La grande confusion (4): Bastié, Bock-Côté et les manichéismes ultraconservateurs

Dans le sillage de mon livre « La grande confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées », une critique de deux récents essais ultraconservateurs peu lus à gauche : « La guerre des idées » d’Eugénie Bastié et « La révolution racialiste » de Mathieu Bock-Côté. Que faire des idées ultraconservatrices et doit-on accepter de débattre avec leurs auteurs ?

« Car l’imprécision possède un pouvoir d’agrandissement et d’ennoblissement. »

Robert Musil, L’homme sans qualités [tome 1, roman philosophique inachevé, éd. partielle à partir de 1930]

Après un premier billet partant d’une chanson de Robert Charlebois, un second billet partant d’un polar féministe de Michael Connelly et un troisième billet proposant des « bonnes feuilles » de La grande confusion (éditions Textuel, mars 2021), autour des liaisons rhétoriques dangereuses entre Mathieu Bock-Côté, Jacques Julliard et Frédéric Lordon : des vues critiques sur la littérature ultraconservatrice actuelle, à travers l’exemple de deux ouvrages récents, La guerre des idées. Enquête au cœur de l’intelligentsia française de la journaliste du Figaro et de CNews Eugénie Bastié (Robert Laffont, mars 2021, 312 pages) et La révolution racialiste et autres virus idéologiques de l’essayiste québécois et coqueluche des milieux ultraconservateurs français Mathieu Bock-Côté (Presses de la Cité, avril 2021, 240 pages).

Si les faiblesses méthodologiques et les orientations politiques des deux livres sont proches, ils ne seront pas traités exactement de la même façon, celui d’Eugénie Bastié préservant quelques zones nuancées dans ses arguments et même parfois un peu de distance vis-à-vis des évidences de sa famille idéologique.

Je partirai des caractérisations de l’ultraconservatisme, du confusionnisme et l’identitarisme actuels proposées par La grande confusion :

- L’ultraconservatisme, ce sont des mélanges idéologiques associant plus ou moins xénophobies (dont la stigmatisation des migrants, l’islamophobie et/ou l’antisémitisme), sexisme et homophobie dans un cadre nationaliste fantasmant « une peuple » homogène culturellement. Tous les locuteurs participant à la trame discursive ultraconservatrice n’alimentent pas tous les thèmes de cet ensemble composite aux cohérences seulement partielles. Certains peuvent fustiger seulement « les migrants » et d’autres seulement les revendications féministes et/ou homosexuelles d’égalité des droits, par exemple.

- Le confusionnisme renvoie au développement d’interférences entre des postures (comme la critique du prétendu « politiquement correct » ou les schémas complotistes) et des thèmes (valorisation du national et dévalorisation du mondial, dénonciation amalgamant la dynamique de droits individuels et collectifs portée par le libéralisme politique et la domination du marché propre au néolibéralisme économique, effritement de la frontière symbolique avec l’extrême droite, etc.) d’extrême droite, de droite, de gauche modérée ou de gauche radicale, dans un contexte de fort recul du clivage gauche/droite.

- L’identitarisme réduit les individus à une identité principale (nationale, religieuse ou autre), homogène et close, en méconnaissant la pluralité des appartenances et des fils collectifs en mouvement constituant la singularité de chaque personne.

Intellectualité démocratique, débat avec des ultraconservateurs, misère des mœurs essayistes

Il n’y a pas de stricte équivalence entre les registres de l’essayisme propres aux livres de Bastié et de Bock-Côté et le registre académique, inséré dans une branche de la science politique, la théorie politique (conçue comme un espace de dialogue entre philosophie politique et sciences sociales), de La grande confusion. Le déploiement des arguments comme la mobilisation de faits n’obéissent pas aux mêmes contraintes de rigueur. Les larges extraits de discours d’environ 110 locuteurs étudiés dans La grande confusion sont précisément référencés et recontextualisés dans un livre de 672 pages, doté d’un nombre important de notes de bas de page rendant possible la vérification des informations fournies. Dans l’essayisme de Bastié et de Bock-Côté, les contraintes de rigueur sont nettement plus relâchées, comme on va le voir, en n’étant pas adossées au même type de contrôle par les pairs. Or, dès 1979 (et pas en 1981, comme indiqué dans le livre de Bastié, p. 76), dans Le pouvoir intellectuel en France (Editions Ramsay ; réédition en 1986 chez Gallimard dans la collection de poche « Folio essais »), Régis Debray met en évidence que la place des universitaires reflue dans les espaces publics de débat intellectuel au profit de l’essayisme médiatique. Cette tendance s’est fortement accentuée depuis et a généré une certaine désintellectualisation du monde public des idées, dont les ouvrages de Bastié et de Bock-Côté constituent des indices, et l’ascension médiatique d’Éric Zemmour une sorte de « sommet » dans la période récente. Exemple significatif ? Dans les années 1970, les universitaires Raymond Aron et Annie Kriegel trônent comme figures intellectuelles du conservatisme au Figaro, aujourd’hui ce sont Zemmour et Bastié…

Cependant, ces trois livres (celui de Bastié, celui de Bock-Côté et le mien) participent aussi aux mêmes espaces publics de débat idéologique et politique et peuvent être traités dans un même cadre sous cet angle. Dans un univers idéalement démocratique, l’expression d’idées devrait être accessible à tous selon la présupposition démocratique opportunément rappelée par Jacques Rancière de « l’égalité de n’importe quel être parlant avec n’importe quel autre être parlant »(1). On doit alors admettre le caractère hybride, entre la logique idéalement démocratique du champ politique et les « jeux de connaissance » savants dotés de règles et de critères de rigueur, des nécessaires espaces publics dédiés aux débats d’idées. Ce cadre hybride fait de tensions pourrait être appelé intellectualité démocratique(2). L’intellectualité démocratique aurait alors au moins deux écueils à éviter :

1) prétendre à un encadrement savant, non-démocratique, des opinions dans la cité, en étant hanté par la figure d’inspiration platonicienne du « philosophe-roi », souvent dégradée sous la figure de « l’expert » aujourd’hui ;

et 2) accepter les amalgames relativistes donnant la qualité de « savants » à des discours se soustrayant aux impératifs associés aux savoirs savants, ceux-ci ne constituant qu’un des aliments des débats d’idées dans une cité idéalement démocratique.

C’est dans cette perspective que j’ai accepté les débats qui m’ont été proposés :

- avec Eugénie Bastié, dans le cadre de l’émission « Interdit d’interdire » animée par Frédéric Taddéi sur RT France, le 7 avril 2021 en direct sur le thème « Sur la bataille idéologique en 2021 » ;

- avec Mathieu Bock-Côté, dans le cadre d’un entretien croisé sur nos livres respectifs à paraître prochainement dans un média.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas, pour moi, de limites au périmètre des débats acceptables avec des ultraconservateurs. Ces limites ne sont toutefois pas absolues et définitives mais adossées à mon analyse conjoncturelle des risques inclus dans le contexte. Dans la situation présente, je refuserais, par exemple, tout débat avec le « national-socialiste français », comme il se définit lui-même(3), Alain Soral, car on est situé avec lui aux confins les plus proches des fascismes historiques de l’ultraconservatisme actuel, mais je n’accepterais pas, non plus, d’entretien avec la revue d’extrême droite Éléments, afin de ne pas lui donner de caution universitaire, ou de me rendre sur le plateau de CNews face à Zemmour, pour ne pas participer à l’abaissement du débat d’idées en spectacle et brouhaha médiatiques.

J’ai lu et annoté les livres de Bastié et Bock-Côté pour préparer les échanges avec eux, comme il est de coutume dans le milieu universitaire si l’on veut juger d’un ouvrage. Ces lectures ont très peu été sollicitées lors de ces débats, d’où ce billet sur mon blog de Mediapart. Par contre, les mœurs essayistes ne semblent pas nécessairement obéir, sur ce plan également, aux mêmes contraintes que le travail universitaire. Pour ce qui est de Bastié en tout cas, il n’y a guère d’indices dans nos échanges laissant entendre que des morceaux significatifs de mon livre aient été lus par elle avant notre débat. Environ 1h30 avant l’émission, elle lance un tweet (qui sera repris en début d’émission par Taddéi) se focalisant sur… l’Index situé à la fin du livre (pp. 667-670), en le présentant comme une sorte de liste noire établie par un nouveau KGB afin de dénoncer les « déviants » dont elle serait : https://twitter.com/EugenieBastie/status/1379817700709564416, sans s’intéresser à ce que j’écris précisément sur tel ou tel discours de tel ou tel locuteur. Il faut dire qu’elle a une puissance de feu idéologique sans comparaison avec la mienne pour une « déviante » : 84800 « followers » sur Twitter ce 23 avril 2021 à 10h du matin (https://twitter.com/EugenieBastie)… je ne suis ni sur Twitter, ni sur aucun réseau social et je vis à Nîmes, une situation bien marginale pour un agent du KGB supposé dicter le prétendu « politiquement correct » en France ! Plutôt une sorte de « plouc » universitaire bien éloigné des idéologues mondains parisiens que se sont faits paradoxalement une spécialité de dénoncer « les élites parisiennes » au nom d’un « Peuple » vivant dans « la France périphérique »… Au cours de l’émission, elle sembla à plusieurs reprises découvrir le contenu de La grande confusion. Misère des mœurs essayistes ! Cela participe des faiblesses de l’intellectualité démocratique. Toutefois, on ne peut qu’accepter ces faiblesses si l’on a définitivement abandonné les séductions du « philosophe-roi » pour les turbulences démocratiques, même si cela heurte les valeurs professionnelles de l’artisan-intellectuel que je tente d’être comme des milliers d’autres universitaires et chercheurs.

 

Le soldat Eugénie Bastié dans « la guerre des idées » et ses hésitations nuancées

couverture-e-b

Eugénie Bastié, en journaliste culturelle, est censé faire dans La guerre des idées un portrait large et pluraliste du monde des idées en France aujourd’hui. Elle le fait, mais de manière étriquée et déformée via des lunettes ultraconservatrices et journalistiques. Un premier indice ? La « liste des personnes interrogées entre 2017 et 2020 par l’auteur » (p. 299) ne comporte que 29 noms… ce qui est peu si l’on veut se situer « au cœur de l’intelligentsia française », comme indiqué dans le sous-titre du livre. Et cette liste se caractérise, quant à l’orientation politique, par une surreprésentation des conservateurs (d’extrême droite, de droite et de gauche dite « républicaine ») vis-à-vis de la gauche radicale (aucun nom, Frédéric Lordon contacté s’est récusé) et, sur le plan des outils intellectuels valorisés, par un déséquilibre en défaveur des grandes figures de la production universitaire des savoirs. Quelques exemples de personnalités vivantes marquantes et  manquantes ? Jean-Claude Passeron ou Luc Boltanski pour la sociologie, Jacques Rancière ou Sandra Laugier pour la philosophie, Michelle Perrot ou Arlette Farge pour l’histoire, Maurice Godelier ou Philippe Descola pour l’anthropologie, Jean Leca ou Michel Dobry pour la science politique, Esther Duflo ou Thomas Piketty pour l’économie, Jean-Marie Le Clézio ou Annie Ernaux pour la littérature, etc. etc.

 

Qui détiendrait l’hégémonie culturelle aujourd’hui : la gauche radicale ou les ultraconservateurs ?

Bastié garde une certaine prudence, et c’est tout à son honneur, quant à la situation des idées en France aujourd’hui. Elle refuse le jugement décliniste du « tout fout le camp » : « Face à ce déclinisme, je crois qu’au contraire les nouveaux clivages apparus depuis les années 2000 ont restimulé une vie intellectuelle aujourd’hui bien vivante. » (p. 17) Elle pointe ainsi un « renouveau conservateur » (pp. 99-119), dont les trois moments principaux auraient été le débat sur « l’identité nationale » lancé par Nicolas Sarkozy en 2009, la Manif pour tous de 2013 (dont Bastié est issue, ce qu’elle ne rappelle pas, en ne cherchant pas à clarifier ses implications dans ce qu’elle analyse, à la différence de ce que je tente de faire dans La grande confusion, notamment pp. 58-64) et la fin du quinquennat de François Hollande en 2014-2017. Par ailleurs, elle note avec raison que les universitaires sont majoritairement à gauche (pp. 124-127). Mais ce second pôle suffit-il pour affirmer qu’il y aurait une « permanence de l’hégémonie culturelle de la gauche radicale » (p. 71) ? Elle ne mobilise pas d’indices empiriques allant dans ce sens : on a plutôt affaire à une hypothèse, qui devrait être testé dans la confrontation avec des faits, subrepticement transformée en vérité d’évidence. Et elle omet de préciser qu’au sein de la gauche universitaire effectivement majoritaire il y a des courants (plus ou moins) radicaux et (plus ou moins) modérés. Des constats qu’elle fait dans d’autres passages de son livre conduisent d’ailleurs à fragiliser sa thèse de l’hégémonie culturelle de la gauche radicale. Elle parle justement de l’« hyperspécialisation académique » (p. 39) et de l’éloignement des universitaires des médias au profit des « intellectuels médiatiques » (p. 85). Or, le premier constat porte une déglobalisation du travail intellectuel universitaire, moins à même d’intervenir dans les débats publics d’idées. Et le second constat, resitué dans l’analyse par Debray des modifications du pouvoir intellectuel public au profit de l’essayisme médiatique, ouvre sur un affaiblissement des effets publics de l’université quant aux idées considérées à un moment donné comme évidentes ou simplement discutables. Faut-il, inversement, affirmer que les ultraconservateurs ont conquis une hégémonie culturelle dans les espaces publics ? Je mobilise dans mon livre plusieurs indices appuyant cette hypothèse, et en particulier le développement d’interférences confusionnistes dotant certaines zones de discours à gauche de proximités avec les thèmes ultraconservateurs. Je demeure toutefois prudent : La grande confusion est sous-titrée « Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées » et non pas « a gagné la bataille des idées ». Les choses ne sont pas, selon moi, encore jouées.

 

« Le côté obscur de la force » idéologique du livre d’Eugénie Bastié

Les nuances hésitantes que nous venons d’aborder sont fort secondaires dans les analyses de Bastié : généralisations hâtives, amalgames, méconnaissances et incohérences logiques sont bien davantage présentes dans la configuration classiquement essayiste du livre, dont on a déjà noté la faiblesse de la base d’enquête. Prenons quelques exemples significatifs de ces tendances de fond de son essai.

Les amalgames, les généralisations abusives et les méconnaissances que l’on a rencontrés dans la récente polémique autour d’un « islamo-gauchisme » largement fantasmé(4) se retrouvent dans le livre. La « nouvelle censure » au profit de la gauche radicale serait étendue, « un mouvement de fond » dans le milieu intellectuel, avec des cas qui « se multiplient » (pp. 51-52, 53 et 55) ; constat généralisateur principalement basé sur un cas : la désinvitation d’une conférence de Sylviane Agacinski à l’Université Bordeaux-Montaigne en octobre 2019. Une « dictature des identités » serait installée « au cœur des universités françaises » (p. 132)… constat inquiétant mais sans guère de données pour l’étayer. « L’islamo-gauchisme » serait « une réalité indubitable du champ intellectuel occidental » (p. 170) et on observerait même « une véritable sanctuarisation de l’islam dans l’espace politique français » (p. 171). Ici le registre de l’évidence occupe presque toute la place au détriment du régime de la preuve. Pourtant on possède, à l’inverse, toute une série d’indices, quantitatifs et qualitatifs, de stigmatisations plus ou moins soft ou hard de l’islam dans nos espaces publics (voir La grande confusion, notamment pp. 117-132, 236-255, 379-383, 389-392, 402-405, 414-420, 434-436, 468-474).

Ce qui est mis en cause en grossissant et en amalgamant des choses disparates est pourtant largement méconnu. Par exemple, l’espace pluriel des études sur le postcolonialisme s’appuyant sur des travaux de chercheurs anglophones (du Palestino-Américain Edward Saïd et l’Indienne Gayatri Spivak au Camerounais Achille Mbembe, avec l’importance de la référence à Frantz Fanon) et le courant décolonial initié en Amérique latine par des chercheurs hispanophones (Walter Mignolo, Enrique Dussel, etc.) sont confondus et caricaturés. Bastié ne sait pas, par exemple, qu’une des figures de la pensée décoloniale latino-américaine, le philosophe d’origine argentine et naturalisé mexicain Enrique Dussel, est un théologien catholique de la libération et spécialiste de l’éthique du visage d’autrui d’Emmanuel Levinas(5). Une critique de certaines simplifications et abstractions du décolonialisme latino-américain est possible et même nécessaire, mais dans la connaissance de ce de quoi on parle et dans la nuance. C’est, par exemple, ce qu’ont fait récemment des chercheurs de l’Université Nationale Autonome du Mexique dans un ouvrage collectif en langue espagnole (auquel j’ai contribué dans une critique des usages de la référence décoloniale par les Indigènes de la République en France) : Piel blanca, máscaras negras. Critica de la razón decolonial [Peau blanche, masques noirs, en inversant le titre d’un livre de Fanon, sous-titré : Critique de la raison décoloniale](6). S’inscrire dans l’héritage des Lumières occidentales du XVIIIe siècle et décrypter les impensés sexistes et coloniaux des Lumières, ce n’est pas nécessairement antagonique, contrairement à ce que laisse entendre à plusieurs reprises Bastié (pp. 257, 262, 271-272 et 277), bien au contraire. Ce peut être considéré comme participant du mouvement même des Lumières contre les préjugés, et donc aussi contre ses propres préjugés. C’est, en tout cas, ce que dessinent les Lumières ouvertes de l’historien Antoine Lilti dans L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité (Gallimard-Seuil, collection « Hautes Études », 2019)(7). Quand Bastié assimile problématiques de « l’intersectionnalité » et thèses « indigénistes » (p. 258), a-t-elle connaissance de l’hostilité vis-à-vis de l’intersectionnalité de l’ancienne porte-parole du Parti des indigènes de la République Houria Bouteldja, qui tend à défendre la primauté de l’oppression postcoloniale sur les autres dominations (classe, genre, etc.)(8) ? etc. etc.

Pourquoi noircir tant de pages à propos de choses qu’on connaît si mal ? C’est aussi le cas de la sociologie, prise à partie et défigurée dans un chapitre du livre de Bastié intitulé « Misère de la sociologie » (pp. 223-244). Un bavardage non informée la conduit ainsi à avancer que « Max Weber professe l’individualisme méthodologique, qui insiste sur l’autonomie et la responsabilité des acteurs sociaux » (p. 229), ce qui s’opposerait à la prétendue hégémonie de la sociologie de la domination de Pierre Bourdieu sur la sociologie universitaire française (« les bourdieusiens sont partout », p. 227). Or, « l’individualisme méthodologique » ne dit rien de « l’autonomie » et de « la responsabilité des acteurs sociaux », il analyse les formes collectives comme « le résultat de l’agrégation des comportements individuels », selon les mots de Raymond Boudon, défenseur de cette option(9). Ce n’est pas d’abord une orientation morale et politique, mais un choix « méthodologique », justement. D’autre part, il suffit de fréquenter un peu le monde des sciences sociales et ses publications académiques pour se rendre compte du fort pluralisme de la sociologie française, au sein de laquelle les sensibilités « bourdieusiennes » constituent une composante fort minoritaire. Par ailleurs, le fait qu’un des grands livres de Max Weber (qui constitue une partie d’une de ses œuvres monumentales majeures Economie et société) s’intitule Sociologie de la domination (La domination dans la traduction française)(10) apparaît complètement hors de son champ de vision ! Et quand les sociologues Didier Eribon et Geoffroy de Lagasnerie sont, avec l’écrivain Edouard Louis, anathématisés (« la plupart de leurs apports théoriques étant nuls et non avenus », p. 226), c’est sans analyse d’aucun de leur livre, sans argument, seulement dans la logique d’une « pipolisation » de idées sur son versant stigmatisant. Et Bastié omet de préciser que si ces trois auteurs sont assez présents dans les espaces intellectuels publics, ils sont marginaux par rapport à l’institution universitaire.

Ce sont également des incohérences logiques qui affaiblissent lourdement le sérieux des analyses de Bastié dans ce livre. Par exemple, elle s’inquiète, légitimement mais dans un affolement disproportionné par rapport à l’état des dangers, des risques de « relativisme » dans un épilogue intitulé « L’adieu à la vérité » (pp. 279-285). Non « le relativisme de la vérité » n’est pas « devenu le principe central de l’enseignement en Occident », contrairement à ce qu’elle énonce (p. 281), sans guère d’indices là aussi dans sa besace ! Mais il y a, de manière plus localisée, des tentations relativistes minoritaires à travers notamment ce qu’on appelle « postmodernisme », venant des campus américains et ayant d’ailleurs peu d’écho dans le monde universitaire français. Cependant, le paradoxe est que Bastié elle-même alimente le relativisme qu’elle condamne. Ainsi quand elle est prise dans la tentation hésitante de mettre sur le même plan les opinions plus ou moins farfelues de Zemmour sur l’histoire et les analyses de Patrick Boucheron se soumettant aux contraintes méthodologiques du métier d’historien (pp. 212-219), quand elle qualifie Mathieu Bock-Côté de « sociologue » à propos d’essais relâchés (pp. 84 et 113) ne se soumettant pas aux critères de rigueur des sciences sociales (qui devaient être ceux de sa thèse de sociologie soutenue en 2013 à l’Université du Québec à Montréal) et, plus largement, quand elle formule à plusieurs reprises de supposées évidences à propos de ce qu’elle méconnaît, comme on l’a vu, elle met le doigt dans un « tout se vaut » relativiste du point de vue des vérités, disqualifiant au passage les savoirs provisoires et partiels produits par les sciences sociales, qui se soumettent pourtant à des critères de vérification des faits et de logique des arguments, et cela au profit de généralisations hâtives et abusives, voire de fantasmes, n’obéissant pas à des règles publiques stabilisées. Sur un autre plan, elle participe aussi à un relativisme du point de vue des valeurs en stigmatisant « la poursuite idéologique du Bien » (p. 12), « la gauche morale » (pp. 84 et 105), « la condamnation morale » (p. 189), « l’histoire "de gauche" » qui serait « soumise à la morale » (p. 211) ou les « imprécations morales » (p. 280). En constituant ainsi les référents moraux comme objets d’une suspicion répétée, elle contribue à dérégler en un sens relativiste les boussoles éthiques contemporaines. Or, quand elle valorise (de manière erronée dans ce cas) « l’autonomie et la responsabilité des acteurs sociaux » dans « l’individualisme méthodologique » (p. 229) ou qu’elle fustige, dans d’autres passages, « un individualisme de mœurs qui disloque le lien social » (pp. 146-147) et qui « nie la puissance du collectif » (p. 212), elle s’inscrit bien dans un registre moral, mais qui ne dit pas clairement son nom et qui n’est pas accompagné d’un effort de clarification de la place des composantes morales dans la vie intellectuelle comme dans l’action politique.

 

Quelques fragilités distanciées, toutefois

Á certains moments, de rares moments, la prose de Bastié se fait plus distanciée, en esquissant un mouvement vers le penser contre soi-même :

- quand elle parle d’« un politiquement incorrect, qui fait lui aussi système, empêchant parfois de penser » (p. 61) ;

- ou avance : « Cette entreprise de déconstruction fonctionne, d’autant qu’une partie de l’intelligentsia conservatrice, grisée par ses succès, se laisse aller à l’approximation, l’imprécision et la caricature. » (p. 141)

S’ébauche ici, en pointillés, la possibilité d’un autre livre d’Eugénie Bastié, un ouvrage conservateur et nuancé comme su en écrire Aron. Dans la gauche radicale, à travers quelques passages de deux livres globalement caricaturaux, Juan Branco dans Crépuscule (Au Diable Vauvert, 2019, voir La grande confusion, pp. 474-479) et François Bégaudeau dans Histoire de ta bêtise (Pauvert, 2019, voir La grande confusion, pp. 566-569) ont aussi amorcé la possibilité latérale d’autres livres critiques, cette fois nuancés.

« Sur la bataille idéologique en 2021 », débat entre Eugénie Bastié et Philippe Corcuff, animé par Frédéric Taddéi, émission « Interdit d'interdire », RT France, 7 avril 2021, environ 47 mn

 

Le bulldozer Mathieu Bock-Côté et ses certitudes dogmatiques

couverture-la-revolution-racialiste

Là où le livre d’Eugénie Bastié révèle des hésitations troublantes et des ouvertures attachantes, La révolution racialiste de Mathieu Bock-Côté ne s’embarrasse guère d’états d’âme. Un bulldozer de prétendues évidences tend à aplanir les rugosités du réel et les complications des problèmes. Les hypothèses guère étayées, au mieux illustrées par quelques exemples, deviennent des certitudes assénées dogmatiquement. Le manichéisme occupe une grande partie de l’espace d’énonciation. Cela donne moins envie à l’artisan intellectuel de s’y attarder.

 

Une nouvelle Stasi dominerait-elle les sociétés occidentales ?

Dans son livre, Bock-Côté dresse un portrait complètement déréalisé des sociétés occidentales en général, et du Québec et de la France en particulier. Sans nous en rendre compte, nous serions déjà enfermés dans une sorte de Goulag : « devant le grand tribunal révolutionnaire de notre temps » (p. 26), « il risquera la peine de mort sociale » (p. 27), « lapider symboliquement » (p. 27), « lynchage » (p. 27), [en référence à la Révolution française] « la révolution racialiste […] bascule maintenant dans la terreur » (p. 31), « une entreprise de reconditionnement et de rééducation idéologiques sans précédent » (pp. 103-104), « du réalisme socialiste d’hier, on bascule dans le réalisme diversitaire » (p. 134), « la stasification du régime diversitaire » (p. 138), « purge politique et médiatique » (p. 138), « exterminateur » (p. 139), « liquider » (p. 140), « mécanismes d’épuration symbolique de l’espace public » (pp. 141-142), « lyssenkisme » (p. 162), « l’orwellisation massive de grands pans des sciences sociales et (de) la lyssenkisation des esprits qui caractérise la nomenklatura universitaire » (p. 188), « la psychologie collabo domine » (p. 207)… On se croirait dans un cauchemar peuplé de morts-vivants, et on est tenté de prendre la main de notre frère humain Bock-Côté en lui murmurant : « Hé, réveille-toi l’ami ! C’est juste un mauvais rêve ». Mais on peut craindre qu’il ne nous saute à la gorge en nous prenant pour une réincarnation de Staline… Trop de certitudes aveugle ceux qui prétendent détenir une lucidité supérieure. Un philosophe conservateur qui savait poser des défis exigeants aux pensées progressistes, Clément Rosset, a bien diagnostiqué un des maux qui semble ronger Bock-Côté : « Il n’est pas de remède contre la clairvoyance : on peut prétendre éclairer celui qui voit trouble, pas celui qui voit clair. »(11)

Pendant ce temps-là, dans le prétendu monde du Goulag « racialiste », c’est Ilan Halimi qui est torturé à mort parce que Juif, ce sont des enfants juifs parce que Juifs qui sont assassinés par Mohammed Merah, ce sont des clients d’un Hyper Cacher qui sont tués ou pris en otage… c’est un Noir, George Floyd, qui est mort étouffé sous le poids d’un policier… c’est un Noir, Adama Traoré, qui meurt lors d’une arrestation par des gendarmes sans avoir pu bénéficier des secours qui auraient pu lui sauver la vie, c’est un Noir, Michel Zecler, qui est soumis à un tabassage accompagné d’injures racistes de la part de policiers, c’est Éric Fassin qui est menacé de décapitation par un militant d’extrême droite sur Twitter… d’une bien moindre gravité, c’est Nonna Mayer qui ne peut présider la Fondation nationale des sciences politiques parce qu’accusée de manière vague et infondée d’« islamo-gauchisme », c’est l’Observatoire de la laïcité présidé par Jean-Louis Bianco qui doit fermer ses portes car trop attaché à la liberté de conscience proclamée par la loi de 1905, c’est l’UNEF qui est visé par un amendement sénatorial contre les « réunions non-mixtes », c’est la journaliste antiraciste Rokhaya Diallo qui a été harcelé sur Twitter par des proches de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles et de l’officine idéologique Le Printemps Républicain, c’est un Centre culturel islamique à Rennes qui est tagué d’insultes islamophobes, ce sont de jeunes docteurs en sciences sociales travaillant sur les héritages coloniaux, les discriminations raciales ou l’islamophobie qui risquent de ne pas trouver de postes d’enseignants-chercheurs et de chercheurs après la chasse aux sorcières de basse intensité sonnée par la ministre Frédérique Vidal(12)… Ce ne sont ni des personnes racisées (parce que stigmatisées comme « juives », « noires » ou « musulmanes »), ni des militants antiracistes, ni des chercheurs qui étudient par les voies de la connaissance rationnelle des discriminations qui s’adonnent principalement à la violence meurtrière ou verbale. Une réalité bien éloignée de l’Enfer « racialiste » apocalyptique dépeint par Bock-Côté !

 

Un anti-identitarisme identitariste

Par ailleurs, Bock-Côté ne propose qu’une critique partielle et partiale de la réduction identitariste des personnes à travers leur enfermement « dans une identité raciale étanche, régressive, incommunicable » (p. 117). Car il promeut un autre enfermement identitariste dans un nationalisme de l’enracinement faisant signe du côté de l’idéologie d’extrême droite d’un Maurice Barrès (1862-1923, voir La grande confusion, pp. 26-28, repris en « bonnes feuilles » sur le site libertaire Grand Angle), dans sa valorisation de « la culture nationale » (p. 60), des « peuples historiques des sociétés occidentales » ou « natifs » (p. 140), de la prédominance de « la nation » sur « la République » (p. 191), de « l’universalisme français » comme étant « d’abord et avant tout français » (p. 214), de « la laïcité française » en tant qu’« irrémédiablement inscrite dans un contexte national » (p. 214), de l’« identité historique » réservée aux nations (p. 215)…

Cet anti-identitarisme borgne se heurte par ailleurs chez Bock-Côté à des incohérences logiques dans l’argumentation, car il reproche dans le même temps à la nouvelle génération antiraciste et féministe sa mise en avant de « la fluidité identitaire » (p. 74) et sa critique corrélative de « l’assignation identitaire » des individus (p. 162). Or, ne vise-t-il pas lui-même justement une « assignation identitaire » et une absence de « fluidité identitaire » dans l’enfermement « dans une identité raciale étanche » ? Quand il mobilise des exemples inquiétants d’essentialisme identitaire chez certains porte-parole de minorités refusant les « couples mixtes »  (pp. 105-107), cela ne relève-t-il pas, encore une fois, d’une « assignation identitaire » et d’un manque de « fluidité identitaire » ? Pourquoi alors mettre en cause la prétendue « théorie du genre » en ce qu’elle travaillerait « à dissoudre toutes les identités » (p. 178) ? Y aurait-il une bonne « assignation identitaire » (la nationale) et une mauvaise ? Mais à partir de quels critères ? On ne le saura pas. Les confusions argumentatives ne sont pas dissipées par des éclaircissements conceptuels chez Bock-Côté, la nation comme forme suprême du Bien identitaire se contentant de trôner au milieu d’elles dans un brouhaha rhétorique. Une critique large des pièges identitaristes demeure hors de portée d’un tel anti-identitarisme identitariste. D’ailleurs, paradoxalement, les diatribes anticonstructivistes de Bock-Côté récusant l’éclairage des sciences sociales contemporaines en termes de « construction sociale » des identités individuelles et collectives (pp. 179-180), au nom de la primauté nationale contre « le racialisme » et contre « la fluidité identitaire », rejoignent les diatribes anticonstructivistes du philosophe Norman Ajari, qui a été militant du Parti des indigènes de la République, au nom quant à lui d’une « essence noire » positive opposée à « la fluidité des identités »(13).

 

Faire son miel du conservatisme pour une boussole de l’émancipation ?

Critiquer les formes manichéennes prises par des schémas conservateurs dans les livres d’Eugénie Bastié et de Mathieu Bock-Côté conduit-il nécessairement à ne pas prendre au sérieux une part de vérité dans les idées conservatrices ? N’y a-t-il pas dans les idées progressistes des impensés que des pistes conservatrices pourraient aider à éclairer ? Prendre au sérieux une part de vérité des idées conservatrices pour nous aider à éclairer des impensés progressistes apparaît une voie intéressante si l’on n’a pas une conception dogmatique du progressisme. Mais cela suppose de le faire dans la perspective de l’amélioration des boussoles émancipatrices, si nous importe principalement l’avenir de l’émancipation sociale, dans ses composantes individuelles et collectives.

Au carrefour du judaïsme et d’un marxisme hérétique, Walter Benjamin a déblayé le chemin dans cette direction avec ses thèses Sur le concept d’histoire :

« Á chaque époque, il faut chercher à arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguer. »(14)

En faisant de la tradition un enjeu de luttes entre conservation de l’ordre social existant et émancipation, Benjamin rompt avec la tentation des Lumières du XVIIIe siècle de négativiser complètement la tradition comme essentiellement porteuse de préjugés. Le mouvement ouvrier et socialiste a souvent reconduit ce travers, ce que traduisent bien les paroles de L’Internationale rédigées par Eugène Pottier en 1871 : « Du passé faisons table rase ». Cependant, il y a plusieurs façons de réévaluer le passé : Benjamin dessine un usage émancipateur de cette réévaluation, en introduisant un questionnement conservateur quant à la place de la tradition mais à l’intérieur d’une boussole émancipatrice.

Une des grandes figures de l’École de Francfort, Theodor Adorno, a prolongé ce chemin dans son livre Minima Moralia :

« Une des tâches - non des moindres - devant lesquelles se trouve placée la pensée est de mettre tous les arguments réactionnaires contre la civilisation occidentale au service de l’Aufklärung progressiste. »(15)

On peut tirer de cette remarque d’Adorno un appel à prendre au sérieux les arguments conservateurs contre les visions mécaniques et essentialisantes du « Progrès » (dans leur dévaluation unilatérale des traditions passées comme dans leur rapport pauvrement instrumental aux mondes naturels) afin d’enrichir des Lumières progressistes non dogmatiques, réflexives et ouvertes, sensibles aux interrogations écologistes.

 

Notes :

(1) Dans J. Rancière, La Mésentente. Politique et Philosophie, Galilée, 1995, p. 53.

(2) Voir P. Corcuff, « Intellectuels, militants et intellectualité démocratique : vues critiques sur quelques expériences passées », blog Mediapart, 5 septembre 2013.

(3) A. Soral, dans Dialogues désaccordés. Combat de Blancs dans un tunnel, en collaboration avec Éric Naulleau, Éditions Blanche/Hugo & Cie, 2013, p. 65.

(4) Voir P. Corcuff, « "Islamo-gauchisme" et confusions : comment éteindre les Lumières en s’en réclamant », site Oumma.com, 3 mars 2021.

(5) Voir E. Dussel, « “Sensibility” and “Otherness” in Emmanuel Levinas », Philosophy Today, Summer 1999, 43 (2), pp. 126-134, repris sur le site de IFIL - Instituto de Filosofia da Libertação (Brasil), et « De la philosophie de la libération », entretien de décembre 2008 avec Fátima Hurtado, Cahiers des Amériques latines, 2009/3, n° 62, pp. 37-46.

(6) Voir Gaya Makaran y Pierre Gaussens (eds.), Piel blanca, máscaras negras. Critica de la razón decolonial, México, Bajo Tierra Ediciones y Centro de Investigaciones sobre América Latina y el Caribe-Universidad Nacional Autónoma de México, diciembre 2020, 342 p., manuscrit complet disponible gratuitement sur Academia.edu : https://www.academia.edu/44583790/Piel_blanca_m%C3%A1scaras_negras_Cr%C3%ADtica_de_la_raz%C3%B3n_decolonial .

(7) Voir P. Corcuff, « Lumières tamisées contre Lumières dogmatiques (Badinter/Bouteldja) », blog Mediapart, 25 septembre 2019.

(8) Voir P. Corcuff, « Indigènes de la République, pluralité des dominations et convergences des mouvements sociaux. En partant de textes de Houria Bouteldja et de quelques autres », site de réflexions libertaires Grand Angle, 8 juillet 2015.

(9) Dans R. Boudon, « Individualisme et holisme dans les sciences sociales », dans Pierre Birnbaum et Jean Leca (éds.), Sur l’individualisme, Presses de Sciences Po, 1986, p. 46 ; sur les différences en sociologie entre individualisme méthodologique, holisme méthodologique et relationnalisme méthodologique, voir P. Corcuff, Théories sociologiques contemporaines. France, 1980-2020, Armand Colin, collection « Cursus », 2019, pp. 18-24.

(10) Voir M. Weber, La domination [textes rédigés entre 1911 et 1914], édition critique française établie par Yves Sintomer, La Découverte/Poche, 2015.

(11) Dans C. Rosset, Le réel. Traité de l’idiotie, Minuit, 1977, p. 60.

(12) Voir notamment le sociolinguiste Philippe Blanchet, « UNEF et universitaires "islamo-gauchistes" : une haine contre les briseurs de mythe », blog Mediapart, 11 avril 2021, le sociologue Albert Ogien et la philosophe Sandra Laugier, « Combien d'attaques contre la science faudra-t-il pour briser le silence ? », tribune sur le site de L'Obs, 15 avril 2021 et le politiste Philippe Marlière, « Guerres culturelles réactionnaires et "américanisation" de la vie politique française », site Middle East Eye (édition française), 21 avril 2021.

(13) Dans N. Ajari, La dignité ou la mort. Éthique et politique de la race, Les empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2019, pp. 116-132, et, pour une critique, La grande confusion, pp. 501-505.

(14) W. Benjamin, Sur le concept d’histoire [manuscrit de 1940], repris dans Œuvres III, Gallimard, collection « Folio Essais », 2000, thèse VI, p. 431.

(15) T. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée [1e éd. : 1951], postface de Miguel Abensour, Payot, collection « Critique de la politique », 1991, p. 179.

 

Débats au Québec autour des textes de Mathieu Bock-Côté, des thèses ultraconservatrices avoisinantes et de leurs échos à gauche

. Philippe Corcuff, « Comment la critique du "politically correct" nous enfonce dans le brouillard », revue de gauche québécoise Á Bâbord ! Revue sociale et politique (Montréal), n° 85, automne 2020, dans un dossier sur « La rectitude politique en débat » coordonné par Anne-Marie Le Saux et Jacques Pelletier, repris sous le titre « "Politiquement correct", ultra-conservatisme et confusionnisme : une gauche piégée », blog Mediapart, 15 janvier 2021

. Francis Dupuis-Déri, « Les "wokes" : un piège à renard à ours », site québécois Presse-toi à gauche !, 9 mars 2021

la-grande-confusion

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.