Révoltés face à la faim (Armée du salut)

Face aux défis imposés par la pandémie du Covid-19, l’Armée du salut s’est mobilisée en urgence pour maintenir ses missions premières : secourir, accompagner et reconstruire. Une course contre la montre s’est engagée pour maintenir ses actions en faveur des personnes isolées, des familles et des plus vulnérables.

La solidarité contre le coronavirus - 2

Siège de l'Armée du salut, porte des Lilas (Paris). © Antoine Peillon (Ishta) Siège de l'Armée du salut, porte des Lilas (Paris). © Antoine Peillon (Ishta)

Depuis le commencement de la pandémie de Covid-19 et du confinement, à la mi-mars, les associations caritatives, humanitaires et de solidarité ont bouleversé leurs méthodes d’intervention sociale en faveur des plus démunis : SDF, personnes âgées et isolées, migrants et réfugiés, chômeurs et salariés dans la précarité, travailleurs pauvres, personnes du quart-monde ou vivant habituellement du travail « au noir », dans l’« économie parallèle » (comprenant les trafics en tous genres, la délinquance et la prostitution), laquelle représenterait, jusqu’alors, quelque 13 % du PIB

La Croix a suivi, sur le terrain, l’action des bénévoles, volontaires et salariés d’un certain nombre d’entre elles, en région parisienne. Au fil des jours, les reportages réalisés témoignent de l’explosion de la misère et de la détresse, notamment dans le nord de Paris et en Seine-Saint-Denis (93), mais aussi d’une mobilisation solidaire sans précédent : multiplication des propositions de bénévolat et coopération inter-associations inédite.

Cependant, tous les responsables associatifs interrogés à l’occasion souhaitent alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur les risques majeurs et conjugués d’une pérennisation des nouveaux besoins humanitaires et sociaux, d’une pénurie de ressources alimentaires, d’une crise sanitaire aggravée dans les « quartiers » et d’une chute de l’élan actuel du bénévolat du fait du déconfinement et de la sortie du chômage partiel de nombreux jeunes gens engagés actuellement dans la solidarité.

Selon les derniers chiffres (2017) de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), 8,9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’aide alimentaire concerne officiellement 4,8 millions de Français ; « un chiffre sous-estimé par rapport aux besoins réels », selon les Banques alimentaires. Mais « on risque de dépasser assez vite la barre des sept millions », avertit Jacques Bailet, le président de la Fédération des banques alimentaires, qui enregistre déjà une hausse de 20 % des demandes.

AUJOURD'HUI, DANS LA CROIX : "Première nécessité" (Secours populaire, Armée du salut et Société de Saint-Vincent-de-Paul)

DEMAIN, DANS LA CROIX : "Les femmes et les enfants d'abord" (ATD - Quart Monde, Secours catholique et Emmaüs)

VENDREDI, DANS LA CROIX : "A Bagnolet, municipalité et associations, main dans la main"

PHOTOS : ISHTA / TEXTES : ANTOINE PEILLON

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Révoltés face à la faim

Face aux défis imposés par la pandémie du Covid-19, l’Armée du salut s’est mobilisée en urgence pour maintenir ses missions premières : secourir, accompagner et reconstruire. Une course contre la montre s’est engagée pour maintenir ses actions en faveur des personnes isolées, des familles et des plus vulnérables.

Grâce à une coordination mise en place, en quelques jours seulement, avec la Ville de Paris et de nombreuses autres associations, l’Armée du salut a organisé, dès le 23 mars, une plateforme de distribution alimentaire itinérante servant chaque jour plusieurs milliers de personnes, une action d’urgence qui a bénéficié de l’expérience de la distribution de petits-déjeuners aux personnes exilées dans le nord-est de Paris.

Reportage avec la Fondation de l’Armée du salut, le 24 avril, qui livre des centaines de repas aux squats, hôtels sociaux et campements à Paris Nord (75) et en Seine-Saint-Denis (93), à partir de ses locaux de la porte des Lilas.

A 7h45 heures du matin, les stocks, pratiquement épuisés chaque jour, sont à reconstituer. © Antoine Peillon (Ishta) A 7h45 heures du matin, les stocks, pratiquement épuisés chaque jour, sont à reconstituer. © Antoine Peillon (Ishta)

À 7 h 30 heures, ce matin, les stocks, pratiquement épuisés chaque jour, sont à reconstituer. Dans la cour des locaux de l’Armée du salut, allée Jean-Monnet (Les Lilas, Seine-Saint-Denis), les camionnettes de fournisseurs solidaires ne tardent pas à venir décharger, sans s’attarder, des centaines de kilos de marchandises.

En début de matinée (7h50), Nelson, 34 ans, livre, depuis les Yvelines, les marchandises (1250 repas) d'Ekilibre : oranges, salades, biscuits, fromages, confiture, beurre... © Antoine Peillon (Ishta) En début de matinée (7h50), Nelson, 34 ans, livre, depuis les Yvelines, les marchandises (1250 repas) d'Ekilibre : oranges, salades, biscuits, fromages, confiture, beurre... © Antoine Peillon (Ishta)

Premier arrivé (7 h 50), Nelson, 34 ans, livre, depuis les Yvelines, 1 250 repas d'Ekilibre (https://www.ekilibre.com/qui-sommes-nous/), constitués d’oranges et de salades, biscuits, fromages, confiture, beurre... Julian Melero, 35 ans, bénévole à raison de deux jours par semaine, un des premiers arrivés sur place, décharge cette livraison, avec l’aide de Paul, 27 ans, et Adrien de La Sayette, 30 ans. Immédiatement, tous commencent le remisage au frais des marchandises livrées par Ekilibre.

En début de matinée (7h50), Nelson, 34 ans, livre, depuis les Yvelines, les marchandises (1250 repas) d'Ekilibre. © Antoine Peillon (Ishta) En début de matinée (7h50), Nelson, 34 ans, livre, depuis les Yvelines, les marchandises (1250 repas) d'Ekilibre. © Antoine Peillon (Ishta)

À 8 h 17, Hakim (LGBP, boulangerie et pâtisserie industrielles, à Bezons - 95), fait sa livraison de 2 500 pains, comme chaque jour. Dix minutes plus tard, arrive la livraison de l'eau en bouteilles et de 350 repas conditionnés par le traiteur Baluchon http://baluchon.fr/site/qui-sommes-nous/qui-sommes-nous/).

Vers 8h30, de gauche à droite, Khalid Abakr, 29 ans, et salarié du l'Armée du salut, Lucien Rieul, 27 ans, bénévole, préparent les 150 petits-déjeuners qui seront donnés à l'association Utopia 56. © Antoine Peillon (Ishta) Vers 8h30, de gauche à droite, Khalid Abakr, 29 ans, et salarié du l'Armée du salut, Lucien Rieul, 27 ans, bénévole, préparent les 150 petits-déjeuners qui seront donnés à l'association Utopia 56. © Antoine Peillon (Ishta)

Suivent, sans temps morts, les livraisons de Planète Sésame (300 repas halal ; http://www.planetesesame92.com/) et de Table de Cana (350 plats froids ; https://www.latabledecana-gennevilliers.com/)...

Laissés à l’abandon

Au premier sous-sol, depuis le début de la pandémie de Covid-19 et du confinement, la grande salle de réunion et de culte du siège de l’Armée du salut est devenue un espace de stockage des denrées et boissons non-périssables. Dès 8 h 30, Julian Melero , Khalid Abakr, 29 ans, salarié de l’Armée du salut, Lucien Rieul, 27 ans, bénévole, et Églantine Rollin, 24 ans, bénévole, y préparent les 150 petits-déjeuners qui seront donnés à l'association Utopia 56.

Vers 8h30, de gauche à droite, Lucien Rieul, 27 ans, bénévole, Khalid Abakr, 29 ans, salarié du l'Armée du salut, et Églantine Rollin, 24 ans, bénévole, préparent les 150 petits-déjeuners qui seront donnés à l'association Utopia 56. © Antoine Peillon (Ishta) Vers 8h30, de gauche à droite, Lucien Rieul, 27 ans, bénévole, Khalid Abakr, 29 ans, salarié du l'Armée du salut, et Églantine Rollin, 24 ans, bénévole, préparent les 150 petits-déjeuners qui seront donnés à l'association Utopia 56. © Antoine Peillon (Ishta)

Très représentatifs des jeunes solidaires d’aujourd’hui, Églantine Rollin et Lucien Rieul sont, par ailleurs, bénévoles à l'association médico-sociale Gaïa qui agit auprès des usagers de drogues. La très jeune femme explique son engagement actuel : « On voit très vite la finalité de l’action d’urgence. Beaucoup de personnes sont laissées à l’abandon. Toutes celles qui, avant le confinement, vivaient de la mendicité, du travail au noir, des divers trafics. Il y a beaucoup de Roumains qui vivent dans des campements de fortune et d’Africains entassés dans des squats où ils ont à peine de l’eau. »

La grande salle de réunion et de culte de l'Armée du salut est devenue un espace de stockage des denrées et boissons non-périssables. © Antoine Peillon (Ishta) La grande salle de réunion et de culte de l'Armée du salut est devenue un espace de stockage des denrées et boissons non-périssables. © Antoine Peillon (Ishta)

Sur les murs du vaste local, les programmes des distributions quotidiennes de repas sont répartis par journée, mais aussi par véhicule transporteur. À chaque camion ou fourgonnette sont dévolues des missions spécifiques. Ici, pour « Jonquille », ce sera des livraisons de repas aux hôtels sociaux des Xe et XVIIe arrondissements de Paris. Là, pour « Pâquerette », ce seront des livraisons de repas aux squats d'Aubervilliers et de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Pour « Coquelicot », les livraisons se feront devant les hôtels sociaux hébergeant des mineurs non accompagnés suivis par Médecins sans-frontières (MSF)…

1 600 repas, deux fois par jour

L’Armée du salut, bénéficiant, jusqu'alors d'approvisionnements assez importants, du fait de sa notoriété, redistribue aussi des repas à d'autres associations, dont le Chaînon manquant, lequel récupère les invendus des magasins alimentaires pour les redistribuer lui-même à diverses associations dans Paris et sa proche banlieue... Retraités isolés et enfants non accompagnés font partie des bénéficiaires de l'aide alimentaire d'urgence de l'association. Et outre les produits alimentaires, l’Armée du salut fournit aussi les produits d'hygiène basiques pour les plus petits enfants.

A partir de 9 heures, Isaure de Gaulejac, 26 ans, cheffe de projet à la Fondation de l'Armée du salut, coordonne les actions du centre de l'allée Jean-Monnet (Les Lilas). © Antoine Peillon (Ishta) A partir de 9 heures, Isaure de Gaulejac, 26 ans, cheffe de projet à la Fondation de l'Armée du salut, coordonne les actions du centre de l'allée Jean-Monnet (Les Lilas). © Antoine Peillon (Ishta)

Tôt sur place, Isaure de Gaulejac, 26 ans, cheffe de projet à la Fondation de l’Armée du salut, coordonne les actions du centre de l'allée Jean-Monnet. Elle anime une équipe d'une soixantaine de bénévoles (15 chaque jour), afin de distribuer plus de 1 600 repas deux fois par jour.

Isaure de Gaulejac, 26 ans, cheffe de projet à la Fondation de l'Armée du salut, coordonne les actions du centre de l'allée Jean-Monnet (Les Lilas). A sa gauche, Anne-Claire Colleville, 49 ans, sociologue à Santé publique France, bénévole. © Antoine Peillon (Ishta) Isaure de Gaulejac, 26 ans, cheffe de projet à la Fondation de l'Armée du salut, coordonne les actions du centre de l'allée Jean-Monnet (Les Lilas). A sa gauche, Anne-Claire Colleville, 49 ans, sociologue à Santé publique France, bénévole. © Antoine Peillon (Ishta)

Chaque jour de la semaine, dimanche compris, est consacré à différents sites où l'alimentation n'est plus assurée que par les associations.

Des caisses de bananes

Bonne surprise, vers 9 h 15, Hélio Borges, 58 ans, éducateur à l'association Emmaüs Défi, bénévole à l’Armée du salut, apporte plus d'une tonne de bananes, depuis Rungis (don d'un grossiste), dans sa camionnette.

Hélio Borges, éducateur d'Emmaüs Défi, bénévole à l'Armée du salut, commence le déchargement des caisses de bananes qu'il a rapportées de Rungis. © Antoine Peillon (Ishta) Hélio Borges, éducateur d'Emmaüs Défi, bénévole à l'Armée du salut, commence le déchargement des caisses de bananes qu'il a rapportées de Rungis. © Antoine Peillon (Ishta)

À peine un quart d’heure plus tard, Laetitia Bory, 32 ans, employée chez Planète Sésame (traiteur bio et solidaire http://www.planetesesame92.com/), apporte 300 plateaux-repas halal (entrée, plat, fromage, dessert), comme chaque jour, tandis qu’Hélio Borges a déjà commencé le déchargement des caisses de bananes qu'il a rapportées de Rungis.

A 9h30, Laetitia Bory, 32 ans, employée chez Planète Sésame (traiteur bio et solidaire), apporte 300 plateaux-repas halal, comme chaque jour. © Antoine Peillon (Ishta) A 9h30, Laetitia Bory, 32 ans, employée chez Planète Sésame (traiteur bio et solidaire), apporte 300 plateaux-repas halal, comme chaque jour. © Antoine Peillon (Ishta)

Au même moment, Isaure de Gaulejac anime le briefing durant lequel les missions de la journée, dont surtout les tournées de livraison des repas, sont réparties entre les bénévoles. Mathilde Le Gallo, 24 ans, et Louise, 31 ans, feront un tandem destiné à l’approvisionnement d’un camp de Roms.

Isaure de Gaulejac anime le briefing durant lequel les missions de la journée (dont les tournées de livraison des repas) sont réparties entre les bénévoles. © Antoine Peillon (Ishta) Isaure de Gaulejac anime le briefing durant lequel les missions de la journée (dont les tournées de livraison des repas) sont réparties entre les bénévoles. © Antoine Peillon (Ishta)

Les responsables des différents lieux où l’Armée du salut livrera les repas dans la journée sont contactés par téléphone pour s'assurer que les équipes y sont bien attendues, que les quantités prévues sont adéquates aux besoins... Penchée sur un ordinateur portable, Anne-Claire Colleville, 49 ans, sociologue à Santé publique France, bénévole à l’Armée du salut et dans d'autres associations humanitaires, assiste Isaure de Gaulejac dans la planification complexe de l’ensemble.

Pas mangé depuis trois jours

Aussitôt le briefing terminé, Paul, 27 ans, et Estelle Coudard, 28 ans, préparent des colis destinés à deux squats de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers et La Courneuve), tandis que Isaure de Gaulejac et Hélio Borges parlent ensemble, au soleil, de la catastrophe générée par la pandémie de Covid-19 et l'incurie de l'Etat dans les hôtels sociaux, les squats et les campements de Roms. « Cela fait 23 ans que je suis éducateur de rue. Je n’aurai jamais cru que je verrai un jour des gens avoir faim à ce point-là, en France », déplore le vétéran d’Emmaüs Défi. Avant de raconter : « Hier, porte d’Aubervilliers, j’ai rencontré un homme qui n’avait pas mangé depuis trois jours. Ça se voyait. Quand les Africains sont dénutris et déshydratés, leur peau devient blanche… Jusqu’à maintenant, c’était souvent la galère, mais désormais ça va être pire. Heureusement que les associations sont solidaires entre elles et qu’il y a tant de bénévoles ! »

Les responsables des différents lieux où l'Armée du salut livrera les repas dans la journée sont contactés par téléphone pour s'assurer que les équipes y sont bien attendues, que les quantités prévues sont adéquates aux besoins... © Antoine Peillon (Ishta) Les responsables des différents lieux où l'Armée du salut livrera les repas dans la journée sont contactés par téléphone pour s'assurer que les équipes y sont bien attendues, que les quantités prévues sont adéquates aux besoins... © Antoine Peillon (Ishta)

Dans la cuisine du centre, Adrien de La Sayette, 30 ans, bénévole, vérifie le contenu d'un repas halal qui sera distribué en fin de matinée. Isaure de Gaulejac ne tarde pas à le rejoindre, mais transporte du jambon conditionné en barres et destiné aux distributions du jour.

Adrien de La Sayette, 30 ans, bénévole, montre le contenu d'un repas halal type. © Antoine Peillon (Ishta) Adrien de La Sayette, 30 ans, bénévole, montre le contenu d'un repas halal type. © Antoine Peillon (Ishta)

Adrien de La Sayette, 30 ans, bénévole, montre le contenu d'un repas halal type. © Antoine Peillon (Ishta) Adrien de La Sayette, 30 ans, bénévole, montre le contenu d'un repas halal type. © Antoine Peillon (Ishta)

Dans la cour, Julian Melero et Adrien de la Sayette évaluent la qualité des bananes apportées par Hélio Borges, tandis que Lucas Geronimi, 22 ans, en service civique au Centre d'action sociale protestant (CASP) et de La maison dans la rue (18, rue Picpus, Paris XIIe), charge les colis préparés par l’Armée du salut pour son association.

Un grand soulagement

À 11 h 30, la plupart des camionnettes de l’Armée du salut partent vers leurs lieux de distribution. Estelle Coudard et Paul sont en route vers un squat d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Au squat de la Seine (17, rue Claude-Bernard, Aubervilliers / Seine-Saint-Denis, 145 adultes), Ibrahim, 38 ans, arrivé de Côte-d'Ivoire il y a six mois. © Antoine Peillon (Ishta) Au squat de la Seine (17, rue Claude-Bernard, Aubervilliers / Seine-Saint-Denis, 145 adultes), Ibrahim, 38 ans, arrivé de Côte-d'Ivoire il y a six mois. © Antoine Peillon (Ishta)

Au squat de la Seine (rue Claude-Bernard, Aubervilliers / Seine-Saint-Denis), qui abrite sans doute environ 145 adultes, Ibrahim, 38 ans, arrivé de Côte-d’Ivoire il y a six mois, se dit « en forme » et estime que « l'aide alimentaire de l’Armée du salut est importante ».

Au squat de la Seine (Aubervilliers / Seine-Saint-Denis, 145 adultes), Bozan Diaby, 32 ans, arrivé de Côte-d'Ivoire il y a au moins trois ans, aide Estelle Coudard et Paul à décharger leur camionnette. © Antoine Peillon (Ishta) Au squat de la Seine (Aubervilliers / Seine-Saint-Denis, 145 adultes), Bozan Diaby, 32 ans, arrivé de Côte-d'Ivoire il y a au moins trois ans, aide Estelle Coudard et Paul à décharger leur camionnette. © Antoine Peillon (Ishta)

Bozan Diaby, 32 ans, arrivé de Côte-d’Ivoire il y a au moins trois ans, responsable en quatrième rang du squat, aide Estelle Coudard et Paul à décharger leur camionnette.

Au squat de la Seine (Aubervilliers / Seine-Saint-Denis, 145 adultes), Paul et Estelle Coudard posent avec Camara Brahima, 50 ans. © Antoine Peillon (Ishta) Au squat de la Seine (Aubervilliers / Seine-Saint-Denis, 145 adultes), Paul et Estelle Coudard posent avec Camara Brahima, 50 ans. © Antoine Peillon (Ishta)

Camara Brahima, 50 ans, premier responsable du même collectif, témoigne que « l'action de l’Armée du salut a comblé un grand vide et apporté un grand soulagement ». Il tient à poser, pour la photo, avec les bénévoles de l’association.

Tristesse et révolte

Au retour vers le centre de l’allée Jean-Monnet, Paul partage ses réflexions du jour avec sa coéquipière : « Je ressens combien notre action est nécessaire, mais c’est parfois désespérant. Cela ne permet pas de sortir tous ces gens de la galère. On leur maintient juste la tête hors de l’eau. » Estelle Coudard lui répond par ses propres interrogations : « Nous allons pouvoir les aider jusqu’à quand ? Comment ferons-nous après le confinement ? » Tous deux ont vu, au squat de la Seine, « un homme très malade ».

Hélio Borges exprime sa "tristesse" et sa révolte, au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (rue de Valmy, La Courneuve / Seine-Saint-Denis) où il est venu livrer ses bananes. © Antoine Peillon (Ishta) Hélio Borges exprime sa "tristesse" et sa révolte, au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (rue de Valmy, La Courneuve / Seine-Saint-Denis) où il est venu livrer ses bananes. © Antoine Peillon (Ishta)

Un peu plus tard, Hélio Borges exprime à nouveau sa tristesse et sa révolte : « Dans un foyer de Maliens, à Montreuil (93), il n’y avait qu’un seul masque ! » Au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (rue de Valmy, La Courneuve, en Seine-Saint-Denis), où il est venu livrer ses bananes, il discute longuement avec Doumbia Dramane Adama, 31 ans, arrivé de Côte-d’Ivoire il y a trois ans.

Hélio Borges, au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (rue de Valmy, La Courneuve / Seine-Saint-Denis), discute avec Doumbia Dramane Adama, 31 ans, arrivé de Côte-d'Ivoire il y a trois ans. © Antoine Peillon (Ishta) Hélio Borges, au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (rue de Valmy, La Courneuve / Seine-Saint-Denis), discute avec Doumbia Dramane Adama, 31 ans, arrivé de Côte-d'Ivoire il y a trois ans. © Antoine Peillon (Ishta)

Le jeune homme et ses « frères » tiennent à montrer les photos de leurs manifestations pour « obtenir des papiers », tandis que l’un des confinés roule sur un skateboard, entre les cabines du dortoir construit avec des planches de récupération.

Au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer, Doumbia Dramane Adama et ses "frères" montrent les photos de leurs manifestations pour "obtenir des papiers". © Antoine Peillon (Ishta) Au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer, Doumbia Dramane Adama et ses "frères" montrent les photos de leurs manifestations pour "obtenir des papiers". © Antoine Peillon (Ishta)

Moment de détente, au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (La Courneuve / Seine-Saint-Denis). © Antoine Peillon (Ishta) Moment de détente, au squat du collectif de sans-papiers Schaeffer (La Courneuve / Seine-Saint-Denis). © Antoine Peillon (Ishta)

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La Fondation de l’Armée du salut

Action de la Fondation de l'Armée du salut, à Paris Nord (75) et en Seine-Saint-Denis (93), à partir des locaux de la porte des Lilas. © Antoine Peillon (Ishta) Action de la Fondation de l'Armée du salut, à Paris Nord (75) et en Seine-Saint-Denis (93), à partir des locaux de la porte des Lilas. © Antoine Peillon (Ishta)

La fondation de l’Armée du salut intervient principalement dans le domaine de l’action sociale et médico-sociale, de la protection et l’accompagnement de l’enfance et de l’adolescence, du soin, du handicap ou de la dépendance, et du secours alimentaire. Plus de 200 établissements et services, dans 11 régions, 2 400 salariés et plus de 3 800 bénévoles de l’Armée du salut sont ainsi mobilisés.

Site : www.armeedusalut.fr

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Les reportages "Les solidaires par temps de coronavirus" (Antoine Peillon / Ishta) :

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/280520/les-smartphones-fraternels-d-atd-quart-monde (Montreuil / 93 et Paris Xe, les smartphones fraternels d'ATD Quart Monde)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/220520/les-jeunes-de-la-noue-bagnolet-au-secours-des-invisibles (Bagnolet / 93, auto-organisation humanitaire au quartier de La Noue)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/210520/bagnolet-municipalite-et-associations-main-dans-la-main (Bagnolet / 93, municipalité et associations, main dans la main, pour l'aide alimentaire d'urgence)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/190520/le-secours-catholique-aupres-des-mamans-confinees (maraude du Secours catholique Paris Nord et 93, auprès des mères et enfants africains confinés)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/190520/les-masques-solidaires-d-emmaues (la Friperie solidaire d'Emmaüs : les masques et l'insertion, à Maisons-Alfort / 94)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/190520/ca-faire-rire-les-enfants-atd-quart-monde-noisy-le-grand (action du Centre de promotion familiale de Noisy-le-Grand (93) / Agir tous pour la dignité Quart Monde (ATD Quart Monde), en faveur des enfants confinés)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/190520/les-milliers-de-paniers-repas-de-la-societe-de-saint-vincent-de-paul (collecte d'aliments et préparation de quelque 1500 paniers-repas, chaque jour, par la Société de Saint-Vincent-de-Paul, à Paris)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/190520/revoltes-face-la-faim-armee-du-salut (livraison de centaines de repas aux squats, hôtels sociaux et campements à Paris Nord (75) et en Seine-Saint-Denis (93), par la Fondation de l'Armée du salut)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/180520/la-nouvelle-alliance-des-associations-secours-populaire (au "libre-service solidaire" du Secours populaire de Paris)

Lien vers les portraits de "solidaires par temps de coronavirus" (Antoine Peillon / Ishta) :

https://blogs.mediapart.fr/69376/blog/200520/les-solidaires-par-temps-de-coronavirus

"Plan de relance post-coronavirus : ignorer ou réinventer l’association ?", par Jean-Louis Laville, professeur au Cnam (chaire "Économie solidaire").

Le reportage et les portraits radio de Farida Taher, à Bagnolet / 93 (auto-organisation au quartier de La Noue)

https://blogs.mediapart.fr/antoinepeillon/blog/240520/systeme-d-par-farida-taher

"Réparer le monde !", par Antoine Peillon. Ce texte a été publié dans le livre numérique Résistons ensemble, pour que renaissent des jours heureux (éditions Massot / CNNR) mis en ligne depuis le 27 mai, gratuitement, sur les plateformes des librairies indépendantes, soit près de 200 sites. À partir du 11 juin, le livre sera téléchargeable – toujours gratuitement – sur tous les réseaux (Fnac, Cultura, etc.).

 

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