Les «garnousettes» des ministres

Lors de l’émission «Vous avez la parole» sur France 2 jeudi, Gérald Darmanin, qui passe son temps à parler de sa famille, a évoqué les «garnousettes» (bobards), comme disait sa grand-mère. Répertoire des tentatives des ministres à évoquer leur vie privée pour toucher la sensibilité des téléspectateurs et liste de leurs «garnousettes».


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Jeudi soir, France 2 organisait un débat après la manifestation contre la réforme des retraites. Je ne vais pas faire ici un compte-rendu, il y aurait tant à dire. Je voudrais juste relever un aspect qui me débecte : la façon qu’ont certains politiques de la ramener avec leur histoire personnelle. Au cours de cette émission Vous avez la parole, les ministres Sibeth Ndiyae et Gérald Darmanin s’y sont livrés à cœur joie. Que des invités évoquent leur vie privée, c’est la règle du jeu puisqu’ils sont là en tant que témoins, mais que des ministres ne cessent d’en faire étalage, voilà qui est insupportable. Comme d’hab, il a fallu que Darmanin en fasse des tonnes avec sa mère « femme de ménage » qui a, selon lui, 700 euros de moins en partant à 62 ans plutôt qu'à 67 ans (ça demande à être vérifié). Sa mère, prolétaire, était d’ailleurs présente dans l’assistance, assise derrière son fils de ministre. Il veut pouvoir lui dire « les yeux dans les yeux », nous confie-t-il, que sa retraite avec la réforme sera meilleure que celle du système actuel ! Les yeux dans les yeux, on sait depuis Cahuzac ce que cela vaut. A un autre moment, on a droit à son grand-père qui travaillait à la SNCF, puis il fait allusion à la mort de son père, sans qu’on sache exactement pourquoi il en parle. Il dit aussi qu’il voudrait tant que ses enfants et petits-enfants aient un système solide de retraite (figure de style, d’ailleurs, puisqu’il n’a pas d’enfants). Enfin, il est rare qu’il ne nous rappelle pas un dicton de sa grand-mère : une fois de plus il a sorti qu’il ne faut pas raconter des « garnousettes, comme disait ma grand-mère ». C’est-à-dire : n’importe quoi.

Sibeth Ndiyae n’est pas en reste : à une étudiante, elle dit qu’au cours de ses propres études elle travaillait, ce qui ne l’a pas empêché de les réussir (elle n’a jamais réclamé des aides, elle). Elle nous confie que son beau-père était instit, juste parce qu’une instit l’interroge. A une invitée, elle lui dit : « on doit avoir à peu près le même âge », à une autre elle se précipite pour lui demander l’âge de sa fille.

Cette façon de faire est en réalité révélatrice de leur incapacité à convaincre avec des arguments sérieux. Ils comptent sur le fait que l’on puisse être sensible à ce que leur père ou leur grand-mère a vécu ou a dit. Un besoin irrépressible de montrer qu’ils sont des êtres humains. Quitte d’ailleurs à enjoliver le tableau. Il importe de noter que la plupart des invités s’exprimaient plutôt bien sur le sujet du jour, avaient des arguments, documentés, parfois très percutants et étaient tous critiques envers la réforme, alors que les propos des ministres étaient approximatifs et quelques fois erronés. Philippe Martinez rongeait son frein et une représentante du patronat se disait pas trop favorable à la réforme. Un avocat rappelle cruellement l’énorme erreur de France 2 qui a dû s’excuser pour avoir prétendu avec beaucoup de légèreté (et de faute professionnelle) que la caisse des avocats est subventionnée par l’État, alors que c’est cette caisse qui, par solidarité, verse près de 100 millions au régime général.

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Les animateurs, Léa Salamé et Thomas Sotto, veillaient à ce que le débat ne dérape pas, présentant la réforme selon la version dithyrambique du gouvernement (ils ont tout de même passé la fameuse vidéo dans laquelle François Fillon se déclarait favorable au système par points qui « permet de baisser chaque année la valeur du point et le montant des pensions »). Ils posaient des questions fort pertinentes : ainsi Salamé demandait à Darmanin si Macron, né en 1977, serait concerné par la réforme et Sotto, né en 1973, voulait savoir s’il aurait une retraite par points !

Pour botter en touche, les deux ministres ont plusieurs fois affirmé qu’ils n’étaient pas possible de critiquer le projet gouvernemental puisqu’il n’a pas encore été rendu public, comme si le rapport Delevoye de 132 pages n’avait été publié en juillet dernier.

Ils ont affirmé que les pensions des femmes seraient meilleures alors que, basées sur la carrière complète et non plus sur les 25 meilleures années, elles seront forcément inférieures. Sibeth Ndiyae a dit qu’en travaillant moins de 150 heures, dans le système actuel, on ne dégage rien pour la retraite, alors que dès le premier euro cotisé, avec la retraite à points, on produira 0,055 euro de pension. Darmanin abondait : celui qui ne travaille que deux heures ne perçoit pas de pension : « vous trouvez ça normal ? », lance-t-il à la cantonade. Sauf qu’en invoquant cet argument, ils se gardent bien de rappeler qu’avec 150 heures travaillées, un salarié obtient actuellement un trimestre complet de durée de cotisation. Par ailleurs, la ministre agitait comme un hochet le fait que le père ou la mère aura 5 % par enfant dès le premier enfant (alors qu’actuellement c’est 10 % d’augmentation de la pension pour chacun des parents à partir de trois enfants). Il va de soi que les couples décideront la plupart du temps que ce seront les pères qui auront le bénéfice de cette majoration, puisqu’ils ont des salaires et donc des pensions plus élevées. Quitte à ce que la femme, plus tard séparée, se retrouve Grosjean comme devant. Par ailleurs, la réforme supprime les deux années de durée de cotisation par enfant dont bénéficient les femmes, dès le premier enfant (dans le privé, dans le public l’avantage est moitié moindre) dispositif favorable aux femmes (aux carrières courtes) qui passe par profit et perte ! Quant aux décotes pour départ avant 64 ans (baisse de 5 % par année anticipée entre 62 et 63 ans), alors que la retraite à points est déterminée au prorata de la carrière effectuée, on ne voit pas pourquoi elles sont instituées : cela constitue une double pénalité.

Vue partielle de la manifestation du 5 décembre, matin, à Auch, ville de 20.000 habitants, chef-lieu du département du Gers : 3 à 4000 manifestants, du jamais vu depuis de très nombreuses années. Les télévisions à 13 h, alors qu'il y avait eu des centaines de manifestations en France ont souvent attendu un quart d'heure avant de donner des informations sur ce mouvement social. Sur France 2, on préférait donner des précisions sur le dérangement pour les usagers des transports et sur la fermeture de la tour Eiffel ! [Photo YF] Vue partielle de la manifestation du 5 décembre, matin, à Auch, ville de 20.000 habitants, chef-lieu du département du Gers : 3 à 4000 manifestants, du jamais vu depuis de très nombreuses années. Les télévisions à 13 h, alors qu'il y avait eu des centaines de manifestations en France ont souvent attendu un quart d'heure avant de donner des informations sur ce mouvement social. Sur France 2, on préférait donner des précisions sur le dérangement pour les usagers des transports et sur la fermeture de la tour Eiffel ! [Photo YF]

Ndiyae et Darmanin ont affirmé à tort que les femmes travaillaient majoritairement jusqu’à 67 ans, alors que si elles sont nombreuses à ne percevoir leur pension qu’à cet âge (pour avoir le taux plein), elles ont le plus souvent arrêté de travailler avant. Darmanin a volé au secours des agriculteurs et évoqué leurs « retraites de misère », sans rappeler qu’en 1945 ils ont refusé le régime général préférant un régime autonome avec cotisations inférieures (même Nicolas Sarkozy s’est permis, non sans culot, de le leur dire lors d’un discours auprès des agriculteurs du Gers, en novembre 2011, dans une salle à guichet fermé mais avec vidéo qui était visible à l’époque sur le site de l’Elysée que j’avais suivie intégralement, corroborant ce que m’avait dit par ailleurs des membres d’administration présents à cette réunion).

Darmanin est revenu sur la polémique qui a fait suite à des propos tenus par Thomas Piketty, qui ont été déformés par une droite aigrie lui reprochant d’avoir dit que les salaires au-delà de 10.000 euros par mois ne cotisaient que 2,8 % au-delà de ce salaire, tout en percevant une pension sur l’ensemble de leurs revenus. Il faut voir comment ça s’est déchaîné sur les réseaux sociaux. Le ministre ne s’est pas privé de disqualifier l’auteur de Capital et idéologie : or Piketty, défenseur de l’impôt progressif, ne disait pas cela mais défendait tout simplement l’idée que les cotisations des cadres supérieurs soient non pas proportionnelles mais progressives.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics a été incapable de répondre à un infirmier qui lui expliquait que le déficit des retraites, relativement faible (10 Md€) comparé au budget global des retraites (325 Md€), avait été creusé par la politique d’Emmanuel Macron, puisqu’on était à l’équilibre il y a deux ans (1). Et le Fonds de réserve pour les retraites et les régimes complémentaires détiennent une cagnotte de 127 milliards, qui pourrait contribué au moins partiellement à la soudure puisqu’en 2030, l’équilibre financier devant intervenir à cette date du fait de la disparition progressive des baby-boomeurs (et de l’auteur de ces lignes).

Sur les enseignants, les « garnousettes » consistaient pour ces ministres à prétendre que les salaires des enseignants seraient augmentés, soit 400 millions d’euros budgétisés, pour qu’ils aient de meilleures pensions. Non seulement cette précipitation est révélatrice d’une totale impréparation du gouvernement sur ces questions pourtant tellement importantes, mais le montant annoncé est dérisoire, si l’on a bien en tête qu’il y a près d’un million d’enseignants (certains ont calculé que cela ferait 30 € par mois). Il a été évalué qu’il faudrait 10 milliards d’euros pour que les pertes de pensions estimées à 500 ou même 900 euros soient totalement ou en partie compensées !  Sans parler que si le gouvernement lâche là-dessus, il va de soi que d’autres secteurs perdants réclameront à juste titre des compensations.

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 (1) Sur le creusement du déficit, voir mon article Le faux déficit des retraites, dans lequel m’appuyant sur les propos de Christian Chavagneux d’Alternatives économiques, je précisais que ce déficit, selon le Conseil d’Orientation des Retraites, est dû aux réductions d’emplois de fonctionnaires, à l’austérité salariale prolongée dans la fonction publique, et à la non compensation des exonérations des cotisations sociales, dont celles qui portaient sur les heures supplémentaires.

Autre « garnousette» : le minimum à 1000 €

Les deux ministres n’ont rien dit sur la retraite minimum de 1000 euros. Depuis longtemps, je m’étonnais que le gouvernement n’exploite pas davantage ce point de la réforme. Une enseignante a rappelé, offusquée, que Jean-Michel Blanquer a promis aux enseignants « un minimum de pension à 1000 euros par mois pour ceux qui ont une carrière complète » : ni Ndiyae ni Darmanin n’ont relevé. La raison est la suivante : la retraite minimum ou minimum contributif existe déjà. Si vous avez une carrière complète, la base Sécu et la retraite complémentaire ne peuvent être inférieures à 970 euros (81 % du Smic). Le grand projet généreux de la réforme Delevoye est de l’augmenter de… 30 euros (à 85 % du Smic) ! Jamais ils ne l’ont dit. Même certains ministres ont confondu minimum vieillesse (l’ASPA, allocation de solidarité pour personnes âgées, une aide sociale, récupérable sur succession, que Macron en trois ans réhausse de 800 à 900 euros) et retraite minimum (qui n’est pas une aide sociale, mais une pension de retraite, non soumise à plafond de ressources d’un conjoint). La seule nouveauté serait que les agriculteurs y auraient droit alors qu’ils n’avaient droit qu’à 75 % du Smic jusqu’alors.

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La confusion entre retraite minimum et minimum vieillesse a été faite par Muriel Pénicaud sur Europe 1, le 24 novembre, habituée à se prendre les pieds dans le tapis. Personne n'a relevé cette grossière erreur, jusqu’à ce que Olivier Faure (PS), se fondant sur ce qu’elle avait dit, reproche (à tort) au gouvernement de ne prévoir qu’un minimum relevant de l’aide sociale (récupérable sur succession). Il importe de dire ici que beaucoup de ceux qui défendent le projet à points ne toucheront jamais cette retraite : ils ont de tels revenus qu’ils relèvent d’assurances privées. Il va de soi que beaucoup de ministres et certains « experts » qui squattent les plateaux de télé, pour eux, la pension de retraite c’est un secours : c’est d’ailleurs ce que le journaliste Yves Calvi avait dit un jour, qualifiant carrément les pensions de retraites d’« aides sociales ». Pendant l’émission, Léa Salamé et Thomas Sotto n’ont cessé d’agiter le thème des privilèges des régimes spéciaux. À noter qu’Acrimed indiquait hier qu’en 2016, « Thomas Sotto touchait 37938€/mois, c'est donc bien un expert en matière de privilèges »

Les « garnousettes » de Delevoye lui-même et de RTL 

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On sait que les exemples publiés par le rapport Delevoye avaient été quelque peu traficotés pur donner l’impression que la réforme était plus avantageuse. Là c’était carrément une tentative de tromper. Mais il y avait aussi des flous dans les propos de Jean-Paul Delevoye qui sur RTL le 19 juillet avait été si peu clair que le site du média le citait ainsi : « si vous avez 100 euros de revenus, vous aurez 5,5 euros par an pendant toute la durée de votre retraite », formule évidemment erronée : il s’agit de 100 euros cotisés, ce qui change tout. Je constatais que trois semaines après parution, RTL n’avait toujours pas corrigé. Non seulement mon article du 7 août paru sur ce blog [ici] était annoncé en Une de Mediapart, mais je l'adressais, comme d'habitude, à une kyrielle de journalistes. Mon texte s’étonnait que dans les rédactions il n’y ait pas davantage de vigilance sur ces questions cruciales (car l’info trompait grandement les citoyens qui la prenaient au pied de la lettre). Finalement, l’article est toujours en ligne, mais il a été corrigé le 8 août [ici] en rectifiant ce qu’ils avaient « écrit à tort dans la première version de l’article ». Je pense avoir contribué à ma manière à la correction d’une garnousette !

18 ans à vivre !

Étrangement, depuis des mois, au cours de tous les débats sur la réforme des retraites, je n’ai vu nulle part l’explication du montant du point retenu par Jean-Paul Delevoye dans son rapport publié en juillet. Il écrit que 10 euros cotisés donneront droit à un point, et un point vaudra 0,55 € (ou 100 € produiront 5,5 € sur le montant de la pension annuelle). Très bien, mais pourquoi ? On a dit que la valeur du point pourrait changer à tout moment, pourquoi pas baisser, peut-être même sans passer par un vote à l’Assemblée, un texte réglementaire suffirait.

Dans un article de blog sur Mediapart en août dernier, j’ai constaté que 10 divisé par 0,55 donne 18. Ce qui signifie qu’en 18 ans, l’assuré a touché la totalité de ce qu’il a cotisé (cotisations salariale et patronale, représentant 28 % du salaire). Pourquoi 18 ans ? Parce que c’est actuellement l’espérance de vie moyenne (hommes-femmes) à 64 ans (fameux âge pivot qui serait exigé), soit 82 ans ! Cela montre combien cette réforme, tout en restant "par répartition", contient des germes de "capitalisation", car le lien entre la cotisation de chacun et sa retraite est renforcé. Il n’est pas exclu, malgré les promesses faites par le gouvernement, que si l’espérance de vie augmente la valeur du point se réduira d’autant (si on gagne deux ans, un beau jour on nous expliquera que le point vaut non plus 10/18 mais 10/20 = 0,5, soit une baisse de 10 % de la valeur du point). Et cela aura pour effet que les salariés se protégeront en prenant des assurances privées. Il y a fort à parier que si la réforme passe, elles pulluleront : c’était d’ailleurs l’objectif, non avoué, dès le départ. D’ici d’ailleurs à ce que la valeur du point diffère entre les hommes et les femmes… puisqu’ils n’ont pas la même espérance de vie !

 Les « experts » :

"C dans l'air" du 6 décembre [capture d'écran YF] "C dans l'air" du 6 décembre [capture d'écran YF]
Autre garnousette : dans l’émission C dans l’air, hier soir sur France 5, les invités discouraient doctement sur le mouvement social actuel. Roland Cayrol expliquait que Marisol Touraine avait fait une réforme (sous Hollande) : ce qui fait qu’aujourd’hui, dit-il, l’âge de départ en retraite est 63 ans. Alors la journaliste des Échos, Solveig Godeluck, vient à son aide en disant qu’il s’agit d’un passage progressif (un trimestre tous les 3 ans). Cayrol admet. Bruno Jeudy, ancien du JDD, aujourd’hui à Paris-Match (deux médias propriétés du groupe Lagardère qui produit en réalité l’émission de France 5) et Stéphanie Matteudi, directrice d’Art du Dialogue Social (sic) ne mouftent pas : pourtant c’est faux, car l’âge légal est toujours fixé à 62 ans, la réforme sous Hollande ayant porté sur la durée de cotisation, passant progressivement à 43 ans. Je me perds en conjecture : comment une telle erreur peut être commise par quatre « experts » sur ce plateau, alors même que l’animateur Alex de Tarlé est en liaison oreillette avec les organisateurs de l’émission en coulisse, qui, eux non plus, n’ont rien corrigé !

 

Billet n° 511

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