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Billet de blog 16 déc. 2021

Ancien ministre soupçonné d’emplois fictifs

Philippe Martin, ancien ministre de l’environnement de François Hollande, est convoqué par le Parquet national financier, suspecté d’avoir embauché des proches en emplois fictifs sous le statut d’attaché parlementaire lorsqu’il était député. Président du Département du Gers, il ne s’est pas justifié et parle de démission.

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Première page de La Dépêche du Gers du 15 décembre

Philippe Martin, président socialiste du Conseil Départemental du Gers [CDG], en poste depuis 23 ans (ce qui en fait le président départemental actuel le plus ancien), ancien éphémère ministre de l’Environnement (9 mois, entre 2013 et 2014), est convoqué devant le Parquet national financier [PNF]. Il devait être entendu ces jours-ci, il a obtenu un report pour début janvier 2022. Il est suspecté d’avoir employé de façon fictive, sur son crédit de député, des personnes de son entourage, dont Joëlle Martin, qui fut sa conjointe. Cette dernière aurait été l’assistante parlementaire du député et rémunérée comme telle, alors que personne ne l’a jamais vue dans cette fonction : les faits, selon le quotidien La Dépêche d’hier, se seraient produits durant les mandats de 2002 à 2013 puis de 2014 à 2017 [l’interruption correspondant sans doute à la période où l’homme politique est ministre de François Hollande]. France 3 Occitanie, qui a interrogé Philippe Martin, indiquait avant-hier que l’élu affirmait n’être pas au courant d’une convocation. Pourtant, il semble bien que dès vendredi 10 décembre il a annoncé aux élus départementaux de sa majorité la menace qui pèse sur lui et l’hypothèse d’une démission prochaine. En effet, Philippe Martin n’apporte aucun argument pour contester l’accusation mais se contente d’évoquer auprès de la presse l’alternative suivante : soit contester mais il encourt des sanctions alourdies, soit admettre sa culpabilité ce qui le contraindrait à démissionner. Dans tous les cas, il dit ne vouloir « nuire ni à l’institution départementale, ni à la démocratie ». Il démissionnera s’il est mis en examen.

[Ph. YF]

Dans le Landerneau gersois, c’est l’effarement mais pas totalement une surprise car on savait que la police judiciaire avait effectué des perquisitions au CDG en juin 2018 pour vérifier les conditions d’embauche des assistants parlementaires [la rumeur courrait qu’il y avait eu aussi des perquisitions à domicile]. Philippe Martin avait alors affirmé qu’il avait toujours respecté la légalité et accusait un « corbeau » (une femme) d’avoir usurpé l’identité d’une élue d’opposition en procédant à une « dénonciation calomnieuse » auprès des autorités judiciaires. Apparemment, le Parquet financier a pris en considération la dénonciation, pas la calomnie.

Rattrapés par la patrouille ?

Certains ne cachent pas leur jubilation à voir un homme de premier plan trébucher (au moment où un autre, Claude Guéant, qualifié un temps de « cardinal » et qu’on aurait pu croire intouchable, rejoint carrément la prison de la Santé). D’autres aimeraient bien se délecter des déboires de leur petit camarade ou de leur ennemi juré, sauf que la question des assistants parlementaires et des pratiques douteuses ne concerne peut-être pas seulement Philippe Martin. En effet, le Parquet financier ne s’attaque pour le moment qu’à une partie émergée de l’iceberg. Quand l’affaire Fillon a éclaté, on pouvait subodorer qu’il n’était pas le seul à procéder à une telle magouille. À partir de ce moment-là, on imagine que certains se sont mis à trembler, ceux qui avaient pu procéder sans vergogne comme le leader de la droite dure qui s’était tant prétendu parangon de moralité, modèle de vertu. Ayant cru longtemps qu’ils ne seraient pas rattrapés par la patrouille, ils prenaient désormais la mesure que leurs malversations pouvaient être révélées.

Lors de la réélection de Philippe Martin à la tête du Département en avril 2015 [Ph. Michel Amat, Sud-Ouest]

Localement, il va de soi que s’il se confirme que cet homme politique a rémunéré frauduleusement une ou des proches, cela risque de provoquer une déflagration. D’autres affaires peuvent sortir, et pas seulement sur des postes d’attachés parlementaires. Les langues peuvent se délier. On notera qu’il y a eu une dénonciation anonyme. Comme dans l’affaire Fillon, on s’étonne qu’il faille attendre un tel procédé, après de si longues années, alors même que si ce genre de rémunérations n’est pas sur la place publique ce n’est pas non plus un secret absolu : quelques personnes, à l’Assemblée Nationale principalement, étaient forcément au courant. Comment se fait-il que des faits datant de 2002 ne soient repérés que 15 ans plus tard, le PNF s'étant saisi en 2017, alors que Philippe Martin, non cumul des mandats oblige, ne se représentait pas à la députation ? Dans la gestion locale, souvent les abus ne sont décelés qu’après la fin du mandat de l’élu, alors que les actes des chefs des exécutifs locaux devraient être simultanément contrôlés, et rectifiés ou même sanctionnés, dès la première incartade à la loi. Les préfectures savent assez bien ce qui se passe au sommet des collectivités territoriales, mais, pour des raisons politiques, dans l’exercice du contrôle de légalité, elles ne relèvent que rarement les dérapages s’ils concernent le chef de l’exécutif local et son entourage, d’autant plus s’il ne s’agit que de (simples) contorsions à la loi, de (petites) magouilles qui ne sont que moralement condamnables.   

Dans tous les cas, si le PNF n’obtient aucune explication plausible dans cette affaire concernant Philippe Martin, l’impact sera franchement délétère : comment faire société si les élus ne sont pas irréprochables ? Comment faire respecter l’ordre, comment gérer avec rigueur, comment croire à une mission républicaine d’un Conseil Départemental, à un sens profond du service public, pour le public, pour ses agents, si celui qui le préside se prête à de tels détournements de fonds publics ?

. article de La Dépêche du 15 décembre : Philippe Martin rattrapé par la justice.

. Cocasse : lorsque l'affaire Fillon a éclaté en 2017, les Fillonistes avaient cru que Philippe Martin le soutenait, publiant sa photo sur Twitter. Sauf qu'ils avaient confondu avec un autre député, homonyme (de la Marne). Philippe Martin du Gers s'était contenté de galéjer en disant qu'il était « victime d'une cyberattaque de la part de la Russie ». Cela m'a peut-être échappé, mais, alors qu'il n'est pas avare de prises de position, il ne semble pas s'être prononcé sur le scandale des emplois fictifs de François Fillon.

Billet n° 651

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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