Le jardin naturel (8)

La haie d'espèces indigènes - les arbres indigènes -Le verger

suite des billets: Le jardin naturel (1) ; Le jardin naturel (2) ; Le jardin naturel (3) ; Le jardin naturel (4) ; Le jardin naturel (5) ; Le jardin naturel (6) ; Le jardin naturel (7)


rappel : le mémoire ici présenté a été réalisé dans le cadre de la formation des Guides Nature du Pays des Collines (province du Hainaut - Belgique), session 2012-2014. Les indications légales et réglementaires citées sont donc valables uniquement pour la Belgique, quand bien même on trouve presque toujours des textes traitant les mêmes sujets de manière identique ou approchante en France. De même il est important de rappeler que toutes les références de végétaux qui sont proposées le sont pour la Belgique (hors les zones littorales et les Ardennes Belges) ; elles sont toutefois adaptées pour la plus grande partie de l'actuelle région Haut de France. Pour les autres régions se rapprocher des pépiniéristes spécialisés en plantes indigènes et/ou se renseigner auprès d'associations locales.

 

                             LA HAIE D'ESPÈCES INDIGÈNES

 

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 Victimes de l'intensification agricole, nombreuses sont les haies qui ont été arrachées par le passé, à partir du début des années 50 (primes de la PAC et encouragements du Ministère de l’Agriculture à l’appui), dans le but non avoué d’ouvrir la voie pour l’introduction massive des machines agricoles. Conséquence, des espèces jadis communes dans nos campagnes se sont dangereusement raréfiées.

 La haie joue pourtant de multiples rôles : effet coupe-vent, fixation des terres, élément structurant du paysage, protection du bétail et des cultures... Dans les jardins, ses fonctions principales sont de délimiter des terrains et de servir d’écran visuel. Elle peut avoir une structure haute ou basse, être taillée plusieurs fois par an ou très ponctuellement, être composée d’une seule essence ou mixte.

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La haie naturelle offre toutes ces possibilités mais elle permet en outre de produire des fleurs et des fruits pour la faune indigène (surtout pour le troglodyte et le rouge-gorge) tout en lui offrant des sites de nidification (pour l’accenteur mouchet, les fauvettes à tête noire, babillarde, grisette et des jardins, les pouillots véloce et fitis).

 Elle est particulièrement appréciée des pollinisateurs et des insectes auxiliaires. Coccinelles, forficules, larves de syrphes et chrysopes participent à la régulation des populations de pucerons. Des papillons comme l’amaryllis, le tircis et le myrtil la sillonnent en quête de fleurs. Elle redevient alors un élément constitutif du maillage écologique.

 Les classiques haies de thuyas, cyprès et lauriers cerise se sont imposés dans la plupart des jardins de nos contrées. Les raisons sont multiples : elles poussent sur tous les sols, rapidement et forment un écran visuel homogène toute l’année (les feuilles étant persistantes tout l’hiver).

 Cependant ces essences sont sensibles aux maladies, parce qu’on leur impose une taille qui va à l’encontre de leur port naturel, qu’elles sont plantées à une densité élevée et parce que ce sont souvent des clones. D’autre part ces variétés sont exotiques, la faune locale ne les reconnaît pas comme plantes hôtes et ne savent pas y accomplir leur cycle de vie, ce qui induit une biodiversité très faible. Elles dénaturent donc notre environnement et ne s’intègrent pas dans la typicité de nos paysages locaux.

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 La haie indigène est au contraire constituée d’essences bien de chez nous, bien mieux adaptées et plus résistantes. On peut leur reprocher d’être dégarnies en hiver (bien que le houx soit persistant et que le hêtre et le charme soient marcescents) mais l’enchevêtrement des branches constitue un écran visuel efficace auquel s’ajoute le plaisir des floraisons du printemps.

Rappelons que l’abattage des haies indigènes, des alignements d’arbres indigènes et de certains arbres est soumis à autorisation. Les arrachages intempestifs sont pénalisés.

 

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Mise en place

 

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 Choisir les plants chez un pépiniériste (éviter les jardineries, qui proposent des variétés horticoles exotiques et hybrides qui souvent ne produisent pas de fruits), si possible jeunes (entre 60 et 90 cm). Leur prix est plus intéressant (entre 0,50 € et 1 € par plant) et leur reprise est plus facile.

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  • Plantez de préférence au mois de novembre (jusqu’en mars), hors périodes de gel.
  •  Une haie taillée est plantée sur un seul rang : les plants sont alors écartés de 50 à 75 cm. Les autres haies sont plantées sur un ou plusieurs rangs et les plants sont distants de 1 m.
  •  Les arbres à haute tige (la loi ne spécifie pas leur hauteur mais la jurisprudence retient généralement une hauteur supérieure à 3 m) doivent être plantés à une distance de 2 m de la limite mitoyenne des propriétés, et les autres arbres ou arbustes, à une distance minimale de 50 cm.
  •  Conseils de plantation : creuser un trou 3 fois supérieur au volume des racines. Placer le plant et combler le trou d’un mélange constitué de trois-quarts de terre et d’un quart de terreau ou compost. Couper les racines abîmées ou trop longues avant de mettre en terre. Bien tasser et s’assurer que le collet est à l’air libre. Arroser ensuite abondamment.
  •  Une couverture du sol entre les plants pendant 2 ou 3 ans (paille, feuilles mortes, broyat de branches, écorces…) évite la concurrence des plantes herbacées et accélère la croissance de la haie. Après cette période, elles reviendront égayer le pied de la haie.
  • L’hiver suivant la plantation, receper les arbres et arbustes qui doivent être denses à la base. Répétez l’opération les 2 ou 3 premières années. Eviter de tailler la haie entre avril et début juillet : de nombreux oiseaux nichent durant cette période.

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Sphinx du troène (Sphinx ligustri) Sphinx du troène (Sphinx ligustri)

 

                                LES ARBRES INDIGÈNES

 

L’arbre présente un grand intérêt esthétique et paysager. Il peut être isolé, groupé en bosquet ou intégré dans la haie libre. Il peut aussi être mené en cépée, c’est-à-dire régulièrement rabattu à 10-20 cm afin de développer des rejets. Il constitue alors une transition entre le bosquet et la haie et peut servir d’écran avec les jardins voisins. Il constitue surtout un refuge de choix pour les oiseaux.

 

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Les houppiers sont occupés par le pinson des arbres, le pigeon ramier, la corneille noire, la pie bavarde, l’accenteur mouchet, la chouette chevêche ou encore les mésanges bleue et charbonnière, ces infatigables insectivores des rameaux.

 Rappelons l’importance des arbres têtards (saules, charmes, frênes, peupliers,…), indispensables à la survie de nombreuses espèces grâce à leurs anfractuosités et cavités utilisées pour la nidification des oiseaux cavernicoles (comme les chouettes chevêches) et comme gîte d’été pour les chauves-souris mâles.

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 Le saule têtard est emblématique de la région des collines, son abattage sans autorisation est interdit !

 Un arbre têtard est un arbre dont on a modifié la morphologie par étêtage du tronc et coupes successives des rejets à intervalles réguliers, en général tous les 4 à 5 ans.

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 © julien populin © julien populin

 

 

 

                                    LE VERGER  

 

Un verger est un terrain planté d’arbres fruitiers associé à une prairie.

 

En 50 ans, la superficie occupée par le verger traditionnel de production a diminué de plus de 99 %. De nos jours, la production fruitière en Wallonie est bien moindre et l’utilisation des fruits de hautes tiges se résume presque exclusivement à la consommation familiale. Les arbres ne sont plus taillés et sont souvent délaissés du fait de leur perte de productivité. Bien qu’ils continuent à jouer un rôle important en tant que support au gîte ou à la nidification de nombreuses espèces animales, ils finissent par disparaître dans le plus grand désintérêt général et sans descendance.

 

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Une multitude d’oiseaux typiquement forestiers comme la sittelle torchepot, le pinson des arbres, la mésange charbonnière, la mésange bleue, le rouge-gorge familier, le troglodyte mignon, l’étourneau sansonnet, le chardonneret, le verdier se rencontrent fréquemment dans les vieux vergers.

 

 

Les branches et troncs morts et secs sont exploités par les pics vert, épeiche et épeichette qui viennent y creuser des loges. Une fois abandonnées, elles sont autant de cavités indispensables pour la nidification d’autres oiseaux cavernicoles tels que le torcol fourmilier, des passereaux (sittelle torchepot, mésanges, rouge-queue à front blanc, moineau friquet...) et de petits prédateurs comme la chouette chevêche.

 

Bon nombre de ces oiseaux recherchent les cavités dans les vieux pommiers pour élever leurs nichées. Ces cavités sont également convoitées par d’autres animaux comme le lérot ou les chauves-souris. Le substrat qu’elles contiennent fait de terreau, de débris ligneux et de feuilles mortes, est un composant important de l’habitat d’une multitude d’arthropodes (crustacés, myriapodes, insectes).

 

Lérot commun (Eliomys quercinus) © julien populin Lérot commun (Eliomys quercinus) © julien populin

 

Les branches et troncs morts et secs sont exploités par les pics vert, épeiche et épeichette qui viennent y creuser des loges. Une fois abandonnées, elles sont autant de cavités indispensables pour la nidification d’autres oiseaux cavernicoles tels que le torcol fourmilier, des passereaux (sittelle torchepot, mésanges, rouge-queue à front blanc, moineau friquet...) et de petits prédateurs comme la chouette chevêche.

 

Bon nombre de ces oiseaux recherchent les cavités dans les vieux pommiers pour élever leurs nichées. Ces cavités sont également convoitées par d’autres animaux comme le lérot ou les chauves-souris. Le substrat qu’elles contiennent fait de terreau, de débris ligneux et de feuilles mortes, est un composant important de l’habitat d’une multitude d’arthropodes (crustacés, myriapodes, insectes).

 

 

 

 

Pic épeiche (Dendrocopos major) © julien populin Pic épeiche (Dendrocopos major) © julien populin

 

Outre leur fonction de transit pour les migrateurs, les vergers permettent en plus le nourrissage des oiseaux en période de disette. Ils constituent des haltes incontournables pour les oiseaux forestiers sédentaires (pics, grimpereau, sittelle) à la recherche d’insectes et d’araignées. Ils sont également traversés en automne et en hiver par des effectifs de Turdidés comme le merle noir et les grives litorne, draine, musicienne et mauvis qui y trouvent de grandes quantités de fruits pourrissants. Par contre, au printemps, ce sont des passereaux nichant plus au nord comme le gobe-mouche noir, le pinson des arbres, les pouillots véloce et fitis, etc. qui les fréquentent à la recherche de quelques proies.

 

 

Une banque de gènes

 

La plupart des vergers à hautes tiges regroupent un éventail important de variétés d’origine régionale ou nationale créées par nos ancêtres. En effet, pendant très longtemps la Belgique s’est occupée de l’amélioration des espèces fruitières. De nombreuses variétés ont été créées par des obtenteurs de nos régions. Citons à titre d’exemple : la Reinette Baumann, la poire Durondeau ou encore la Beurré d’Hardenpont... Toutes ces variétés, très différentes les unes des autres de par leur aspect, leur parfum et leur goût constituent un trésor de matériel génétique.

 

De plus, elles sont en général très résistantes aux maladies et aux parasites, et ne nécessitent pas de traitement phytosanitaire. Ce patrimoine doit donc être protégé afin d’éviter que ne s’appauvrisse encore cette diversité génétique par la disparition de telle ou telle variété devenue rare.

 

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note : En France, pour s'informer sur les variétés anciennes, avoir des conseils et éventuellement se former au greffage, à la taille de formation et d'entretien,  rapprochez-vous de l'association locale près de chez vous membre de l'association nationale  Les Croqueurs de Pommes

 

Entretien

 

Lorsque l’arbre a été formé (pendant 3 à 4 ans après la plantation), la taille se résumera à un élagage tous les 4-5 ans afin de supprimer les gourmands, les branches excédentaires, abîmées ou malades. Ces interventions ne doivent pas modifier la silhouette de l’arbre. La période idéale pour ce travail s’étale de la mi-décembre à la mi-février (hors gel).

 

 

 prochain billet : La prairie fleurie - La friche - Les plates-bandes fleuries - Les plantes d'ombre - Le tas de pierre

 

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