L'Hebdo du club: une campagne semée d'embûches

Dans l’Hebdo du club cette semaine, nous pourrions exclusivement parler de la Journée internationale des femmes du 8 mars qui reste aujourd’hui d’une actualité brûlante tant l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas atteinte. C’eût été faire fi d’une prose importante sur la politique, ses feuilletons, ses affaires, sur nos institutions devenues brinquebalantes ou de notre démocratie mise à mal par ceux-là mêmes qui votent nos lois.

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Une journée internationale par an pour l'égalité des droits des femmes, est-ce vraiment suffisant? Au lendemain du classement sans suite « pour prescription » - même si certains faits étaient « susceptibles d’être qualifiés pénalement »  - de l’enquête ouverte le 10 mai 2016 après les révélations de huit femmes accusant Denis Baupin d’agressions et de harcèlement sexuel, la femme a été mise à l’honneur dans le Club. Les droits des femmes ne sont jamais acquis comme le prouve cette littérature sélectionnée en Une.

A commencer par ce billet de Miroir 2017 qui s’intéresse au collectif Nuit Féministe, issu de Nuit Debout. Un rassemblement dans le combat et l’action. «Faute de se retrouver dans l’organisation plus « verticale et hiérarchique » des associations féministes déjà existantes, ils et elles préfèrent travailler sur de nouvelles formes de mobilisation. Leur idée : s’émanciper grâce à des actions simples, facilement reproductibles par tous». Ce 8 mars, le collectif a organisé nombre de manifestations pour «appeler une fois de plus à la mobilisation et, au-delà des inégalités salariales, de mettre en lumière les nombreuses oppressions et violences faites aux femmes.» Au-delà de la journée internationale du 8, Médecins du monde rappelle que dans ce bas monde les droits humains essentiels peuvent être remis en cause malgré le fait que «les droits sexuels et reproductifs constituent une composante majeure du progrès vers l’égalité des genres et un développement juste et durable». Et de citer que «Près de 70 ans plus tard, cet appel de Simone de Beauvoir résonne toujours autant : proposition de loi visant à interdire totalement l’avortement en Pologne, dépénalisation des violences domestiques en Russie, rétablissement de la « règle du baillon mondial » qui conditionne l’aide publique au développement des Etats-Unis à l’engagement de ne pas fournir de services ou d’information relatifs à l’avortement, montée des mouvements anti-choix en Europe…, les exemples dans l’actualité récente attestent de la détérioration ou de la fragilité des droits des femmes. » 

Que penser du billet de la psychanalyste Catherine Grangeard et de son travail sur l’obésité et le culte du corps qui exhorte les femmes à « Lâchez les normes !»«La fabrication de normes conditionne une certaine idée de soi que se font les femmes. Le savoir est le préalable pour renverser des carcans dommageables à soi, aux relations interpersonnelles, à tous finalement. L'image de soi enferme les fillettes dès le plus jeune âge, voyons Barbie...» Cette journée internationale qui ne doit pas rester l’arbre qui cache la forêt n’a pas occulté une campagne électorale semée d’embûches.

A bout de souffle

Les candidats à l'élection présidentielle ont jusqu'au 17 mars pour réunir 500 parrainages d'élus, nécessaires pour pouvoir se présenter. Depuis le 25 février, les élus, qu'ils soient maires, députés, présidents d'agglomération ou de région, peuvent envoyer au conseil constitutionnel leur soutien au candidat qu'ils veulent voir à l'Elysée en mai prochain. Le 17, nous connaîtrons enfin les hommes et femmes prêts à briguer le mandat suprême. Combien seront-ils ? Qui seront-ils ? Des questions pleines de sens et de poids à l’heure où cette Ve République n’en finit plus de partir à vau-l’eau. Le 17 c’est aussi le numéro d’appel des pompiers. Car il risque d’y avoir encore le feu sur l’échiquier politique. A moins de deux semaines de l’échéance, les scenarii se succèdent, les bals de Tartuffe se multiplient, la veste des opportunistes se retournent... Le ciel clair n est pas pour demain. Sous les pavés il n’y a plus grand chose. Avant le bipartisme régnait sur les urnes. La France avançait tantôt sur sa jambe droite, tantôt sur sa jambe gauche. A claudiquer de la sorte, le pays a perdu l’équilibre, s’est fracturé et ouvert les portes à un autre ordre. Les deux grands partis inféodaient les autres et la France bipolaire sur la balance électorale penchait tantôt à gauche tantôt à droite. Ainsi, Pierre Tripier nous dépeint le crépuscule des partis-cartels. 

Plus globalement, Edwy Plenel dans un parti pris fixe dans le temps une photographie de la situation ubuesque. Les deux grands partis ont implosé et demain, on nous promet une finale inédite. A gauche le désamour l’emporte sur l’union. Pas de mariage de raison entre Mélenchon-Hamon. A la vie à la mort. Au lieu d’un gagner ensemble, on gonfle son ego et décrète ce sera ni lui ni moi. A droite, Fillon avance seul vers son destin. Tous derrière et lui devant. Marine Le Pen à l’abri derrière sa batterie de casseroles avance vers un second tour. Quant à Macron, il apparaît de plus en plus comme le challenger seul capable de remporter la mise. Ce qui fait vibrer la plume d’Elise Thiebaut qui dans un billet plein de tableaux et de drôlerie nous laisse juges d’adhérer ou pas : «J’ai continué à rêver de la présidentielle depuis mon dernier billet mais cette fois, c’est Macron qui colonise mon inconscient. Crime contre l’humanité ou mission civilisatrice ?»

Qui sera emporté dans ce maelstrom, si ce n’est l’électeur réduit à un choix par défaut ou à un rôle de mouton sous prétexte de vote utile qui a fait l’objet du billet de Camille. «Depuis l'élimination du PS au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, plus une élection n'a lieu sans chantage au vote utile ou au front républicain. Mais ces deux outils répondent à des logiques de court-terme. Dans un contexte où l'extrême-droite est désormais confortablement installée, leur seul effet est de gommer la critique radicale de gauche...et de favoriser l'extrême-droite».

Dans « Une sécession bien française »  Paul Alliès, Président de la Convention pour la 6e République, analyse politiquement l’abstention en France et remet en cause la nature même de la Ve République. Il explique qu’«avec les pleins pouvoirs, le président élu et la majorité présidentielle qui en résulte ne représentent donc qu’une minorité du corps électoral» Dans le fil de commentaires, les abonnés sont une majorité à penser qu’il faut changer de régime. En réaction, Bruno Painvain y ajoute trois éléments : 

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Arnaud Gossement, lui, ose remettre en cause la nomination d’un homme providentiel qui finit très rapidement recouvert de goudron et de plumes. «La campagne présidentielle en cours offre chaque jour son lot de désolations. Toutefois, personne n’ouvre de débat sur le principe même de cette élection : faut-il conserver l’élection du Président de la République au suffrage universel direct ?» Ce billet a engagé nombre de commentaires et beaucoup de débats. Les uns refusant l’idée de grands électeurs, les autres un retour à la monarchie. Les uns défendant l’idée d’une constituante, les autres s’opposant à un retour du 4e République. Pourtant, il n’est pas seul à constater que « cette décomposition politique est en fait celle de la Ve République à bout de souffle.» Le 6 mars, Noel Mamère use de sa liberté de parole encore une fois. Outre la dénonciation de l’hyper présidentialisation, la machinerie des primaires, la profonde fracture entre les « élites » et le « peuple », il décrit une nuit du 4 août 1789 - les députés de l'Assemblée nationale constituante proclament l'abolition des droits féodaux et de divers privilèges - à l’envers. Un monde inversé dans lequel François Fillon et Marine Le Pen nourrissent des complots médiatique et judiciaire. Décrié dans les commentaires par les partisans de Jean-Luc Mélenchon, il trouve comme défenseur Gaelz : 

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Dans « La république des forbans et des laquais »,Jean-Louis Legalery revient sur la dénonciation d’une justice partiale de la part de deux candidats à l’élection présidentielle : «La candidate d'extrême-droite et le candidat de droite ne veulent pas être importunés et illustrent chaque jour davantage le septième commandement de la constitution des animaux dans le roman de George Orwell, Animal Farm : "Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres"...*»  Et d’ajouter l’image déplorable, renvoyée à l’étranger et relayée par des medias surtout d’Europe du nord, teintée «d’incrédulité, d’amusement et d’effarement». Quand Le Pen et Fillon dénoncent la République des juges, ils commettent un contresens historique. C’est ce qu’explique François Saint-Pierre«Marine Le Pen et François Fillon ont un point commun : leur détestation de ce qu’ils nomment le «gouvernement des juges». Et un projet commun : le retrait de la France de la Cour européenne des droits de l’homme. Il est vrai que le pouvoir des juges s’est considérablement développé depuis plusieurs années. Mais pour une raison historique qu’il convient de ne pas oublier».

En complément de ce billet, celui du Think Tank juridique Club Droits, Justice et Sécurités qui «s’élève avec la plus grande vigueur contre les propos de Monsieur François Fillon et de Madame Marine Le Pen sur les magistrats et la justice dans notre pays». Et qui conclut : «Les élections approchent. Tous ceux qui sont attachés à la séparation des pouvoirs, à l’indépendance de la justice et à une démocratie vivante sauront se rappeler, au moment du choix, que « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. » (Article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen)».

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