Rien pour les enseignants
"Il nous faut plus que jamais investir dans notre jeunesse". Ces propos d'E Borne, lors de la présentation de la rentrée 2025 le 27 août, viennent juste après l'annonce de "moyens préservés" dans le budget 2026.
Mais pour cette année 2026, E. Borne ne peut compter que sur le renouvellement de l'enveloppe budgétaire 2025. Et il est clair que ce sera une année très difficile pour l'Education nationale et ses personnels.
Faute d'inflation budgétaire, il reste celle des mots. Dans le dossier de presse revient 69 fois le mot "plan", 18 fois "stratégie", 12 fois "protocole", 5 fois "charte". Les mots volent très au dessus des moyens.
Pour les enseignants il manque le mot "revalorisation", totalement absent du dossier. E. Borne avait pourtant parlé d'améliorer les milieux de carrière, d'accélérer les avancements et les promotions. Mais il n'en est plus question. Il n'est pas question non plus d'augmenter le point Fonction publique. Il est par contre question de réduire le Pacte.
Le seul point sur les enseignants c'est la réforme de la formation initiale. Voulue par G Attal, elle est maintenue. Les nouvelles licences professeur des écoles n'ouvriront qu'à la rentrée 2026 tout comme les nouveaux masters avec une formation payée en M1 et M2 et les concours de recrutement au niveau licence. Faute de revaloriser les enseignants, la ministre mise sur cette baisse de niveau du concours pour attirer des candidats. Pour les professeurs des écoles, la réforme prévoit carrément de supprimer les épreuves écrites du concours pour les candidats issus de la licence PE. Il suffisait d'y penser !
Un budget insuffisant
Pour le budget 2026, cette réforme amènera environ 200 millions à trouver. Et ce sera un problème supplémentaire pour un(e) ministre qui devra aussi payer le glissement vieillesse-technicité (400 millions) avec un budget stable. Dans un ministère où 90 % des dépenses sont des salaires, le poste d'économies, c'est les personnels. Quand l'argent manque, le ministère paye mal les personnels et rabote sur les frais de déplacement, les heures supplémentaires HSE et le Pacte. Et il finit par dégrader l'offre éducative en supprimant des emplois de contractuels et probablement en 2026 des postes. L'école publique se délabre au profit du privé.
En attendant, pour la rentrée 2025, E. Borne "n'a pas de doute qu'il y aura des situations où il manquera tel bloc de moyens ici ou là". Elle fait confiance aux rectorats pour trouver des personnels à mettre devant les élèves. Le ministère maintient les postes à la rentrée 2025 avec 470 postes supprimés dans le 1er degré et 324 ouverts dans le 2d degré (avec 170 postes de CPE).
Les réformes Attal maintenues
La rentrée voit encore un large renouvellement de programmes scolaires. De la maternelle à la 6ème, les programmes de français et maths sont changés. La ministre insiste sur les repères annuels qui de facto remplacent les cycles, comme JM Blanquer l'a voulu. Elle ne manque d'ailleurs pas de lui rendre hommage.
Au collège, E Borne maintient les "groupes de besoin" en 5ème 6ème et rend obligatoires les évaluations nationales en français et maths en 5ème. Un rapport de l'Inspection générale a pourtant demandé "l'abandon du modèle actuel" des groupes. Il montre que les groupes n'ont pas fait évoluer les pratiques pédagogiques mais qu'ils ont accru les tensions entre les enseignants. " Il parait envisageable que les effets sur les apprentissages ne soient pas réellement signifiants et que les écarts entre les élèves se creusent". Le rapport évoque " un risque fort d’accroître les écarts entre les élèves, une « dérive programmée des continents »". Il n'empêche, toute ministre d'Etat qu'elle est, E Borne maintient le dispositif. Mais, faute de moyens, elle ne l'étend pas en 4ème et 3ème. A ces niveaux "chaque collège devra concevoir un dispositif de réussite". Sans moyens. Les principaux se débrouilleront pour formaliser cela. Ou pas...
Il y a aussi de nouveaux programmes en EMC du CE1 à la 1ère, mais sans grands changements. Et de nouveaux programmes de langues en 6ème et 2de. Des syndicats dénoncent des pressions pour encadrer davantage les pratiques pédagogiques.
E Borne évoque les programmes d'éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité. Au moins 3 séances par an deviennent obligatoires sans qu'on sache qui les prendra en charge dans le 2d degré. Mais c'est un sujet politiquement difficile et E Borne passe très vite dessus.
La ministre s'empare du sujet de l'intelligence artificielle. "Une formation sera proposée à tous les élèves et sera obligatoire en 4ème, 2de et 1ère année de CAP" sur l'IA, annonce t-elle. En fait il s'agira de mettre les élèves devant une formation PIX.
Une légère concession sur le bac pro
E. Borne veut donner "à chacun les moyens de réussir" mais répond aussi aux critiques sur le niveau du bac. Dès la session 2026, "aucun élève ne pourra passer le rattrapage sans avoir atteint 9.5 de moyenne" affirme t-elle. Elle veut aussi réviser le contrôle continu : les proviseurs devront "réaliser un projet d'évaluation" et définir quelles notes compteront pour Parcoursup et quelles notes seront formatives. Voilà encore de belles discussions dans les établissements. C'est reconnaitre que la réforme Blanquer a dégradé fortement les relations entre enseignants et parents. Mais sans la remettre en question.
Même chose pour la réforme très critiquée du bac professionnel. Alors que les enseignants sont vent debout contre la réforme de 2023, la ministre ne supprime pas le parcours en Y des terminales mais le ramène à 4 semaines au lieu de 6. Cette concession a été faite probablement au dernier moment car elle ne figure pas dans le dossier de presse.
Du vent pour les parents
E Borne soutient aussi la réforme de l'école inclusive. Celle-ci, telle qu'elle est appliquée, est source de souffrance pour les enseignants. Mais ce n'est pas le sujet. E Borne présente la mise en place de 500 pôles d'appui à la scolarité (PAS) dès cette rentrée "avant leur généralisation dès 2027". Les PAS ont pourtant été recalés par le Conseil constitutionnel, puis représentés, adoptés par le Sénat mais recalés en commission mixte paritaire récemment. Leur mise en place n'a donc aucune existence légale mais E Borne, ministre d'Etat, estime qu'on "peut avancer sans avoir une base légale".
La ministre s'étend longuement sur le bien-être à l'école notamment ses efforts pour la santé mentale et la santé scolaire en général. Des propos qui camouflent l'abandon de la visite médicale obligatoire à 6 ans. Elle évoque aussi les questionnaires que devront remplir les internes et les élèves ayant fait un voyage scolaire. Des mesures que les cadres de l'Education nationale ont démontées et jugées ineptes.
A t-on besoin d'une ministre d'Etat pour si peu ?
Cela conclue une conférence de presse particulièrement lisse. E Borne n'a pas de grande annonce à faire ni aux personnels, ni aux élèves, ni aux parents. Elle ne parle ni d'éducation prioritaire (pourtant la révision de la carte est un sujet urgent), ni de mixité scolaire, à peine du primaire.
Elle perpétue des réformes lancées par JM Blanquer ou G Attal dont les effets néfastes sont attestés. Elle n'ose pas les remettre en question. A peine fait elle de menus aménagements. Elle se prépare à une année budgétaire 2025-2026 très difficile où le ministère devra à nouveau appauvrir l'offre éducative et baisser pavillon devant l'enseignement privé. Elle ne défend pas son budget 2026. Alors qu'à l'ordre protocolaire, elle est inscrite au second rang derrière le premier ministre. A t-on besoin d'une ministre d'Etat pour aussi peu ?
François Jarraud