Version numérique de la revue Dedans-Dehors, ce blog informe sur les conditions de détention en France. Il décrypte les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs effets sur le terrain. Il1…
donne la parole aux témoins quotidiens de la prison : les détenus et leurs proches venant au parloir, les professionnels et intervenants en détention (personnels pénitentiaires, médecins, enseignants, associations, chercheurs…). Des informations et paroles qui reflètent une toute autre réalité que celle des faits divers. Cet envers du décor, où se cachent les dégâts et effets contreproductifs de l’approche répressive, dans laquelle médias et politiques ont enfermé le débat public. www.oip.org
Photo de couverture : (c) G. Korganow / CGLPL
Condamné en 2014 dans le cadre d’une affaire de terrorisme et incarcéré, Julien passe trois ans à l’isolement avant de rejoindre la détention normale. Envoyé au quartier d’évaluation de la radicalisation de Vendin-le-Vieil, il est finalement placé au quartier de prévention de la radicalisation de Condé-sur-Sarthe. En 2019, il est libéré, sans véritable accompagnement, mais avec plusieurs mesures de sûreté.
Au 1er septembre, 65 personnes étaient détenues dans des quartiers de prise en charge de la radicalisation (QPR). Objectifs : enrayer la « dissémination » des idées islamistes en les regroupant et en les isolant du reste de la détention et « aboutir à leur désengagement ». À Condé-sur-Sarthe, la seconde ambition est loin d’être atteinte.
Dès lors qu’une personne détenue est étiquetée « TIS » ou suspectée de se radicaliser, le niveau de surveillance dont elle fait l’objet est poussé à son cran maximum. Constamment évaluée, elle bascule dans un monde de suspicion permanente. Un traitement aux effets délétères sur les personnes détenues et une situation inconfortable pour les professionnels, sommés de se muer en auxiliaires du renseignement pénitentiaire.
Si l’administration pénitentiaire semble parfois leur prêter peu d’égards, il est un corps qui considère les évaluations issues des quartiers d’évaluation de radicalisation (QER) avec le plus grand intérêt : la magistrature. Conçues comme un outil pénitentiaire, elles sont ainsi devenues une aide à la décision judiciaire. Un détournement qui n’est pas sans soulever de sérieuses inquiétudes.
Censés orienter la prise en charge des personnes détenues pour une infraction en lien avec le terrorisme ou suspectées de se « radicaliser », les quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) occupent une place centrale dans la communication gouvernementale. Pour l’administration pénitentiaire, il s’agit de montrer qu’elle sait évaluer le danger et y proposer une réponse adaptée.
Entre 2015 et 2018, pas moins de quatre plans d’actions ont été adoptés pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation en prison. Une prolifération qui témoigne des tâtonnements de l’administration pénitentiaire sur la manière d’appréhender ce phénomène. Si la doctrine s’est progressivement affinée et a gagné en cohérence, elle n’est pas sans soulever des problèmes.
L’augmentation du nombre de personnes incarcérées pour des affaires en lien avec le terrorisme et les risques de radicalisation des détenus de droit commun ont, ces dernières années, mis les prisons sous pression.
Limitées en nombre et en moyens, accaparées par la gestion du Covid-19, les équipes soignantes ont dû concentrer leurs interventions en détention sur la gestion des cas les plus graves, au détriment de la continuité des soins. Un défaut de prise en charge qui, comme à l’extérieur, risque d’avoir des conséquences à long terme.
Petits mondes en vase-clos caractérisés par la promiscuité, les prisons pouvaient vite se transformer en foyer épidémique. Les unités sanitaires, en première ligne pour éviter la catastrophe, ont dû mettre en œuvre des protocoles parfois difficilement applicables. Décryptage.
À l’annonce du confinement, le 17 mars, une vague de mouvements de protestation s’empare d’une quarantaine de prisons. Face à ces mobilisations collectives, la Direction de l’administration pénitentiaire revendique la fermeté. Sur le terrain pourtant, certains directeurs tentent d’autres approches, et misent sur le dialogue.