Violence d’État

Le Président, envers et contre tout, maintient sa contre-réforme anti-chômeurs et annonce qu’il a toujours l’intention de repousser l’âge de départ en retraite, ce qui n’empêche pas de s’écharper sur vaccination obligatoire ou pas, passe ou impasse sanitaire, comme pour faire diversion.

Emmanuel Macron, allocution du 12 juillet [capture d'écran, AFP] Emmanuel Macron, allocution du 12 juillet [capture d'écran, AFP]
Le Président a parlé et fait état sans vergogne de son idéologie économique dominante (néo-libérale) agrémentée des mensonges habituels :

-             1 entreprise sur 2 ne trouve pas de réponses à ses offres d’emplois : mantra de la droite économique qui s’en gargarise depuis si longtemps (officiellement la formation n’est pas suffisante, mais surtout sous-entendu : les chômeurs ne veulent pas travailler)

-             la réforme de l’assurance-chômage sera en application au 1er octobre : confirmation de l’intransigeance de la droite économique, avec ce rajout ignoble digne de Wauquiez pour ratisser sur ses terres : « on doit bien mieux gagner sa vie en travaillant qu’en restant chez soi, ce qui n’est pas toujours le cas »

-             les retraites : pour justifier une réforme des retraites, il agite l’argument fallacieux des « 42 » systèmes, alors qu’il n’y a que 11 régimes et 80 % des retraités relèvent du régime général privé

-             le report de l’âge de départ en retraite, sans préciser si c’est 64, 65 ou plus. Il joue les matamores, il ne le fera pas avant la fin du quinquennat, mais il faut marteler au petit peuple qu’il glande et qu’il faut travailler davantage

-             le « revenu d’engagement » pour les jeunes, garantie jeunesse universelle : sans précision, et sans dire ce que devient son Revenu Universel d’Activité (aux oubliettes ?)

-             les personnes âgées dépendantes : il prône le maintien à domicile, qui est une évidence pour tous, mais où est passée sa loi sur la dépendance si nécessaire, que Hollande déjà aurait dû faire ?

Là ce sont les vrais problèmes, économiques et sociaux (j’ajouterai la négation des violences policières qui sont un des points les plus noirs du quinquennat), mais de tous bords on s’écharpe dans des débats surréalistes, non autour de cette domination économique sans concession mais sur les aléas d’une crise sanitaire, reconnue par les uns, minorée par les autres, à coup d’obligations ou non du vaccin, de gratuité ou pas des tests PCR, de PASS ou d’impasse. Dans un tel contexte, que sera la mobilisation à la rentrée sur l’assurance-chômage qui est d’une grande violence (d’État), car elle jettera sur le carreau de très nombreux sans-emploi ? [13 juillet]

Réforme chômage suspendue

Manifestation contre la réforme chômage [Photo YF] Manifestation contre la réforme chômage [Photo YF]
La réforme de l’assurance-chômage qui devait entrer en application au 1er juillet est suspendue suite à la décision du Conseil d’État qui conteste un aspect des mesures qui ont pour but de rendre moins favorable l'indemnisation du chômage des salariés ayant alterné contrats courts et inactivité. Par ailleurs, le contexte économique n’est pas propice à la mise en œuvre de cette réforme. Le Conseil d’État doit prochainement se prononcer sur le fond. Même s’il ne s’agit pas d’une victoire à proprement parler, ne boudons pas notre plaisir : cette loi inique constitue un recul certain qui est destinée à affecter cruellement la situation de très nombreux chômeurs et chômeuses. Celles et ceux qui ont mené la lutte pour les droits sociaux peuvent être satisfaits… au moins du temps gagné. Une des plus hautes instances de l'Etat, le juge administratif suprême, a dit que le gouvernement avait tort. Avant de devoir certainement se mobiliser à nouveau à la rentrée, savourons cette pause, cette similitude pour l'instant entre une revendication sociale et une décision officielle. [22 juin]

LREM part à vau-l’eau

Stanislas Guérini, à Amiens, en septembre 2020 [Photo Jean-Claude Coutausse, pour Le Monde]. Stanislas Guérini, à Amiens, en septembre 2020 [Photo Jean-Claude Coutausse, pour Le Monde].
Le Monde consacre deux pages au vitriol à LREM : « le vaisseau fantôme de la Macronie ». Noyauté par la droite, le mouvement pédale dans la choucroute, mais ça ne défrise pas Macron pour qui rien ne compte vraiment que lui-même. L’article de Sorenne de Royer rappelle un fait qu’on connaissait mais ajoute quelques touches croustillantes : le nom En Marche !, la typo et le logo ont bien été proposés par un publicitaire d’une agence au nom modeste de "Jésus et Gabriel" qui s’inspirait d’Apple pour vendre le « produit ». La campagne marketing était guidée par trois principes : « Différenciation, Désintermédiation [sic], Prise de risque » ! Et qui était ce publicitaire ? Adrien Taquet : qui avait de ce fait… toutes les compétences requises pour être nommé plus tard secrétaire d’État à l’enfance et à la famille (on imagine un publicitaire nommé à la tête du ministère de la santé ou de l’éducation ? On mesure tout le mépris que cette caste a envers un domaine des politiques publiques aussi fondamental). Et lorsque cette même caste va chercher un gars du secteur social et éducatif c’est pour mettre en avant Jean-Marc Borello, adjoint du délégué général de LREM, Stanislas Guérini (à ce poste, lui, parce qu’il a vendu un temps… des panneaux solaires). Borello (un éduc ancien gestionnaire de boites de nuit !) a une conception toute "libérale" de l’action sociale et adopte des comportements plus que controversés (voir lien avec mon post : SOS, ou comment faire du fric avec le social). Ce même Borello conseille à LREM de ne plus « penser global », il faut mobiliser sur les sujets particuliers (au sein même de LREM, cette orientation prônant l’individualisme est contestée).

Pour revenir à Adrien Taquet, l’ancien délégué général de LREM Gilles Le Gendre avait lancé cette pique : « on ne fait pas de la politique avec une agence de création de logo ». Mais de la Protection de l’enfance, oui. [5 juillet]

Le naturel revient au galop

Marine Le Pen a beau prétendre que son parti n’est plus celui de son père, il n’empêche que plusieurs candidats aux prochaines élections s’avèrent être bien représentatifs d’un parti dont les idées souvent nauséabondes gangrènent une partie du pays et de ses médias. Le Monde du 6/7 juin, dans un article de Franck Johannès, déroule la liste de ces individus aux propos racistes et antisémites que le Rassemblement National se voit contraint d’exclure (la mort dans l’âme sans doute).

- une candidate en Gironde : qui a écrit sur Facebook : « c’est comme quand tu serres la main d’un juif, tu as intérêt à voir si tu as toujours tes dix doigts » ;

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- un autre dans la Creuse : violences conjugales, condamné en juin (mais déjà à deux ans de prison avec sursis en février pour menaces de mort envers une ex-épouse) ;

- une autre, également dans la Creuse, a écrit sur le réseau russe VK : « les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même moment historique » ;

- une autre en Corrèze : « qu’on arrête de construire des mosquées, je suis OK pour les faire sauter » ;

- un candidat dans les Ardennes : condamné pour infractions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans ;

- sur la liste de Jordan Bardella, en Ile-de-France, un candidat auteur de tweets contre les Arabes, les Juifs, les Chinois, les femmes, s’avouant franchement fasciste (il dément, ce serait un homonyme, mais il a bien été condamné à de la prison ferme pour implication dans un trafic de drogue) ;

- dix candidats d’IdF seraient auteurs de tweets racistes, fascistes ou utilisant Hitler et l’étoile jaune pour qualifier le temps présent.

Par ailleurs, on le sait, la campagne du RN s'en prend violemment aux mineurs isolés étrangers.

Comme on le voit, on parle de dédiabolisation, mais manifestement le diable n’est pas dans les détails et le naturel revient au galop. Mais cela ne devrait surprendre que les naïfs qui n’ont pas encore compris que le RN est un parti dangereux. Cependant, le drame que vit le pays n’est pas seulement l’installation du RN comme un incontournable, mais le fait que ses idées instillent tant d’autres courants de la société, y compris certains qui affirment n’avoir aucunement l'intention d'établir des liens avec lui. [6 juin]

 Ne pas désespérer

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Le sénateur LR Philippe Bas se vante d’avoir fait passer un texte permettant de refuser le RSA à une personne ayant une épargne de 23000 euros. Il cherche en général à se montrer comme un élu respectueux de la loi (il a présidé la commission sénatoriale sur l’affaire Benalla et n’a pas été tendre avec le pouvoir, sachant que cela faisait les affaires de la droite LR). Là, il ratisse sur les terres RN. Très peu de gens au RSA ont une telle épargne mais un tel affichage laisse entendre qu’ils seraient nombreux : c’est tout bon. Et Monsieur Bas ne sait rien des rares allocataires du RSA ayant cette épargne.

J’imaginais que les commentaires à son tweet victorieux serait suivi d’un déversement de propos haineux à l’encontre des "assistés". Que nenni : très peu de commentaires l’approuvant, plus de 90 % le désavouant et alignant des arguments : j’en publie quelques-uns. La plupart sont massivement approuvés par d’autres internautes. Plutôt réconfortant.

À noter que M. Bas fait son petit cinéma : il sait bien que l’Assemblée Nationale ne suivra pas. Le Département de la Manche qui pratiquait cette restriction a été retoqué par le Conseil d’État. Il importe de préciser que les très rares allocataires ayant une épargne doivent déclarer les intérêts perçus qui eux sont considérés, conformément à la loi, comme des revenus, et donc déductibles du montant de l’allocation. [9 juillet]

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Les larrons en foire

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J’ai fait ce soir une courte incursion sur CNews dans l’émission de Pascal Praud, avec Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel, Véronique Jacquier et Jean-Loup Bonnamy (philosophe !), la plupart (sinon tous) d’extrême-droite. Ils et elle s’entendent comme larrons en foire, contre les antiracistes, les féministes, ils sont viscéralement anti-musulmans et… contre Macron. Une fois n’est pas coutume, je vais voler au secours du Président. Bonnamy accuse Macron d’avoir lu un jour en public la lettre du jeune résistant Henri Fertet et d’avoir sauté juste un paragraphe qui concernait la culture française. Volontairement parce que la culture française n’existerait pas selon Macron. Ce dernier a dit en mars 2017 : « il n'y a […] pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple ». La droite et le RN le lui ont violemment reproché, Bonnamy reprend ce reproche. Mais quand il cite la lettre de Fertet, il triche car si Macron, en juin 2019, n’a effectivement lu que des extraits, ce n’était pas pour les raisons qu’invoque ce "philosophe" en herbe qui a aussi son rond de serviette sur la radio d’extrême-droite Sud-Radio. Les raisons des extraits qui ont été lus par Macron sont clairement explicitées dans cet article de Libération. Certes, c’est peut-être un détail, mais la mauvaise foi de ces gens-là est sans borne. Et ça dure plusieurs heures par jour ! [7 juillet]

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Notre belle France médiatique

L’an dernier, le 26 juin, je publiais sur Facebook le post ci-dessous. Depuis, on peut dire que les idées de l’extrême-droite ont progressé (contre lesquelles des manifestations ont eu lieu le 12 juin dans tout le pays). Valeurs actuelles poursuit sa propagande raciste (le canard d’extrême-droite est jugé actuellement pour une BD s’en prenant avec mépris et violence à la députée LFI Danièle Obono). VA a soutenu les militaires factieux appelant à une guerre civile (en prétendant la redouter) et se délecte en publiant aujourd’hui une tribune de Philippe Chevallier (du duo Chevallier et Laspalès) qui proclame que « la France est morte en 1981, le jour où François Mitterrand accéda au pouvoir ». Pourquoi ? Parce qu’il réunissait « les soixante-huitards attardés et les communistes en déroute » ! Le tout, au moment où Vincent Bolloré met un pied dans Europe 1 (qui pour autant n’était pas un défenseur patenté du progrès social) pour l’allier à CNews en tentant de créer un pool télé-radio d’extrême-droite. Et Mediapart révèle comment Paris-Match et le JDD (propriété d’Arnaud Lagardère, le frère de Sarko, qui possède encore Europe 1 et contrôle l’émission C dans l’air) ont manipulé l’info sur l’affaire Takieddine (pour obtenir la rétractation de l’intermédiaire sulfureux qui avait clairement accusé Nicolas Sarkozy dans l’affaire libyenne de financement de sa campagne de 2007 par Kadhafi).

C’était notre chronique du jour sur notre belle France médiatique. [26 juin 2021]

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Il y a tout juste un an, le 26 juin 2020 :

« Les juges n’ont pas à juger les politiques »

Geoffroy Lejeune (Valeurs Actuelles) débattait hier soir sur LCI avec l’éditorialiste  Nicolas Domenach (qui a si longtemps débattu avec Éric Zemmour sur RTL). Lejeune était là pour dézinguer les magistrats, en particulier ceux du Parquet national financier : on assistait ainsi à la plaidoirie du patron de la rédaction d’un canard d’extrême-droite en faveur de François Fillon (et de ses malversations), de Nicolas Sarkozy (pauvre victime d’une « cabale » judiciaire depuis des années), de Jacques Chirac (dont les magouilles à la mairie de Paris n’auraient pas mérité condamnation), et aussi de François Bayrou ! Bien sûr, il n’oublie pas ensuite de voler au secours de Didier Raoult (« je suis dans son camp ») et de Michel Onfray.

Sa thèse (il n’est pas seul à la soutenir) est que les hommes politiques peuvent tricher, traficoter, détourner du fric, être corrompus, ce ne sont pas aux juges d’en décider et de les condamner : en « démocratie », seuls les électeurs sont habilités à le faire. Il avait oublié de citer les Balkany.

Manifestation contre l’extrême-droite

Le samedi 12 juin, c’était manifestation partout en France contre la progression des idées de l’extrême-droite. Étant à Nantes ce jour-là, j’ai couvert la manifestation et publié un long post sur Facebook avec photos, entre autres sur la répression policière qui a attaqué à coups de matraques les porteurs de banderoles, y compris ceux de Sud/Solidaires, et faisant quelques blessés.

Nantes, entends-tu le vol noir des corbeaux ?

Les Juifs et l’extrême-droite

Dans Le Monde de ce 13 juillet, Serge et Arno Klarsfeld se prononcent contre l’extrême droite que les Juifs ne doivent pas soutenir, condamnant ainsi Éric Zemmour, qui falsifie et manipule l’histoire en dédouanant le maréchal Pétain car il n’aurait livré aux Allemands "que" les juifs étrangers [ainsi que leurs enfants nés en France donc français, concourant ainsi à la destruction d’un quart des Juifs de France].

klarsfeld
Cette prise de position, alors même que Zemmour a des fans qui le soutiennent pour l’élection présidentielle de 2022 est la bienvenue. Elle arrive un peu tard tout de même, car le nombre de Juifs soutenant l’extrême droite de Marine Le Pen est grandissant (en partie, par réaction aux attentats djihadistes s’invoquant de l’islam et anti-Juifs). C’est ainsi que les prises de position de Juifs connus ou inconnus proférant des propos anti-musulmans à longueur de colonnes ou de tweets sont de plus en plus nombreuses (les mêmes propos anti-Juifs seraient passibles des tribunaux). Certains soutiennent ouvertement l’extrême droite israélienne, justifiant les colonies d’occupation sur les territoires palestiniens et la politique discriminatoire, humiliante, d’Israël envers les Palestiniens.

Les Klarsfeld affirment que Zemmour « transgresse certaines valeurs républicaines et certaines valeurs juives ». Arno ayant été un soutien affirmé de Nicolas Sarkozy (y compris sur la politique d’immigration), sa prise de position avec son père pouvait difficilement ne pas valoriser le « centre gauche et le centre droit », et ne pas glisser en passant qu’il faut réguler une « immigration devenue bien souvent incontrôlée » (?) ce qui les conduit finalement et malheureusement à inviter les Juifs à voter ni pour l’extrême-droite… ni pour l’extrême-gauche dans un parallèle classique et simpliste de la droite, injuste et injustifié, qui a d’ordinaire pour effet sinon pour objectif de minorer le danger que constitue l’extrême-droite. [13 juillet]

Impôts & Philanthropie

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Jeff Bezos, patron d’Amazon, se prépare à se consacrer à la conquête spatiale. Il est à la tête d’une fortune de 200 milliards de dollars. Il lutte contre une taxe pour loger les SDF et sait comment ne pas payer d’impôts, quitte à être "philanthrope"… On a là un exemple emblématique de ce qu’est réellement la philanthropie. En passant : un pays qui permet à ce qu’un de ses citoyens possède une telle fortune (comme en France avec Bernard Arnaut et quelques autres) n’est pas une démocratie ni une République : rien, strictement rien ne justifie de telles fortunes. [5 juillet]

. Ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets.

Billet n° 627

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

 

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