Hans Asperger a-t-il activement aidé le programme d'euthanasie nazi?

Les éditeurs et les réviseurs de l'article d'Herwig Czech expliquent l'importance de son article, ainsi que celui d'Edith Sheffer, à partir d'archives en partie inédites. Le rôle de collaborateurs juifs d'Hans Asperger a été aussi mis en valeur. Tout cela permet désormais d'avoir une meilleure information sur l'apparition de l'autisme, ce qui était inconnu de Lorna Wing.

Did Hans Asperger actively assist the Nazi euthanasia program?

Editorial de "Molecular Autism"

Simon Baron-Cohen 1 Auteur du courrier électronique , Ami Klin 2 , Steve Silberman 3 et Joseph D. Buxbaum 4

Molecular Autism Brain, Cognition and Behavior 2018 9:28

  1. Autism Research Centre, Department of Psychiatry, Cambridge University, Douglas House, 18B Trumpington Road, Cambridge, CB2 8AH, UK
  2. Marcus Austin Center, Emory University School of Medicine and Children’s Healthcare of Atlanta, Atlanta, GA 30329, USA
  3. Author, Neurotribes, New York, USA
  4. Seaver Autism Center for Research and Treatment, Department of Psychiatry, Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York, 10029, NY, USA
  • Reçu le 14 mars 2018 Accepté le 20 mars 2018 Publié: 19 avril 2018

czech
Dans ce numéro de Molecular Autism , nous publions un article de Herwig Czech, historien de la médecine à l'Université de Médecine de Vienne. Son article basé sur des recherches faites avec soin conclut que le pédiatre Hans Asperger, qui a donné son nom au sous-groupe du syndrome d’Asperger et a travaillé à la clinique pédiatrique de l’Université de Vienne pendant la Seconde Guerre mondiale, a non seulement collaboré avec les nazis, mais a activement participé au programme d'eugénisme nazi en renvoyant des enfants profondément handicapés à la clinique Am Spiegelgrund située ailleurs à Vienne. Il savait que cette clinique participait au programme d'euthanasie des enfants du Troisième Reich, programme où des enfants étaient tués dans le cadre de l'objectif nazi de concevoir de manière eugénique une société génétiquement «pure» par «l'hygiène raciale» et l'élimination des vies considérées comme un «fardeau». et "pas digne de la vie".

Nous prenons l’initiative inhabituelle de publier cet éditorial afin d’expliquer les raisons de la publication de cet article. Deux d'entre nous sont rédacteurs en chef de Molecular Autism (SBC et JDB), l'un d'entre nous a été rédacteur en chef au cours du long processus de révision de cet article (SBC) et deux d'entre nous ont été des réviseurs anonymes pour cet article, mais ont décidé de renoncer à leur anonymat (SS et AK).

Nous écrivons cet éditorial pour deux raisons. D'abord, pour affirmer l'importance de ce type de savoir et sa pertinence pour ce Journal, qui vise à publier d'excellentes recherches de toute nature sur l'autisme, que la recherche se concentre sur les aspects moléculaires, neurologiques, psychologiques, cliniques ou sociaux. Deuxièmement, pour souligner notre soutien à cet article pour avoir exploré de manière méticuleuse comment un médecin, Hans Asperger, qui a longtemps été considéré comme ayant apporté une contribution précieuse au domaine de la pédiatrie et de la pédopsychiatrie, était, comme les preuves nouvellement découvertes par Herwig Czech le montrent, aussi coupable d'avoir activement aidé les nazis dans leurs politiques odieuses d'eugénisme et d'euthanasie. Nous sommes convaincus par l'article important d'Herwig Czech qu'Asperger ne faisait pas seulement de son mieux pour survivre dans des conditions intolérables, mais était également complice de ses supérieurs nazis en ciblant les personnes les plus vulnérables de la société.

Nous ne répéterons pas les preuves et les principaux résultats de l'article d'Herwig Czech ici, mais notons que la conclusion concorde avec un

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nouveau livre sur ce sujet, publié en 2018 par Edith Sheffer et intitulé « Asperger’s Children: The origins of autism in Nazi Vienna » [Les enfants d'Asperger: Les origines de l'autisme dans la Vienne nazie – non traduit] . Comme Czech, Sheffer fait valoir de manière convaincante qu’Asperger est volontairement devenu un rouage de la machine à tuer nazie, renvoyant les enfants directement et indirectement à Am Spiegelgrund . C'était la clinique où les enfants jugés génétiquement incapables de conformité sociale, ou qui présentaient des «défauts» physiques ou psychologiques jugés indésirables et supposés génétiquement déterminés, étaient tués par la famine et les injections mortelles et dont les décès étaient enregistrés comme dus à la pneumonie.

Sheffer soutient qu'Asperger a peut-être sympathisé avec l'objectif nazi d'éliminer tous les enfants qui ne pourraient pas s'intégrer au Volk , à savoir le collectivisme fasciste et la création d'un peuple aryen homogène. En 1938, le doyen de la faculté de médecine destitua plus de la moitié de ses professeurs, principalement des médecins juifs. En revanche, à l'âge de 28 ans, Hans Asperger avait bénéficié d'une promotion prématurée pour devenir directeur de la Clinique d'Education Curative.

Sheffer décrit comment, sous le régime de Hitler, la profession de psychiatre qui reposait auparavant sur la compassion et l’empathie devint une partie des yeux et des oreilles du Troisième Reich. Sous la direction des responsables de la santé publique, des professionnels se sont rendus dans les foyers pour répertorier et classer chaque enfant comme génétiquement apte ou inapte, et attribuer des étiquettes de diagnostic qui détermineraient en fin de compte qui vivrait et qui serait tué.

Nous tenons à souligner notre immense respect pour notre ancienne collègue, la docteure Lorna Wing, à Londres, qui a d'abord inventé le terme syndrome d'Asperger en 1981 et développé son concept du «spectre de l'autisme» stimulée par les idées d'Asperger et de ses collaborateurs. À ce moment-là, nous, scientifiques et cliniciens, ainsi que l'ensemble de la communauté de l'autisme, ignorions l'alliance étroite de Hans Asperger avec le programme nazi de stérilisation obligatoire et d'euthanasie.

Sheffer, après Steve Silberman et John Elder Robison, mentionne également le fait que Georg Frankl, un médecin de la clinique, et la psychologue Anni Weiss, avaient déjà publié des articles similaires à ceux décrits plus tard comme des "psychopathes autistes" avant Asperger. Comme Frankl et Weiss étaient juifs, ils ont été forcés de quitter l’Autriche et se sont rendus aux États-Unis, où ils se sont mariés peu après leur arrivée. Comme les connaissances d'Asperger sur l'autisme se sont certainement inspirées de leurs travaux et de leurs observations et ont ensuite inspiré Lorna Wing pour définir l'étendue du spectre de l'autisme, Frankl et Weiss méritent d'être reconnus pour leur contribution à la compréhension moderne de l'autisme.

Le degré d'implication d'Asperger dans le ciblage des enfants les plus vulnérables de Vienne est resté longtemps une question ouverte et frustrante dans la recherche sur l'autisme. Certains lecteurs nous rappelleront que beaucoup de mentors et de collègues d'Asperger étaient plus publics et bruyants pour leur soutien à l'idéologie raciale nazie que lui. Certains peuvent identifier des circonstances atténuantes dans la possibilité qu'il ait sacrifié des enfants pour sauver d'autres. Certains peuvent situer le sujet de cet article comme un autre exemple des problèmes de bioéthique posés par les syndromes médicaux éponymes découverts par des médecins ou par des scientifiques qui ont profité des enfants sans défense soumis au traitement nazi des personnes jugées inaptes à vivre. Nous pensons que la valeur du savoir de Czech est qu'elle établit le cadre de preuve nécessaire pour les discussions futures.


Traduction de l'article d'Herwig Czech

Hans Asperger, national-socialisme et «hygiène de la race» dans la Vienne nazie 

Dans un article récent, l'historien Herwig Czech, à partir d'archives en partie inédites, examine les rapports d'Hans Asperger avec l'idéologie nazie, sa carrière à Vienne après l'annexion de l'Autriche et le rôle qu'il a pu jouer dans le programme nazi d'"euthanasie".

Résumé - Contexte - Méthodes

https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/blog/300718/hans-asperger-national-socialisme-et-hygiene-de-la-race-dans-la-vienne-nazie-1

La carrière d'Hans Asperger, avant 1938 et après l'annexion de l'Autriche par Hitler. Les organisations auxquelles il a appartenu. La protection politique des dirigeants médicaux nazis.
https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/blog/300718/hans-asperger-national-socialisme-et-hygiene-de-la-race-dans-la-vienne-nazie-2
Le comportement d'Asperger face à des enfants juifs. Hans Asperger et la politique nazie d'hygiène de la race.
https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/blog/300718/hans-asperger-national-socialisme-et-hygiene-de-la-race-dans-la-vienne-nazie-3
Le transfert de patients à l'établissement d'euthanasie Spiegelgrund. La comparaison entre les diagnostics d'Hans Asperger et ceux de cet établissement.
https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/blog/300718/hans-asperger-national-socialisme-et-hygiene-de-la-race-dans-la-vienne-nazie-4
Hans Asperger dans les années d'après guerre. Conclusion de l'article d'Herwig Czech.
https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/blog/010818/hans-asperger-national-socialisme-et-hygiene-de-la-race-dans-la-vienne-nazie-5

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