenter et de contribuer, sans autre limite que le respect des lois et de notre Charte de participation, Mediapart reste le seul journal quotidien accompagné d’une agora démocratique qui le prolonge, le complète ou le discute.

Tournant le dos aux promesses démocratiques de la révolution numérique, la plupart des journaux d’information en ligne ont renoncé à cette dimension participative, limitant la possibilité de commenter les articles et fermant les espaces de blogs ouverts à leurs abonné·e·s. De plus, la modération y est effectuée a priori par des prestataires extérieurs à l’équipe éditoriale.

La quatrième est celle de l’indépendance économique : en sanctuarisant son capital au sein du Fonds pour une presse libre (FPL), structure à but non lucratif dédié à la défense de la liberté et du pluralisme de la presse, Mediapart a inventé une solution nouvelle pour mettre l’information à l’abri des intérêts privés et protéger son intégrité. Depuis 2019, notre journal n’a plus d’actionnaires.

Cette innovation, élaborée depuis 2014 à Mediapart, a été reprise à Libération et au Monde. Mais sans mention des droits d’auteur et, surtout, dans des contextes fort différents puisque les propriétaires de ces journaux sont des industriels de la téléphonie. Toujours en jachère au Monde, elle a abouti à Libération à l’apparente transmission du capital à un Fonds de dotation pour une presse indépendante qui n’a d’autre activité que la propriété du quotidien, sans les missions d’intérêt général qui distinguent le FPL (les retrouver ici).

La vérité, comme l’a démontré La Lettre A, c’est que les dirigeants d’Altice, la maison-mère de SFR, gardent l’étroit contrôle économique du quotidien. Ce qui ne l’empêche pas, dans sa communication, de se présenter en ces termes : « Depuis septembre 2020, Libération est le premier grand quotidien national appartenant à un fonds dotation à but non lucratif ». Ce n’est ni confraternel ni véridique, sauf à considérer que Mediapart, malgré ses trois éditions quotidiennes, ne serait pas « un quotidien national »…

À ces quatre innovations, il faut ajouter la culture professionnelle qui a permis leur élaboration et garantit leur prolongation. Sans l’avoir théorisé, dans une élaboration collective bienveillante, Mediapart a résolument fait le choix de la coopération et de l’entraide.

Derrière notre façade éditoriale – le travail visible de la rédaction –, il y a une infinie variété de compétences, toutes au service de la qualité éditoriale et du service rendu aux lecteurs. Ainsi, au lieu d’être sous-traités à d’autres entreprises, nous avons fait le choix de l’intégration de tous les métiers nécessaires à la réussite d’un journal numérique.

La relation avec les abonnés est assurée par un service interne, basé à Poitiers ; il en va de même, à Paris, du pôle marketing, dédié au recrutement et à la fidélisation des abonnés, et du pôle communication chargé des liens avec nos lecteurs qu’ils soient réels (partenariats et événements) ou virtuels (sur nos espaces participatifs et sur les réseaux sociaux) ; enfin, notre équipe technique, basée à Paris et Montpellier, qui mêle les compétences assurant la conception, le développement et l’hébergement de notre site et de notre application, ne cesse de s’étoffer et de se renforcer. Notre pôle gestion et ressources humaines assure la coordination de toutes ces activités et, en 2020, a tout particulièrement veillé à l’accompagnement des équipes face à la crise sanitaire.

Toute cette énergie collective est au service de l’intérêt général car la liberté de la presse n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens.

> Durant tout le mois de mars pour fêter ses treize ans, Mediapart propose une offre d’abonnement spéciale (3 mois pour seulement 11 euros) : à découvrir ici.

L'un des slogans de Mediapart

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal
L’affaire des « biens mal acquis »
Les Bongo au Gabon, les Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, les Obiang en Guinée équatoriale... Depuis 2007, la police et la justice enquêtent sur le patrimoine faramineux en France des familles de trois clans présidentiels africains qui règnent sans partage sur leur pays.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Les effets indésirables de l’office public d’indemnisation
Depuis vingt ans, l’Oniam est chargé d’indemniser les victimes d’accidents médicaux. Son bilan pose aujourd'hui question : au lieu de faciliter la vie des malades, il la complique bien trop souvent.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND