En route pour Angoulême 2012

Le 39ème Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême ouvre ses portes jeudi 26 janvier sous l’égide d’Art Spiegelman, Grand Prix 2011 et président du jury de la cuvée 2012. Les choix de Comic Strip.   

Le 39ème Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême ouvre ses portes jeudi 26 janvier sous l’égide d’Art Spiegelman, Grand Prix 2011 et président du jury de la cuvée 2012. Les choix de Comic Strip.

 

 

 

Onze prix seront décernés à l’issue de ce rendez-vous annuel — qui est au 9ème art ce que les Césars ou le Festival de Cannes sont au cinéma — au terme de quatre jours d’animations, de rencontres, d’expositions et de découvertes au cœur de la préfecture du département de la Charente. Comme chaque année, le Festival cristallise critiques et compliments, rendez-vous incontournable pour les uns, gigantesque foire aux livres pour les autres… Il n’en demeure pas moins que le FIBD est le rendez-vous des amoureux de la bande dessinée. Depuis bientôt quarante ans.

Avec 98 albums en compétition (dont 58 dans la sélection officielle, 10 dans les sélections patrimoine et polar et 20 dans la sélection jeunesse), il est difficile (voire hasardeux) de se livrer à un pronostic. Tout en soulignant l’indéniable qualité du cru 2012 (sans faire offense aux nominés et lauréats précédents). Le Festival peut cette année encore s’enorgueillir de la qualité de ses sélections qui fait la part belle à l’éclectisme et à l’innovation graphique.

Si l’on devait s’en tenir aux probabilités (à l’instar du nombre de nominations d’un film aux Oscars ou aux Césars…), les majors sembleraient les mieux placés pour prétendre à une récompense. Mais les jurys prennent toujours un malin plaisir à déjouer les statistiques. Car derrière les grands groupes (Média Participations, Gallimard et Delcourt/Soleil, Glénat), il faut souligner la présence d’éditeurs de moindre taille tels que Cornélius ou Actes Sud-BD (trois albums chacun), Ça et là, L’Association (qui renaît de belle manière), Ankama, 6 Pieds sous terre (2 albums). Sans oublier les maisons beaucoup moins connues du grand public présent avec un album : Lézard noir, Denoël Graphic, Ki-oon, Tanibis, Paquet, Frémok, 2024, Ouvroir humoir, Rackham, Les Requins marteaux (qui connait de sérieuses difficultés financières), Manolosanctis (éditeur né sur web et qui va arrêter l'édition papier), Vraoum, Kurokawa, La Pastèque, Makaka, La Boîte à bulles, Connaître Chott, Editions H, BDArtiste, Le Chant des muses... 

Chroniques, aventure, biopics, récits intimistes, SF, manga, franco-belge, roman graphique, blogs bd, histoire, adaptations littéraires, témoignages, fables, humour… tous les genres sont présents ou presque. La sélection 2012 tient par ailleurs à rassurer sur sa dimension internationale : les auteurs, scénaristes et dessinateurs sont français, belges, japonais, espagnols, américains, italiens, suisses…Les différents jurys devront choisir et récompenser les albums parus entre décembre 2010 et novembre 2011 : prix du Patrimoine, de la série, révélation, regards sur le monde, Audace, Intergénérations, BD Fnac, Jeunesse et la nouveauté de cette année, le prix du Polar.

Les « Fauves » seront remis par Art Spiegelman à l’issue de la manifestation, la personnalité et les goûts artistiques du président pèseront-ils sur le palmarès ? Réponse dimanche 29 janvier 2012.

Nos choix (avant le compte-rendu de la manifestation et l'annonce des lauréats dans Comic Strip) :

 

  • Les Ignorants, Etienne Davodeau (Futuropolis).

 

Chronique intimiste au rythme doux et suave comme un cru classé, Les Ignorants est un récit initiatique. L'apprentissage croisé du vin et de la bande dessinée. Pendant une année, entre le viticulteur et le dessinateur s’est installée une complicité. Un roman graphique «social» qui célèbre avec passion, découverte et partage.

 

 

  • Atsuko, Cosey (Le Lombard).

Cosey est le dessinateur mythique de Jonathan, dont les aventures ont paru dès 1975 dans le journal Tintin et comptant aujourd’hui quinze albums publiés aux éditions Le Lombard. Né en 1950, Cosey, de son vrai nom Bernard Cosendai a débuté comme illustrateur avant de remporter en 1969 le troisième prix d’un concours de couverture organisé par Spirou. La rencontre décisive avec Derib le conduira vers la bande dessinée. En 1975, Cosey débute les aventures de Jonathan et le succès est immédiat. Les pérégrinations de son jeune héros, suisse comme son auteur, baroudeur aux grandes qualités humaines d’écoute, de curiosité et de sensibilité. Atsuko est le 15ème album de la série, l’intrigue se situe au Japon où Jonathan rejoint une jeune femme rencontrée dans le nord birman, pour enquêter ensemble sur un secret de famille vieux d’un demi-siècle.

  • L’Ile aux 100 000 morts, Jason, Fabien Vehlmann (Glénat)

 

Pétri de nonsense sous des atours de récit populaire, L’Ile aux cent mille morts est une aventure picaresque mâtinée de drame pour rire. Vehlmann a écrit pour Jason une histoire où son humour moderne et décalé fait mouche, avec des dialogues et des reparties bien sentis, tout en se coulant dans le style qu’affectionne le dessinateur. Original et mélancolique, le trait de Jason, avec ces personnages aux yeux sans prunelles et au physique anthropomorphe, réussit le tour de force d’être à la fois dépouillé et expressif.

 

  • Cité 14, Pierre Gabus et Romuald Reutimann (Les Humanoïdes Associés)

 

Œuvre monde, réussite narrative et graphique, l'univers né de la plume de Pierre Gabus et dessinée de main de maître par Romuald Reutimann est vivant et cosmopolite. La série emprunte à des imaginaires variés, opposés, voire opposables. En créant cette mégalopole où vivent, se croisent, s'affrontent des genres, des races aussi diverses que des humains, des animaux anthropomorphes, des extra-terrestres, des mutants, les auteurs se défendent pourtant d'avoir voulu une bande dessinée à message, mais bel et bien une œuvre de divertissement.

 

  • Frank et le congrès des bêtes. Par Jim Woodring (L’Association).

 

Œuvre entièrement muette qui raconte le voyage de Frank, chat joufflu, une quête sans but. En apparence. Frank, voyageur terrestre, aérien et aquatique, croisant bestiaires surréalistes, tyrans et marchands, soumis à une destinée erratique. Avec peut-être l’amour au bout du chemin. On suit les aventures de ce candide dans un pays des merveilles sous acide avec un réel plaisir, emporté par l’humour poétique et ironique de Jim Woodring.

 

 

  • 3’’ de Marc-Antoine Mathieu (Delcourt)

Histoire intense et intrigante, 3 secondes propose un cheminement en kaléidoscope. Impossible de détacher le regard du récit hypnotique et dense qui se déroule sous nos yeux, entièrement pensé en trois dimensions. La version papier se double d'une version numérique afin de poursuivre l'expérience en animation, décuplant ainsi les sensations de lectures initiales. Un chef d'œuvre.

 

  • Portugal, Cyril Pedrosa (Dupuis)

 

Simon est auteur de bande dessinée. Alors qu’il traverse une crise professionnelle, en manque d’inspiration, il profite d’un séjour à Lisbonne pour partir sur les traces de ses origines. Cyril Pedrosa a indéniablement écrit et dessiné un des plus beaux livres de l’année 2011. Le public ne s’y est pas trompé, le livre a été épuisé deux mois seulement après sa sortie en librairie. Un graphisme somptueux, lumineux, un propos sensible et introspectif qui parle à tous, une réussite de la première à la dernière page. Un voyage presque immobile, une œuvre délicate et belle.

 

  • Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle (Delcourt)

Chroniques de Jérusalem, au delà de sa valeur graphique indéniable, est le récit sensible d'une réalité complexe. La fascination de Guy Delisle pour les lieux qu'il a traversés transparaît alors, dans le trait, comme dans le propos, avec, à intervalles réguliers, ces murs que l'auteur rencontre toujours sur sa route. Les murs d'enceintes, les barrages, les barrières, les murs physiques, dressés par les uns pour s'opposer aux uns, pour se protéger, pour défier les autres. Jusqu'aux murs indicibles nés de l'histoire et de ses héritages successifs. Que Guy Delisle tente de nous faire franchir avec beaucoup de retenue et d'acuité. Des murs d'incompréhension.

 

  • Habibi, Craig Thompson (Casterman)

 

Habibi est un récit dense, qui allie beauté scripturale et élégance graphique. D'inspiration orientaliste, avec de multiples et nombreuses références calligraphiques, Habibi est un conte onirique dont Craig Thompson parle avec simplicité et émotion.

Véritable roman à clé, aux multiples niveaux de lecture, le livre raconte dans un noir et blanc plein de grâce l'histoire de Dodola et Zam, deux jeunes esclaves aux destins liés par le hasard, la souffrance et l'amour.

 

 

  • Dans la nuit, la liberté nous écoute, Maximilien Le Roy (Le Lombard)

Roman graphique poignant sur la guerre et l’engagement, sur le refus et l’acceptation, Dans la nuit, la liberté nous écoute relate l’histoire vraie d’Albert Clavier engagé dans l’artillerie coloniale et envoyé en 1946 combattre en Indochine. Albert Clavier passera à l’ennemi, horrifié, ne souhaitant pas rester dans le camp des bourreaux. Maximilien Le Roy, après Faire le mur et Nietzsche, livre un récit poignant, la « chronique d’un refus ».

 

 

 

Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, du 26 au 29 janvier 2012, ouvert de 10h à 19h tous les jours, nocturne le samedi jusqu'à 20h (sauf Quartier Jeunesse et Pavillon Jeunes Talents® - fermeture à 19h), GRATUIT POUR LES MOINS DE 7 ANS. 

Prochain article : le palmarès 2012

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