18 février : journée nationale du Syndrome d'Asperger

Le syndrome d'Asperger est toujours reconnu en France dans les institutions. Il y a un débat historique sur l'implication d'Hans Asperger dans l'eugénisme et l’euthanasie nazis.

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Après avis favorable donné par M-A Carlotti, Ministre déléguée chargée des personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, une journée nationale du Syndrome d’Asperger a été instituée, à l’initiative de l’Alliance les « 4A » (Alliance des Associations pur Autistes de haut niveau et Asperger), chaque 18 février.

Le 18 février 2021 est la 8ème édition de cette journée nationale.

Mais on lit assez souvent : "Le syndrome d'Asperger, çà n'existe plus", Asperger est un nazi et un eugéniste, un praticien de l'Aktion T4 etc ..

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Le Collectif POS @collectif_pos Collectif en lutte contre la psychophobie et les oppressions systémiques a tweeté par exemple (petite sélection)

  • Ce nom est lourd de sens: Hans Asperger, médecin allemand dont on a longtemps prétendu qu'il avait protégé ces personnes autistes de l'extermination, a en réalité activement PARTICIPÉ à cette extermination des personnes handies.
  • Sélectionnant pour les “étudier” les patient-es qu’il jugeait digne d’intérêt, il a aussi envoyé à la mort bon nombre de patient-es, considéré-es comme pas assez intéressant-es pour ses travaux.
  • Si la dénomination officielle de l'autisme "Asperger" n'existe plus dans les manuels de psychiatrie, bon nombre d'entre nous ont porté ce diagnostic, encore très utilisé dans le langage courant pour parler de personnes autistes dites "de haut niveau"
  • Classification ignoble qui, soit dit en passant, hiérarchise les personnes autistes selon leur niveau d'acquisition d'une certaine "normalité" apparente et leur capacité à la productivité, ce qui renvoie aux concepts eugénistes de bouches à nourrir, inutiles et donc indésirables.
  • Encore aujourd'hui, le diagnostic officiel reste pour certain-es "Autisme type 1, anciennement nommé syndrome d'Asperger", et ce malgré tout ce qu'on sait maintenant sur les atrocités dont Asperger a été un participant actif.

Il n'y a pas de doute que si Lorna Wing avait connu ce qu'a révélé l'historien Herwig Czech, elle n'aurait pas proposé de baptiser ainsi ce qu'elle a mis à jour, les travaux d'Hans Asperger étant restés assez confidentiels, et seulement connus dans le monde germanophone.

Schöpler avait raison de se méfier d'Hans Asperger, dont le début de carrière a été facilité par les purges antisémites viennoises.

Pour Léo Kanner, c'est un peu différent, car il a en fait récupéré des professionnels juifs collègues d'Hans Asperger, qui lui ont fait connaître l'autisme tel qu'il était analysé dans la clinique d'Asperger. La prévention contre les pédopsychiatres autrichiens qui avaient survécu au nazisme s'accompagnait - peut-être - de concurrence professionnelle sur le sujet de l'autisme.

Mais basta, ce n'est pas si important. C'est une question pour les historiens.

Le syndrome d'Asperger existe toujours officiellement en France

C'est le DSM 5, publié par l'association des psychiatres américains en 2013, qui a supprimé le diagnostic de syndrome d'Asperger, pour des raisons d'opportunité plutôt que strictement scientifiques.

La CIM 11 (classification internationale des maladies) a suivi, mais si elle a été adoptée, elle ne rentre en application qu'en 2022.

Si la classification française  CFTMEA d'origine psychanalytique a disparu des radars de la HAS, elle continue à être utilisée par beaucoup de psychiatres : ils utilisent un logiciel qui transforme un diagnostic de dysharmonie évolutive en TED (troubles envahissant du développement), pour que les cases dans le système informatique des hôpitaux soient conformes.

Dans les MDPH, le SI (système d'information) ne reconnaît que les classifications internationales établies, aujourd'hui la CIM 10 et aussi la CIF (classification internationale du fonctionnement, centrée sur le handicap).

Aussi, même si les professionnels utilisent de plus en plus souvent le DSM 5, il faut saisir dans l'applicatif informatique MDPH le diagnostic avec la CIM 10, F84.5 pour le syndrome d'Asperger.

Cela va encore durer cette année, et il n'y a pas d'enjeu essentiel à maintenir une classification plutôt qu'une autre pour l'acquisition de droits et de moyens de compensation du handicap.

Sur le plan scientifique, par contre, Laurent Mottron prône le maintien de la catégorie du syndrome d'Asperger,

Il n'est pas le seul, et la question de déterminer des sous-groupes dans l'ensemble du spectre de l'autisme est importante pour déterminer l'accompagnement le plus efficace. Sa classification en autisme primaire ou secondaire est moins convaincante.

Au sujet de l'action d'Hans Asperger dans la Vienne nazie

Je n'ai strictement aucune affinité avec l'idéologie nationaliste germanique d'Hans Asperger, ni avec ses convictions catholiques. Su ce dernier point précisément, j'ai fait mes études au petit séminaire, et je m'en suis dégagé (l'excès de messes nuit à la santé).

Hans Asperger à Vienne Hans Asperger à Vienne
Hans Asperger n'a jamais été nazi, même s'il gravitait dans le nationalisme allemand. S'il a eu une promotion dans la Vienne nazie, c'était parce qu'il n'était pas juif, ses collègues juifs ayant émigré et lui considéré comme pas opposant, même s'il a été dans le viseur des nazis à plusieurs reprises, parce qu'il était pratiquant catholique et que c'était contraire à l'idéologie nazie. On ne peut non plus lui imputer d'action antisémite. Et s'il a eu des promotions après la chute du nazisme, c'est justement parce qu'il n'avait pas été nazi. Se rappeler cependant que l'épuration des nazis en Autriche a été plutôt légère, particulièrement chez les médecins.

Dans sa recension du livre d'Edith Sheffer, Autisme Europe a rappelé que l'eugénisme était très répandu en Europe dans l'entre-deux-guerres.

Peu d'articles d'Hans Asperger sont disponibles. Et s'il y a bien quelque chose qu'a montré le livre d'Edith Sheffer, c'est qu'il a publié relativement peu de choses sur l'autisme, les sujets de ses articles s'égarant bien souvent dans des conceptions que je qualifierais de mystique. Inutile de l'imaginer "sélectionnant ses patients dignes d'intérêt".

Dans le premier article qu'il a publié, en 1938, sur deux jeunes autistes, je ne vois pas trace d’eugénisme : 

  • "Le constat qu’il s’agit de personnes lésées de manière primaire, dans leur constitution, peut-être même de manière héréditaire, ne doit en aucune façon aboutir à l’idée qu’il n’y a rien à faire – comme la reconnaissance de troubles endogènes ne doit pas entraîner un nihilisme éducatif. L’éducation de personnalités anormales est elle aussi porteuse, pas seulement parce que l’influence de l’environnement, donc p. ex. une bonne éducation, sont très significatifs (ils peuvent mettre au jour les bonnes prédispositions, peuvent empêcher de nouvelles dégradations – combien est importante p. ex. l’évitement de conflits pour les personnes fortement excitables !) ; le fait que nous ne devons jamais abandonner à l’avance l’éducation de personnes anormales comme désespérée est aussi lié au fait que chez ces personnes peuvent d’un coup, par exemple à la puberté, apparaître des forces et des capacités qui devaient certes pré-exister, mais que nous ne pouvions deviner chez les enfants ou dont il était impossible de prévoir qu’ils allaient prendre cette importance."

Dans les recherches des historiens, 8 enfants suivis dans la clinique d'Asperger ont été transférés au Spiegelgrund. 6 ont survécus. Un des deux enfants morts avait été transféré par l'équipe d'Asperger (même s'il n'y a pas de trace écrite de son intervention, elle n'a pu se faire sans son accord). Hans Asperger a signé l'ordre de transfert pour un bébé (3 ans) polyhandicapé, à la demande des parents, et clairement dans un but d'extermination.

 © Extrait Edith Sheffer : "Les enfants d'Asperger" © Extrait Edith Sheffer : "Les enfants d'Asperger"

Il n'y a donc pas de doute aujourd'hui sur le fait qu'il ait au moins un peu collaboré à l'euthanasie de personnes handicapées, mais il en a été un acteur tout à fait mineur, il n'en a pas été un partisan ni un idéologue.

J'ai publié le maximum d'articles sur le sujet, que vous retrouverez dans le dossier Hans Asperger et le nazisme.

A chacun de se faire une opinion.

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