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Billet de blog 27 nov. 2022

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Rentrée des clashs- Suite 6

L'administration scolaire a-t'elle une conception de la protection fonctionnelle "à deux vitesses" dans le cadre d'un différend opposant un enseignant avec un personnel de direction ? Je soutiens, en détournant un peu une morale de La Fontaine que "selon que vous serez Proviseur ou simple professeur, vous aurez en l'institution scolaire une alliée ou une adversaire"...

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Rentrée des clashs

épisode 6 - « l'éteignoir ... »

- fin de l'année  2020

Pour accéder aux épisodes précédents :

introduction 

épisode 1 « les signes avant-coureurs » 

épisode 2 « l’escalade » 

épisode 3 : « l’administration réagit enfin … ou pas ... »

épisode 4 : « le coup de grâce »

épisode 5 - «… où l’on apprend que le CITIS n’est pas un arbre à fleurs jaunes ... »

Dans l'épisode précédent, j'ai abandonné le récit au moment où l'intensité du conflit (tant du côté juridique que du côté militant) était maximal. Au moment aussi où les conséquences du conflit, en termes d'impact sur ma santé physique et mentale, comme en termes d'impact financier, étaient les plus lourdes :

Non seulement mon administration choisissait de refuser de retenir l'accident de travail pourtant incontestable, mais elle en assumait la conséquence logique, celle de me placer à demi-traitement ! Et je dus passer, sans aucune aide juridique, par un référé administratif pour empêcher cette mesure, sans pouvoir éviter qu'elle s'applique sur deux mensualités !...

Dans cette situation, j'étais partagé entre deux pulsions incompatibles, et même antagonistes :

- d'une part ... La volonté ambitieuse, résolue, de mener ce combat jusqu'à son terme, et de retrouver ma vie d'avant, de me redresser, de reprendre mes cours ainsi que le contrôle de moi-même. De montrer à toute la chaîne hiérarchique, du Proviseur au Ministre en passant par la Rectrice, que la grandeur d'un fonctionnaire ne se mesure pas à l'échelon hiérarchique qu'il occupe mais à l'énergie, la conscience professionnelle, l’honnêteté, le respect envers l'institution qu'il sert, et envers les gens dont on lui confie la responsabilité dans le cadre de sa mission  ...

- et de l'autre côté... une envie plus viscérale de sauver tout simplement ma peau ! conscient à présent qu'elle ne comptait pour rien dans la balance, et dans les calculs, de ma hiérarchie... J'étais seul contre toute la machinerie administrative, dirigée par des voyous, avec la priorité d'étouffer le scandale que je représentais... Pot de terre contre Pot de fer ... La tentation d'abandonner, de lâcher l'affaire, était grande.

En suivant la première et la plus forte de mes pulsions, j'aspirais à reprendre mon service dès que possible, car je ressentais mon activité professionnelle comme l'une des dimensions principales de ma vie, et je me sentais donc "amputé" de quelque chose de fondamental par mon placement en arrêt de travail. Ce n'est pas mon travail, mon vrai travail, qui m'avait rendu malade, mais seulement mon environnement professionnel, et seulement à cause des agissements inconvenants et indignes de mon supérieur hiérarchique . C'est cela, et seulement cela qui devait cesser, et pas ma carrière d'enseignant .

C'est ainsi que dès le printemps 2020, je demandais à pouvoir reprendre à la rentrée de septembre, en demandant une mesure de "temps partiel thérapeutique" ...

Cela ne m'empêchait pas de nourrir de grandes craintes quant à l'accueil qu'on allait m'y réserver ... Pourquoi mon proviseur changerait-il de tactique alors qu'aucune des fautes qu'il avait commises, et que j'avais dénoncées, ne lui avait valu la moindre remontrance ? Au contraire, à chaque occasion, la Rectrice lui renouvelait sa confiance, et me menaçait de ses foudres !...

Alors, en suivant la seconde pulsion, et parce que je ne me voyais pas démissionner purement et simplement de mon poste ( je savais bien la victoire que cela aurait représenté pour toute ma hiérarchie), j'écrivis à nouveau au Ministre, dès le 17 janvier 2020, par la voie hiérarchique, en lui rappelant ma suggestion de rupture conventionnelle, et en lui demandant cette fois de considérer ma candidature comme officielle !

lettre au ministre 17/01/2020 (pdf, 116.5 kB)

Il se trouve que c'est justement à l'époque de ce courrier que se mit en place le protocole pour le traitement de ce type de demandes ... L'administration rectorale devait en principe dans les trois semaines organiser un entretien avec l'agent demandant une rupture conventionnelle.

Et donc ... La Rectrice me répondit ...

Ah ... ben non, tiens  ... elle ne répondit pas à mon courrier.  Le lecteur en déduira l'importance de la mention "en principe" dans l'allusion au protocole. Sa réponse ne vint qu'à la suite d'une relance par le biais du site i-prof en date du 06/03/2020 :

message i-prof 06/03/2020 (pdf, 106.7 kB)

Et cette réponse fut antidatée pour cacher précisément le fait que ce "silence radio" était irrégulier alors que je la reçus seulement le 11/03/2020 en pièce jointe d'un mail ...

courrier antidaté de réponse (pdf, 285.5 kB)

les services qui "devaient me recontacter", attendront encore, indéfiniment ... comme quoi les "principes", dans cette administration n'existent que pour mieux y déroger.
En fait, quand j'y pense, dans cette administration, il conviendrait presque d'ajouter des "en principe" à presque toutes les phrases de la réglementation, tant il y a eu d'irrégularités dans le traitement de chacune de mes demandes. Rien ne s'y passe pour moi dans le respect des textes !

Tout cela pour dire que l'administration, qui tenait pourtant là une occasion d'effacer, à moindre frais, et "sans esclandre", le problème que je semblais représenter pour elle,  n'en a rien fait ...

Peut-on expliquer cela sans avoir recours à l'explication que j'y ai trouvée ? Une explication toute simple :

Pourquoi payer des indemnités de départ si on peut amener la personne à démissionner, en continuant simplement, patiemment, consciencieusement, le travail de sape si bien amorcé ... Et l'on comprend maintenant mieux le choix du titre pour le présent épisode : "l'éteignoir ...".

Il ne s'agit pas avec ce titre de passer pour "une lumière" au sens où je serais une personne exceptionnelle dont on a juste voulu empêcher son influence, son "rayonnement", auprès de ses collègues. C'est plus simple que cela :

Le fait de ne pas me laisser faire, et de contester, y compris publiquement les agissements de mon supérieur, jetait un éclairage sur ces agissements, comme quelqu'un qui promène un chandelier sur un meuble donne à voir tous ses défauts, et toute la saleté accumulée ...

... et devant cette révélation, il y a ceux qui choisissent de nettoyer et de restaurer le meuble, et il y a ceux qui choisissent d'éteindre une à une les bougies du chandelier ...

Comme si, rendue moins visible, la saleté et les taches n'existaient plus, comme si les défauts étaient réparés ... Comme si on pouvait alors dire que le meuble est dans un état impeccable !

"L'éteignoir", au fond, ce n'est qu'une deuxième façon d'exprimer ce que raconte l'expression "pas de vagues". Des choses très laides ont cours au sein de notre institution, et , plutôt que de trouver des moyens de lutte contre ces choses, on préfère atténuer au maximum les "vagues" qu'elles produisent, de manière à ce que rien ne se remarque à l'extérieur, et que l'on puisse continuer de prétendre que, dans le "vase clos", rien ne dysfonctionne, que l'institution est vertueuse, dans les intentions comme dans les pratiques ...

On retrouve bien la même inspiration  : quelque chose de honteux, quelque chose à cacher, et la seule nuance est dans le type d'onde à neutraliser : aquatique pour le "pas-de vagues", lumineuse pour "l'éteignoir".

D'aucuns pourront croire que, dans notre monde moderne, si ouvert à la communication, il soit devenu illusoire de parier, comme le fait l'administration scolaire, sur l'étouffement des scandales plutôt que sur la détection précoce des dysfonctionnements et la réparation de leurs causes ... Je voudrais pouvoir leur donner raison, et les présentes chroniques participent, d'ailleurs, de cette ambition.

Mais, deux réflexions viennent saper mes espoirs :

La première c'est que, pour qu'un organisme de cette importance accepte de revoir les bases mêmes de son fonctionnement, il faut généralement attendre de vraies catastrophes ... Combien de suicides a-t-il fallu pour que France-Télécom accepte de revoir ses principes de management ? Il en faudra sûrement 10 fois plus, pour une institution 10 fois plus importante ...

La liste des suicides est déjà ouverte ces dernières années, sans que cela ne change rien, et seuls quelques noms sont parvenus à passer le filtre et à se trouver médiatisés : Christine RENON, Jean WILLOT, Jean-Pascal VERNET et quelques autres ... Monsieur Blanquer annonçait en fin 2019 des statistiques bidouillées, établies par ses propres services, pour leur faire dire ce qu'il voulait qu'elles disent : les chiffres montraient selon lui que le métier d'enseignant n'était pas un métier particulièrement touché par les suicides, au contraire, on se suiciderait moins (toujours selon lui, attention ! ...) à l'éducation nationale que dans le reste de la société française ...

Cette enquête venait répondre à une plainte au pénal contre lui  pour "manquement de suivi  médical"... On imagine bien sa défense : "Regardez ailleurs, votre Honneur ... dans ma maison, tout est propre ! Tout est "clean" ! Tout est "bienveillance et empathie" ... vous pouvez me croire  : MES chiffres vous le prouvent !"

La deuxième réflexion, est que la maison "éducation nationale", en plus d'être une grande maison, est aussi  une vieille maison ... L'image du mammouth, choisie par le Ministre Claude Allègre, lui va assez bien, si on oublie l'aspect péjoratif et insultant qu'elle véhicule (car lui, visait les statuts, et les syndicats ...): un mammouth, c'est très grand, et c'est très ancien... mais ça n'existe plus, alors que l'éducation Nationale ...

Si j'insiste sur le caractère ancien de l'institution, c'est qu'on sent, encore aujourd'hui, à quel point les choses s'y font encore "à l'ancienne" :

- en matière de traitement administratif des dossiers, et de défaillances sur ce traitement, là où un grand nombre de procédures aboutissent à des retards, tant dans les décisions à prendre que ( et surtout...)  dans les paiements  ...

- en matière de définition de l'autorité, encore ressentie comme infantilisante et rétrograde par tant d'enseignants ...

La plupart des "défauts" que cette "vieille dame" veut cacher au grand public relève de son côté "has been".

Elle voudrait être perçue comme "à la page", "à la pointe du progrès technologique comme à celle des avancées sociales", et pour cela, elle est prête s'asseoir sur un bon nombre de valeurs ... Ou plutôt, ceux qui sont aux commandes de cette administration sont prêts à lui faire prendre cette attitude par leurs décisions.

Comme si la "perception", "l'image" que l'on donne, était plus importante que la réalité des faits...

Je me demande si, justement, cette dernière phrase n'est pas précisément une caractéristique majeure du monde actuel, dans son ensemble ... Et je m'en désole !

Voilà pourquoi le harcèlement moral, auquel mon proviseur me soumettait, et la réalité de ce fait, devaient  être cachés, ne devaient pas être établis officiellement par l'administration centrale ...  Il venaient éclairer une tache, dans un domaine que l'on voudrait faire passer pour immaculé.

Et pour qu'ils ne soient pas établis, il fallait qu'officiellement on prétende ne pas les avoir constatés, et il fallait me dissuader, y compris par la menace, de "continuer à mettre en cause impunément mon supérieur hiérarchique" ...

Voici donc comment les différentes strates de la hiérarchie administrative continuèrent leur stratégie d'éteignoir à partir de juillet 2020 :

1) agissements, ou plutôt "immobilisme obstiné" , de l'administration centrale ...

a/ Traitement de l'accident de travail

Après l'épisode du traitement de ma demande de rupture conventionnelle, le Rectorat dut gérer ma contestation concernant le traitement de ma déclaration d'accident ... Et j'ai évoqué déjà comment on a voulu la  "snober" :

- en affirmant d'abord que l'absence de réponse était liée à l'apparition de la crise covid ... alors que la crise covid n'est apparu qu'après le dépôt des requêtes en tribunal administratif.

- en prétendant ensuite que les informations que j'avais moi-même fournies dans mes écritures permettaient de considérer que ma pathologie était causée par l'état de santé préoccupant, puis par le décès, de ma mère ... Alors que je n'ai déposé le mémoire en question que le 16/02/2020,  soit un mois et 10 jours après la déclaration d'accident de service ... Pendant ce temps-là, qu'est-ce qui motivait le silence de l'administration ? Mystère et boule de gomme ...

Le juge des référés ne s'y est pas trompé, comme on a vu dans la chronique précédente, mais devant l'injonction de reconsidérer mon cas qui lui était faite, comment le Rectorat a-t'il réagit ?

Il s'est dit, tout simplement que, s'il était obligé de tenir compte de la décision du juge, rien ne lui imposait encore de décider de l'imputabilité de l'accident au service de manière définitive ... En conséquence de quoi, il a produit une décision d'imputabilité provisoire  "dans l'attente du traitement complet du dossier", sans aucune raison affichée, pourtant, de douter de la pertinence de l'imputabilité, mais sans rien décider qui permette de lever ses prétendus doutes ... tant que le doute lui était permis, le Rectorat doutait, un point c'est tout.

Pour cela, il considérait avoir tout son temps, l'essentiel étant l'épée de Damoclès qu'il suspendait au-dessus de ma tête, d'une issue selon laquelle l'imputabilité ne me serait  finalement pas accordée, et je devrais donc rembourser la moitié de mes salaires sur une longue période ...

joli programme pour qui se trouve en arrêt-maladie pour cause de syndrome dépressif réactionnel à une relation conflictuelle avec sa hiérarchie...

 "Wait and see" semble être le mantra du Rectorat !

Rien ne se passera dans ce dossier, avant fin janvier 2021, avec l'organisation d'une expertise médicale qui ne lui laissera plus l'opportunité d'attendre encore !

b/ traitement de la demande de temps partiel thérapeutique

Fin avril 2020, lui parvient la demande de placement en temps partiel thérapeutique pour la rentrée suivante ...

Il est visiblement encore "urgent d'attendre", puisque ce n'est qu'après un mail de relance que l'administration va enfin réagir par un courrier du 06/07/2020.

lettre du rectorat 06/07/2020 (pdf, 449.7 kB)

Quelques instants après sa réception, j'apprenais que le médecin auquel l'administration m'adressait ne pouvait pas me convoquer avant le mois de septembre, ce qui empêchait la mise en place du mi-temps dès la rentrée ...

Avant de recontacter le Rectorat, je pris la précaution de consulter la réglementation, pour constater avec surprise que cette visite médicale n'était, en fait, pas du tout nécessaire, car le psychiatre qui me suivait et qui avait conseillé la mesure de temps partiel thérapeutique était, elle-même, "Médecin hospitalier". Il s'agissait donc bien encore d'un moyen dilatoire, et rien d'autre ...

Ma réaction fut alors la suivante :

lettre à Rectrice 10/07/2020 (pdf, 127.9 kB)

L'administration accepta donc finalement, de faire avancer la procédure, non sans avoir essayé de ralentir encore l'issue en prétendant que le signataire du dossier étant mon médecin soignant, il fallait refaire un dossier !...

mail DPE 13/07/2020 (pdf, 192.9 kB)

Je répondis à ce nouveau pied-de-nez : cette mention "médecin hospitalier" se trouve sur l'en-tête de chacune des attestations produites par mon psychiatre, notamment dans celle qui avait été jointe  à la demande de temps partiel thérapeutique, et que je renvoyais ...

réponse au mail DPE (pdf, 59.9 kB)

Il aura donc fallu que je suive, point par point, cette procédure pour éviter qu'elle ne soit plus envisageable à la date indiquée, alors que l'administration avait été avisée avec 4 mois d'avance, et qu'il n'y avait rien à faire d'autre que de rédiger l'arrêté !

Nous reviendrons sur le rôle de l'administration centrale, après avoir évoqué celui de la direction de l'établissement, pour des raisons de cohérence chronologique .

2) Agissements du proviseur et de son adjoint ...

a) On met les bouchées doubles du côté de la répartition du service :

Comme tous les ans depuis 2017, j'avais remplacé la traditionnelle "fiche de vœux" par un courrier rappelant mes demandes concernant les classes souhaitées, et les responsabilités refusées dès lors que ces demandes n'étaient pas satisfaites  (pas d'heures supplémentaires, pas de mission de professeur principal ni toute autre que je sois en droit de refuser) .

J'ajoutais que je n'étais pas volontaire pour exercer dans la nouvelle matière "enseignement scientifique" en Terminale, qui démarrait cette année-là, précisant que cette discipline ne correspondait pas, dans ses programmes, à ma discipline de recrutement. J'étais professeur agrégé de mathématiques, je me déclarais incompétent, et surtout opposé, à enseigner toute autre matière.

Et, à la rentrée, le lecteur ne s'étonnera pas d'apprendre que, non seulement on me confiait de "l'enseignement scientifique en Terminale", mais qu'on m'en chargeait pour le quart de mon service, soit 4 heures sur 16, alors qu'il y avait 10 heures à se répartir entre 10 professeurs de mathématiques. De nombreux collègues en furent dispensés, et aucun collègue en dehors de moi n'en eut plus de 2 heures  sur son service ( ce qui représentait 10% du service en l'occurrence) ...

En l'occurrence, le dosage était parfait aux yeux du proviseur, car il lui permettait en outre de me priver, pour cette année, de l'heure de première chaire (j'étais le seul professeur de maths dans cette situation !) , en plus d'afficher auprès des parents, et de tous mes collègues, le peu d'estime dans laquelle il me tenait :

"Ce professeur est si mauvais...", semblait signifier sa répartition, "...qu'on ne peut pas, dans sa matière, lui confier des élèves au-delà de la seconde !"

Pour ce qui s'annonçait comme ma dernière année "pleine" de service, on me donnait en effet deux classes de seconde, et 4 terminales dans la nouvelle discipline ... J'étais vraiment gâté ... (au sens :  comme une vieille pomme entouré de fruits pourris !)

On prétendra plus tard, mais j'y reviendrai, que je ne pouvais pas me plaindre, moi qui demandais tous les ans d'enseigner en terminale !...

On prétendra bien sûr, y compris en justice, que tout cela était décidé "dans l'intérêt du service" ...

Ce qui renforce l'insulte précédente : me faire enseigner les maths au delà de la classe de seconde serait-il donc "contraire à l'intérêt du service"?...

Je fus reçu par le proviseur adjoint à ma demande pour obtenir une explication sur ce choix de répartition, en présence d'une représentante syndicale, et cet entretien me permit d'entendre les phrases suivantes :

- "C'est parce qu'il fallait trouver une répartition qui soit facilement divisible par 2, à cause du mi-temps thérapeutique" ... Je rétorquais que j'avais une répartition alternative plus simple que cette répartition-là : il suffisait de m'attribuer 2 terminales en spécialité maths, et le tour était joué ...

-"de toutes façons, si le proviseur pense qu'un professeur ne peut assurer l'enseignement dans un niveau c'est son droit le plus strict de donner une autre classe ..." .  Ce à quoi je répondais qu'il convenait de m'informer sur les défaillances que le proviseur avait repérées dans mon enseignement, ne serait-ce que pour que je comprenne, car aucune inspection par les personnes qualifiées n'a jamais conclu à une telle incompétence de ma part.

... Et c'est ainsi que, de proche en proche, le proviseur-adjoint en est venu à me reprocher devant témoin, sur un ton très "colère", d'avoir écrit une lettre aux parents de mes élèves, en décembre dernier, où je "dénigrais le travail du proviseur" ... Et puis il reconnut, à mots couverts, qu'il y avait bien finalement, dans cette répartition, une forme de "sanction"...
Pour que le lecteur soit complètement informé, voici la lettre aux parents dont il était question.

Je ne fais qu'y présenter ma situation, de manière factuelle, et, là encore, il ne s'agissait pour moi que de contrecarrer toute velléité de désinformation,voire de diffamation, de la part de ma hiérarchie. On aura compris que la transparence de mon attitude a froissé la direction qui aurait tellement préféré que je souffre en silence et "dans mon coin ...

lettre aux parents-décembre 2019 (pdf, 90.5 kB)

en conclusion de cet entretien j'informais le proviseur-adjoint que j'allais contester cette répartition, au besoin sur le mode contentieux.

Agréable façon, comme on le voit, de démarrer une nouvelle année scolaire et de "remettre le pied à l'étrier" ...

D'autant plus que nous étions en pleine période covid, avec les complications et précautions sanitaires qui en résultaient, qui faisaient que, compte tenu du nombre d'élèves par classe, et du nombre de classes différentes ( 4 !) dans lesquelles j'assurais mes 8 heures hebdomadaires, je n'eus l'occasion de voir les visages de mes élèves que sur le "trombinoscope" de leur classe respective !  et j'eus toutes les peines du monde à mémoriser leurs noms .

L'ambiance était aussi très perturbée au sein des équipes d'enseignants, on se croisait très peu. les seules communications sérieuses passaient par le logiciel PRONOTE ...

C'est par ce biais que je signalais un problème concernant les tests nationaux que nous étions censés faire passer en maths, et pour lesquels la direction avait fournit une documentation numérisée truffée d'erreurs ! Je signalais poliment ces erreurs et demandais que l'on me donne une version corrigée ... Et cela froissa le proviseur-adjoint (responsable des erreurs susdites...) qui se sentit obligé en transmettant le document complet dont il s'était donné la peine de sélectionner des passages, en signalant que cette longue lecture à laquelle il condamnait l'ensemble des professeurs de Français et de Maths, était de ma faute !...

Et quelques jour plus tard, toujours sur PRONOTE, on apprenait que le Chef de Travaux, responsable des BTS avait été testé positif, qu'il s'était isolé, et qu'un second test du lendemain avait donné un résultat négatif, raison pour laquelle ce dernier allait revenir à son poste sans attendre la fin de la période réglementaire de quarantaine ... En effet, selon le proviseur-adjoint, rédacteur de ce post, le second test prouvait que le premier était un "faux positif" ...

Sans penser à mal, je réagis à cette info, en rappelant que les "faux négatifs", dans ce type de test, sont beaucoup plus fréquents que les "faux positifs" et que le raisonnement du proviseur adjoint était donc fragilisé ...

Qu'avais-je fait là ?!...

Une réponse cinglante, et, encore une fois, publique, arriva du proviseur adjoint, qui décidait à l'avenir de ne plus préciser le nom des agents qui se révèleraient positifs au Covid, "afin d'éviter les polémiques aussi inconvenues (SIC !) qu' inutiles"...

Personne d'autre que moi n'ayant réagit à son précédent post, il fallait comprendre que mon intervention avait été interprétée comme une "polémique inutile et inconvenue (toujours SIC...) et une offense envers le directeur des Travaux" ...

Bonjour l'ambiance !... Voilà ce que je répondis ...

réponse sur pronote, le 14/10/2020 (pdf, 107.0 kB)

Enfin, à l'approche des vacances de Toussaint, alors que toutes ces chicaneries avaient déjà largement entamé mon enthousiasme et mon seuil de tolérance, survint l'assassinat de Samuel PATY ... qui finit de me mettre à terre, lorsque j'appris les circonstances qui précédèrent son décès, notamment celles ayant trait à l'environnement professionnel de ce collègue, qui essayait juste de faire normalement son métier, et dont l'encadrement, pour des raisons qui n'ont pas encore été  vraiment éclaircies , avait prêté l'oreille à des témoignages et plaintes, en laissant croire que cet enseignant aurait été "maladroit" ou carrément "défaillant" sur les questions de laïcité ... Plusieurs enquêtes sont encore en cours, et la famille a porté plainte contre l'état pour non assistance à personne en danger.

Encore aujourd'hui, malgré un rapport de l'inspection générale affirmant très vite que, tout au long du processus, sa hiérarchie l'avait soutenu et épaulé, le moins que l'on puisse dire est que le doute est permis sur ce point ...

Ne serait-ce que pour la raison suivante : c'est à l'inspection générale de l'éducation nationale qu'on (le ministre bien sûr...) avait demandé ce rapport, qui a conclu, quelle surprise, que  l'éducation nationale n'avait rien à se reprocher ...
Au passage ce rapport soulignait même que Samuel Paty aurait reconnu une erreur  ... Tout juste si on n'affirmait pas qu'il "l'avait cherché" !

Compte tenu de ma propre expérience, chacun comprendra le niveau d'identification qui pouvait être le mien, toutes proportion gardées.

Et, comme je le disais, cela a fini de m'abattre ...  Lors de la consultation psychiatrique suivante, le docteur me convainquit de "jeter l'éponge" : je n'étais plus en état de continuer dans cette ambiance-là ... La tentative de reprise en temps partiel thérapeutique avait avorté, me voilà de nouveau en arrêt.

Une nouvelle fois, je constatai qu'au niveau administratif, cet arrêt était enregistré comme un arrêt-maladie ordinaire. On ne se refait pas ... la comédie continue, la guerre des nerfs aussi ...

J'insistais donc sur ma demande de rupture conventionnelle, qui traînait depuis le mois de janvier, en même temps que je lançais une nouvelle procédure sur la répartition contestée, qui était pour beaucoup dans mon découragement ...

Et revoilà l'administration centrale qui entre en scène ...

3) L'entretien avec la DRH du Rectorat ...

On me convoqua au Rectorat le 04/12/2020. pour parler, selon l'objet du courrier de convocation, de "ma situation", sans plus de précision.

Préalablement, il me sembla donc opportun d'adresser un courrier à la DRH afin de récapituler les questions dont je tenais à m'entretenir avec elle, questions qui étaient nombreuses, complexes, et souvent entrelacées ...

lettre à DRH 27/11/2020 (pdf, 79.4 kB)

Ce jour-là, le secrétaire départemental du syndicat CGT-éduc'Action, était à mes côtés pour me soutenir et m'assister.

L'entretien fut courtois de bout en bout, et on me permit de parler sans réserve, on m'y encouragea  même, de chaque élément qui posait problème selon moi ...

Mais au bout de cet échange qui dura plus d'une heure, je n'étais avancé, au niveau des mesures arrêtées et annoncées, que sur un point : on me refusait la rupture conventionnelle, au motif que "je ne donnais pas suffisamment de garanties sur mon devenir professionnel"...

Pour le reste il me fallut entendre des arguments soutenant que, si l'administration pouvait comprendre que j'avais des raisons de nourrir une sorte de complexe de persécution à l'encontre de mon proviseur, aucune preuve de son attitude fautive ne pouvait être objectivement tirée des formulations du parent d'élève dans sa lettre de janvier 2019 qui ne représente qu'un avis subjectif ... Et que sur les autres faits que je reprochais à mon proviseur, il y avait la place pour que, dans les mesures que je ressentais comme vexatoires, il n'y ait jamais eu d'intentionnalité de sa part .
Bref, pour tout le reste, on laissait le tribunal démêler et trancher .
Mais la DRH m'assura qu'elle allait avoir rapidement un entretien avec mon proviseur pour se faire une idée plus claire de la situation, entretien dont elle affirmait déjà qu'il resterait confidentiel quelles que soient ses découvertes ...

Enfin, s'agissant du volet médical de mon dossier, il lui apparaissait que mes souffrances étaient réelles et qu'il ne fallait pas traîner à faire aboutir le traitement du dossier d'accident de travail.

Elle me quitta en me disant de prendre soin de moi sur un ton qui me parut sincère et chaleureux sur le coup, mais que, compte tenu de la suite des évènements, je décrirais aujourd'hui de manière moins bienveillante :

Elle interprétait simplement son rôle dans la grande comédie que l'administration devait jouer. La "façade" de l'institution devait rester propre ... Je m'en expliquerai dans les prochaines chroniques.

Au bilan donc, le seul point véritablement décidé était un refus de m'accorder la rupture conventionnelle ... Et le motif de ce refus valait son pesant de cacahuètes :  à moins d'un an de mon départ à la retraite, le fait que je ne garantisse pas d'obtenir un travail rémunéré en remplacement de mon poste de fonctionnaire, serait la raison officielle de ce refus, alors que  :

1) Le montant minimal d'indemnités de départ couvrait déjà dans mon cas plus d'un an de salaire

2) étant en arrêt maladie des suites d'un accident de service, l’État aurait, même dans le cas de l'acceptation de la rupture conventionnelle, dû assurer  mes revenus, tant que je n'étais pas en situation de travailler ...

3) si je n'avais pas encore de contrat signé, j'avais pourtant bien mentionné la rencontre prochaine avec la responsable du recrutement au sein de l'entreprise "FORPROF" (dont l'activité était principalement la préparation privée au concours CRPE) qui avait retenu mon dossier de candidature et souhaitait vivement me rencontrer !... Ce qui fait que l'admission à la rupture conventionnelle aurait , en fait, entraîné de belles économies à l’État ...

Donc l'argument donné au refus ne pouvait pas être la véritable raison du choix de l'administration ... De là à dire que la véritable raison était moins avouable, il n'y a qu'un pas ... que je fais à pieds joints !

- les crédits alloués à cette mesure pour l'année dans ce Rectorat étaient déjà épuisés ...

-Sorti de l'institution, je devenais "incontrôlable", dangereux... Je n'étais plus assujetti au devoir de réserve ...

-L'argent de l'indemnité m'aurait permis de payer tout de suite un avocat et de lancer la phase pénale de mon dossier comme la phase de recours indemnitaire devant le tribunal administratif pour la réparation des préjudices ...

Ces trois éléments étaient des raisons bien plus objectives de me refuser la protection fonctionnelle, n'est-ce pas ?

Et puis il y a la raison récurrente qui couvre toutes les décisions de l'administration depuis le début de mes réclamations : "l'éteignoir" !...

"Non, Monsieur Rodriguez, vous n'obtiendrez rien de nous ... Surtout pas la prise en considération de votre statut de victime de votre administration, que vous apporterait le fait de nous quitter en claquant la porte ..." . Voilà ce qui m'était signifié par cette décision, ni plus ni moins .

... Mais...  ce sont des choses qui ne se disent pas ... alors, on dit plutôt  qu'on "s'inquiète pour mon avenir professionnel", c'est plus présentable, sans doute !

Le 07/12/2020, je rassemblai mes conclusions  sur cet entretien dans un courrier à la DRH :

lettre à DRH 07/12/2020 (pdf, 132.9 kB)

Comme je l'exprime dans le courrier, je voulais qu'il reste une trace écrite de ce qui s'y était dit... mais aussi et surtout de mon niveau de frustration.

Les tensions étaient loin, très loin, d'être apaisées... quelques chandelles refusaient de s'éteindre ...

L'année 2021, très riche en rebondissements, fera l'objet de la prochaine chronique .

Vous pourrez y accéder dès que le lien ci-dessous sera activé

SUITE du récit

Merci pour votre attention et à la prochaine ...

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