Version numérique de la revue Dedans-Dehors, ce blog informe sur les conditions de détention en France. Il décrypte les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs effets sur le terrain. Il1…
donne la parole aux témoins quotidiens de la prison : les détenus et leurs proches venant au parloir, les professionnels et intervenants en détention (personnels pénitentiaires, médecins, enseignants, associations, chercheurs…). Des informations et paroles qui reflètent une toute autre réalité que celle des faits divers. Cet envers du décor, où se cachent les dégâts et effets contreproductifs de l’approche répressive, dans laquelle médias et politiques ont enfermé le débat public. www.oip.org
Photo de couverture : (c) G. Korganow / CGLPL
Alors que les personnes étrangères bénéficient moins de parloirs que les autres personnes détenues, elles sont aussi limitées dans les possibilités de communication avec leurs proches résidant à l’étranger. Obstacles principaux : le coût démesuré des appels, les lourdeurs logistiques et les contraintes sécuritaires.
En l’absence d’organisation structurelle et de financements conséquents, l’accès aux services d’interprètes professionnels est quasiment impossible en prison. Un dysfonctionnement qui a de lourdes conséquences sur l’accès au droit et aux soins des personnes étrangères détenues.
Pour les non-francophones arrivant en prison, la barrière de la langue amplifie l’isolement et les tensions. Compréhension des règles de la vie carcérale, connaissance de leurs droits, capacité à exprimer des besoins, accès aux activités... Face aux carences de l’administration et à des situations parfois dramatiques, les professionnels et les personnes détenues se débrouillent comme ils peuvent.
Régulièrement convoquée dans l’espace médiatique, la place qu’occupent les personnes étrangères en prison est un vieux marronnier. Lorsque certains dénoncent un système pénal discriminant, beaucoup d’autres y voient les conséquences d’une prédisposition à la délinquance. Cependant, le constat n’en reste pas moins partagé : les étrangers sont sur-représentés derrière les barreaux.
Avocat au Conseil, défenseur des droits, Patrice Spinosi est aussi celui qui porte les actions de l’OIP devant les tribunaux. Il revient ici sur la proposition de loi sur la sécurité globale et sur les risques qu’elle pose en termes d’atteintes au droit et pour la démocratie. Et, plus largement, sur le contexte d’emballement sécuritaire dans lequel elle s’inscrit, et ses conséquences pour les prisons.
Des étrangers incarcérés, on ne connaît que leur surnombre, venant régulièrement alimenter les discours démagogiques de représentants politiques en quête d’attention médiatique. Derrière ces poncifs se cache pourtant une triste réalité : celle d’un public isolé, fragilisé, discriminé. Et bien souvent privé de ses droits les plus élémentaires.
Prononcées lors du jugement ou à l’issue de la peine, les mesures de sûreté ne viennent plus sanctionner des faits commis mais se basent sur une supposée dangerosité. Toujours plus nombreuses, elles semblent pourtant insuffisantes aux yeux du législateur, qui a tenté en août 2020 d’adopter une nouvelle loi. Un empilement de dispositions qui brosse le tableau d’une fin de peine qui n’en est plus vraiment une.
Pourtant gages de réinsertion, les aménagements de peine sont, en matière terroriste, quasi inexistants. Alors qu’ils étaient déjà rarement prononcés, la loi antiterroriste de 2016 est venue aggraver la situation. Au total, c’est toute la philosophie de l’aménagement de peine – et derrière elle, de la préparation à la sortie – qui est remise en cause.
Mehdi souffre d’un retard de développement et de troubles psychiatriques et cognitifs. En lien avec des personnes radicalisées, il est signalé par sa mère au renseignement intérieur. Elle espérait ainsi le protéger mais il est finalement interpellé et placé en détention provisoire. En prison, son état psychique se dégrade de mois en mois. Une aggravation qui se retourne aujourd’hui contre lui.
135 personnes incarcérées pour des faits de terrorisme ou jugées radicalisées étaient placées à l’isolement au 1er septembre. Le quotidien, structuré par de lourdes mesures de sécurité, ne laisse place à aucune prise en charge, et l’absence totale de contacts humains a des effets ravageurs sur les personnes qui y sont confrontées. Un traitement qui, au total, renforce le mal qu’il entend combattre