Billet de blog 14 mars 2013

Marielle Billy: «Comment tisser davantage d'échanges?»

Précise et concise, comme dans ses billets, ses commentaires. Marielle Billy répond à son tour au questionnaire adressé à 16 abonnés pionniers de Mediapart... pionniers et toujours présents à l'heure de fêter ces cinq ans passés ensemble.

Géraldine Delacroix
Journaliste.
Journaliste à Mediapart

Précise et concise, comme dans ses billets, ses commentaires. Marielle Billy répond à son tour au questionnaire adressé à 16 abonnés pionniers de Mediapart... pionniers et toujours présents à l'heure de fêter ces cinq ans passés ensemble.

Si vous étiez un autre abonné?

Je serais volontiers Gaëtan Crouzillas, qui a rédigé jusqu’en novembre 2012 de tout petits poèmes, sous l’intitulé L’école du lien. J’aime particulièrement cette façon furtive d’apparaître, de laisser trois ou quatre lignes énigmatiques, sans jamais se manifester autrement.

Si vous étiez un article ?

© 

Voici l’article qui revient spontanément à ma mémoire : ce sont les lignes d’Hugo Vitrani sur le peintre Dado, fin novembre 2010, rédigées à l’occasion de sa mort. J’ai aimé cette façon de rendre hommage à « ce petit homme solitaire, sorti des montagnes du Monténégro », j’ai aimé la douceur des lignes de Vitrani qui a fait surgir sur mon écran un homme en bataille permanente, une puissante nécessité de peindre. Et c’est aussi une façon de rendre hommage à un article qui n’a eu que 16 commentaires…

Si vous étiez un billet ?

C’est un de ces billets dont Fédor a le secret : ici un texte de Hank Breuker, écrit dans la nuit qui suivit la mort de Joseph Delteil, le 12 avril 1978. Accorder toute son attention à ce qui ne se voit pas, ne s’entend presque pas – le chuintement d’un mot trouvé, le mot modeste. Une respiration au milieu du bruit, un horizon.

Si vous étiez un troll ?

Comment vouloir être ce que j’ai toujours considéré comme une broutille, un facteur d’excitation à deux sous ! Si je me force un peu, je serais bien le troll au silence assourdissant des billets où l’on bataille ferme et puis qui disparaissent, comme fétu de paille sur l’eau.

Si vous étiez un commentaire ? 

Je vais citer un extrait de commentaire de Salah Guemriche, dont je regrette beaucoup qu’il soit “ passé au gris ”, avec disparition de son blog. Dans un billet de décembre 2011, intitulé Etre lecteur, contributeur sur Mediapart: le virtuel peut-il devenir réel?, j'avais écrit cette phrase: « Ce n'est pas une injonction que je formule, mais une simple invitation ». « Si je peux me permettre », a répondu Salah Guemriche, « je crains qu'il ne faille ni "injonction" (le réflexe MDP y est revêche) ni "invitation" (l'être MDP y voit toujours anguille sous roche), mais carrément : défi. Mettre au défi de. De traduire une parole en acte.»

Si vous partiez en reportage, où iriez-vous ?

Je retournerais en Iran et plus particulièrement à Ispahan, sous les voûtes du pont Khadju, qui enjambe le Zayadeh (désormais à sec tout l’été) : là, j’interrogerais ces hommes qui se tiennent à l’ombre et, régulièrement, chantent ou disent un poème. Je chercherais à mieux comprendre la place que tient la poésie dans la vie de tous ces gens simples, car c’est une des choses qui m’a le plus frappée en Iran.

En Iran. © Marielle Billy

De la même façon, j’irais à la rencontre de tous ces Iraniens qui, le vendredi, vont pique-niquer autour des mausolées des poètes persans…

Si vous vouliez faire une interview, qui iriez-vous rencontrer ? 

A la suite de ma virée à Ispahan, je retournerais ensuite à Téhéran pour interviewer Jafar Panahi et lui reparler, entre autres, d’un des ses films, Le Miroir. Mais je chercherais aussi à comprendre quel est son fonds poétique personnel, et quelle force le nourrit. Je lui demanderais de me parler de son dernier film, montré au Festival de Berlin et récompensé par l'Ours d'argent du meilleur scénario, Closed curtain : huis clos schizophrène, tourné avec une équipe réduite, qui évoque les états d'âme et les interrogations existentielles de Jafar Panahi, sa dépression autant que de ses envies suicidaires vécues lors de son assignation à résidence chez lui, et son aspiration à filmer.

Si vous changiez quelque chose à Mediapart, ce serait ? 

Je donnerais plus de place à l’échange avec les lecteurs. Je mesure que les journalistes ont un rythme de travail effréné, mais je pense qu’il nous faut chercher (et pas qu’à Mediapart) comment tisser davantage d’échanges. Je me préoccupe de tous ces territoires, tous ces gens dont on est coupé. Ce serait par exemple une manière de trouver une suite concrète au travail de Rachida El Azzouzi : une université d’été dans un lieu ignoré des médias, un de ces espaces où vivent des gens « sans parole ».

Mediapart, un réseau ?

Mes rencontres ? Quelques personnes rencontrées deux ou trois fois, mais surtout le petit groupe qui a fondé CAMedia avec qui j’ai un grand plaisir à travailler, à tisser des liens afin de réaliser chaque année nos Rencontres. Nous pouvons ainsi créer, à notre petite mesure, des moments riches tant sur le plan intellectuel que relationnel. C’est pour moi une des suites logiques de mon souci permanent : passer du virtuel au réel.

Vos habitudes sur Mediapart? 

Je butine sur Mediapart tôt le matin et le soir. Certains jours assez assidument, et parfois très peu. Je consulte la Une, et je fais un choix. Je ne lis pas beaucoup tout ce qui concerne les « affaires », sinon je lis un peu de tout, et suis aux aguets des articles sur l’étranger et sur l’art – je ne lis pas beaucoup tout ce qui concerne la vie politique française (sentiment de ronds dans l’eau). J’apprécie beaucoup les articles construits autour d’interviews.

J’écris mes billets très souvent très tôt le matin, je ne laisse que peu de commentaires sur les articles très commentés ; et sur le club, j’essaie de limiter mes commentaires à peu de fils, afin de prendre le temps de rédiger au plus juste ce que je pense, ce qui me prend du temps.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal
Cac 40 : les profiteurs de crises
Jamais les groupes du CAC 40 n’ont gagné autant d’argent. Au premier semestre, leurs résultats s’élèvent à 81,3 milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les grands groupes, et pas seulement ceux du luxe, ont appris le bénéfice de la rareté et des positions dominantes pour imposer des hausses de prix spectaculaires. Le capitalisme de rente a de beaux jours devant lui.
par Martine Orange
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Le député Sacha Houlié relance le débat sur le droit de vote des étrangers
Le député Renaissance (ex-LREM) a déposé, début août, une proposition de loi visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Un très « long serpent de mer », puisque le débat, ouvert en France il y a quarante ans, n’a jamais abouti.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet d’édition
Les guerriers de l'ombre
« Je crois que la planète va pas tenir longtemps, en fait. Que le dérèglement climatique ne me permettra pas de finir ma vie comme elle aurait dû. J’espère juste que je pourrai avoir un p’tit bout de vie normale, comme les autres avant ». Alors lorsque j'entends prononcer ces paroles de ma fille, une énorme, incroyable, faramineuse rage me terrasse. « Au moins, j’aurais vécu des trucs bien. J’ai réussi à vaincre ma maladie, c’est énorme déjà ».
par Andreleo1871
Billet de blog
Décret GPS, hypocrisie et renoncements d'une mesurette pour le climat
Au cœur d'un été marqué par une sécheresse, des chaleurs et des incendies historiques, le gouvernement publie un décret feignant de contraindre les entreprises du numérique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce n'est là qu'une vaste hypocrisie cachant mal les renoncements à prendre des mesures contraignantes.
par Helloat Sylvain
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra