Calais blogs - Vibrations Migratoires : l'association La Marmite aux Idées

Vibrations Migratoires, le premier des blogs auxquels nous nous intéressons concernant les exilé-e-s à Calais, est né dans le cadre d'une association, La Marmite aux Idées, dont voici l'histoire.

Suite (voir ici, ici, ici, ici et ) de l'histoire des blogs Vibrations Migratoires et Passeurs d'hospitalités.

 


 

L’association La Marmite aux Idées

(Cet historique a été rédigé en janvier 2014 et publié sur le site et le blog de l’association La Marmite aux Idées).

À la fois la plus récente et la plus petite des associations calaisiennes de soutien aux exilés, La Marmite aux Idées s'est singularisée en laissant de côté l'action humanitaire, prise en charge par d'autres, pour explorer d'autres pistes, créer du lien, outiller les exilés (information sur les droits, cours de langue), informer, sensibiliser, interpeller. Sa gestation s'est faite dans le courant de l'année 2009, celle de la mise en scène d'Éric Besson qui allait conduire à la « fermeture de la Jungle de Calais ». L'association se crée peu après celle-ci, après aussi l'implantation de No Border à Calais. Elle a vu disparaître les deux plus ancienne organisations calaisiennes de soutien aux exilés, le collectif C'SUR en 2010, et l'association La Belle Étoile en 2013. Elle-même s'éteint alors qu'apparaît une nouvelle forme de mobilisation autour de la page facebook « Calais Ouverture et Humanité ».

Une gestation entre Salam et Solidarités Jeunesses.

À l'origine, un chantier de cinq jours à la Noël 2008 qui réunit des volontaires de Solidarités Jeunesses, association de chantiers internationaux et de volontariat international, et l'association calaisienne de soutien aux exilés Salam. L'expérience est suffisamment forte pour que des deux des participants au chantier choisissent de s'engager à Calais et d'y emménager. À cette époque, Salam a aménagé un dortoir dans ses locaux, où peuvent rester quelques jours ou quelques semaines des personnes venant donner un coup de main à l'association. C'est là, au fil des discussions et de la découverte du terrain calaisien, que s'esquissent certaines des idées de base de la future Marmite aux Idées.

L'idée germe d'une association partenaire de Solidarités Jeunesses, développant une activité de volontariat international sur le territoire, en lien avec Salam et avec la situation des exilés, mais pas exclusivement. L'engagement sur le terrain permet de lancer des pistes, être présent dans les lieux de vie des exilés, répondre à des demandes comme des cours de français ou des informations sur les droits, en particulier le droit d'asile et les droits en rétention, permettre une plus grande autonomie des exilés.

Mais Solidarités Jeunesses, qui dépend essentiellement des subventions de l'État, décide finalement de ne pas s'engager sur le terrain conflictuel du soutien aux exilés. Salam prend également ses distances par rapport au projet.

La tempête de l'automne 2009 et la création de l'association.

À partir du 22 septembre 2009 et pendant trois semaines, tous les squats et campements d'exilés du Calaisis sont évacués et détruits, à l'exception de celui installé dans l'ancienne usine Pagniez. Les exilés se retrouvent sous les ponts, dans les parcs, dans les bosquets, dans une situation de grande vulnérabilité et harcelés par la police.

C'est dans ce contexte chaotique qu'est créée La Marmite aux Idées, par trois personnes, à la terrasse d'un café, par un 31 octobre ensoleillé. Elles seront rejointes quelques semaines plus tard par une bénévole de La Belle Étoile, qui assurera pendant trois ans le poste de trésorière de l'association.

L'objet de l'association est général : « L' association « La Marmite aux idées » se définit comme un lieu d'émergence, d'accompagnement et de réalisation de projets, liés aux solidarités, à l'écologie et à la rencontre interculturelle. Elle veut favoriser la réappropriation par les individus et les groupes de leur avenir, l'implication dans la vie sociale et politique, et la transformation sociale du territoire. » (Article 3 des statuts). Mais c'est un seul de ses axes d'action qui mobilise dès le début toute son énergie : « contribuer aux actions en faveur des exilés et de l'exercice de leurs droits. » (Article 4 des statuts).

De premières pistes de travail sont lancées, aller dans les lieux de vie, favoriser l'accès à internet et l'accès aux loisirs dans les structures s'adressant à la population calaisienne, organiser des chantiers internationaux.

De longs tâtonnements.

Pendant presque deux ans, La Marmite aux Idées a été portée par trois personnes, dont une impliquée à plein temps, l'un des fondateurs étant parti parcourir l'Europe.

Depuis mars 2009, le Réseau des Jungles relie les associations et collectifs de soutien aux exilés de Cherbourg au Nord – Pas-de-Calais en passant par Paris. La Marmite aux Idées participe à cette aventure. Elle lance aussi avec Amnesty International Nord – Pas-de-Calais le Jungletour, tour à vélo qui relie les différents campements de la région pour renforcer les liens entre les associations, sensibiliser la population et interpeller les pouvoirs publics.

Cette période est aussi celle des premiers communiqués de presse, notamment à l'occasion des expulsions de squats et de campements, et du premier rapport rédigé par l'association sur les violations des droits des exilés. Mais l'action de La Marmite aux Idées est dans l'ensemble peu lisible, fondue dans le travail interassociatif, et son action est sans cesse limitée par le manque de militants.

Pourtant, c'est aussi une présence quotidienne dans les lieux de vie, avec les cours de français, interrompus par les expulsions de squats, et reprenant dès qu'un nouveau lieu s'est un peu stabilisé. L'information, qui prend progressivement la forme d'un livret d'accueil des exilés à Calais, plusieurs fois mis à jour. Des visites quotidiennes aussi au lieu de distribution des repas, où se croisent exilés et associatifs, et où s'échangent les informations.

Démarrage.

Le 24 septembre 2011, La Marmite aux Idées organise un « journée sur les migrations » : en matinée le jeu « Le Périple », avec le MRJC (Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne) ; l'après-midi une ballade à vélo autour de l'histoire des migrants à Calais, passant par les principaux lieux marquant cette histoire ; le soir une projection – débat du documentaire « Entre-deux » de Nicolas Straseele, en présence du réalisateur.

D'abord prévue en mai, reportée parce qu'il est toujours aussi difficile d'organiser un événement en étant aussi peu nombreux, cette journée est la première action que l'association a organisée seule et qui lui donne une réelle visibilité.

De nouveaux membres viennent à La Marmite aux Idées, qui parvient une huitaine d'adhérents. Les activités se diversifient. Aux cours de français dans les squats s'ajoutent des cours au domicile de certains adhérents, avec des groupes plus restreints et plus stables, ainsi que dans une salle mise à disposition par l'Université. Un entraînement de foot hebdomadaire se met en place avec les exilés, ainsi que des ateliers pêche plus occasionnels.

En mars 2012, le blog Vibrations Migratoires est créé http://vibrations0migratoires.wordpress.com/. Il donne une visibilité nouvelle à l'association, tout comme les communiqués de presse, et les « billets de campagne » qui rythment la campagne présidentielle. L'interpellation des décideurs s'affermit, sur l'hébergement, les mineurs, tandis qu'une réflexion est lancée sur la liberté de circulation. D'autres projets d'actions fusent, jardinage, théâtre...

Pendant cette période, La Marmite aux Idées tente aussi de mener une action qui ne soit pas liée aux exilé-e-s, en impulsant un groupe « territoire en transition » à Calais. Faute de réponse des associations locales concernées, la piste sera abandonnée.

Vers la fin.

Une dynamique collective ayant enfin vu le jour, il était temps que La Marmite aux Idées ne soit plus centrée sur son président et fondateur. Un passage de relais était nécessaire, ainsi qu'un fonctionnement plus collégial.

Cette orientation est actée à la fin de l'année 2012, de manière assez radicale, puisque les nouveaux statuts suppriment la fonction de président et font reposer la prise de décision et la responsabilité de l'association sur la collégialité des adhérents. Cela se met en place, avec une organisation tournante des réunions, jusqu'au mois de mars 2013. Une série de conflits éclatent alors entre membres de l'association, sans rapport entre, parfois sans rapport avec l'association, mais au même moment. Au fil des mois il devient de plus en plus manifeste que les personnes qui ont adhéré à l'association n'ont pas vraiment envie de travailler ensemble, et une seule réunion aura lieu avant la décision finale de dissoudre La Marmite aux Idées en décembre 2013.

Paradoxalement, cette crise a été peu visible de l'extérieur, et les activités de l'association ont continué sur leur lancée. L'entraînement de foot a été mieux reconnu et a débouché sur une participation à des tournois en amateur avec des équipes locales. Le blog Vibrations Migratoires est devenu une source d'information appréciée, les interpellations de La Marmite aux Idées ont été en capacité d'influencer le débat public.

L'association est impliquée dès l'origine dans le projet « Voix des frontières », qui doit se dérouler en août 2013 dans les ports des Pays-Bas, de Belgique, de France et d'Angleterre, de part et d'autre de la frontière, et faire le lien entre les organisations de soutien aux exilés. Mais des difficultés administratives paralyse le voilier Lovis, support de l'action, dans son port d'attache de la Mer Baltique. Surtout, l'équipe de préparation abandonne le projet initial de relier les rives et les organisations. En reste un blog mis en place par La Marmite aux Idées, Voices from the Borders http://voicesfromtheborders.wordpress.com/ .

Le 21 décembre 2013, La Marmite aux Idées décide de cesser ses activités et de se dissoudre. Les deux blogs, Vibrations Migratoires et Voices from the Borders, continuent jusqu'au 1er février 2014, pour qu'un relais ait le temps de se mettre en place.

Le reliquat des finances de l'association, environ 550 €, a été donné à l'association Au-delà des Frontières pour soutenir le squat ouvert par No Border boulevard Victor Hugo, qui accueille des femmes et des enfants exilé-e-s. L'association a été officiellement dissoute le 31 mars 2014.

En guise de conclusion : la vie continue !

Certaines activités, comme le football, continuent leur chemin. La présence dans les lieux de vie, l'accès des exilés à la ville, l'information, sont pris en compte par d'autres acteurs. La coopération interassociative s'est développée. Un nouveau blog prend le relais et amplifie Vibrations Migratoires, Passeurs d'hospitalités http://passeursdhospitalites.wordpress.com/ . Un autre devrait succéder à Voices from the Borders. Et d'autres initiatives sont en germe.

 

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