Université ARAPI : Travail à l'âge adulte 5

Les entreprises Andros et Avencod embauchent des personnes autistes en milieu ordinaire. Pourquoi et comment ?

Suite de mon compte-rendu de l'Université d'Automne de l'ARAPI ( 1 , 2 , 3 , 4).

Deux exemples d'emploi de personnes autistes ont été présentés jeudi après-midi 10 octobre. Paradoxalement, alors qu'on peut dire que çà s'adresse aux deux extrémités du spectre, il s'agit dans les deux cas d'emploi en milieu ordinaire de travail, pas dans une entreprise du secteur protégé (ESAT).

Les deux expériences répondent justement à un besoin en emploi du patronat :

  • besoins en emplois du secteur informatique ;
  • besoins de main d’œuvre pour des emplois peu qualifiés  en milieu rural.

Jean-François Dufresne, ANDROS

Jean-François Dufresne, dirigeant d'Andros,  a présenté un petit film sur le sujet jeudi 10 octobre à l’université d'automne de l'ARAPI.

UN TRAVAIL LA CLEF DE L'AUTONOMIE- 1/3 © Dragon Bleu TV


Je l'ai interrogé ensuite sur l'aspect "économique" et réglementaire. Il est actuellement sur 4 projets, et aucun n'a le même type de financement.

10 des 11 ouvriers d'Andros avaient des orientations type FAM (foyer d'accueil médicalisé) ou MAS (Maison d’Accueil Spécialisée), qui concernent des personnes handicapées qui ne travaillent pas et qui on un accompagnement permanent (jour et nuit), avec des soins. Les MAS sont financés par la Sécurité Sociale, alors que les FAM sont financées à peu près à 70% par les départements, le reste par la Sécurité Sociale.

Au début de l'expérience, il fallait avoir une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) et une orientation ESAT ( mais c'était seulement . pour le cas où l'insertion en milieu ordinaire ne marcherait pas : mais il n'y a pas eu d'échec) délivrées par la MDPH.

L'accompagnement était atypique, parce qu'il était assuré par un SESSAD - Service d’Éducation Spécialisée et de Soins à Domicile (et un ESAT), alors qu'un SESSAD n'intervient normalement que jusqu'à 20 ans (maisil y avait justement un SESSAD autisme élargi jusqu'à 25 ans en Eure-et-Loir). Cela voulait dire que la Sécurité Sociale finançait, alors qu'à 20 ans, dans le champ du handicap, c'est pour l'essentiel le conseil départemental qui finance.

Désormais, c'est un SAMSAH (service d’accompagnement médico-spcial pour adultes handicapés) qui assure l'accompagnement, à l'usine comme à domicile. Un SAMSAH est un service d'accompagnement à la vie sociale (SAVS) qui assure également des soins (présence de médecin et d'infirmier), et qui est financé aussi à ce titre par la sécurité sociale, sur décision de l'ARS. Si je prends l'exemple des SAMSAH autisme de Bretagne, on peut estimer le financement à 21.000 € par personne, dont un tiers à la charge du département.

Jean-François Dufresne, dirigeant d'Andros, à l'Université d'Automne de l'ARAPI Jean-François Dufresne, dirigeant d'Andros, à l'Université d'Automne de l'ARAPI

Là où la situation est atypique, c'est parce que ce SAMSAH n'assure pas vraiment des soins au sens habituel, mais un accompagnement éducatif.

Il pourrait être fait appel au Dispositif de l'Emploi Accompagné (voir plus bas), mais il n'est pas adapté à cette situation. En effet, ce sont les mêmes accompagnants pour l'entreprise que pour la vie sociale.

Andros est une entreprise agroalimentaire à 18 km de Chartres, ce qui pose la question de l’hébergement.Les travailleurs bossent le matin, à mi-temps.

L'association "Vivre et Travailler Autrement" propose un hébergement dans une résidence collective. Ceux qui choisissent de vivre dans ce qui ressemble à un foyer paye 650 € pour l’hébergement et la restauration (350 € pour ceux qui n"y logent pas en général parce qu'ils sont du coin).

Il n'y a pas de PCH (prestation de compensation du handicap) aide humaine pour la semaine, seulement éventuellement pour le week-end et les vacances.

Le financement de l'accompagnement (en plus du SAMSAH) est assuré par le conseil départemental. En dehors des clous habituels, car les Conseils départementaux financent les foyers d'hébergement d'ESAT, les foyers de vie et la majorité du coût des FAM. Cependant, dans ces derniers cas, les usagers doivent contribuer, avec un reste à vivre correspondant à 30% du montant de l'AAH.

Ce n'est pas le cas pour les travailleurs d'Andros, travailleurs à mi-temps qui bénéficient bien du produit de leur travail salarié, et perçoivent une AAH différentielle en complément (je rappelle qu'ils travaillent à mi-temps, mais même à plein temps, c'est possible).

Et ils ont évidemment le droit de quitter entreprise et logement, avec les droits au chômage que n'ont pas les usagers d'ESAT.

L’accompagnement atypique est financé à hauteur d'à peu près 35.000 € par le conseil départemental et l'ARS, presque deux fois moins qu'un foyer de vie, deux à 3 fois moins que FAM ou MAS.

http://www.autismcanwork.org/

Laurent Delannoy, AVENCOD

Laurent Delannoy est venu présenter Avencod, qui est une des rares entreprises adaptées pour personnes autistes.

Une entreprise adaptée est une entreprise du milieu ordinaire, qui doit appliquer les droits normaux des salariés. Elle doit avoir au moins 80% de ses salariés ayant une RQTH.

Les métiers sont ceux de développeurs informatiques et de testeurs d'applications informatiques.

L'entreprise a créé 22 postes en 3 ans et demi, en majorité de personnes TSA, mais il y a aussi une minorité d'autres handicaps (et de personnes qui ne sont pas en situation de handicap).

Le recrutement ne se fait par sur une base de trouver de qui ne pourrait pas correspondre au poste, mais sur un échange pour valider l’intérêt mutuel, la volonté et la capacité à répondre aux besoins des métiers d’AVENCOD. Dans le processus de recrutement, il y une PMSP (période de mise en situation en milieu professionnel). La PMSMP est d'un mois, renouvelable un second mois. Ce stage est prescrit par CAPEMPLOI (Si ce lien n’est pas créé entre le candidat et CAPEMPLOI, AVENCOD s’occupe de la mise en contact)

Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est l'intervention d'une neuropsychologue, qui rencontre les salariés une fois par mois (après une 1ère fois, avec des tests qui durent deux heures environ). Et tout le monde a droit au neuropsychologue.

Les salariés peuvent se constituer un CV pour trouver du travail soit chez les clients où ils ont travaillé sur des projets, soit ailleurs. C'est bien ce qu'un de nos camarades bretons autistes vient de faire (ceci après une période de deux ans à travailler au sein des locaux d’AVENCOD dans un environnement prenant en compte les spécificités de fonctionnements des collaborateurs).

L'activité d'AVENCOD est sur Nice et Marseille.

Laurent Delannoy à l'Université d'Automne de l'ARAPI Laurent Delannoy à l'Université d'Automne de l'ARAPI
Sur la photo ci-contre, Laurent Delannoy tient l'étude sur le sondage mené par Asperansa chez les adultes autistes, dont 90 exemplaires ont été diffusés à l'occasion de cette université d'automne. Cette étude de 116 pages a été faite par Amélie Tsaag Valren.

Le Dispositif d’Emploi Accompagné (DEAc)

L’emploi accompagné est un dispositif d’appui destiné aux personnes en situation de handicap et aux entreprises qui les emploient, pour réussir leur insertion durable en entreprise. Ce dispositif comprend :
● en amont de l’accès à l’emploi, l’évaluation de la situation du travailleur, de son projet professionnel, de ses capacités et de ses besoins, ainsi qu’une aide à la réalisation de son projet professionnel et une assistance dans la recherche d’emploi ;
● la mise en place d’un « référent emploi accompagné », auquel l’employé autiste comme l’employeur peuvent faire appel pour prévenir ou remédier aux difficultés rencontrées dans l’exercice des missions confiées à la personne autiste, ou pour adapter le poste et l’environnement de travail à son handicap, en lien avec la médecine du travail ;
● un accompagnement longue durée dans l’emploi, avec pour objectif de sécuriser le parcours professionnel de la personne autiste, en facilitant notamment son accès à la formation et aux bilans de compétence.

La mesure 23 du 4ème plan autisme prévoit un doublement des crédits de l'emploi accompagné pour l'accès à l'emploi des personnes autistes. L'indicateur prévoit "Nombre de personnes TSA accompagnées". Cet objectif est décrit à la page 102. On pouvait être perplexe : doublement à partir de quoi ?

Un appel à projets de l'ARS Auvergne Rhône-Alpes  montrait que ces crédits n'étaient pas en fait réservés aux personnes autistes, contrairement à ce qu'indiquait la stratégie.

Cela est confirmé par une réponse de l'ARS Bretagne le 26 août 2019 à l'Union Régionale Autisme France de Bretagne :

  • Pour le déploiement de l’emploi accompagné en Bretagne, l’ARS a volontairement fait le choix d’un dispositif ouvert en termes de public et proposant une couverture régionale, à la différence d’autres régions qui ont ciblé des publics et des territoires plus resserrés, en phase de démarrage.
  • 30% du public accompagné par le dispositif emploi accompagné breton est concerné par des troubles du spectre l’autisme.
  • La définition d’un public prioritaire au sein du cahier des charges régional n’est pas exclusif de tout autre public.
  • Le doublement des crédits de l’emploi accompagné ne concerne pas le seul public avec autisme, mais lui bénéficiera également.

C'est aussi le cas des GEM (groupes d'entraide mutuelle) étendus aux autres troubles neurodéveloppementaux, sans demande des représentants des personnes concernées.

On me dira que je ne suis jamais content. Après tout, les GEM autisme ne sont pas étendus à tout handicap ...

PS : texte sur Avencod revu le 17/10

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