Portfolio

2018, une année de théâtre

2018 en dix pièces, inédites ou reprises, qui ont marqué l'année, m'ont marqué. Les classements sont toujours subjectifs, insatisfaisants, personnels, changeants, inutiles sans doute. J'ai voulu vous faire partager quelques unes de mes émotions. N'hésitez pas à commenter en me donnant les vôtres.
  1. "La reprise. Histoire(s) du théâtre (I)" de Milo Rau à Nanterre-Amandiers. Premier épisode d'une série d'enquêtes performatives sur le théâtre dont il signe le manifeste et que d'autres artistes seront invités à poursuivre, "La reprise. Histoire(s) du théâtre (I)" aborde la question du tragique à travers la représentation d'un fait divers traité de manière documentaire et allégorique. Une magistrale leçon de théâtre.

  2. "Tous des oiseaux" de Wajdi Mouawad (reprise) à La Colline - Théâtre National. L'impossible liaison d'un couple mixte rattrapé par le passé dont il est l’héritier annonce le drame à venir. De ce récit polymorphe où les non-dits et les faux-semblants se font douloureusement écho, Wajdi Mouawad tire une fresque contemporaine qui trouve son origine dans les tragédies de l'Occident au XXè siècle. Bouleversant.

  3. "Je suis un pays" de Vincent Macaigne (reprise) à La Colline - Théâtre National. Vincent Macaigne signe un manifeste politico-poétique dans lequel l’humanité décadente n’a d’autre choix que de disparaître pour mieux se réinventer. Une œuvre-somme éprouvante mais nécessaire où le discours révèle toutes les aliénations de notre époque. Une pièce grandiose qui terrifie.

  4. "Saigon" de Caroline Guiela Nguyen aux Ateliers Berthier, Odéon Théâtre de l'Europe. Caroline Guiela Nguyen met en scène des vies déracinées, des destins brisés qui tentent de se reconstruire. En quatre actes et quarante ans d'aller-retour constants, ce récit nécessaire et émouvant raconte l'histoire du Vietnam et celle de sa communauté d'exilés en France à travers les histoires intimes d'individus hantés par les fantômes du passé colonial.

  5. "Nous sommes repus mais pas repentis (déjeuner chez Wittgenstein)" de Séverine Chavrier (reprise) au Théâtre de Gennevilliers. La pièce plonge de façon magistrale le spectateur dans l'univers de Thomas Bernhard dont les obsessions filtrées par le regard singulier de Séverine Chavrier illustrent parfaitement le climat étouffant d'aliénation qui règne dans cette maison de famille bouleversée par le retour d'un frère. Un spectacle époustouflant.

  6. "Bovary" de Tiago Rodrigues (reprise) au Théâtre de la Bastille.Tiago Rodrigues s'empare du procès intenté à Flaubert pour convoquer sur scène l'histoire d'Emma Bovary. En présentant le récit tour à tour du point de vue de l'avocat impérial puis de la défense dans une véritable joute verbale, il interroge l'immunité de l'art. Doit-on limiter légalement tout acte de création?

  7. "Mujer Vertical" d'Eric Massé (reprise) à la Maison des Métallos. La pièce rend compte du combat de femmes debout. Ces femmes meurtries par l'expérience de la guerre civile colombienne racontent sur scène leur résistance. Pour elles, la quête de résilience passe par le théâtre. Magnifique récit sur l'espoir, sublimes portraits de femmes.

  8. "Shock corridor" de Mathieu Bauer au Nouveau Théâtre de Montreuil. Une plongée dans le chef-d'œuvre de Samuel Fuller qui est aussi une plongée dans les névroses de la société américaine des années soixante (le film est tourné en 1963). Mathieu Bauer compose une œuvre faite de mises en abime permanentes qui en multiplient les lectures possibles

  9. "Crash park. La vie sur l'île" de Philippe Quesne à Nanterre-Amandiers. C'est à un accident d'avion et à la survie sur une île des passagers restants que Philippe Quesne nous convie cette fois. De pièce en pièce, les visages se font familiers. On suit la petite bande à la maladresse assumée dans un décor de carton pâte revendiqué. Au son langoureux de "What's inside the volcano?", le metteur en scène des petits riens nous offre une parenthèse enchantée dans un monde de plus en plus dur, une respiration de plus en plus nécessaire à notre propre survie.

  10. "Un instant" de Jean Bellorini au Théâtre Gérard Philipe - CDN de Saint-Denis. La nouvelle création de Jean Bellorini transporte le public dans l'intimité proustienne d'une conversation à deux voix mêlant le récit de la recherche aux souvenirs personnels. "Un instant", bouleversante promenade avec la mort, questionne les mécanismes de la mémoire en une intense réflexion sur la vie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.