Regards sur les JOP, retour une année de publication

Le contexte sanitaire a de lourdes conséquences sur la pratique sportive et sur les événements sportifs. Les JOP de Tokyo sont repoussés, le projet des JOP de Paris en 2024 tout comme le développement du sport pour tous en France sont fortement impactés. Le Comité de Veille et d’Etude des JOP 2024 entend poursuivre son activité. Retour sur une année de publications.

Depuis un an, l’édition participative de Mediapart « Regards sur les JOP » a donné la parole à des chercheurs, des élus locaux, des professeurs d’EPS, des syndicalistes. Sa volonté a été de faire entendre d’autres voix pour défendre l’importance d’un héritage matériel pour la population comme le projet le prévoyait. Plusieurs contributions ont porté un regard très critique sur la construction de cet héritage dont le contenu semble très faible et la population non associée.

Depuis le 24 septembre 2019, 3 axes se dégagent des diverses contributions publiées : les enjeux politiques et économiques des JOP, le rapport entre héritage et sport à l’école, et enfin, depuis mars 2020 la crise sanitaire et le sport dans le « monde d’après » …

 

JOP 2024 quel héritage ?

Le projet politique pour le sport pour tous en France doit être interrogé collectivement si l’on ne veut pas se faire spolier d’un débat qui devrait être celui de l’ensemble de la population.

Le 24 octobre 2020, Dominique Charrier et Jean Jourdan : Les JOP de Paris 2024, un levier pour de nouveaux choix politiques ? ont étudié l’impact des événements sportifs en France en matière de développement de la pratique sportive en se basant notamment sur l’Euro 2016. Ces chercheurs dessinent quelques pistes qu’il reste à faire vivre.

 En novembre et décembre 2019,  les regards  d’un syndicaliste – Bernard Thibault - représentant au COJO et à la SOLIDEO sur la préparation et les enjeux autour des JOP dans celui d’un élu local de Seine-Saint-Denis sur les liens entre les JOP et politiques sportives  avec Eric MORISSE (adjoint au maire à La Courneuve - 93).

Pour l’ancien responsable de la CGT, si la charte sociale est une démarche innovante affichant des ambitions pour les droits sociaux, l’implication citoyenne est nécessaire pour peser face aux appétits marchands et construire des Jeux qui profitent à tous. Concernant le contexte social et politique français, Bernard Thibaut alerte : « il ne faut pas se voiler la face comme d’autres grands événements sportifs internationaux les JO sont appréhendés par de grands groupes d’abord comme une opportunité de faire des affaires et d’en tirer profit. Une partie du challenge consiste donc à investir le terrain ». Il met l’accent sur la lutte contre les discriminations : « Les jeux paralympiques se dérouleront en septembre 2024, ils doivent nous aider à porter avec plus de force la cause des handicapés dans la société et agir contre les discriminations dont celle qui les frappe très souvent pour accéder à l’emploi ou y exercer des responsabilités professionnelles. »

Pour Eric Morisse, alors adjoint aux sports à La Courneuve (93) et élu à la SOLIDEO, si la maîtrise publique du projet JOP 2024 est positive, toutes les batailles pour davantage d’investissement sont à mener dans toutes les collectivités. Dans son entretien publié le 24 décembre, il pointe l’importance des prochaines échéances politiques de 2022 qui devront être un moment important pour redéfinir des politiques sportives ambitieuses pour l’ensemble de la population et sur tous les territoires.

En mai 2020, nous avons fait le choix d’un regard sur la publication de la revue Movement & Sport Sciences « L'héritage social » des Jeux Olympiques en question! Une publication scientifique coordonnée par Cécile Collinet et Pierre-Olaf Schut, mise en ligne ici, qui pose les premières pierres du concept « d’héritage social » et envisage les leviers d’action et d’évaluation de cet héritage des JO. Retenons un passage de l’article de H. Bourbillères et M. Koebel sur les processus de contestation des candidatures des villes européennes aux Jeux olympiques et paralympiques 2024. Les auteurs questionnent la place du citoyen : « c’est en travaillant à ce qui peut accompagner, à le faire vivre par les populations qu’il deviendra générateur d’impact ». Si ces promesses d’héritage sont un moyen pour « conquérir l’adhésion de l’opinion publique », les auteurs envisagent que « la contestation, en France, se fasse de plus en plus pressante à l’approche de l’événement ».

Enfin, dans la contribution, publiée le 24 juin, Les Jeux Olympiques et Paralympiques changeront-ils l’image de la Seine-Saint-Denis ? Marie Delaplace, professeure à l’Ecole d’urbanisme de Paris, répond à une question qui revient souvent dans la communication du COJO ou des élus. Elle développe sa recherche sur le tourisme au Lab’Urba et dans le groupe Ville, Tourisme, Transport et Territoire du Labex Futurs Urbains. Elle a également co-créé l’Observatoire de Recherche sur Méga-Evénements qui étudie les JOP de 2024. Elle a publié une enquête (lien ici) auprès des habitants d’Ile-de-France qui tente d’envisager des leviers d’héritage immatériel pour ce territoire sur lequel les projecteurs sont régulièrement portés.

 

Le sport scolaire et la pratique sportive en question :

En janvier et février, un professeur d’Education Physique et Sportive et une formatrice de professeurs des écoles à l’enseignement de l’EPS réagissaient à l’actualité des JOP en interrogeant les choix politiques du ministère de l’Education Nationale et le faible engouement du monde enseignant vis-à-vis des annonces qui concernent le terrain de l’école.

Le 24 janvier, Bruno Cremonesi s’interrogeait :  Pourquoi les profs d’EPS boudent la semaine Olympique et Paralympique?  . Il répondait à la communication coordonnée de Tony Estanguet, du Ministère de l’Education Nationale et du Ministère des Sports qui s’étonnaient du faible nombre d’équipes pédagogiques d’EPS de collèges et lycées qui se saisissent de l’évènement « semaine Olympique »…

Un mois plus tard, le 24 février, suite aux annonces une fois de plus conjointes du Ministère de l’Education Nationale et du COJO sur « 30 minutes de pratique physique par jour » dans les écoles primaires, Claire PONTAIS interrogeait l’ensemble de la communauté éducative : Bouger 30 minutes par jour à l’école primaire et JO 2024 : ambition ou régression ? Si cette affirmation peut paraitre de bon sens, elle occulte de nombreux questionnements et nécessite un lourd travail avec les professeurs des écoles et les conseillers pédagogiques départementaux et de circonscription, acteurs centraux de l’EPS au plan local !...

 

Covid-19 et sport d’après ? Tokyo 2021 ? Paris 2024 ?

Depuis avril et la catastrophe sanitaire et économique mondiale, trois contributions de l’édition « Regards sur les JOP » apportent des regards divers sur les conséquences de cette crise sur le sport en France et au plan international. Regards et interrogations qui se reportent sur la perspective de 2024. Une date qui se rapproche et en même temps laisse le temps et l’occasion de débattre des priorités et de la direction souhaitable pour le sport de haut niveau et la pratique physique et sportive de toutes et tous !

Avec la publication d’avril, Les jeux olympiques, du monde d’avant-hier au monde d’après, Patrick Clastres pose les bases de la réflexion géopolitique avec la place des sportifs et des fédérations face à la modification (fragilisation) des calendriers sportifs… Ce professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne est également directeur du Centre d'études olympiques & de la globalisation du sport.

Le 24 juillet, nous avons conclu cette année de contributions, avec le regard de Carole Gomez : Jeux olympiques 2024, géopolitique et coronavirus ! Cette chercheuse à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) présente, en complément de l’entretien de Patrick Clastres, les conséquences de la crise sanitaire et les enjeux concernant l’avenir des compétitions sportives internationales pour les États et pour celui des JOP (Jeux Olympiques et Paralympiques) de Paris 2024.

 

Nous avons l’intention de poursuivre et d’élargir le débat avec une nouvelle saison de publications sur cette édition « Regards sur les JOP ».  L’évolution de la situation nécessite la diffusion de points de vue d’acteurs et observateurs du sport pour permettre une prise de recul et le partage d’analyse sur les Jeux de Paris 2024 et sur le sport en général.

 

Nous contacter : JOP2024.comite.veille@gmail.com

Facebook : « Regards sur les JOP 2024 » @RegardsJOP

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