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Demande de retrait de la psychanalyse de l'institution judiciaire : "Tribune contre tribune".

À propos du blog
(Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés). * Tout récemment, une tribune de "L'OBS", et signée par soixante psychiatres et psychologues appelle au retrait de la psychanalyse de l'institution judiciaire française. En réaction, une autre tribune, également sur "L'OBS", et signée par des psychanalystes, développent une série d'arguments à l'encontre de cette requête. Ce billet a pour objectif de démonter qu'aucun des arguments développés par les psychanalystes signataires n'est recevable, et en particulier en ce qui concerne la scientificité de la psychanalyse. * Citons quelques propos essentiels des psychanalystes signataires de leur tribune : 1. "La psychanalyse est une science à part entière". 2. "Il existe des « sciences conjecturales ». Entre autres, l’économie et les sciences politiques. Ces dernières ne s’appuient que sur leur propre épistémologie, et sur des algorithmes performatifs… Ceux qui nous contestent prétendraient-ils interdire l’enseignement des sciences conjecturales à l’université, sous prétexte qu’elles ne disposent pas des mêmes critères que les « sciences expérimentales » ?" 3. "Il faut ajouter que la psychanalyse n’est pas une science conjecturale. Sa méthode est d’abord expérimentale : elle est strictement cadrée sur ce que dit un patient singulier". 4. "Cette méthode, du divan et du fauteuil, libère la parole." 5. "La mise en série d’un grand nombre de patients dégage des invariants, réguliers et classifiables : névroses, psychoses ou perversions." 6. "Ces résultats permettent de faire des diagnostics, des pronostics et d’orienter la thérapeutique. La psychanalyse est donc une science à part entière." 7. "Elle n’a cessé de s’améliorer en fonction de ses résultats, selon les exigences rigoureuses de Karl Popper." * Nous reprendrons maintenant, point par point, chacune des affirmations des psychanalystes signataires de cette tribune. 1. Toute la psychanalyse, d'hier jusqu'à aujourd'hui se fonde indiscutablement sur un engagement ontologique intenable, absurde, et foncièrement anti-scientifique. Cet engagement ontologique est la croyance ou même la "foi inébranlable" (Sigmund Freud) en un déterminisme psychique inconscient, mais prima faciae absolu en ce qu'il exclurait tout hasard et tout non-sens dans toute causalité psychique inconsciente. (Voir, "Psychopathologie de la vie quotidienne", chapitre 12 ; "Cinq leçons sur la psychanalyse", troisième leçon ; "Introduction à la psychanalyse"). Par les engagements ontologiques, ceux qui projettent d'implanter une nouvelle science dans la société formulent des énoncés métaphysiques tenant lieu de conjectures sur la possible existence de l'objet de recherche sur lequel ils pensent avoir de bonnes raison de croire en la réalité, même s'ils n'ont pas encore "vu" cet objet de manière empirique ou si aucun test expérimental n'a encore pu être effectué. Ainsi, Karl Popper démontre notamment dans "Conjectures et réfutations" que la plupart des sciences de la Nature ont toute débuté par des conjectures métaphysiques. Par conséquent, ceux qui projettent de "faire science" sur la base d'un tout nouveau objet de recherche, et n'ayant encore aucune preuve expérimentale de l'existence réelle de cet objet, sont obligés d'en passer par des conjectures métaphysiques, même si ces dernières ne sont pas encore testables, donc ne peuvent être qualifiées, selon Karl Popper, de "scientifiques". En conséquence, dans leurs premières conjectures métaphysiques, doivent apparaître des hypothèses sur la façon dont pourrait être déterminé, (par quels type de lois ; lois causales ? ; lois probabilistes ?), le futur objet "scientifique" sur lequel porteraient ultérieurement des tests expérimentaux. En d'autres termes, apparaissent nécessairement dans ces conjectures une prise de position des chercheurs sur le déterminisme : quel type de déterminisme doit être affilié à notre objet de recherche ? Un déterminisme absolu équivalent à la certitude dont excluant toute possibilité de hasard et d'imprécision relativement aux potentialités descriptives, explicatives et prédictives des lois causales que l'on croit inhérentes à l'objet de recherche ? Ou un déterminisme relatif, relativement au fait qu'il est totalement impossible non seulement d'éliminer l'imprécision dans tout type de conditions initiales constitutives de tests expérimentaux, dans toute mesure empirique, (Cf. Karl Popper. "La logique de la découverte scientifique". Section 37 : Domaines logiques. Notes sur la théorie des mesures), et bien entendu, dans tout type de lois universelles, puisqu'elles ont nécessairement, toutes, la forme logique d'énoncés universels au sens strict, en science, et ne peuvent avoir celle d'énoncés universels au sens numérique (comme le croyait, à tort, Passeron, en pensant que cette condition était suffisante pour garantir la scientificité de la sociologie de Pierre Bourdieu). Ces énoncés universels au sens strict sont tous logiquement invérifiables parce qu'ils ne peuvent être limités dans le temps, mais potentiellement réfutables, (il est possible de déduire linguistiquement un énoncé particulier susceptible de constituer un cas "interdit" par ce type d'énoncés. Par exemple, l'énoncé universel "tous les cygnes sont blancs", interdit l'existence de cygnes non blancs). Or, l'affirmation arbitraire par Sigmund Freud d'un déterminisme prima facia absolu, interdit, rend inutile tout recours à l'expérience, c'est-à-dire à la méthode expérimentale. Et Karl Popper, dans son livre "L'univers irrésolu. Plaidoyer pour l'indéterminisme" démontre avec des arguments logiques autant indiscutables qu'accablants, pourquoi il est totalement impossible qu'un quelconque prédicteur puisse réussir un projet de description qui remplirait les exigences (impossible à assumer) d’un déterminisme prima faciae absolu, donc sans aucun risque d'erreur, d'imprécision, ou en éliminant tout hasard. De tels projets de descriptions (beaucoup trop) déterministes sont impossibles à réaliser dans les faits parce que, comme nous l'avons dit plus haut, Popper démontre l'impossibilité totale d'accéder à la précision absolue dans tout type de mesure empirique, d'une part, et, d'autre part, parce qu'une erreur aussi minime qu'elle puisse être identifiée dans le résultat du projet de description de notre prédicteur le priverait du droit de plaider que les conditions initiales n'étaient pas "suffisamment précises" étant donné ses revendications premières "d'absolu", ou d'élimination de l'imprécision donc du hasard... En somme, la type de déterminisme choisi par Sigmund Freud pour toute la psychanalyse, fut et reste encore bien plus laplacien que la célèbre hypothèse de Pierre Simon Laplace avec son fameux "démon". Alors que Laplace avait envisagé son hypothèse prudemment, à titre métaphysique ; Sigmund Freud, en croyant le rendre opérationnel, effectif, par la technique de l'interprétation des associations dites "libres" a fait de la psychanalyse un archétype de pseudo-science diamétralement opposé à la possibilité de l'engager dans la voie de la science. Pourquoi ? Parce que ce type de déterminisme, beaucoup trop strict et qui plus est "a priori", fait verser justement la psychanalyse dans l'apriorisme dogmatique, voire la pensée magique, comme le remarquaient déjà Claude Lévy-Strauss puis Timpanaro cités à ce propos par Jacques Bouveresse dans son livre : "Mythologie, philosophie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de freud". Puisque à cause de cette forme délirante (...) de déterminisme, "tout est certain a priori", tout recours à de reélles mises à l'épreuve expérimentales est inutile et même impossible. Parce une sous-classe de "falisificateurs potentiels" de la théorie de l’inconscient de la psychanalyse est exclue totalement et définitivement. Il ne reste plus que la sous-classes des énoncés permis par la théorie, donc de tous les "faits" lisibles à partir de ce qu'elle énonce a priori, autrement dit, la voie erronée et illimitée des biais de confirmation d'hypothèses (lesquelles, comme on le voit, n'en sont pas du tout, mais sont au contraire, ne sont que des dogmes, des "vérités révélées" sans aucune possibilité réelle de mise à l'épreuve). Il ne peut plus exister strictement aucun type de fait, (pensée, motivations, désirs, rêves, représentations, lapsus, comportements, créations, etc., etc., etc.) qui ne puisse être englobé, interprété, expliqué, décrit, a priori par la théorie de l'inconscient de la psychanalyse, fondée sur une telle version (aprioriste et absolue) du déterminisme. La théorie de l’inconscient devient donc en psychanalyse, une théorie “explique tout”. Mais une théorie qui “explique tout”, n’explique plus rien du tout, parce que pour qu’une théorie soit explicative, il faut qu’elle puisse exclure a priori certains faits. La psychanalyse est donc condamnée à ne faire que des biais de confirmation d'hypothèses, et le psychanalyste à procéder uniquement à des interprétations le plus souvent douteuses sinon même farfelues, à user d'un symbolisme qui ne l’est pas moins, de sophismes post hoc ergo propter hoc, de la théorie erronée de l'induction, bref, tout ce qui s'oppose à une méthode scientifique rigoureuse et digne de ce nom. Mais citons le psychanalyste Pierre-Henri Castel : "Mais quels que soient les aspects étranges que présentent les actes manqués et leurs corrélats, il reste que le déterminisme psychique qu'ils illustrent, s'étendant à tant de manifestations différentes, paraît changer de nature. Il se métamorphose en principe métaphysique. Car pour la science, on l'a dit, il se résume à affirmer que si tel phénomène est donné, alors tel autre suit, selon telle loi. Son expression est donc conditionnelle. En outre, la nécessité de l'enchaînement est manifestement une nécessité pensée, et introduite du dehors dans les phénomènes par le jeu des hypothèses et de leurs confirmations empiriques. Mais que se passe-t-il, quand rien n'échappe, dans le réel même des connexions mentales, aux lois d'un inconscient déterministe? La conditionnalité de l'enchaînement disparaît: tout est déterminé de façon fatale, au sens où la succession des causes et des effets ne peut nulle part être réorientée dans un sens ou dans un autre. Notre sentiment de spontanéité ne pèse alors pas plus lourd, selon le mot de Kant, que l'opinion d'un tourne-broche sur sa liberté d'action. Il est difficile, ainsi, de concilier l'ambition déterministe, donc la réalité de lois causales contraignantes dans la vie psychique (y compris dans ses manifestations ordinairement considérées comme contingentes), et l'idée d'une guérison de la névrose qui remettrait entre les mains du malade quelque chose, un mécanisme sur lequel il pourrait agir, en opérant les choix (moraux ou esthétiques) dont Freud parlait la veille. " (http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm). La version du déterminisme choisie par Freud a donc fait de toute la psychanalyse d'hier à aujourd'hui, (puisque les psychanalystes n'ont pas abandonné la prétendue "méthode" du divan, ou "du fauteuil"), un projet scientifique et thérapeutique qui ne pouvait qu'échouer avant même d'avoir pu commencer. 2. A propos des sciences dites "conjecturales", voici justement ce qu'en pensait Karl Popper : « On ne peut pas répondre de façon globale. Je crois qu’il faut admettre qu’elle l’est parfois, ou pour partie. Il faudrait ajouter que certaines parties ne sont pas réputées scientifiques, puisqu’elles ne satisfont pas au critère de la testabilité, mais qu’elles ne répondent pas à ce critère parce qu’elles sont trop complexes. Le plus souvent, en fait, on ne peut pas savoir. Dans certains cas, la complexité n’est qu’une excuse – fût-elle recevable – pour échapper aux tests. Quoi qu’il en soit, on peut discuter sur le statut scientifique de l’économie : cela ne changera rien au fait que les théories économiques ne contribuent que faiblement à la résolution de nos problèmes pratiques au quotidien. » (https://www.persee.fr/doc/rfeco_0769-0479_1986_num_1_2_1117). 3. Prétendre que la psychanalyse est soi-disant une science expérimentale parce qu'elle serait "strictement cadrée sur ce que dit un patient singulier" ne permet pas d'éviter ces questions épistémologiques : A partir de quoi, de quelles théories universelles (de l'inconscient) qui aient pu être testées de manière empirique, extra-clinique et dont les conditiions initiales puis les tests ont pu être reproduits et contrôlés par d'autres, ce "cadre" psychanalytique d'investigation des patients s'appuie-t-il ?... Comme nous l'avons démontré plus haut, (et comme permet de le démontrer Karl Popper), il est totalement impossible qu'étant donné le type de déterminisme spécifique à la psychanalyse et sans lequel le psychanalyste ne pourrait avoir la prétention d'appréhender des "associations libres" (donc sans lequel la psychanalyse ne serait pas "la psychanalyse"...), que l'une quelconque de ses théories fondamentales (l'inconscient, le refoulé inconscient, la censure inconsciente) puisse être étayée sur des preuves. Il n'est pas possible de tester des théories qui prétendent être fondées sur un version aussi stricte et aprioriste du déterminisme. C'est pour toujours, interdit par la logique. Tout ce que peut faire le psychanalyste, ce n'est que relever des "faits" à la lumière du dogme non prouvé et non prouvable de la théorie de l'inconscient spécifique à la psychanalyse. Et ne parlons pas du nécessaire recours à la suggestion et d'autres procédés de manipulation mentale ou de soumission, comme l'a superbement mis en évidence Nathan Stern dans son livre, "La fiction psychanalytique", ou encore Jacques Van Rillaer, Mikkel Borch-Jacobsen, etc. 4. Lors de la cure analytique, le "chercheur" (psychanalyste) est constamment en contact avec son "objet" de recherche. Il n'y a strictement aucun moyen technique pour garantir qu'il puisse éviter d'être constamment, juge et partie. En aucun cas, la situation du "divan" ne peut être une situation épistémiquement valide d'administration d'une preuve expérimentale indépendante pour l'une quelconque des théories de la psychanalyse. D'ailleurs Sigmund Freud justifiait dès les premières pages "d'Introduction à la psychanalyse", d'exclure tout témoin indépendant, et que la psychanalyse ne pourrait se connaître, écrivait-il que par... "ouïe-dire"... (La messe était dite). 5. La méthode inductive consistant à croire que l'on peut "vérifier" des lois universelles ou des "invariants" à partir de cas particuliers qui seraient soi-disant "observés" ou "tomberaient sous le sens", sans l'apriori d'un préjugé théorique qui permet justement de les relever, n'est pas valide, n'a jamais été valide, et ne le sera jamais. (Karl Popper). La méthode inductive, aussi sophistiquée soit-elle n'est qu'un mythe dans la théorie de la connaissance, elle ne permet pas d'aboutir à la moindre preuve valide, et elles n'est certainement pas la méthode des sciences expérimentales qui elle, repose entièrement sur une méthode hypothético-déductive de contrôle (Karl Popper). Mais ce contrôle doit être collégial, extra-clinique, intersubjectif, reproductible, et indépendant de toute procédure où le ou les chercheurs puissent être "juges et parties". 6 et 7 : En conclusion, jamais la psychanalyse ne fut une science, elle n'en est toujours pas une, et dans l'état où elle se trouve, elle ne peut rigoureusement pas en être une. Les psychanalyste pensent à tort que le critère de démarcation de Popper se limite à la réfutabilité. Mais ils ignorent que le tout un chacun formule sans arrêt des énoncés réfutables dans la vie courante. Cela fait-il de lui un "scientifique" ? Voilà plutôt en quoi consiste la réfutabilité scientifique selon Popper : une théorie peut être qualifiée de “scientifique”, si et seulement si elle est réfutable à trois niveaux : 1. logique ; 2. empirique ; 3. méthodologique. Ces trois niveaux de réfutabilité sont par ailleurs tous chronologiquement nécessaires mais toujours insuffisants : la mise à l'épreuve scientifique d'une théorie, ne peut, selon Karl Popper, jamais garantir qu'une corroboration ou une réfutation qui y aboutit puisse être concluante, c'est-à-dire définitive. Elle ne peut donc jamais être absolue, (ou certaine), mais toujours relative à des tests, lesquels sont eux-mêmes relatifs, (et non absolus), à cause de l'insoluble problème concernant l'accès à une définition parfaitement précise de toute mesure empirique, ainsi que de l'inévitable mise en jeu de la subjectivité dans tout travail de recherche, fut-il scientifique. Sur ce dernier point, Karl Popper affirme en effet que : "La science est faillible, parce qu'elle est humaine". 1. La réfutabilité logique : · La première condition pour accéder à la réfutabilité scientifique, telle que l'envisage Karl Popper, est donc la réfutabilité logique : il faut, pour commencer, qu'une théorie soit réfutable en ce sens-là, c'est-à-dire qu'elle possède une classe non vide de "falsificateurs potentiels". Autrement dit qu'il soit possible d'inférer à partir de sa formulation initiale un ou plusieurs énoncés particuliers (énoncés de base) qui puissent éventuellement la contredire, ou en montrer la fausseté, totale, ou partielle, ou l'incomplétude de ses pouvoirs de description, mais de façon inédite. 2. La réfutabilité empirique : · Ensuite, il faut que la mise à l'épreuve d'un énoncé de base, déduit de la théorie que l'on souhaite tester par son intermédiaire, soit effectivement, (empiriquement), possible, (il s'agit de la réfutabilité empirique) : l'on doit pouvoir créer des conditions initiales de testabilité pour contrôler la confirmation ou l'infirmation empirique de l'énoncé de base testé. En cas d'infirmation, la théorie est corroborée, (la mise à l'épreuve à échoué à réfuter la théorie), et en cas de confirmation, elle est réfutée. 3. La réfutabilité méthodologique : · Il faut enfin que le test soit reproductible par d'autres chercheurs, afin de démontrer l'aspect non accidentel et le plus détaché possible de toute subjectivité liée aux expérimentateurs, comme par exemple certaines erreurs dans la manipulation des conditions initiales, ou même des tricheries. Cette troisième étape est la réfutabilité méthodologique, et Karl Popper soutient que son critère de démarcation doit se comprendre comme un critère de démarcation méthodologique. Cependant, puisqu'il est rigoureusement impossible de définir a priori ou a posteriori par rapport à un test, des conditions initiales avec n'importe quel degré de précision souhaité, il reste qu'aucun test scientifique ne peut jamais être suffisant pour décider avec certitude qu'une réfutation ou une corroboration soit concluante dans le sens où elle apporterait une vérité absolue et définitive, (l'accès à la définition de toute mesure empirique qui serait parfaitement précise étant, à jamais, totalement impossible). Il ne peut donc jamais y avoir de prétendu accès à la certitude dans aucun résultat véritablement scientifique, ni plus généralement dans aucune connaissance relative à la Nature, nature humaine comprise. * Le « jeu de la science » est logiquement sans fin. L'inévitable imprécision des résultats des tests, donc leur corrélative faillibilité alliée au fait qu'il est tout aussi impossible d'éviter complètement l'introduction d'éléments de subjectivité, rend le travail scientifique, (et les résultats qu'il produit), toujours critiquable, donc toujours potentiellement renouvelable ou heuristique : puisque tout test scientifique est imparfait ou "imprécis", il est toujours envisageable de supposer l'existence d'erreurs dont la résolution serait source de découverte d'un accroissement des connaissances. En outre, cette imperfection inhérente à tout test scientifique peut constituer cette part de l'inconnu qui soit éventuellement connaissable par la mise à l'essai de nouvelles conditions initiales d'expérimentation. L'univers de la vraie science ne peut donc être un univers clos, mais "ouvert". Il ne peut reposer sur des bases solides, (ou "ultimes". Karl Popper), mais « sur des pilotis toujours mieux enfoncés dans la vase ». Et une science comprise au sens de Karl Popper ne peut jamais être "vraie"(au sens de la vérité certaine), mais toujours incomplète, imprécise, non suffisante, donc "fausse" par rapport à la vérité certaine, laquelle demeure pour Karl Popper une "idée directrice" et métaphysique mais également nécessaire pour les progrès de la recherche scientifique. En somme, un science qui se dit "vraie", (au sens de la vérité certaine), ou qui est défendue comme telle, n'en est pas une. Une “science” qui se prétend fondée sur un déterminisme absolu prima faciae, (avant toute mise à l’épreuve valide), ne peut en être une, et une science qui se dirait fondée sur un déterminisme post faciae (après des tests), cesse d’en être une. Seule une science qui est "fausse" peut toujours demeurer en tant que telle et faire évoluer les classifications des phénomènes qu'elle a déjà corroborées par des tests, parce que sa fausseté toujours démontrable est la condition sine qua non qui justement ouvre la voie de l'heuristique, autrement dit la possibilité de découvrir de nouveaux problèmes scientifiques. L'on rétorquera que les mathématiques, pour l'ensemble des savoirs que cette discipline propose sont "vraies", et même "certaines". Il ne reste plus alors, qu'à convoquer le jugement d'Albert Einstein lui-même, lequel écrira : "si la mathématique est certaine, elle ne s'applique pas à la réalité, et si elle n'est pas certaine, alors, elle s'applique à la réalité". C'est la raison essentielle selon laquelle, le "jeu de la science" est logiquement sans fin. A cela, un psychanalyste comme Jacques Alain Miller rétorqua que la psychanalyse était une "théorie infinie". Mais, se doutait-il vraiment qu'une telle affirmation sur la psychanalyse prêtait justement le flanc de manière parfaite à la contestation de sa réfutabilité ? En effet, puisque la psychanalyse n'a jamais été et n'est toujours pas réfutable scientifiquement, la sous-classe de ses falsificateurs potentiels demeure, quoiqu'en disent les psychanalystes, désespérément vide. Ce qui implique qu'il est toujours possible de sauver la théorie par un moyen rhétorique ou un autre, par une interprétation ou une autre. Par conséquent, (et comme l'affirma Jacques Alain Miller), il est effectivement possible de trouver, à l'infini (...), des confirmations de la psychanalyse toujours potentiellement lisibles à la "lumière" de l'un ou l'autre de ses fondements théoriques, (comme "l'inconscient", ou le "refoulé inconscient"), autrement dit des biais de confirmation d'hypothèses, (quoiqu'il s'agisse surtout de dogmes ou de vérités révélées), lesquels ne peuvent en toute rigueur jamais faire office d'authentiques résultats de mises à l'épreuve qu'aurait subi la psychanalyse en conformité avec les propositions méthodologiques de Karl Popper. * Une quête impossible : la réfutabilité scientifique de la psychanalyse. Le refus d'accréditer une quelconque scientificité à la psychanalyse n'est donc pas la "pire injure" qui lui aurait été faite au cours de son histoire comme le revendique Elisabeth Roudinesco. C'est plutôt l'affirmation de sa scientificité qui est un mépris non feint pour les arguments rationnels et indiscutables de l'épistémologie fondée sur la logique, affirmation et mépris qui confinent au charlatanisme lorsqu'ils servent d'arguments d'influence et de propagande auprès du public et en particulier auprès des usagers. S'ajoute à la réfutabilité méthodologique le fait qu'un test ne peut être reconnu comme "scientifique" « que s'il est déductible d'une tradition de recherche déjà reconnue comme scientifique par des institutions », (et encadrée par ces dernières), d'une part, et, d'autre part, que si les expérimentateurs ont eux-mêmes des compétences reconnues et contrôlées par de telles institutions. Il reste enfin que quelle que soit la valeur d'une réfutation ou d'une corroboration, c’est, in fine, toujours la communauté des chercheurs qui prend la "décision méthodologique" d'accepter ou de rejeter les résultats des tests, après discussion critique sur la validité des méthodes ainsi que leur usage qui ont mené aux résultats. La réfutabilité scientifique est en somme, selon Karl Popper, toujours le fruit d'un travail collégial et contrôlé, lequel ne devrait, en principe, jamais échapper à ce qu'il nomme, "le rationalisme critique". Il s'en suit que la science ne procède donc jamais d'un travail isolé ou privé, voire même d'un groupe d'individus qui ne pourrait justifier que leur démarche soit inscrite dans une tradition qui les précède, (y compris depuis les prémisses de leur activité, c'est-à-dire les premières conjectures métaphysiques constitutives des engagements ontologiques ayant permis de fonder leur projet "scientifique"), et en l'absence d'une divulgation de leurs méthodes. Et nous pouvons en conclure avec Karl Popper que ce qui fait la valeur scientifique d’un corpus théorique quelconque, ce sont bien plus les méthodes employées que les résultats. Une science authentique se caractérise donc avant tout par les méthodes objectives qu’elle met en oeuvre en usant toujours d’une sorte de “veille épistémologique” pour se garantir de toute intrusion du subjectivisme, par conséquent de ce qui est diamétralement opposé à ce que furent les “méthodes” (...) de Sigmund Freud, de Jacques Lacan, ou de l’immense majorité de la gent psychanalytique y compris jusqu’à aujourd’hui, où force est hélas de constater par l’un des derniers reportages de Sophie Robert, “Hold up sur la psychologie”, que le mépris de la science et même une crainte sinon une haine de tout usage du rationalisme critique contre la psychanalyse est la règle d’airain d’un intolérable et lamentable terrorisme intellectuel contre les étudiants, révélateur d’un état d’esprit dogmatique et sectaire toujours en vigueur dans les UFR de psychologie français. * Le projet freudien ne fut jamais scientifique. S'il fallait encore en rajouter sur la caractère foncièrement dénué de toute scientificité du projet de Sigmund Freud, que l'on en juge par ces affirmations du père de la psychanalyse, toutes contenues dans l'introduction de l'ouvrage cité au début de l'article, "Introduction à la psychanalyse" : Page 9 : "Et, maintenant, vous êtes en droit de me demander : puisqu'il n'existe pas de critère objectif pour juger de la véridicité de la psychanalyse et que nous n'avons aucune possibilité de faire celle-ci un objet de démonstration, comment peut-on apprendre la psychanalyse et s'assurer de la vérité de ses affirmations ?" "On apprend d'abord la psychanalyse sur son propre corps, par l'étude de sa propre personnalité. Ce n'est pas là tout à fait ce qu'on appelle auto-observation, mais à la rigueur l'étude dont nous parlons peut y être ramenée." Pages 10 - 11 : "Ni la philosophie spéculative, ni la psychologie descriptive, ni la psychologie dite expérimentale et se rattachant à la physiologie des sens, ne sont capables, telles qu'on les enseigne dans les écoles, de vous fournir des données utiles sur les rapports entre le corps et l'âme et de vous offrir le moyen de comprendre un trouble psychique quelconque." Quelques commentaires sur ces affirmations de Freud : Il existe des critères objectifs pour juger de la véridicité de la psychanalyse : ceux émis par Popper au sujet de la réfutabilité scientifique. Mais, à l'époque où paraît "Introduction à la psychanalyse", Karl Popper était encore trop jeune pour mettre Freud définitivement en échec. S'il n'existe aucun moyen de faire de la psychanalyse, un "objet de démonstration", alors, cette affirmation prête le flanc à son caractère non testable, donc irréfutable, et par voie de conséquence, dogmatique. La psychanalyse ne contient que des "vérités révélées", des affirmations arbitraires et dogmatiques. La méthode proposée par Freud pour "s'assurer de la vérité de ses affirmations" est une méthode entièrement subjective, en dehors de tout contrôle indépendant et systématique. Elle suggère surtout de lire sa propre personne, à la "lumière" des théories de la psychanalyse, pour y trouver "partout" des confirmations. Et plus tard, l'on sait que si de telles confirmations ne sont pas "lisibles", c'est peut-être qu'elles sont "refoulées", ou bien que celui qui ne les "lit" pas, présente une "résistance inconsciente", etc., etc... Les affirmations de Freud citées plus haut, démontrent très clairement son mépris pour les travaux scientifiques de son époque et en particulier pour la psychologie utilisant la méthode expérimentale. Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés. (Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés).