Autisme : Asperger, l'histoire Intentionelle et l'histoire Fortuite.

Dans l'histoire, comme partout, il y a ce qui est montré et volontairement transmis, et aussi ce qu'on peut percevoir en révélant ce qui y est aussi inclus, à l'aide d'un traitement spécial, celui là même que je me propose d'appliquer aux récentes révélations sur le Passé du grand Hans Asperger, roi de l'autisme modern style.

 

Chopin Concerto No 2 Cortot/Barbirolli/LPO © RS3D Archive

 

Voici la traduction du post original qui accompagnait la publication de la remarstérisation de ce concerto par RS3D Archive

Est-ce que la vraie stéréo est possible à partir d'un Enregistrement 78 tours par minute ? Les lois de la physique disent: "Oui, absolument!"

Cet enregistrement historique de 1935 est entendu pour la première fois dans un véritable champ stéréo, et est, à ce jour, le premier de ce genre que nous ayons trouvé.

C'est la troisième publication permanente de cet enregistrement, et cette fois, une explication de l'audio est essentielle.

L'une des nombreuses distinctions dont jouit cet enregistrement dans l'histoire est la présence d'un mélange naturel et ouvert d'un piano et d'un orchestre sans ternir le ton. C'est le résultat du processus qui a utilisé délibérément la phase comme un élément de mélange pour contrôler le comportement de la forme d'onde, permettant aux microphones primitifs à condensateur d'être utilisés ensemble en temps réel. Ce n'est pas une pratique rare dans les années ultérieures mais il peut être l'une des premières fois qu'il a été utilisé.

Un type de condenseur était nécessaire pour obtenir la performance sonore désirée avec la technologie de l'époque, mais un mélange avec des condenseurs pour un enregistrement mono était problématique en raison de problèmes de phase. C'est toujours le cas aujourd'hui.

Si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les.

Une combinaison de visée de microphone, de baffle d'isolation et de la caractéristique de phase additionnée des micros a été utilisée pour créer un champ acoustique directionnel en temps réel. Le dernier point est la clé: une matrice de champ acoustique avec une phase est toujours tridimensionnelle. Puisque les microphones ne détruisent jamais l'information, la matrice nous parvient complètement intacte. Tout ce que nous avons à faire pour y accéder est d'appliquer une matrice similaire dans un environnement stéréo et laisser la physique originale du mélange faire le reste.

C'est ce que RS3D est, et pourquoi nous avons brièvement mis en place ces trois posts.

Le centre de la matrice, autant que nous le sachions, est situé à quelques pas du piano, du côté vers l'orchestre de la baffle.

Pour ceux qui demandent, "Comment un champ stéréo peut-il exister dans un seul canal audio?" La réponse est l'alignement du temps.

Bien que j'aimerais prendre le crédit pour la création de cet enregistrement stéréo, je n'ai pas le droit de le faire. Le champ stéréo a été créé par les ingénieurs d'origine en 1935 lorsqu'ils ont conçu la matrice active.

Il y a un effet secondaire qui est constant dans toutes les questions depuis 1935; distorsion de phase. Une fois que le génie est sorti de la bouteille, il ne peut pas être complètement contrôlé. Vous payez toujours le Passeur (Ferryman).

Pensaient-ils à la stéréo quand ils l'ont fait? Bien sûr que non. Mais il n'est pas déraisonnable de suggérer que si nous avions consulté ces ingénieurs en '35 sur la faisabilité de cette hypothèse, ils auraient probablement dit: "Oui!".

Ainsi, le terme "Stéréo Fortuite - Unintended Stereo" ... attendez une minute! Avons-nous juste découvert un enregistrement stéréo de 1935 par Alfred Cortot? Hmm ... Ce truc d'archéologie audio devient intéressant.

6 pistes / 192khz / 32 bits / type S

 

Ce post m'a fasciné, à plus d'un titre. qui accompagnait le troisième effort de remastérisation de ce concerto par RS3D Archive. Ce dernier avait alors fait une découverte. Un champs stéréophonique exploitable se trouvait dans l'enregistrement, apparemment monophonique à l'insu certainement des ingénieurs du sons de l'époque, ainsi que des auditeurs du reste et pouvait être révélé, s'il était traduit convenablement.

Ce fut d’abord comme un écho fortuit lui aussi au fabuleux article de S. Freud "Constructions en Analyse", dont l'usage comme métaphore est si fascinant, et puis ensuite en contrepoint d'un article que je lisais, la traduction française de l'article passionnant, et en libre accès, de Herwig Czech sur Asperger, Hans Asperger, National Socialism, and “race hygiene” in Nazi-era Vienna paru dans la web-revue "Molecular Autism", rendu, dans le passionnant blog de Jean Vinçot sur Mediapart par Hans Asperger, national-socialisme et «hygiène de la race» dans la Vienne nazie en 5 livraisons 1 2 3 4 5 . C'est absolument passionnant, très fouillé, précieusement et précisément référencé. Le docteur Asperger apparaît tel qu'en lui même il est en montrant simplement ce qu'il fait. J'en avait déjà parlé succinctement dans un précédent post.

Lisez cet apport fondamental, et lisez le blog de Jean Vinçot, qui fourmille de textes et de traductions passionnantes. Bien que je ne partage certainement pas l'intégralité des convictions de l'auteur, son désir de savoir, fut-ce au risque, comme dans cet article, de la perplexité et de l'interrogation, me semble admirable. J'ai plusieurs fois échangé avec lui sur son blog, parfois sur le mien. Si ses convictions sont tranchées, son ton n'est jamais agressif, et jamais il ne se laisse aller à des attaques par généralisation ou des attaques ad hominem.

Qu'est-ce qui est inclus et visible (audible ?) dans cet article ? C'est le profil d'Asperger, un homme d’extrême droite, de sensibilité "völkisch", à base d'amour de la nature et du naturel et d'exhalation du "peuple", un peu dans le style de Pétain (la terre, elle ne ment pas) version germanique. Assistant d'un patron ouvertement nazi, il doit sa promotion vers la "pédagogie curatrice" (Heilpädagogik) au fait que le candidat naturel à ce poste est juif, et est de ce fait évincé.

Lors de l'annexion de l'Autriche par les nazis, il se range bien vite dans leur camp, sans trop se mouiller car il n'adhère pas directement au parti nazi, mais applique sans sourciller le programme d'hygiène de la race, jusques et y compris dans le programme du meurtre de ceux considérés comme irrécupérables. En toute connaissance de cause, il participe à la sélection de ces derniers, les enfants qu'il examine, et les envoie à la mort, le tout baptisé "euthanasie".

Ce qui s'entend moins, ou même ne s'entend pas du tout, c'est de savoir pourquoi c'est ce sale type qui, redécouvert par Lorna Wing dans les années 1980-90, est crédité par elle de la vraie paternité de l'Autisme, et qui influence considérablement la création de la notion de Spectre de l'Autisme, qui va de pair avec une critique sévère des apports de Leo Kanner. On connaît la suite, le Spectre finit par triompher, Hans Asperger dans ses bagages aussi. Récemment Steve Silberman dans son livre "Neurotribes" enfonçait le clou : Kanner n'a rien inventé du tout, ce n’était qu’un vantard, un ambitieux, un voleur d'idées. Son Autisme, il l'a piqué à Vienne, et donc à Asperger via George Frank. Lisez une réponse récente qu'il fait à un article évoquant la naissance de l'autisme. Le VRAI inventeur de l'autisme, c'est Asperger, Kanner n'est qu'un voleur. Vous verrez, en lisant l'article de Czech que l'affaire est peut être plus compliquée, et qu'Asperger s'est lui aussi peut être bien "inspiré" de son rival évincé Frankl. Mais le rabaissement systématique de l'apport de Kanner qui accompagne la promotion d'Asperger n'en demeure pas moins frappant, outre que le thème récurrent du destin des juifs sous le nazisme y est absolument ignoré.

Qu'est-ce qui, bien qu'enregistré, demeure parfaitement insu ? Quel est cet élément caché, qui est cependant si audible. Relisons Czech.

Evoquant la "dureté" des diagnostics posés par Asperger en regard de ceux posés au Am Spiegelgrund, l'auteur que

"Dans ce cas comme dans d'autres, la croyance d'Asperger dans la prépondérance étiologique des facteurs constitutionnels innés (ou, alternativement, des dommages cérébraux organiques) l'a conduit à des verdicts négatifs sur ses patients, qui pourraient facilement se transformer en prophéties auto-réalisatrices."

Parlant de l'Asperger d'après guerre ( 5° partie dans le blog de J. Vinçot)il évoque ses croyances professionnelles

"Sur le plan conceptuel, il voyait ses principaux adversaires dans les représentants de la psychanalyse et des théories connexes centrées sur les processus psychologiques dynamiques et les expériences de l'enfance ([ 76 ]: 2-3, 272, et de nombreux autres passages). En principe, il s'est également distancé du déterminisme génétique typique de l'hygiène raciale nazie, au moins dans la mesure nécessaire pour revendiquer un espace pour sa propre discipline et ses options thérapeutiques ([ 76 ]: 55). Pourtant, malgré son «optimisme pédagogique» souvent souligné, il croyait que ses patients étaient une «sélection d'enfants avec des dommages constitutionnels endogènes» ([ 76 ]: 79). Il n'est donc pas surprenant qu'il se réfère à son travail comme un combat héroïque et souvent désespéré contre les terribles difficultés des déficiences constitutionnelles de toutes sortes ([ 76 ]: 272-5)"

La base de la manière dont Asperger comprend les choses est donc clairement évoquée, et relève du constitutionnalisme, de l'innéisme, et du déterminisme purement matériel. Si, pendant la guerre, il a pu donner libre cours au déterminisme génétique, qui justifiait à la fois la stérilisation ou au regard de l'inéducabilité de certains cas, la mort, il l'a mis en sourdine après, comme il évoquait trop l'eugénisme nazi.

Ce constitutionnalisme, cette croyance en des facteurs endogènes purs, volontiers génétiques, entièrement autonomes et souverains, nous la voyons provenir, certes, du passé (et songeons aux théories françaises de la dégénérescence), mais nous leur voyons aussi volontiers un avenir radieux, dans les théories modernes de l'autisme.

La relecture du désopilant interview de Franck Ramus : Pourquoi l’hypothèse neurodéveloppementale s’impose pour l’autisme nous donne, ainsi que l'ensemble des publications de ce savant autour de l'autisme,  la ramure moderne de cet arbre qui trouve dans Asperger une branche plus ancienne. Ce qui est piquant, bien entendu, c'est que l'idéologie médicale d'Asperger est très répandue à son époque, et encore à la notre, même si la modernité la présente comme une hypothèse qui aurait été scientifiquement validée (ce qui est le sens le l'interview citée), selon un modèle scientifique rigoureux (une "hypothèse" scientifiquement vérifiée). Mais la science n'était pas au rendez vous dans les années 30-40, ou une science bien étique, et si elle l'est davantage à notre époque, elle n'est rien sans sa mise en perspective, c'est à dire l'interprétation humaine indispensable qui lui est donnée, qui est une étape nécessaire, mais qui, œuvre de l'esprit humain, en subit toute la subjectivité de plein fouet.

Que veux-je dire par là. Certes pas que nos modernes Autistologues sont des nazis, ce qui serait céder à la reductio ad hilterum, quand ceux ci ne se privent pas toujours de la reductio ad Bettelheimium quand l'envie leur en prend, c'est à dire quand, ayant épuisé tous les arguments rationnels, ils en sont réduit soit à admettre leur subjective idéologie, soit à attaquer.

Non, au fond mieux vaut fermer les yeux sur Asperger, tout confit dans sa médiocrité morale, il ne compte pour rien.

Mais par contre à ses adorateurs, à commencer par Lorna Wing, on a bien envie de donner un petit coup de griffe, non pas pour avoir admiré n un médiocre, mais de le faire pour un argument qui, bien qu'inclus dans la matrice des idées, est caché, c'est à dire l'idéologie constitutionnaliste.

C'est, si l'on veut, la faute de l'Autistologie moderne, toute consensuelle qu'elle paraisse. Non pas d'avoir sa part d'idéologie, nous sommes tous, à ce sujet, à la même enseigne, mais de le cacher voire, pire, de l'ignorer.

Cette idéologie constitutionnaliste, qu'elle soit proférée comme causalité génétique pure, ou "oubli" de tout facteur non directement matériel, ou bien se cache sournoisement dans le combat trop bien argumenté comme l'Hydre Psychanalytique, évoquée à tous propos quand on sort des sentiers battus de l'étrange tableau dressé d'un autisme purement matériel, d'un autisme non-humain, qui n'envoie plus les autistes Am Spiegelgrund mais leur crée un statut si problématique que seule la "Neurodiversity" arrive à sa manière, à leur rendre un statut de sujet humain.

Cette partie parfaitement obscure, idéologique qui fonctionne, n'en déplaise à Franck Ramus non pas ex-post une démarche scientifique mais ex-ante en en induisant l'interprétation orientée, cette partie là est bien l'aimant qui attira la malheureuses Lorna Wing, mère d'un enfant autiste.

C'est le plat de lentille que j'ai évoqué dans un précédent billet :

"Ceux qui vendent cette précarité humaine contre le plat de lentille de la matérialité, habillée du mot science, et appellent ça la psychiatrie d’aujourd’hui, la seule, la vraie, garantissant à tous une parfaite innocence dans le procès subjectif où nous sommes, malgré tout, engagés, ceux là font un mauvais calcul dans leur investissement, voyant ce qu'ils croient gagner, oubliant ce qu'ils perdent et font perdre à ceux qui les côtoient."

Aussi laissons Asperger là où il gît. C'est un être médiocre, ordinaire, qui est ancré dans une idéologie politique et médicale que je juge nauséabonde. Par contre les Apergeromaniaques, ceux qui l'ont hissé post mortem de sa fange dans le rôle du prophète du Nouvel Autisme, ceux là ils sont toujours là, en arme, en masse, réclamant la totalité de la mainmise, faisant des vielles hardes du constitutionnalisme, au besoin génétique, une nouvelle tenue seyante, riante, scientifique et moderne.

Et plutôt que de crier haro sur le baudet nazi-friendly crions haro sur les idéologies cachées, non connues de leur défenseurs.

Le faible regard historique que mon age maintenant me donne sur la psychiatrie m'enseigne que le constitutionnalisme s'est bien ragaillardi, et que surtout son adversaire, le courant dynamique, s'est effondré, comme il était chez nous représenté essentiellement par les 1001 psychanalyses diverses quand elles ne s'étourdissaient pas encore de leurs propres caquetages ratiocinants.

Allons, la psychanalyse du temps jadis est bien morte. Quant à la psychanalyse tout court, elle attend encore qu'un passant la ramasse dans son caniveau ou d'inhabiles mains l'ont laissé choir, à trop croire qu'elle était leur à jamais. Par contre, il n'y a aucune raison de ne pas voir dans ce Nouvel Autisme Hégémonique et Intolérant un nouvel avatar du constitutionnalisme d'il y a deux siècles, qui est problématique plus par ce qu'il prétend ignorer que parce qu'il sait, qui est au fond bien sympathique, ma doué, la science et ses lumières, c'est bien beau.

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