L'extrême droite a le vent en poupe. Mediapart a le mérite de s'intéresser à l'analyse des causes et à la réflexion sur des remèdes.
L'article Pourquoi l’extrême droite est au centre du jeu politique et va y rester de Fabien Escalona et Romaric Godin fait partie de cet effort louable.
Cependant il glisse rapidement sur des aspects qui me paraisse d'une importance primordiale. L'un des moteurs de la montée de l'extrême droite est l'abdication d'une immense partie des classes dirigeantes de tous principe démocratique, son alliance avec l'extrême droite et la reprise de ses obsessions pour essayer de se maintenir au pouvoir. Cette tendance profonde qui touche jusqu'aux sociaux démocrates revendiqués (cf. Starmer), est réminiscente du comportement anti-démocratique et autoritaire des dirigeants de la république de Weimar pensant utiliser le nazisme pour rester au pouvoir. Une dimension majeure à peine évoquée dans l'article de d'Escalona et Godin, est la machine médiatique qui accompagne et favorise la dérive politique à l'extrême droite. C'est pourtant par elle que l'extrême droite est arrivée au pouvoir aux états-unis. C'est un travail de sape sur des dizaines d'années aidé par une acception de la liberté d'expression équivalente à la liberté de mentir et de diffamer. Trop longtemps, la prétendue liberté de mentir et de diffamer a servi, sans opposition, à détacher le discours médiatique et politique des faits et à embrigader les auditeurices dans le complotisme d'extrême droite.
La désinformation organisée et généralisée est un facteur majeur de la monté des extrêmes droites. Ce sont les media états-uniens comme FoxNews et ses avatars qui ont permis l'élection de Trump (et sa réélection). C'est parce-que la plupart des media ont abdiqué l'éthique journalistique et cessé de présenter des faits que les discours xénophobes délirants ont prospéré attisés par ceux qui voulaient propager leur idéologie mortifère et en profiter. La quantité de prétendues informations en fait inexactes (c'est à dire fausses) et presque toujours biaisées submerge les audiences, et la quasi-hégémonie de la présentation « d'informations » sous forme de déclarations de personnalités médiatiques cache la réalité. Il est de plus en plus rare de lire ou d'entendre des faits présentés comme tels et non à travers le discours de politiques ou d'influenceurs médiatiques. Ce fut le cas pour la caricature raciste de Rokhaya Diallo par Charlie Hebbo. C'est presque tout le temps le cas et le temps de parole et la présentation positive des interventions de ces commentateurs sont proportionnels à leur proximité aux pouvoirs (politique et économico-médiatique).
La corruption des discours des dirigeants politiques au pouvoir a profité de cette opportunité de ne pas être contredits en même temps qu'elle a favorisé le phénomène en décrédibilisant les « informations » colportées. La médiocrité de la plupart des média et le franc soutien d'une partie d'entre eux à la désinformation a fini de déconnecter le discours médiatique de la réalité presque tout le temps. Les puissants économiquement, qu'on a découvert, oh surprise, peu attachés à la démocratie et très attachés au pouvoir, en ont profité. Dans sa nullité confondante, le personnel politique, tout sa monomanie de la conservation du pouvoir, a décidé, comme dans la république de Weimar, de sacrifier les contre-pouvoirs (étonnant !) et le fonctionnement démocratique aussi imparfait eût-il été, à leurs fauteuils rembourrés de politico-technocrates. Et ils sont allés, comme un seul homme, vers l'extrême droite par opportunisme, bassesse, intérêt égoïste, imbécilité et perfidie. Pour notre plus grand malheur.
Je ne crois pas au raisonnement macro-économico-social de l'article qui énonce la fatalité du surgissement de l'extrême droite. Des choix ont été faits, par les pouvoirs et les media qui se vivent comme influenceurs, qui vont tous dans le même sens. Et, au lieu de sauvegarder les principes démocratiques qui restaient, beaucoup ont préféré hurler avec le pouvoir et ses alliés contre ceux qui défendaient les services publics, la démocratie, l'égalité, les intérêts des classes populaires et moyennes, les droits humains, la liberté et le vivre ensemble.
Et le temps de reconnaître qu'ils ont accompagné le mouvement vers l'extrême droite ne semble pas être venu pour ceux qui, sûrs de leur supériorité, prétendent éduquer le public à bien penser comme eux, ou plutôt à imiter leurs choix et leurs éléments de langages. Ces élites le font pour le bien commun leurs intérêts égoïstes et leur auto-conservation parfois éblouies par la proximité avec les détenteurs du pouvoir politique ou médiatique, parfois par intérêt égoïste, parfois pour se sentir importantes et parfois convaincues de leur naturelle supériorité.
Les personnages mentionnés ne sont pas fictifs et si certains se reconnaissent c'est qu'ils ont encore un peu de lucidité.
Ce texte ne sera pas publié dans Le Monde qui ne fera jamais de place à cette analyse.
Isola, censurée
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