Comme un malaise. Des enseignants applaudissant le premier ministre, des syndicats satisfaits. La décision tant retardée d’augmenter de 800 euros l’indemnité des professeurs des écoles aura donc fait passer beaucoup de choses, même celles qui n’auraient jamais dû passer.
Le 1er mai 2002, plusieurs millions de manifestants descendaient dans la rue pour faire part de leur inquiétude devant la présence de Le Pen au second tour des présidentielles. Le 1er mai 2016, quelques dizaines de milliers de manifestants manifestent contre la loi travail. Les autres n’ont sans doute pas jugé bon de s’inquiéter de la mise en place d’un régime brutal et autoritaire.
Exercices « de sécurité » dans les locaux scolaires, fêtes d’écoles annulées, installation de portillons à l’entrée des établissements : derrière ces initiatives à la fois burlesques dans leur déroulement et brutales dans leur ressenti, la volonté manifeste d’entretenir autour de l’école un climat de peur.
" Quand, au milieu des années 1980, (...) émerge un pôle « national-républicain » appelant à la « restauration » des valeurs de la République, l’incontournable « crise de l’école » est devenue l’otage d’une offensive intellectuelle et médiatique visant à faire voler en éclats le clivage gauche/droite à travers le procès de la modernité, de la démocratisation scolaire et de la "pensée 68"."
2016, « année de la Marseillaise » ? Si, déjà, cette initiative ubuesque, présentée avec fracas il y a quelques mois comme un remède au terrorisme, pouvait donner une nouvelle vigueur au débat, déjà ancien, sur les paroles de l’hymne national et surtout, remettre en cause sa finalité ultime.
Le décrochage scolaire, qui voit chaque année plusieurs milliers de jeunes s’évaporer du système éducatif, est une réalité complexe, du moins le croyait-on jusqu’à ces dernières semaines lorsque l’Education nationale, jusque là fort démunie, a fièrement fait savoir qu’elle tenait enfin sa solution : confier les décrocheurs à l'armée.
L’histoire serait – paraît-il – « une passion française » : c’est du moins l’enseignement tiré par les sondeurs de BVA dans l’enquête sur « les Français et l’histoire » réalisée il y quelques semaines pour la presse régionale. Une passion, pourtant passablement édulcorée, singulièrement restrictive et qui sent trop souvent l’encre violette et les cahiers d’écoliers.
Après les propositions de loi « Jour de Mémoire » et « Journée du drapeau » déposées par des parlementaires, le président de la république, grand maître du barnum patriotique, a décidé de faire de l’année 2016 l’« année de la Marseillaise » à l’école. Et comme à son habitude, l’Education nationale n'est pas la dernière à faire soumission.