Les jeunes violents & l'anti-Front Populaire

Le dernier n° de la revue souverainiste, conservatrice et xénophobe Front Populaire de Michel Onfray publie un article de l’ancien pédopsychiatre Maurice Berger sur les jeunes violents. Il dénonce l’impunité dont ils bénéficient, à cause de mai-68, et prétend qu’à 90 % ils ne sont pas « Français de souche ».

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Selon lui, la violence de certains jeunes aujourd’hui serait due au fait que la sanction désormais apparait comme une répression. La faute à qui ? A mai-68 et au slogan « Interdit d’interdire ». Il n’y a pas si longtemps, cependant, il existait des peines courtes (15 jours d’emprisonnement) mais la loi Belloubet de 2019 interdit les peines de prison de moins d’un mois. Damned, on n’avait pas fait gaffe : la violence de certains jeunes ne daterait que de 2019 ? Et, malheur, cette loi prône la réinsertion : comment réinsérer des jeunes délinquants, assène-t-il, alors que 30 % d’entre eux ont au moins un parent souffrant de maladie psychiatrique ? Les juges se veulent, à tort, gardiens des libertés : « il leur manque la culture de la protection des corps » (ceux des victimes dont l’intégrité physique a été atteinte). Il prétend que les mineurs lui confiaient : « Je sais que je n’irai pas en prison même si ce que je fais est grave ». Du coup, il parle d’un véritable « droit du premier tabassage » (car impuni). Il milite pour des peines fixes, égales pour tous, et non individualisées et variables d’un juge à l’autre. Le juge ne pourrait individualiser la peine que pour « 20 % » : dans ces 20 %, le juge pourrait alors tranquillement exprimer son « idéologie personnelle » !

L’expert affirme que la violence des jeunes n’est pas due à la précarité ni à la ghettoïsation comme l’affirme une « sociologie idéologique » mais aux violences conjugales ou directement subies dans l’enfance (comme si ces causes n’avaient aucun lien entre elles). Il affirme que des « familles claniques » (lesquelles ?) fonctionnent selon la loi du plus fort, avec un code d’honneur qui passe avant les lois de la République.

Maurice Berger Maurice Berger
Puis il livre son dada : trop d’enfants sont maintenus dans leur famille alors qu’ils devraient être placés. Pendant des années, il a insulté les professionnels de l’Aide Sociale à l’Enfance les accusant de fermer les yeux sur les violences intra-familiales. Certes, je conçois qu’il a vu des situations graves dans son service de pédopsychiatrie à l’hôpital Bellevue de Saint-Etienne, mais il n’appréhendait la protection de l’enfance qu’à travers ce prisme et n’en connaissait qu’une infime partie. Des professionnels de l’enfance, l’ayant entendu exalté lors de conférences, m’ont confié avoir été  effarés par ses propos à l’emporte-pièces.

Dans l’interview à Front Populaire, relancé par son intervieweuse (la prof d’histoire Barbara Lefebvre, droite conservatrice), il lâche que la France doit se retirer de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), et arrêter pour un temps prolongé l’immigration « car nous sommes actuellement débordés » : le regroupement familial crée des « clans familiaux » (on comprend mieux de qui il parlait plus haut quand il parlait de « familles claniques »). Mariages forcés et polygamie créent de la violence chez les jeunes. Parmi les jeunes violents qu’il prenait en charge, 10 % seulement étaient issus « de familles françaises de souche ». Pire, les éducs étaient souvent d’origine maghrébine !  

. n° automne 2021 : Le droit à la sécurité contre l'ensauvagement.

 Giscard & les Noirs d’Amérique

La photographe Marie-Laure de Decker était interviewée dans Le Monde des 10/11 octobre. Elle précise que c’est son compagnon de l'époque, Roland Topor, qui lui offrit son premier Pentax, avant qu’elle ne s’achète un Leica. Elle rappelle comment l’agence Gamma a refusé de lui restituer les photos qu’elle avait réalisées, prétendant les avoir perdues. Elle a couvert le Vietnam et raconte comment les soldats et officiers américains étaient drogués d’héroïne (« ils devenaient littéralement fous. Ils se tuaient entre eux »). Elle a photographié les dadaïstes Man Ray et Marcel Duchamp, ainsi qu’Arrabal, Deleuze, César… et rencontré Valéry Giscard d’Estaing. Elle lui demandait des papiers pour les étrangers… et le (futur) président de la République les lui obtenait ! Aviss aux sans-papiers et aux collectifs qui les défendent : essayez d’avoir un ministre ou un président de la République dans votre réseau.

Musée afro-américain de Washington [Photo YF] Musée afro-américain de Washington [Photo YF]
C’est ainsi que le leader des Black Panthers aux USA, Eldrige Cleaver, entré clandestinement sur le sol français obtint des papiers quelques semaines avant la mort de Pompidou et l’élection de Giscard himself à la tête du pays. Un jour, Giscard rencontre Eldrige et Marie-Laure au ministère des finances (au Louvre) et demande à Cleaver : « Pourquoi tous les Noirs des États-Unis ne rentrent-ils pas en Afrique ? ». Là, Marie-Laure de Decker comprend que ce n’est pas que la santé mentale des GI qui est à interroger : elle se dit alors qu’« il est complètement fou » ! Elle ajoute aujourd’hui : « Il vivait sur une autre planète ». Franchement, même si on sait déjà qu’à la tête de l’État certains sont vraiment perturbés, ça fait froid dans le dos d’imaginer que Giscard ait pu poser une telle question. 

. dans le n° 14 du Crieur (revue trimestrielle de Mediapart) d’octobre 2019, Régis Dubois a raconté cette protection accordée par Giscard à Eldrige Cleaver. Elle fut publiquement révélée par le New York Times quatre ans plus tard (en 1978) : Le Nouvel Obs titra « La Panthère de Giscard » et Le Canard enchaîné : « Quand Giscard protégeait un terroriste ».

 Prison & Pauvreté

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Une enquête d’Emmaüs et du Secours catholique, publiée ce lundi 11 octobre, fondée sur un questionnaire qui a été diffusé dans 71 établissements pénitentiaires et auquel près de 1 120 détenus ont répondu, établit trois constats majeurs, à savoir que « les personnes pauvres sont massivement surreprésentées en détention », que « telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, la prison accroît la pauvreté et agit comme un accélérateur de précarisation », et que les conditions de sortie de prison « exposent les personnes les plus vulnérables à une précarité économique et sociale encore plus importante, les plaçant à leur sortie dans des contextes propices à la réitération d'infractions ».

L’état de pauvreté passe de 45 % des interrogés avant incarcération à 70 % après. Constats que l’on connaissait déjà, plus ou moins, mais qui sont ici confirmés par une enquête approfondie.

. rapport complet de 108 pages : Au dernier barreau de l’échelle sociale : la prison.  

Les petites magouilles au quotidien

Le ministre délégué aux PME, quasiment inconnu du grand public, est poursuivi pour omission de déclaration de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Le jugement doit être rendu le 8 décembre, mais le procureur a requis 30 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de trois ans. Ce qui entraînerait, si la condamnation suivait le réquisitoire, une éviction du gouvernement pour Alain Griset, pour le moment encore présumé innocent. Présumé innocent, mais il ne nie pas avoir reçu en août 2019 de son employeur, la Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services (Cnams) du Nord, dont il était le directeur depuis 1991, la somme de 130 000 euros… pour les faire fructifier sur une période courte et, dit-il, ensuite permettre à la Cnams d’acquérir un bien immobilier. Il se vante d’avoir fait une plus-value de 19 000 euros en 11 mois ! Rien ne prouve qu’il devait vraiment rembourser cette somme, la principale et/ou les intérêts (ses propres placements étaient confondus avec celui-là). La Cnams (c'est-à-dire lui-même) en tant que personne morale n'avait pas le droit d'ouvrir un PEA (Plan d'épargne en actions). Ce genre d’histoire, comme celle de Richard Ferrand (qui a fait, lui aussi, des opérations immobilières personnelles au détriment de la Mutuelle qu’il dirigeait), laisse plus que perplexe sur ce qu’une élite se permet de faire en toute impunité. Combien de cadres dans ce pays trempent dans de telles opérations ? Qui peut récupérer 14,6 % d’intérêt en 11 mois sur un PEA ? Évidemment, ce ne sont pas les grands scandales à la Tapie (403 millions d’euros attribués par un « jury » complice) mais tout de même cela fait des dégâts dans la société en colportant l’idée que de telles petites magouilles sont acceptables. Et nullement immorales, ce qu’affirme haut et fort Richard Ferrand, tout de même Président de l’Assemblée Nationale.   

 

Billet n° 636

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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