Retraites à l'Education Nationale: si si, Monsieur Macron, vous êtes «déconnant» !

Lors du « Grand Débat » à Rodez, sur les retraites des enseignants, Emmanuel Macron n'a cessé d'accumuler les contre-vérités ou méconnaissances crasses. Avant de promettre aux enseignants de travailler plus pour une salaire toujours faible. Ebranlé par le suicide de Christine Renon, le corps enseignant saura-t-il accepter de tels propos qui peuvent être vus quasiment comme une provocation ?

Il est une nouveauté dans la République, ces moments où le Président prend à témoin une petite centaine de spectateurs pour répondre prétendument à leurs questions – et saturer, en fait, l'espace médiatique, qui s'empresse de rendre compte des actions d'Emmanuel Macron – sans mettre, trop souvent, en perspective ses réponses.... On l'avait vu avec les Gilets Jaunes, on commence à le voir avec le problème de la Réforme de la retraite par points...

Le tour de France du Président a commencé le jeudi 3 Octobre à Rodez. Et c'est donc le jour de l'enterrement de Christine Renon, la directrice de l'école maternelle Mehul de Pantin qui s'est suicidée récemment sur le lieu de son travail après avoir envoyé une quinzaine de lettres mettant en cause très clairement sa charge de travail, qu'Emmanuel Macron s'est exprimé sur les retraites et salaires des enseignants...

Le verbatim de ses propos circule sur le Net.... Et à un moment, Emmanuel Macron dit : «  Je pense que je suis pas complètement déconnant »

Alors, Monsieur le Président de la République, avec tout le respect que je dois à votre fonction, permettez-moi de vous dire que si.... vous « déconnez ».

Là où vous dites juste, c'est quand vous dites que « le pacte social implicite qu’on a fait, depuis des décennies, dans l’Éducation nationale », c'est : «
 Vous allez vous serrer la ceinture, vous serez mal payés toute votre vie, mais votre retraite elle sera mieux calculée que pour les autres. »

Rien à dire, vous dites juste ( m'avez-vous lue???). Oui, c'était bien le pacte social implicite... que vous avez l'intention de briser...

Pour le reste, j'avoue qu'effectivement vous êtes quelque peu « déconnant »...
Vous dites : « Les niveaux de retraite dépendent [...] de la part d’indemnités, d’heures sup que vous faites en fin de carrière, qui sont plus ou moins prises par votre système de retraite. ». Monsieur le Président, permettez-moi de vous dire que
le système de retraite actuel des fonctionnaires ne prend pas en compte les indemnités. D'ailleurs, les indemnités des enseignants, c'est en moyenne de 7,6% pour les professeurs des écoles titulaires, 15% pour les enseignants du secondaire titulaires... - ce qui est fort peu par rapport aux autres fonctionnaires.

Vous ajoutez : « Mais on est entre 1.000 et 1.200 [de pension de retraite], en moyenne, je pense que je ne suis pas loin de la réalité ». Bac +3 + concours exigeant pendant longtemps et vous ne sursautez pas vous-même au chiffre que vous avancez ?? Vous venez de dire vous-même que les enseignants sont sous-payés pendant toute leur carrière, mais qu'en contre-partie ils ont un système de retraite plutôt favorable, et
vous ne sursautez pas à l'énoncé de ce chiffre ? 1000 euros, 1200 euros ? La pension moyenne, d'après les documents du COR, est de 1760€/mois au régime général pour les mono-pensionnés à carrière complète, de 1710 €/mois à la MSA salarié – et sinon 1190€/mois en moyenne lorsque le régime principal est un régime de salarié du privé, mais pas forcément avec une carrière complète. 1000 euros, 1200 euros ne vous semblent pas indécents ? Vous dites : «  Il y en a qui touchent beaucoup plus, quand ils font des heures sup, quand ils sont agrégés ou autre, il y en a qui touchent un peu moins, je suis peut-être en-dessous de la moyenne mais je suis dans la réalité. ». Non, vous n'êtes pas dans la réalité....

Heureusement, Monsieur Delevoye était là, et vous a démenti ( a-t-il lu mon article?). Vous dites :  « Je lis ce qui m’est donné par le haut-commissaire : 2.600 euros de pension moyenne pour les nouveaux retraités. Les nouveaux retraités de l’enseignement enseignants titulaires, partis en 2017, ont perçu une pension de retraite mensuelle moyenne de 2.600 euros. Cette moyenne de 2.600 euros cache des inégalités entre enseignants du premier degré public et du second degré public. C’est la diversité, ce qui fait, peut-être, que vous ne vous retrouvez pas. A mon avis, 2.600, il faudra me dire comment on les retrouve. Mais moi je pense que, à mes 1.200, je ne suis pas dans le faux. »... Bon, Monsieur le Président, lisez mon article, vous saurez ! Parce que
vous le disiez vous-même : « On dit aux enseignants : « Vous allez vous serrer la ceinture, vous serez mal payés toute votre vie, mais votre retraite elle sera mieux calculée que pour les autres. » ». Eh oui... Sous-payés tout au long de la carrière, mais payés décemment à la retraite. Voici les chiffres de vos services  ( Bilan social du MEN 2018)

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On peut se demander en fait s'il n'y a pas de votre part une certaine volonté de faire penser aux enseignants qu'ils auront déjà, avant la réforme que vous voulez,  une retraite de misère, ce que d'ailleurs fait accroire le site de l'ENSAP qui a été mis en place depuis un an pour les enseignants et sur lequel, s'ils ne sont pas extrêmement vigilants, ils peuvent penser effectivement que leur retraite sera à peu près dans les chiffres que vous énoncez ( vous avez lu mon article?).

Vous ajoutez : « Notre système actuel, il n’est même pas lisible pour les actifs qui sont fonctionnaires et qui devraient pouvoir, dans une carrière où vous n’êtes pas licenciable et donc vous, vous devriez pouvoir calculer votre retraite, ça veut dire qu’un enseignant aujourd’hui de la fonction publique d’État, il sait pas calculer sa retraite, et il a peur. » Ah, mais non, les enseignants n'ont pas peur ! Le système actuel est transparent ! Et plus de 80 % des enseignants ont une carrière linéaire, quasi-exclusivement consacrée à l'Education Nationale. Et donc leur retraite, actuellement est très très claire. Avez-vous lu mon article ?

 © Pascale Fourier © Pascale Fourier
Vous dites : « 
Si je le passe au nouveau système qui est tout au long de la vie, tous les enseignants seront lésés. »... Je ne vous le fais pas dire ! Au bas mot, 30% de retraite en moins. Vous aviez lu mon article ?
 © Pascale Fourier © Pascale Fourier

Mais c'est là, que les enseignants vont devenir inquiets... : «  Il faut dire comment on fait mieux progresser la carrière, comment on paie mieux, comment du coup, parce qu’on paie mieux,
peut-être on change aussi le temps de travail, la relation au travail »...La relation au travail.... Vous ne traîteriez pas les enseignants de feignasses, tout de même,...parce que l'investissement dans le travail, c'est Christine Renon, c'est Frédéric Boulé, c'est Laurent Gatier, - et tant d'autres qui ne se sont pas suicidés, eux, depuis le 1° Septembre, mais sont investis corps et âme pour leurs élèves... « Comment [..]on change le temps de travail ».....Si si, vous traîtez les enseignants de feignasses, supposant qu'ils ne travaillent pas assez et qu'on peut encore ajouter une charge sur leur dos alors même que les services du Ministère savent déjà les risques psycho-sociaux très élevés des enseignants ( vous n'avez pas lu mon article?)...Et sans les augmenter : « Si je revalorisais, comme je veux le faire, l’ensemble des enseignants…Quand on parle de l’Éducation nationale dans notre pays, on parle d’un million de fonctionnaires. C’est le premier employeur du pays. Si je voulais revaloriser comme ça, c’est dix milliards ! Je vais pas mettre dix milliards demain ! ». Travailler plus pour gagner pareil, c'est-à-dire peu, et se faire laminer à la retraite... Heureuse perspective, pour les enseignants...

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Les enseignants vous ont-ils bien compris ?
Ils sont 800.000....


VERBATIM DU GRAND DEBAT DE RODEZ – Jeudi 3 Octobre – partie concernant les enseignants. ( Merci à Ali Devine, via Facebook)

Réponse (à partir de 3 h 12’ 10’’, le décalage étant dû au fait que le président prend plusieurs questions et les traite à la suite les unes des autres).

« Les niveaux de retraite dépendent beaucoup, si vous êtes prof, capétien, agrégé ; à quel moment de votre carrière vous êtes parti, etc. Je ne prenais pas le niveau classique, je prenais un niveau de référence, qui n’est pas à mon avis délirant. Parce que quand vous êtes prof, ça dépend de la part d’indemnités, d’heures sup que vous faites en fin de carrière, qui sont plus ou moins prises par votre système de retraite. Mais on est entre 1.000 et 1.200, en moyenne, je pense que je ne suis pas loin de la réalité. (Remarque inaudible dans le public) On pourra vérifier. Est-ce qu’on a les chiffres, M. le haut commissaire ? (Il se tourne vers J.-P. Delevoye) On va vérifier. Et puis il y en a qui ont plus, ça dépend, quand ils finissent agrégés..

Aujourd’hui sur l’ensemble du corps enseignant, le système actuel est un système que je considère comme insatisfaisant. Parce que la carrière progresse peu. Parce que la carrière -et moi j’ai une pensée pour votre collègue directrice d’école qui a commis le pire, soumise au stress, etc, dans une situation abominable. Parce qu’il y a des fonctions d’encadrement qu’on ne reconnaît pas assez. Et en quelque sorte, le pacte social implicite qu’on a fait, depuis des décennies, dans l’Éducation nationale, c’est de dire :Oui, c'est bien Et puis aussi, avec certains autres -c’est pour ça aussi qu’il y a de grandes diversités dans le corps enseignant, ça dépend si vous faites des heures sup ou pas, lesquelles sont maintenant défiscalisées et peuvent créer des variations de revenus importantes au sein du corps enseignant. Ça c’est un peu le pacte social du corps enseignant.

Ce pacte-là ne correspond plus à la réalité et à ce qui est souhaitable. Je le dis très sincèrement. Et c’est pourquoi, les enseignants comme d’autres professions, je ne peux pas leur dire du jour au lendemain, « Vous allez passer dans le nouveau système. » Parce que leur système est calculé sur les six derniers mois. Si je le passe au nouveau système qui est tout au long de la vie, tous les enseignants seront lésés. Donc le passage au nouveau système pour les enseignants ne peut aller qu’avec une transformation de la carrière. Repenser la carrière dans toutes ses composantes. Et c’est pour ça que j’assume dans certaines catégories qui sont très spécifiques, d’avoir un temps de transition qui peut être plus important, parce qu’on doit penser la dynamique salariale et de la carrière.

(Il s’interrompt et prend le téléphone que lui tend J.-P. Delevoye) Je vais me corriger tout de suite, en direct. (Il lit) Mais ça c’est pour les enseignants ou pour tous les retraités ? (Explication inaudible de J.-P. Delevoye) Je lis ce qui m’est donné par le haut-commissaire : 2.600 euros de pension moyenne pour les nouveaux retraités, les nouveaux retraités de l’enseignement enseignants titulaires, partis en 2017, ont perçu une pension de retraite mensuelle moyenne de 2.600 euros. Cette moyenne de 2.600 euros cache des inégalités entre enseignants du premier degré public et du second degré public. C’est la diversité, ce qui fait, peut-être, que vous ne vous retrouvez pas. A mon avis, 2.600, il faudra me dire comment on les retrouve. Mais moi je pense que, à mes 1.200, je ne suis pas dans le faux. (Une personne dans le public donne des explications inaudibles, le président l’écoute) Ah ! 1.140 euros. Vous étiez enseignante ? Donc je ne suis pas dans le faux. Madame était enseignante, elle est à 1.140. Bon ! Ça me rassure. Donc, quand je vous disais 1.200 euros, j’étais pas dans le délire.

Non mais c’est important parce que, là on parle de beaucoup de chiffres, je veux quand même clarifier les choses pour vous. Madame elle me dit : « On va prendre les 25 meilleures années. Quand vous êtes dans le privé, comme vous (il pointe une personne du public), on va prendre les 25 meilleures années, mais sur ces 25 meilleures années, ce sera 50 % du salaire de référence. Quand vous êtes dans le public, on prend vos six derniers mois, et c’est 75 % du salaire. » C’est ça la grande différence, qui crée aussi des inégalités, qui fait que plus personne ne s’y retrouve. Ça c’est le système actuel. Et quand je regarde le salaire de fin de carrière des professeurs, il y a beaucoup de variation, mais que je vous dis que je suis autour de 1.100, 1.200 euros, je pense que je suis pas complètement déconnant. Par rapport à une fin de carrière d’un prof. Il y en a qui touche beaucoup plus, quand ils font des heures sup, quand ils sont agrégés ou autre, il y en a qui touchent un peu moins, je suis peut-être en-dessous de la moyenne mais je suis dans la réalité. Et votre voisine le montre.

Donc, premier point, vous me disiez « 1.200 euros, j’y crois pas du tout », ça montre bien que notre système actuel il n’est même pas lisible pour les actifs qui sont fonctionnaires et qui devraient pouvoir, dans une carrière où vous n’êtes pas licenciable et donc vous, vous devriez pouvoir calculer votre retraite, ça veut dire qu’un enseignant aujourd’hui de la fonction publique d’État, il sait pas calculer sa retraite, et il a peur. Premier point. Alors moi comment je vais essayer de vous rassurer ?

D’abord en vous disant : tout le monde passe au même système : visibilité, transparence. Deuxième point en vous disant : ce pacte social que je décrivais pour les enseignants, on ne va pas y mettre fin du jour au lendemain. Donc on va se donner du temps, comme d’ailleurs pour certaines professions médicales que j’évoquais et pour les policiers, pour les gendarmes, on doit se donner du temps parce qu’on doit repenser la carrière. Moi ce que je veux qu’on fasse -sur cinq - dix ans ! Là aussi, ça n’est pas quelque chose qui se fait en six mois, hein. Si je revalorisais, comme je veux le faire, l’ensemble des enseignants… quand on parle de l’Éducation nationale dans notre pays, on parle d’un million de fonctionnaires. C’est le premier employeur du pays. Si je voulais revaloriser comme ça, c’est dix milliards ! Je vais pas mettre dix milliards demain ! C’est vos impôts, hein ! Ou c’est le déficit, c’est la dette pour nos enfants.

Donc. C’est investir sur notre éducation, faut repenser la carrière. Ça veut dire qu’il faut qu’on arrive à ce que la carrière progresse davantage. Qu’on ait un vrai dialogue avec l’ensemble des enseignants et leurs représentants. Il faut dire comment on fait mieux progresser la carrière, comment on paie mieux, comment du coup, parce qu’on paie mieux, peut-être on change aussi le temps de travail, la relation au travail, et je pense que les enseignants de votre génération ils sont tout à fait prêts -et ils le font d’ailleurs, bien souvent, hors du temps scolaire, d’accompagner les jeunes différemment, que ce soit valorisé, que ça puisse être demandé aux enseignants. Que le métier change. Qu’on regarde aussi les périodes de vacances, par rapport aux autres. Et puis qu’on pense sa carrière, en valorisant beaucoup plus qu’on ne le fait aujourd’hui les périodes d’encadrement. Aujourd’hui quand vous êtes directeur dans le primaire, directeur de collège, c’est terrible ! C’est sous-valorisé. Ça crée des situations de stress très dures. Donc, qu’on valorise mieux cela.

Et puis qu’on intègre aussi qu’à des moments de la carrière, eh bien, on ne doit plus être devant des élèves. Parce que, si on dit tous « On doit travailler un peu plus longtemps », en bien je suis désolé, mais il se trouve que je connais bien votre métier, j’ai une grand-mère qui (?) a passé sa vie dedans et j’ai une épouse qui a fait votre métier, c’est pas vrai qu’on peut être jusqu’à 65 ans devant des élèves de manière innocente. Ça dépend après des tempéraments, ça dépend des classes qu’on a face à soi, ça dépend de la réalité du… mais quand on est dans une situation difficile, on a des gamins turbulents, bah à 55 ans on en a marre, on est usé. Donc il faut pouvoir avoir un job en rectorat, ou dans des fonctions où on sera moins exposé aux élèves. Il y a des endroits où c’est beaucoup plus plaisant, les profs ont des classes plus réduites, ça se passe mieux, ça ça s’apprécie, ça s’appelle gérer une carrière, ça s’appelle faire de la gestion des ressources humaines. On l’a fait insuffisamment, on doit le réinventer. Ça veut dire donc valoriser les carrières, valoriser l’évolution de la carrière différemment, le prendre en compte, pour permettre aux enseignants de rentrer dans le système et que les retraités du système de demain se retrouve au même niveau que les retraités du système d’aujourd’hui, mais avec une carrière plus intelligente.

Parce qu’aujourd’hui, il est pas bon le système. Où on dit aux enseignants, « Vous allez vous serrer la ceinture, vous serez mal payés toute votre vie, mais votre retraite elle sera mieux calculée que pour les autres. » On n’est plus dans un monde où les gens acceptent ça. Donc, sur ces sujets, ce que je veux qu’on fasse, c’est qu’on ouvre en fait une vraie concertation, qui va permettre de penser la carrière, l’investissement qu’on fait, et du coup le temps de transition. Et au fond on fera converger tout le monde vers le nouveau système, à mesure qu’on arrive à avoir une carrière qui corresponde à un système qui est plus juste.

Voilà. Mais on va le faire en transparence. Je vous dis là mes convictions, mes intuitions, parce que votre question était très directe. Je corrige peut-être aussi des a priori qu’on peut avoir anxiogènes qui sont faux. Mais ça, ça va être un des objets de discussion. Et moi j’assume que sur quelques professions qu’on a évoquées ce soir, on se donnera le temps, parce que ce sont des professions où il faut en fait changer le travail pour permettre de passer au nouveau système de retraite. »

 

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