Lutte victorieuse en faveur d’un hôpital public

On connaît la propension du pouvoir dit libéral à porter atteinte au secteur public de la santé. Description d’une lutte syndicale exemplaire qui a su mobiliser largement et obtenir gain de cause dans l’équipement en imagerie médicale d’un hôpital public.

Manifestation le 17 décembre 2019 [Ph. YF] Manifestation le 17 décembre 2019 [Ph. YF]

Cette lutte acharnée a été menée pendant un peu plus d’un an. L’hôpital d’Auch (chef-lieu du département du Gers) ne possédait en propre ni IRM ni scanner : il devait utiliser un matériel dont il était copropriétaire dans le cadre d’un groupement public/privé dont le fonctionnement n’était pas satisfaisant. Puis un des protagonistes privés a posé des conditions qui fragilisaient plus que jamais l’hôpital public. Du coup, les manipulateurs radio et la CGT de l’hôpital en ont eu ras-le-bol et sont partis dans un mouvement qui a obtenu un large consensus en faveur d’un équipement propre à l’hôpital public. Début février, l’ARS a autorisé l’hôpital d’Auch à installer un scanner et un IRM. Officiellement, le premier devrait être en place cette année 2021, le second en 2022. Mais autorisation ne vaut pas financement. La CGT exige que les dates d’arrivée de ces matériels soient fixées au plus vite. Tant qu’ils ne sont pas sonnant et trébuchant, la victoire n’est pas totale. Elle le sera quand IRM et scanner seront réellement installés.

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L’hôpital d’Auch a été inauguré en 1974 par Simone Veil, alors ministre de la Santé de Giscard. Ces dernières années, alors même que son architecture était de moins en moins adaptée à une médecine moderne, il a subi des restrictions drastiques, comme la plupart des hôpitaux, conséquence d’une politique d’économies budgétaires systématiques faisant fi des besoins réels de santé de la  population.

Loi Bachelot

Manifestation 5 décembre 2019 [Ph. YF] Manifestation 5 décembre 2019 [Ph. YF]
Ces coupes claires ont été impulsées déjà sous la présidence de Jacques Chirac (dès 1995 avec les ordonnances Juppé qui asservissent la Sécurité sociale à l’État, en réalité au pouvoir central en place dont les orientations libérales vont à l’encontre d’une politique de santé de service public). Le chemin vers la privatisation est ensuite renforcé avec Philippe Douste-Blazy, ministre sous Chirac et Raffarin, qui met en place la réforme désastreuse de la tarification. Nicolas Sarkozy accentue le processus, avec la réforme de l’hôpital de 2009 portée par Roselyne Bachelot, qui aujourd’hui fait des ronds de jambes à la Culture, se pavanant et prenant sa revanche après les critiques injustes qui la visaient lorsqu’elle a eu à gérer la grippe H1N1. Elle s’est évertuée à ce qu’on lui délivre le Bon Dieu sans confession, mais il ne faudrait pas oublier que c’est elle qui, avec sa loi HPST (hôpital-patients-santé-territoires), a tout fait pour rentabiliser le secteur. Par la suite, Marisol Touraine, ministre sous Hollande, entérinera les réformes successives destinées à affaiblir l’hôpital.

La loi Bachelot a consisté également à exclure les usagers, les médecins et les élus des instances de décisions. Désormais, c’est une sphère administrative et bureaucratique qui, seule, décide. Ce qui a provoqué une déstabilisation de la santé publique, fortement contestée par les personnels, avant même que la crise sanitaire en démontre crûment la réalité à tous.

Infirmières du bloc opératoire, manifestation du 14 janvier 2020 [Ph. YF] Infirmières du bloc opératoire, manifestation du 14 janvier 2020 [Ph. YF]
En 2005, à Auch, quand un scanner et un IRM doivent être installés, économie oblige, l’ARH (Agence Régionale de l’Hospitalisation, créée par la loi Juppé, ancêtre de l’ARS, Agence Régionale de Santé) refuse qu’il soit propriété unique de l’hôpital, qui traverse alors une grave crise financière. L’ARH impose un GIE (Groupement d’Intérêt Économique) qui a pour nom Imega et qui gérera la location de ces machines. Ainsi le privé participera au financement : une seule structure réunit l’hôpital (50 %), une clinique privée (20 %) et trois radiologues libéraux (30 %) qui sont eux-mêmes organisés en GIE. Le ver est dans le fruit : car ce GIE dans le GIE a le pouvoir de tout bloquer. En effet, toute décision doit être prise à l’unanimité, bon moyen de permettre au privé de tenir la dragée haute au public.

Manifestation du 16 janvier 2020 : "Hôpital en ruine" [Ph. YF] Manifestation du 16 janvier 2020 : "Hôpital en ruine" [Ph. YF]

Le feu aux poudres

Lorsque le scanner arrive à échéance, après avoir été prorogé durant deux ans grâce au contrat de maintenance assuré par le constructeur (qui reste propriétaire du matériel) et alors qu’il présente du danger car obsolète (un matériel neuf serait moins ionisant, plus rapide, avec des fonctionnalités supplémentaires), un des radiologues libéraux, personnage influant, s’oppose tout simplement au remplacement de cette machine. Il invoque une dette que l’hôpital aurait à son égard. Ce qui met le feu aux poudres : les manipulateurs radio de l’hôpital montent au créneau. Ils utilisent le matériel dans le cadre du GIE Imega (donc pour l’hôpital mais aussi pour les associés du privé), ils sont confrontés sans cesse à des complications quand il y a des urgences alors que le privé a programmé au même moment des consultations moins urgentes, des examens pour l’hôpital doivent avoir lieu le soir (de 18h30 à 21 h, quand les examens des radiologues libéraux n’ont plus lieu). Des patients attendent parfois 5 à 6 heures aux urgences avant d’être montés dans leur chambre, car les services exigent un scanner avant de les accueillir. Ces complications et retards peuvent être générateurs d’erreurs médicales, même s’il est impossible d’en apporter la preuve, d’autant plus que les familles, qui ont pu se plaindre, ne sont pas prêtes à s’engager dans des actions judiciaires.

Les radiologues privés, peu disponibles, sont parfois absents, du coup les manipulateurs radio ne peuvent réaliser certains examens nécessitant une injection. Jusqu’alors ces agents de la fonction public hospitalière ont été bien conciliants, mais là c’est trop. Ils et elles réclament un scanner et un IRM 100 % gérés par le public. Ils exigent en outre la dissolution du GIE.

100 % public 

16 janvier 2020 [Ph. YF] 16 janvier 2020 [Ph. YF]
L’ARS ne veut pas augmenter les moyens pour le département et s’oppose à la dissolution du GIE car elle serait complexe et longue. En réalité, ce que l’administration fait, elle peut le défaire, ne serait-ce qu’en indemnisant. Mais qu’à cela ne tienne, les protestataires acceptent que le GIE (avec ses IRM et scanner) subsiste, mais exige que l’ARS attribue le même matériel à l’hôpital public, qui pourra enfin fonctionner correctement. Pour appuyer leur revendication, avec la CGT et le Comité gersois pour le développement et la défense du service public de santé mobilisent l’opinion publique. Les locaux de l’ARS à Auch sont plusieurs fois investis, ce sont joints des citoyens usagers de l’hôpital et des Gilets jaunes (pour la petite histoire, le mouvement a démarré le 17 novembre 2019, pile poil un an après la toute première manif des Gilets jaunes sur les ronds-points). De nombreuses manifestations ont lieu. Par ailleurs, on est dans la période où la protestation contre la réforme des retraites bat son plein.

prs-occitanie
Le Schéma Régional de Santé Occitanie, dont l’élaboration fait l’objet d’une large concertation, prévoit (page 398) que le Gers, sous-doté, a droit à 2 ou 3 IRM. Le Comité de défense mène la bagarre en invoquant auprès de l’ARS cette possibilité d’un troisième IRM, cette « fenêtre de tir » mais l’Agence résiste. On est dans un tel système d’atteinte délibéré aux valeurs du secteur public, que l’hôpital doit se soumettre à un appel d’offre pour démontrer qu’il a besoin d’un IRM, comme si les autorités sanitaires n’étaient pas en mesure de l’évaluer elles-mêmes. Le directeur-adjoint de l’ARS finit, un jour, par parcourir le trajet Montpellier-Auch, pour annoncer officiellement l’autorisation d’un IRM et d’un scanner supplémentaires pour le Gers.

Mais le radiologue libéral, se plaignant d’être publiquement mis en cause, explique dans la presse (La Dépêche du 15 janvier 2020) qu’un scanner 100 % public serait « synonyme de désertification médicale à moyen terme ». Selon lui, les radiologues ne voudraient plus s’installer ici en privé, alors que les titulaires actuels de ces postes sont vieillissants. Les défenseurs du service public y voient plutôt la chance pour l’hôpital d’attirer à lui des soignants.

Manifestation du 16 juin 2020 [Ph. YF] Manifestation du 16 juin 2020 [Ph. YF]
Ainsi, l’hôpital obtient son équipement mais le radiologue privé, qui s’était ingénié à bloquer le système, s’est vu attribuer lui aussi le droit d’avoir son propre IRM (à ses frais), qui malheureusement n’entre pas dans la continuité des soins (sauf s’il effectue des examens pour l’hôpital de Condom, comme il l’argumente dans sa demande d’autorisation). Si l’IRM de l’hôpital tombe un jour en panne, l’État n’a aucun moyen d’obliger le privé à suppléer.

Finalement le GIE Imega (moitié hôpital, moitié privé) subsiste, sans le radiologue privé qui mettait des bâtons dans les roues : ainsi désormais, le fonctionnement à l’hôpital d’Auch devrait considérablement s’assouplir, car les plages du GIE étaient surchargées (18 patients/jour). Avec l’équipement disponible, il ne devrait plus y avoir engorgement pour l’accès à l’IRM. En cas de panne ou de maintenance de l’un, l’autre sera utilisable. Des examens complémentaires pourront être effectués (comme des coronographies, impossibles aujourd’hui). Les flux seront mieux régulés.

Cependant, l’hôpital devrait embaucher car jusqu’alors le personnel hospitalier (une vingtaine de professionnels intervenant sur IRM, scanner et radiologie) était mis à disposition du GIE. Désormais ce personnel sera prioritaire sur l’IRM public. Pour l’IRM mi-public mi-privé (GIE), sur des horaires de journée, il faudra au moins trois postes supplémentaires de manipulateurs radio. On ignore si le privé, sur ses vacations d’utilisation de l’IRM, viendra avec son propre personnel.

[En résumé : 3 IRM et scanners autorisés : ceux du GIE public/privé déjà existant, ceux du radiologue privé (déjà installés) et ceux de l’hôpital public (à pourvoir)]

Quand la charité se fout de l’hôpital

Après une conférence de presse le 10 février : Claude Chouteau et Christian Navarre, président et secrétaire du Comité gersois pour le développement et la défense du service public de santé, Eric Laborde manipulateur radio, Christophe Bukovec CGT-Santé, Noëlle Abadie manipulatrice radio, Benoit Daussat CGT Hôpital [Ph. YF] Après une conférence de presse le 10 février : Claude Chouteau et Christian Navarre, président et secrétaire du Comité gersois pour le développement et la défense du service public de santé, Eric Laborde manipulateur radio, Christophe Bukovec CGT-Santé, Noëlle Abadie manipulatrice radio, Benoit Daussat CGT Hôpital [Ph. YF]
Benoît Daussat, secrétaire général du syndicat CGT de l’hôpital et Christophe Bukovec, secrétaire départemental CGT santé et action sociale, que j’ai rencontrés, expliquent que cette victoire s’accompagnait de la création d’un poste d’agent de régulation médical (ARM) au centre 15 (SAMU) et d’un aide-soignant de nuit aux urgences, que la CGT réclamait depuis longtemps. Ainsi que des primes (NBI) aux infirmiers et infirmières du bloc opératoire (Auch étant un des rares hôpitaux à avoir obtenu cette nouvelle bonification indiciaire).

La bataille pour l’IRM concernait un service quelque peu isolé au sein de l’hôpital, mais elle a consisté à mobiliser tous les services, conduits à invoquer leurs propres problèmes, et aussi la Communauté médicale de l’établissement (CME). Le personnel du service s’est mis en grève à 100 %, c’était la première fois (les urgence était cependant assurées). Il ne s’agissait pas de mettre en place un rituel de manifestations qui se succèdent les unes après les autres et qui auraient pu finir par être démobilisatrices. Il fallait trouver des modes de lutte qui fassent en sorte que le mouvement trouve un réel écho dans la population. L’atteinte portée au service public, qui est au service de tous, qui assure, lui, la continuité des soins et ne cherche pas le profit à tout crin, était flagrante.

Au cours d’une conférence de presse réunie en mairie le 17 décembre 2019, à l’initiative du maire d’Auch (Christian Laprébende), face au blocage pour un nouvel IRM, la présidente de la commission médicale, Véronique Lejeune, accuse : « il y a danger dans l’offre de soins ». Les soignants mettent en garde : « notre population est en danger, elle est prise en otage par un système juridique qui bloque tout » [Ph. YF] Au cours d’une conférence de presse réunie en mairie le 17 décembre 2019, à l’initiative du maire d’Auch (Christian Laprébende), face au blocage pour un nouvel IRM, la présidente de la commission médicale, Véronique Lejeune, accuse : « il y a danger dans l’offre de soins ». Les soignants mettent en garde : « notre population est en danger, elle est prise en otage par un système juridique qui bloque tout » [Ph. YF]
Plusieurs syndicats interprofessionnels de la CGT soutenaient la lutte, des usagers étaient approchés pour les sensibiliser, y compris au sein de l’hôpital (avec, un jour, distribution de gâteaux à l’entrée de l’établissement). Des manifestations spécifiques ont eu lieu, une conférence de presse au sein de la mairie (avec Véronique Lejeune, présidente de la CME, la CGT et le maire Christian Laprébende, le président du Conseil Départemental, Philippe Martin, apportant son soutien), une pétition a circulé (Sauvons notre imagerie, diffusée sur Change, ayant obtenu 3600 signatures dont celles de tous les médecins de l’hôpital), l’information a été donnée sur les marchés, les hospitaliers étant allés à la rencontre des commerçants et de leurs clients. Parallèlement, au niveau national, les manipulateurs radio avaient lancé un mouvement sur des revendications générales (ils sont 35 000 en France) et ils portaient la lutte menée à Auch.

Un cabinet assurant les mammographies a fermé récemment à Auch. Les autres sont saturés, les femmes doivent se rendre nombreuses à Lannemezan, dans le département voisin des Hautes-Pyrénées. L’État pousse à trouver des mécènes pour prendre en charge l’imagerie gynécologique et sénologique. Or qui sont les mécènes, sinon les labos. Il faut répondre par un financement public : « On ne veut pas la charité », assènent les deux militants.

Pour un plan de l’imagerie médicale

16 juin 2020 [Ph. YF] 16 juin 2020 [Ph. YF]
Claude Chouteau, président du Comité gersois pour le développement et la défense du service public de santé, constate que l’on assiste le plus souvent à une gestion de l’équipement, des malades et du personnel, avec concurrence entre établissements, et non pas à l’affirmation d’une politique de santé départementale. Il réclame, pour l’imagerie médicale, un plan départemental de l’équipement. La politique officielle consiste à inviter le public et le privé à travailler ensemble, mais quand on est face à un équipement exclusivement privé (éventuellement financé avec l’aide de l’État accordant des garanties d’emprunt) la complémentarité du privé avec le public ne joue pas. On est sur de la gestion des stocks plus que dans une politique de santé publique.

Claude Chouteau dénonce le principe qui motive l’économie de santé dominante : moins il y a d’IRM, moins il y aura de consommation (de même qu’à une époque on a réduit drastiquement en France le nombre de médecins pour réduire les dépenses de santé, quitte à en faire les frais gravement aujourd’hui, avec des déserts médicaux). Or il n’y a plus d’admissions dans la plupart des services sans IRM ou scanner, devenus des outils centraux, donc cette volonté de restriction n’est pas fondée et complique gravement la tâche des médecins. Un rapport de la Cour des comptes de 2016 appelle à une « politique pour l’imagerie qui valorise mieux les innovations », afin d’améliorer l’exercice hospitalier et son attractivité.

16 juin 2020 [Ph. YF] 16 juin 2020 [Ph. YF]
Le Plan départemental d’imagerie médicale, que Claude Chouteau appelle de ses vœux, consisterait à recenser les besoins : qui prescrit ? qui est concerné ? quel lien entre les images médicales faites et les soins qui en découlent ? quel lien avec les services de médecine (hôpital et médecins de ville) ? De là, on en déduirait les lieux d’implantation des machines. Il faut tenir compte, dans le Gers, d’une population très dispersée et aux caractéristiques socio-sanitaires complexes (polypathologies, grand vieillissement, appauvrissement, isolement). Les mouvements de « fuites » des patients hors du département (cardiologie, coronographie, poses de pace-maker) est un coût pour l’hôpital qui n’est plus chargé que du suivi.

Benoît Daussat abonde dans ce sens. Il faut selon lui développer la rythmologie (thérapie par stimulateurs cardiaques implantables). Il faut dépasser les services « basiques », l’hôpital doit se moderniser, dans l’intérêt des citoyens et pour attirer des médecins.

Tous deux considèrent, en effet, qu’il faut savoir composer avec les progrès de l’intelligence artificielle, qui peut servir à éviter des erreurs. Les machines comme l’IRM ou le scanner ouvrent la voie à la télé-médecine. On ne peut aller contre, mais cela doit être géré pour ne pas sacrifier à la déshumanisation (que le neurochirurgien et écrivain Stéphane Velut décrit dans L’hôpital, une nouvelle industrie, Tracts Gallimard). Cela impliquera un renforcement des qualifications, de la responsabilité et de la compétence des techniciens. Car ce sont eux qui seront en contact avec le malade. Vraisemblablement, il faudra leur confier des tâches supplémentaires.

Ils se prononcent pour la construction d’un hôpital neuf. L’actuel, qui a une cinquantaine d’années, a été conçu selon la médecine de l’époque, avec des services très cloisonnés. On va sur des approches plus transversales, où chaque médecin est moins seul mais collabore avec d’autres spécialistes. L’architecture du bâtiment ne se prête pas à cela, sans parler du fait que les locaux sont vétustes. La dialyse s’est beaucoup développée : il n’y a pas de possibilité de l’agrandir, car cela se ferait au détriment d’autres services, eux-mêmes nécessaires. Par ailleurs, il faut cesser de construire des hôpitaux éloignés des centres villes : pourquoi pas au cœur de la ville. A Auch, c’est possible.

[Ph. YF] [Ph. YF]

Les manipulateurs-radio que j’ai rencontrés, Éric Laborde et Noëlle Abadie, ont adressé leurs remerciements, au nom de leurs collègues, à toutes celles et tous ceux qui ont soutenu leur combat, la CGT, le comité de défense de l’hôpital : « et même la direction qui nous a aussi un peu soutenus et a entendu nos revendications qui étaient légitimes. On n’a pas mené ce combat pour nous, manipulateurs, mais pour l’hôpital public ». 

5 décembre 2019 [Ph. YF] 5 décembre 2019 [Ph. YF]

Condom :

L’hôpital de Condom (au nord du département, à 45 km d’Auch), compte tenu de la saturation sur Auch, envoie ses malades à Agen pour effectuer les examens d’imagerie médicale (le chef-lieu du Lot-et-Garonne dispose de 3 IRM et 2 scanners). Un 4ème IRM pour le Gers est réclamé par l’hôpital de Condom qui note que selon l’ARS elle-même, le Gers avec 3 IRM restera sous-doté par rapport aux autres départements d’Occitanie (selon les normes européennes, compte tenu de son nombre d’habitants, le Gers devrait disposer de 4 à 5 IRM). Il en est de même du Gard et aussi, étonnamment, de l’Hérault (qui a pourtant 17 IRM). Le maire de Condom, Jean-François Rousse, a cru pouvoir mettre en doute la décision d’un IRM pour l’hôpital d’Auch, alors que la décision a été effectivement prise par l’ARS. Il a dû manger son chapeau. Mais la zone concernée (la Ténarèze, 45 000 habitants) réclame son IRM : lors d’une soirée récente en visio-conférence (partagée sur YouTube), organisée par la communauté de communes de la Ténarèze, plusieurs intervenants ont répété leur souhait de voir Condom obtenir un IRM. Philippe Martin, président PS du Conseil Départemental, a insisté pour dire que c’était « inacceptable » que Condom n’ait pas son IRM. Il a fustigé les ministres LREM Brigitte Bourguignon et Adrien Taquet pour leurs réponses sur ce dossier à Gisèle Biémouret, députée, et Frank Montaugé, sénateur, deux élus (PS) qui ont été en réalité peu présents sur la question de l'imagerie médicale à Auch, si l’on en croit celles et ceux qui ont mené activement la lutte. De son côté, le maire du chef-lieu du Gers, Christian Laprébende (PS), qui avait organisé dans sa mairie, une conférence de presse sur les difficultés rencontrées par les personnels de radio à l’hôpital d’Auch en novembre 2019, s’est prononcé le 6 février dernier dans La Dépêche pour l’attribution également d’un IRM à Condom. La position largement partagée consiste à dire que les Gersois n’ont pas à devoir sortir du département pour subir ce type d’examens.

Définitions

Illustration imagerie médicale [Mutualité française] Illustration imagerie médicale [Mutualité française]
Scanner : appareil donnant des images en coupe d’un organe.

IRM : imagerie par résonnance magnétique permettant d’obtenir des vues en deux ou trois dimensions d’organes à l’intérieur du corps. Coût : environ 250 000 euros (auxquels il faut rajouter les coûts d’installation).

En 2017, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon comptaient 61 IRM. Il y en a 80 aujourd’hui en Occitanie et le rapport du Schéma régional Santé, à l’horizon 2022, en prévoit  18 par million d’habitant (soit 104 pour l’Occitanie). De nouveaux instruments apparaissent sur le marché. Ainsi, Montpellier s’est équipé récemment d’un IRM accélérateur permettant de traiter les tumeurs (coût : 10 M€).

Gers, doyen de la longévité

Depuis des années, la longévité des citoyens du Gers a été louée, surtout après la sortie du film d’Etienne Chatiliez Le Bonheur est dans le pré, qui a fait une bien belle publicité au département gascon. Des commentateurs parisiens, persuadés que les Gersois en ingurgitent à chaque repas, ont émis l’hypothèse que c’était dû au foie gras ! Et au bon vin. France In Maps a publié hier, sur son compte Instagram et sur la base de chiffres de l’Insee, une carte de l’âge médian des décès en France en 2020 selon les départements. Le Gers est le département où cet âge est le plus élevé (87,3 ans), contre Mayotte au plus bas (64,2). Paris n’est qu’à 78,7 ! Ne pas s’y méprendre : c’est un peu comme le chômage (les jeunes s’en vont, du coup le taux de chômage n’est pas le plus élevé), il ne faut pas croire qu’il faille baisser la garde sous prétexte que des gens bien portants viennent passer leurs vieux jours dans la Toscane française. En réalité, c’est l’Occitanie qui tient le haut du pavé, et plus précisément l’ex-Midi-Pyrénées : 12 départements en France dépassent 86 ans, dont (outre le Gers) le Tarn, l’Aveyron, le Lot et l’Ariège.

Action commune des secteurs de la santé et de l'éducation, ici sur le perron de la mairie d'Auch le 14 février 2020 (des enseignants, les BlackProfs, ayant, la nuit, occupé avec les soignants les locaux de l'hôpital) [Ph. YF] Action commune des secteurs de la santé et de l'éducation, ici sur le perron de la mairie d'Auch le 14 février 2020 (des enseignants, les BlackProfs, ayant, la nuit, occupé avec les soignants les locaux de l'hôpital) [Ph. YF]

Billet n° 603

  Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

 

 

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