Langue de bois : Roux de Bézieux, Guérini, Ciotti, Loiseau…

Le patron du Medef a encore frappé ce matin, le délégué LREM s’emberlificote avec la décote, Loiseau prise pour une romanichelle. Ciotti se vante sur le RSA. Le lait à l’école, une goutte d’eau contre la pauvreté. Un rapport accablant sur les pratiques policières à Toulouse. Et sur une cathédrale, j'ai vu une statue de femme en pantalon avec téléphone portable !

Roux de Bézieux gémit (encore)

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Voilà que France Inter, la veille du 1er mai, invite le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux (la radio publique aurait pu aussi solliciter le patron de la CGPME, Jean Eudes du Mesnil du Buisson, sachant qu’Ernest-Antoine Seillière de Laborde, héritier de Wendel, ne dirige plus officiellement le patronat). Roux minimise les 40 milliards de CICE puisque les employeurs ont été ponctionnés lors « du quinquennat précédent » de 100 milliards d’augmentation des impôts, et de concéder à Nicolas Demorand un véritable « ras le bol fiscal ». Or il ment, effrontément : si le quinquennat de François Hollande a bien taxé davantage les employeurs les deux premières années, il leur a très vite accordé 10 Md€ d’allégement de charges sociales et impôts en 2014, 24 Md€ en 2015, 33 en 2016 et 41 en 2017 (source : Capital). Et ça continue avec M. Macron : et M. de Bézieux vient gémir ! Sans être contredit ! Il réclame la suppression de postes de fonctionnaires, leur reproche, horreur et damnation, d’être 300.000 à travailler moins de 35 heures par semaine. Bizarre, lui et quelques autres disent d’ordinaire que les fonctionnaires ne foutent rien, mais là il reconnait que seulement 0,5 % des fonctionnaires (ils sont en tout 5,4 millions) travaillent moins que 35 h !

Il réclame la retraite à 64 ans et revendique, pour ceux qui partent avant, « une grosse décote ». Un auditeur ne comprend pas qu’on puisse augmenter l’âge de départ alors que les employeurs n’embauchent plus après 55 ans. De Bézieux reconnaît alors que les employeurs doivent faire un effort pour au-delà de 60 ans (parce que, pour entre 50 et 60 ans, l’effort ils l’ont déjà fait, affirme-t-il sans vergogne). Et d’ajouter que dans le cadre du cumul emploi-retraite, « vos cotisations ne vous profitent pas » [en effet, une fois que l’on perçoit sa retraite, si l’on travaille un peu ou beaucoup, on cotise pour la retraite sans que cela modifie le montant de la pension perçue], mais cela n’a strictement aucun rapport avec la question qui lui était posée. Et Demorand et Carine Bécard qui ne mouftent pas !

 Il affirme tout de go : « je ne vois que des chefs d’entreprises qui ne trouvent pas à embaucher », même dans les villes où le chômage est élevé. Faux, pure propagande : les employeurs ont du mal à trouver des salariés sur 300.000 emplois à tout casser, faute de compétence ou dans le cadre du volant habituel de renouvellement des postes et d’attente de recrutement (Alternatives économiques l’a déjà largement démontré). Il ne remet pas en cause les indemnités de chômage à 7000 €, car il précise à juste titre qu’ils sont très peu nombreux et ce sont des cadres qui ont cotisé (on pourra réutiliser ce point de vue pour damner le pion à Agnès Verdier-Molinié et à François Lenglet qui s’en gargarisent régulièrement pour mieux attaquer les allocations-chômage en général). Il nous dit qu’il y a moins d’inégalités de revenus en France qu’ailleurs, mais davantage d’« inégalités de destin », reprenant ainsi la phraséologie macronienne qui sert à justifier que rien ne soit fait pour combattre les inégalités de revenus, sonnantes et trébuchantes. Et ce qui va avec c’est ce mantra, qu’évoquait récemment Laurence Boone sur la même chaîne de radio et tant d’autres qui croient avoir trouvé là l’argument sans faille, s’invoquant de l’OCDE : « il faut six générations pour passer du bas de l’échelle au milieu de l’échelle » !

 Quant au mécénat « énorme niche fiscale », selon Demorand, peut-être perfide, GRB répond que cela ne représente que 900 millions d’euros (une paille en effet), alors que par ailleurs les entreprises versent 3,7 milliards d’euros de dons. Il aurait fallu le pousser dans ses retranchements, Monsieur le généreux donateur, au salaire mirobolant, qui verse  des sommes importantes à sa Fondation Araok qui finance des associations le plus souvent cathos, parfois mobilisées contre le Mariage pour tous, avec les encouragements de la Fondation de France. Et en partie aux frais du contribuable, qui paye ainsi un peu plus d’impôt pour que le philanthrope puisse satisfaire ses lubies pro-jésuites de JES-Franklin ou RCF (Radios Chrétiennes Francophones).

. voir mon billet de juillet dernier lors de sa nomination à la tête du Medef : Quelques rappels à propos du philanthrope Roux de Bézieux.

Romanichelle en Marche !

 Nathalie Loiseau, qui, jusqu’alors n’avait jamais remis en cause l’ENA (qu’elle a dirigée pendant 5 ans), dit aujourd’hui qu’elle est soulagée qu’Emmanuel Macron veuille la supprimer (l’école).

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Voilà qu’elle déclare publiquement qu’elle n’y a pas été « accueillie avec des fleurs » et qu’elle avait « l’impression d’être une romanichelle », parce qu’elle sortait, elle, de Sciences Po (pas de l’ENA). Damned ! Il faut mesurer le drame que vivent ces gens-là : ils militent au GUD à Sciences-Po, où ils cassent éventuellement du Rom, puis ils vont à l’école de l’élite où on les traite de romanichels ! C’est pas juste. Au moins, la tête de liste LREM aux européennes sait que les Roms ne sont pas accueillis avec des fleurs (lire Roms & riverains, Une politique municipale de la race, par un collectif dont Éric Fassin, sociologue, et Carine Fouteau, Mediapart). Je suggère que lors des évacuations de camps de Roms, désormais, on s’y oppose en le disant avec des fleurs.

. Photo : évacuation d'un camp de Roms à Toulouse en 2016.

[29 avril]

 Langue de bois

Stanislas Guérini, délégué général des LREM, confirmait [hier] sur France Inter que l’âge légal de départ en retraite ne change pas [62 ans], on ne touche pas aux 35 heures [déjà largement attaquées], on ne rajoute pas un jour férié travaillé, mais on fait baisser le chômage. Et de se vanter, répétant les propos du Président de la République lors de sa conférence presse : « 500.000 emplois créés depuis le début du quinquennat ». Et Nicolas Demorand et Carine Bécard gobent sans sourciller. Ce chiffre est faux : 360.000 emplois créés en 2017 sont, au mieux, dus à François Hollande, 140.000 créés en 2018 c’est une baisse très importante du nombre d’emplois créés par rapport à l’année précédente, pas de quoi se vanter. Quant à travailler plus, Guérini cite la défiscalisation des heures supplémentaires [énorme erreur économique et sociale, génératrice de chômage et cassant davantage la Sécu] et travailler plus tout au long de sa vie [il se garde bien de le dire, mais le salarié français travaille plus que l’Allemand sur l’année, mais moins sur la durée de sa vie, puisqu’il part plus tôt en retraite]. Comment faire ? Je note textuellement la phrase : « un système de décote pour se dire comment est-ce qu’on incite des citoyens qui veulent faire le choix de travailler plus à pouvoir travailler plus longtemps ». Vous croyez que nos intervieweurs vont rebondir sur cette formulation alambiquée ? Qu’ils vont mettre le doigt sur cette hypocrisie ? Que nenni ! Ils enchaînent sur un autre sujet ! Pourtant, dans la même phrase, il annonce un recul des droits (décote, c’est aussi grave que reculer l’âge de départ en retraite) comme un avantage. Car cela signifie au mieux une accélération de la mise en place des 43 ans de cotisation exigés par la loi Hollande de 2014, comme le pensent certains, au pire un nombre d’années requis plus important encore soit 44 ou 45 ans ce qui signifie en clair un âge de départ de fait de 65 ou 66 ans ou plus (il se situe déjà en réalité à 64 ans). Et alors que Jean-Paul Delevoye, le négociateur des retraites, ne parle pas de décote mais seulement de surcote pour ceux qui travailleraient plus longtemps, ce qui est totalement différent.

[29 avril]

 Langue de bois [bis]

Comment tourner autour du pot : Agnès Buzyn dit sans dire clairement [voir vidéo : ici]. Elle parle de décote et de surcote en fonction de « l’âge » de départ en retraite alors que, puisque l’âge de départ minimal reste 62 ans, ce sera en fonction de la durée de cotisation. On s’achemine, si on laisse faire, à des départs à la retraite à 62 ans avec des pensions minorées même si les intéressés ont bien cotisé selon la durée actuelle requise. Macron pousse Delevoye à négocier un rallongement de la durée de cotisation.

[27 avril]

 Les devoirs de la collectivité

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Eric Ciotti, le Duce des Alpes Maritimes (député, il ne peut plus être président du Département, mais il garde la mainmise en étant président de la commission des finances) se vante de la mise en place d’un dispositif prévoyant que 100 personnes au RSA interviennent dans des Ehpad. La propagande insiste sur le fait qu’il s’agit d’une « mesure qui place des devoirs en face des droits » et que cela « consacre le principe de contrepartie à la solidarité nationale ». Je dis « propagande » parce que ce courant de la droite dure (tendance Wauquiez) se gargarise de « droits et devoirs », sauf que cela est déjà dans la loi sur le RSA depuis 2008, et de « contrepartie », sauf que cela était dans la loi sur le RMI depuis 1988. Donc ces gens-là n’inventent rien, même si leur phraséologie, dénonçant en fait l’« assistanat », est simplement destinée à culpabiliser ceux qui galèrent et à caresser les classes dites moyennes dans le sens du poil. Si ce projet de « volontaires » dans les Ehpad imposait seulement une activité à moins de 500 € (le RSA pour une personne seule), il serait condamnable. Là, il est prévu une formation qualifiante dans les métiers d’aide à la personne. Si le contrat d’engagement réciproque de ces 100 volontaires prévoit bien cette formation, on est tout simplement dans le cadre de la loi, et c’est la collectivité qui fournit elle une contrepartie en proposant un dispositif d’insertion. Le problème n’est pas que des bénéficiaires du revenu minimum n’offraient pas de contrepartie (salauds de pauvres), mais que la collectivité de M. Ciotti n’ait pas respecté depuis longtemps (comme tant de Départements) la loi qui prévoit justement d’offrir des modalités d’insertion aux personnes percevant le RSA.

. présentation sur le site du Département 06 : ici.

[20 avril]

 Petit lait

Souvenir, souvenir : évidemment, cela rappelle un temps que les moins 60 ans ne peuvent pas avoir connu. En 1954 (facile à dater, c’était sous Pierre Mendes France, président du conseil, qui a occupé peu de temps le poste), je me souviens des verres de lait qu’on nous servait le matin à l’école primaire pour compenser les carences alimentaires de l’après-guerre et... développer la filière laitière. Depuis, les opérations "Lait à l’école" ont repris ponctuellement, depuis 1976, avec le soutien de l’UE.

Là, dans le cadre du Plan pauvreté, dont on entend peu parler, il s’agit à peu de frais de donner l’impression d’agir : pour 6 millions d’euros, ce lait est une goutte d’eau. Mais cela rejoint l’idéologie bricolée par le pouvoir consistant à lutter contre la pauvreté en essayant d’agir auprès des enfants (« l’égalité des chances » !) plutôt que d’aider réellement les parents à nourrir leurs enfants correctement.

. article de francetvinfo.fr : ici.

[24 avril]

 Enfants en Centre de rétention

 Des enfants sont enfermés en France avec leurs parents en Centre de rétention administrative (CRA), à la demande des Préfets avant une expulsion hors du territoire. C’est conforme à la loi mais contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant et déjà condamné six fois par la Cour européenne des droits de l’homme. Voir Unicef : ici.

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[28 avril]

 Bayer glyphosaté

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Le patron de Bayer est contesté par une majorité des actionnaires pour avoir acheté Monsanto pour une bagatelle de 63 milliards d’euros. La valeur de l’action est en chute libre. Il n’est pas exclu que ce PDG perçoive au moins 4 millions d’euros de salaire par an. Et ne parlons pas de sa future retraite chapeau. Normalement, c’est un grand stratège et il est conseillé par des experts grassement payés. Je ne connais rien à la chimie, rien au médicament, rien au glyphosate : mais il a eu tort de ne pas me demander mon avis, il me semble que j’aurais su le mettre en garde contre une telle acquisition.

[27 avril]

 Aziza Brahim

La chanteuse sahraouie devait se produire à l’Institut du Monde Arabe le 10 mars mais le concert a été annulé sans justification mais certainement sur pression de l’Etat marocain qui finance un peu l’IMA. Jack Lang qui le préside ne s’est pas expliqué. Aziza chante en langue originelle des Bédouins, elle qui est née dans un camp de réfugiés à Tindouf en Algérie. Elle dit parler de l’exil, des migrants, de l’esclavage en Libye, et se considère comme une "activiste sociale" mais ses chants n’expriment que des idées de paix et de dialogue. Elle vit à Barcelone mais reste très liée à son peuple. Elle chantait hier à Paris au Pan Piper et sera à Lille le 5 mai.

[27 avril]

Aziza Brahim I Le live de la matinale © France Musique

 Observatoire des pratiques policières   

L’Observatoire des Pratiques Policières de Toulouse vient de publier un rapport de 138 pages qui s’appuie sur l’observation de 47 manifestations en 2 ans (du 1er mai 2017 au 23 avril 2019). Grâce à une équipe de plus de 20 observateurs à Toulouse, chaque manifestation est documentée par des comptes-rendus. Aussi, ils ont pu récolter 4600 photos et 50 heures de vidéos. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, 31 manifestations ont été suivies par l’Observatoire des pratiques policières.

 Le travail présenté permet de revenir sur les comptages douteux du nombre de blessés. Entre les 2 chiffres donnés par les différentes parties, l’écart est flagrant : l’OPP en dénombre 151 sur 5 manifestations (entre l’acte 12 et 16), alors que la préfecture en compte seulement 60 pour l’ensemble des actes. Quant aux équipes d’observateurs, ils ont été pris 13 fois pour cible par les forces de l’ordre. L’un d’entre eux, Jérôme a d’ailleurs été blessé gravement à la tête lors de l’acte 12 (10 points de suture). Je m’appuie, ci-dessus, sur le résumé qu’en a fait Révolution Permanente. Le rapport décrit les différentes stratégies mises en œuvre par les forces de l’ordre au cours de ces deux dernières années.

. accès au rapport sur le site de l’Université Populaire de Toulouse : ici.

[22 avril]

 Et hop, plus haut que Carrero !

Franchement, au moment où on apprend que le nombre de suicides dans la police serait en hausse notable, lancer ce genre de slogan (« suicidez-vous ») n’est pas très malin. Donc c’est très bien que deux leaders des Gilets jaunes aient condamné. Même si Jérôme Rodrigues a indiqué par ailleurs que, face aux violences policières (il en sait quelque chose lui qui a été éborgné par un tir totalement injustifié de LBD), cette agressivité verbale peut s’expliquer. Je rappellerai juste que dans les années 70, alors même que les violences policières n’atteignaient pas le niveau actuel, dans les manifs on entendait bien souvent : « Ponia, Ponia, si seulement ta mère avait connu l’avortement » (Poniatowski était ministre de l’intérieur de Giscard) ou « Et hop, Franco plus haut que Carrero » (allusion à l’attentat de l’ETA qui avait tué le premier ministre de Franco, sa voiture ayant été projetée à 30 m de haut). Je ne suis pas sûr que le slogan n’était utilisé que pour Franco. Juste pour rappeler que les slogans, jadis, n’étaient pas tendres.

Avec cet ajout :

Le nombre de suicides chez les policiers depuis le début de l’année est effectivement très élevé. On verra ce qu’il en sera en fin d’année. Mais selon des stats que j’ai consultées, le taux le plus élevé de suicides (pour 100.000) est dans le secteur de la santé et du social (37), viennent ensuite les policiers (36), puis les paysans (31,8) et les ouvriers (28,4). En nombre : 50 suicides de policiers en 2017. Je n’ai pas les chiffres récents pour les suicides d’ouvriers, mais la moyenne faite sur 30 ans (1968-1999), donnait 550 suicides d’ouvriers [par an, donc] qui sont dix fois plus nombreux que les policiers. Et je fais l’impasse sur les chômeurs.

[21 avril]

Sociologues racistes !

Ils n’étaient peut-être que deux ou trois mais leurs propos étaient ignobles. Et étudiants en sociologie ! Qui ne pouvaient pas imaginer que leurs insultes racistes resteraient confidentielles, à partir du moment où ils les partageaient. Chacun a le droit dans le secret de son intimité de penser ce qu’il veut. Mais dès qu’il partage on n’est plus dans l’intimité. J’ai dirigé une école d’assistants et assistantes sociales : si un groupe de trois s’était exprimé ainsi, j’aurais sans état d’âme réclamé leur exclusion. Article de Libération : ici.

[30 avril]

 Manif anti-fasciste à Auch contre le RN 

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Voir texte sur mon compte Facebook : ici.

[27 avril]

 I have a dream

880 millions d’euros déjà promis. Un milliard d’ici ce soir. À 60 % de déductions fiscales : la loi actuelle sur le mécénat coûte déjà près d’un milliard à l’État, sachant que la loi Aillagon (trésors nationaux tels que certains tableaux ou manuscrits) permet, elle, une déduction fiscale de 90 % ! La restauration pourrait être prête pour les Jeux Olympiques de 2024 !

Suite à l’effondrement d’un immeuble rue d’Aubagne à Marseille début novembre, 1400 personnes ont dû se loger dans 32 hôtels et y sont toujours 5 mois plus tard. On sait que le maire, Jean-Claude Gaudin, cynique, se plaint que cela porte atteinte à la saison touristique. On sait aussi que les assurances freinent des quatre fers : les locataires et des propriétaires trompés sur l’état des lieux ne sont pas indemnisés. Je fais un rêve : et si le reliquat de dons pour la cathédrale de Paris revenait à la rénovation de l’habitat insalubre ? À Marseille ou ailleurs. Juste un rêve.

[17 avril, après l’incendie du 15 avril]

 Frédéric Lenoir n’en rate pas une

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C’était à parier : après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le « philosophe » Frédéric Lenoir allait certainement se rappeler à notre (plus ou moins) bon souvenir. L’ancien sociologue des religions, qui a perçu un jour le succès (sonnant et trébuchant) qu’il pouvait atteindre en palabrant sur le bonheur, la joie (oukaïdi ! oukaïda !), la sagesse, la bonté divine, court les plateaux de télé pour déverser ses lieux communs et couper la parole à ses interlocuteurs. Aujourd’hui, dans une tribune du Monde, il s’offusque que l’on puisse critiquer les riches du CAC40 versant 100 ou 200 millions pour la réfection de la cathédrale. Et de suggérer cette analyse puissante : c’est bien la preuve que les Français « détestent les riches » ! Hugh ! Ça c’est puissant. Et le grand spécialiste de la « sagesse expliquée à ceux qui la cherchent » s’interroge : « pourquoi opposer les causes et les besoins ? » Ah bin c’est une bonne question : la réponse il l’a, dans un autre article du Monde de ce même jour qui cite un chercheur allemand constatant que « nombreux sont ceux pour qui les riches ne peuvent le devenir qu’au détriment des pauvres », tant en France qu’en Allemagne. Par ailleurs, Lenoir a eu une idée lumineuse : dès le lendemain de l’incendie, il a proposé au recteur de la cathédrale que les dons des riches et des pauvres soient consignés dans un registre informatique consultable par tous dans l’édifice restauré. On mesure combien il a le sens de l’urgence. Et comme faut pas oublier les Misérables, il lance une idée géniale qui ne mange pas de pain : s’il reste un peu d’argent, construire des logements pour les déshérités, comme au temps des hospices médiévaux. La gestion serait confiée à… l’Abbé-Pierre (la Fondation). Je mets ma main à couper : son prochain livre, dans six mois, causera de la couronne d’épines.

[21 avril]

Cathédrale d’art dans la cité

Mon traitement de la cathédrale d’Auch en 41 photos (sur Facebook) : ici.

Le mobile de la statue

J’apporte ma pierre dans le débat sur la restauration de la cathédrale de Paris. En effet, il y a trois ans, j’étais à Bois-le-Duc (‘s-Hertogenbosch) aux Pays-Bas pour l’exposition universelle à l’occasion du 500ème anniversaire du peintre Jérôme Bosch, un fils du pays. La cathédrale gothique Saint-Jean était agrémentée d’échafaudages : pas pour sa réfection, mais parce que le Lion’s Club avait financé, pour cette occasion exceptionnelle, la possibilité d’accéder (escalier et ascenseur) au sommet de la cathédrale afin de pouvoir admirer les sculptures de personnages ou de monstres juchés sur les arcs-boutants. L’une des statues est en fait toute récente : l’originale étant tombée, elle s’est câ-ssée, alors il a été convenu qu’elle serait remplacée par une statue en pierre d’une femme moderne, en pantalon, et tenant dans la main… un téléphone portable ! Étonnant, non ? Juste un petit clin d’œil, bien modeste, aux facéties dont Jérôme Bosch était capable dans ses peintures. Comme j’adore Jérôme Bosch, je trouve cette idée plutôt qu’elle est bonne. Pour faire avancer le débat (!) et apporter ma contribution, je livre cette information à la sagacité du microcosme parisien qui s’agite autour de cette flèche empoisonnée : pourquoi pas une grande statue en pierre de Lutèce, battue par les flots mais qui ne sombre pas ? Par exemple.

. précision : aucun montage, l’histoire de la statue est authentique.

. occasion de (re)lire mes billets sur Jérôme Bosch : Jérôme Bosch fascinant : moraliste ou subversif (1)  et (2) et Mystère et actualité de Jérôme Bosch.

[29 avril]

 

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. Excepté le premier texte, toutes les petites chroniques suivantes sont parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets.

Billet n° 465

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   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

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