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Billet de blog 15 juin 2022

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Les valeurs de la République

Des néo-libéraux, qui n’ont pas la justice sociale pour étendard, croient pouvoir accuser les candidats de la NUPES de ne pas respecter les valeurs de la République, malgré un programme de haute portée sociale. L’UDI n'a pas hésité à soutenir un pourfendeur de la fraude sociale. Hommage à Clément Méric, jeune militant syndicaliste et antifas, tué en juin 2013 par des activistes d'extrême droite.

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Faut l’avouer : ce n’est pas sans plaisir que l’on assiste à cette panique qui gagne la droite et une gauche social-libérale. Avant le premier tour, on a eu droit à une propagande tellement absurde qu’on peut se demander si elle a le moindre impact sur l’électorat : Gabriel Attal parlant de « guillotine fiscal à tous les étages » à propos du programme NUPES, Christophe Castaner, qui n’est pas à une niaiserie près, a annoncé la menace d’une « régulation soviétique », affirmant que l’électricité serait coupée plusieurs heures par jour, comme dans la Roumanie de Ceaucescu et qu’il serait interdit de couper son bois chez soi ! Amélie de Montchalin, ministre, pas sûre d’être élue au second tour, a accusé la NUPES de vouloir « le désordre et l’anarchie ».

Emmanuel Macron, selon Le Canard enchaîné, a confié qu’il fallait tenir désormais contre Mélenchon le même discours que celui tenu contre Le Pen entre les deux tours de la présidentielle. Car chez ces gens-là, la LFI et donc la NUPES seraient d’extrême gauche. Et les extrêmes, droite ou gauche, sont tout autant condamnables, à mettre dans le même sac, et à combattre en invoquant « les valeurs de la République ». Ainsi les valeurs de la République seraient mises à mal par un programme qui comporte 650 mesures dont la plupart de haute portée sociale ?

Certes, on peut ne pas être d’accord sur tout avec Jean-Luc Mélenchon (dans le passé, j’ai déjà eu l’occasion de dire mon désaccord sur le soutien apporté à Poutine, en particulier sur la Syrie), mais il n’est pas toute la gauche et il a condamné sans réserve l’invasion de la Russie en Ukraine. Par ailleurs, c’est lui qui a su tirer les leçons politiques du premier tour de la présidentielle pour aboutir à un accord entre LFI, PS, EELV et PC. Accord d’appareils, qui ne dissimule en rien les divergences, donc fragile ? Oui, sauf que la grande majorité des électeurs de gauche aspiraient depuis longtemps à une telle alliance, ce qui peut lui assurer de durer.

Les dissidents du PS, qui ont refusé un accord adopté par les instances dirigeantes du parti, ont montré leur vraie nature : non seulement une capacité de trahison (dans la lignée de ce qui s'est passé en 2017) pour sauvegarder leurs places ainsi que leur attachement à des politiques néo-libérales, ne supportant pas les avancées démocratiques, écologiques et sociales du programme NUPES. On verra bien jusqu’où les rares qui seront élus pousseront le bouchon quand il faudra au Parlement choisir entre vote NUPES et vote LREM (Renaissance).

Le gouvernement a mis du temps avant d’annoncer qu’aucune voix ne devait finalement aller au RN, alors que la première ministre, dans un premier temps, parlait dimanche soir d’une « confusion inédite entre les extrêmes », conforme au discours habituel de droite renvoyant dos à dos RN/Reconquête et LFI (et donc NUPES), comme le fait encore Jean-Michel Blanquer aujourd’hui (mais comme ne le faisait pas la Macronie entre les deux tours de la présidentielle quand elle cherchait à s'attirer les voix mélenchonistes, dans les 58,5 % des voix qu’il obtient au second tour un bon nombre vient d’électeurs de gauche, y compris LFI). Pap Ndiaye, le ministre de l’éducation qui a remplacé Blanquer, a quant à lui, appelé clairement à ne pas voter RN (« le combat contre l’extrême droite n’est pas à géométrie variable »), clarifiant par un hashtag ʺfront républicainʺ.

Si accuser le pouvoir en place d’être une "dictature", comme certains le font de façon particulièrement irresponsable, c’est finalement bien dédouaner les ʺvraiesʺ dictatures, de même assimiler l’extrême droite et l’extrême gauche (alors même que le programme de la LFI et celui de la NUPES sont loin d’être radicaux), c’est se montrer bien tolérant avec l’extrême droite qui, elle, est raciste, parfois fascisante, excitant la haine dans la société entre ses membres, non seulement à l’encontre des migrants ou des Français d’origine étrangère, mais aussi par son mépris souverain et traditionnel à l’encontre des plus démunis. Portant atteinte gravement aux valeurs et aux principes de la République. De plus, si être "extrême" c'est porter atteinte aux valeurs de la République, alors manifestement LREM et LR n'ont pas de leçons à donner, leurs programmes étant bien éloignés de la justice sociale, favorisant essentiellement les possédants, quitte à se prétendre tous deux "R"épublicains.

[13 juin]

L’UDI fricote avec un pourfendeur de la fraude sociale

Un ancien magistrat, Charles Prats, a défrayé la chronique en pourfendant la fraude sociale. S’appuyant sur des extrapolations farfelues, il a avancé des chiffres tout aussi tirés par les cheveux. Pas étonnant qu’il ait été adulé par Valeurs actuelles, Éric Zemmour, Marion Maréchal Le Pen, Jordan Bardella, la fachosphère, Le Figaro et des médias d’extrême droite (Sud Radio, CNews, Boulevard Voltaire). Plus étonnante est cette Commission d’enquête relative à la lutte contre les fraudes aux prestations sociales de l’Assemblée Nationale qui l’a auditionné et où il déblatère sans vergogne contre un sénateur LREM qui conteste ses évaluations de la fraude sociale et l’a traité de « suppôt du fascisme ». Il a publié deux livres intitulés Le cartel des fraudes chez Ring (j’ai honte, mais j’en ai acheté un pour connaître ses divagations) : la maison d’édition est connue pour publier des ouvrages d’extrême droite, xénophobes et climatosceptiques. Le ministère aurait diligenté une enquête sur les déclarations intempestives de ce magistrat qui a trouvé le filon pour se faire une renommée. Enfin, il est membre d’un syndicat de magistrats de droite.

Clip de campagne UDI [capture d'écran]

Pourquoi ce post ? Parce que ce soir, regardant les clips de campagne pour le second tour, je m’étrangle : l’UDI présente cet individu aux législatives en Haute-Savoie, 6ème circonscription ! Ses prévisions sont aussi nulles que ses supputations : en effet, il pensait faire un bon score et être au second tour puisqu’il est dans le clip de ce jour : or il a été largement battu, n’ayant obtenu dimanche que 1365 voix, soit 3,82 % des votants. Il y a tout de même une justice.

. voir texte plus complet sur Clarles Prats : L’extrême droite en chasse contre assistés et immigrés.

[14 juin]

Hommage à Clément Méric

[Photo YF]

Le 5 juin 2013, Clément Méric, militant antifasciste et syndicaliste, mourrait sous les coups d’activistes d’extrême droite à Paris. Hommage a été rendu à Clément dans plusieurs villes de France, dont Paris et Marseille. À Auch (Gers, Occitanie), c’était samedi dernier sur la place de la Libération, en présence discrète de membres de sa famille, nos amis. Sébastien, pour le collectif antifa, a lu un texte dénonçant les politiques répressives et précarisantes qui ouvrent la porte aux idées d’extrême droite envahissant le débat public. La vie dure est menée aux organisations antiracistes et antifascistes tandis que toute une propagande fabrique des polémiques sur le « wokisme » ou l’« islamo-gauchisme ». Tandis que ce discours d’extrême droite est présent dans certains médias, on assiste à une hausse des attaques et agressions racistes et anti-LGBT. Fédérico Arumburu est tué par un ancien du GUD, aux USA un massacre de masse est perpétré par un individu qui se réclame de la théorie du Grand Remplacement propagée par Renaud Camus (installé dans un château dans le Gers).

Clément luttait pour le progrès social et contre toutes les formes d’oppressions. Il est mort pour avoir refusé de baisser les yeux face à la haine raciste. Il militait au syndicat Sud/Solidaires : un militant de ce syndicat prend la parole. Il rappelle que les assassins ont été condamnés l’an dernier à 5 et 8 ans de prison. Les jurés ont confirmé que c’était bien des skinheads armés qui ont attaqué Clément et ses camarades. Il resitue ce meurtre dans un cadre politique, constatant que les politiques néolibérales frappent les plus démunis et que les violences policières, sur ordre d’en haut, n’ont fait que s’aggraver.

Un cortège se rend ensuite à travers le marché et les ruelles du vieil Auch aux cris de : "LREM, LR, ouvrez les frontières", "Clément antifas on n'oublie pas, on pardonne pas", "Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés". Puis, après un passage sur l'escalier monumental (pétards et fusées), il rejoint le jardin Ortholan où Les Préoccupés donnent un concert sous les frondaisons.

[11 juin]

[Photo YF]

. Chroniques publiées sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets, reproduites ici parfois remaniées et complétées. 

Billet n° 685

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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