Université ARAPI : Nouvelles technologies 7

Quatre interventions sur l'utilisation des nouvelles technologies - diverses - dans l'autisme, à l'Université d'Automne de l'ARAPI : du textile intelligent à l'eye tracking, du chatbot pour le repérage au smartphone etc.

Suite de mon compte-rendu de l'Université d'Automne de l'ARAPI ( 1 , 2 , 3 , 4 ; 5 ; 6), conférences du jeudi 10 octobre après-midi.

Charles Tijus - principes de conception et de fonctionnement des technologies cognitives adaptées

Charles Tijus à l'Université d'Automne de l'ARAPI Charles Tijus à l'Université d'Automne de l'ARAPI
Spécialiste des sciences et technologies cognitive, il avait intitulé sa conférence : "Qualité de vie des autistes et nouvelles technologies : principes de conception et de fonctionnement des technologies cognitives adaptées".

Je me permets de reproduire le livret du participant, parce que j'ai eu du mal à suivre. Effet de l'apéro avec huîtres ?

Le cognitive Computing qu'on peut définir comme la modélisation des activités humaines de raisonnement, de production d'inférences à partir du recueil des activités humaines sert à concevoir et à développer des technologies cognitives qui sont alors basées sur la connaissance de la cognition humaine et celle des troubles autistiques.

Bien que le cognitive Computing serve aussi à évaluer l'apport des dispositifs pour l'autisme, nous montrons comment il permet de concevoir des technologies cognitives pour l'autisme.

La méthode de conception consiste en partant des grandes fonctions, tâches et activités et des difficultés autistiques à recenser les technologies «support». Une présentation systématique sera faite de l'existant et des technologies cognitives à venir pour l'acquisition de savoirs et de savoir-faire, le comportement en interaction sociale, la communication verbale et non verbale, la production verbale écrite et la compréhension.

Avec des exemples concernant des prototypes innovants, nous montrons que le design des technologies cognitives à venir sera basé sur le recueil et le traitement en ligne de données multisources, avec des objectifs de prédiction basée sur du diagnostic-pronostic temps réel et une primauté de la personnalisation pour prendre en compte l'hétérogénéité des troubles et la diversité de leur mode d'évolution.

Il a donné l'exemple de la télécommande pour illustrer le design focal, que Monsieur Google définit : "Le design Focal met l'esthétique au service de la technique". Un exemple de brosse à dents avec caméra a été donné, qui permet d'analyser non seulement la technique de brossage de dents mais aussi l'état des dents. Vous allez bientôt sortir de la salle de bains avec le rendez-vous pris chez le dentiste et noté dans votre agenda s'il est connecté.

Il a été aussi question des textiles intelligents mis au point par le laboratoire GEMTEX. Susceptibles d'avertir du développement d'un stress ou d'une crise. La capture du regard a été illustrée entre autres  par le film d'un conducteur de rickshaw.Il y a des outils de capture du geste, des mouvements du corps. Et Charles Tijus a expliqué comment cela pouvait se traduire par une commande cérébrale.

Il a été question de la simplexité (art de rendre simples, lisibles, compréhensibles les choses complexes). Une démonstration de construction d'un  FALC (facile à lire et à comprendre) a été faite : je dois avouer que le suivi de la démonstration me laissait sur le cul (et les chaises n'étaient pas très rembourrées), mais le résultat était tout à fait correct - en supposant bien sûr que j'ai compris le texte initial, ce qui reste à prouver.

La géolocalisation indooor permet une surveillance à distance et détecter des dangers (par exemple lorsqu'une personne est tombée et en se relève pas).

La question à 100 balles qui a été posée : est-ce qu'on pourra imaginer les pensées d'un autiste non-verbal ?

Charles Tijus a alors fait état d'un projet avec Systrans pour traduire la LSF (langue des signes). Cela pourrait être utilisé si la personne autiste communique avec des gestes.

Bernadette Rogé, Cyrielle Claverie - Earlybot pour le dépistage de l'autisme

Comme je n'avais pas pris la peine d'aller sur Wikipedia, je ne savais ce qu'était un chatbot. J'imaginai un petit robot, style tondeur de pelouse, qui se promènerait dans les crèches ou les salles d'attente et qui l'air de rien, analyserait les regards (il y a de l'eye tracking partout maintenant) et les gestes, puis transmettrait (c'est connecté bien sûr) un rapport de détection au médecin, qui n'aurait plus qu'à mettre son tampon.

Bernadette Rogé et Cyrielle Claverie à l'Université d'Automne de l'ARAPI Bernadette Rogé et Cyrielle Claverie à l'Université d'Automne de l'ARAPI


Déception (pas trop intense quand même) de comprendre donc qu'il faut un utilisateur qui observe, et pas seulement une machine, pour le repérage précoce des enfants à risque de TND et de TSA .

Au départ, une grille de comportements a été élaborée par le CERPPS de Toulouse, soumise à deux experts externes pour validation (Jacqueline Nadel et Vincent Des Portes).

Le CHAT, M-Chat et SCQ , outils utilisés couramment pour le dépistage, n’ont pas été utilisés pour le chatbot. . L'équipe a créé son propre outil à partir de la littérature scientifique qui a évolué depuis la validation de ces outils. "De plus, nous nous situons dans le neuro développement et ces outils ne comportent pas d’items pour les autres troubles du neuro développement. A partir de 6 mois, ce sont les retards et autres anomalies peu spécifiques qui devront être repérés. Quelques signes répertoriés dans la littérature pourraient déjà être perceptibles à cet âge mais leur valeur prédictive de l’autisme reste faible. La grille devient de plus en plus spécifique de l’autisme au fur et à mesure que l’enfant grandit."

La grille d’orientation vers les plateformes n’a pas non plus été utilisée. Elle est destinée aux médecins et notre dispositif se veut complémentaire puisqu’il est destiné aux personnels de crèche..

Le dispositif permettra de faire observer les enfants en situation naturelle notamment par le personnel des crèches à des âges clés (6, 9, 12, 15, 18 et 24 mois. Il va sur le plan technique plus loin que le M-CHAT sur tablette.

Le consortium regroupe la Croix-Rouge française (et ses crèches), le CERESA, le CERPPS, le CRA Ile-de-France, Botdesign ("créateur de compagnons de santé sécurisés") et MIPIH ("qui accompagne les établissements de santé dans la modernisation de leurs systèmes d'informations"), avec un financement de la fondation Orange.

Cela ne fait pas le diagnostic, mais le recueil de données permet la transmission d'une alerte (paramétrée aux âges clés) aux médecins.

L'outil a été coconstruit avec les professionnels de la petite enfance. Par exemple, l'item "enfiler des perles sur un support souple" ne peut être utilisé dans des crèches, car le matériel n'y est pas disponible. Le Wifi est interdit en crèche (des fois que les bambins se connecteraient sur internet), et l'outil doit pouvoir être utilisé en cache, mais aussi son remplissage doit pouvoir être interrompu quand le professionnel est sollicité pour une autre tâche. Des ergothérapeutes veilleront à l'ergonomie de l'outil.

Un travail doit être fait avec les parents : problèmes juridiques, supports de communication, peur de leur réaction (compte tenu d'une précédente recherche), explication du contexte politique.

D'octobre à décembre 2019, des tests sont faits dans 3 crèches de la Croix-Rouge française. De 2020 à 2022, cela concernera 50 crèches, pour 5000 enfants. Après avoir recueilli 150 à 200 données, un travail d'intelligence artificielle sera engagé.

Pendant 3 ans, des chercheurs seront mis à contribution pour valider le diagnostic résultant de ces alertes.

La CNAF demande une adaptation pour les assistantes maternelles, qui gardent 60% des enfants.

Il faut construire le modèle économique de cette action, qui suppose hébergement des données et maintenance de l'application.

Une personne soulève la question de l'inquiétude des parents sur une atypie non entendue par les médecins, des carnets de santés cochés comme s'il n'y avait rien. Bernadette Rogé répond qu'il y a des items sur l'inquiétude des parents.

Catherine Barthélémy souligne le fait que c'est un outil d'alerte.

Joël Swendsen - Les TSA, l'apport des technologies mobiles

Joël Swendsen à l'Université d'Automne de l'ARAPI Joël Swendsen à l'Université d'Automne de l'ARAPI
Psychologue clinicien et chercheur, Joël Swendsen  expose 5 limites de la recherche en psychiatrie :

  1. les phénomènes examinés sont rarement testés de façon directe:
  2. ils interviennent sur de très courtes durées dans la vie quotidienne:
  3. il est plus facile d'étudier les extrêmes, pas ce qui est sous le radar:
  4. la validité écologique (en situation naturelle) est différente de ce qui est examiné en laboratoire:
  5. la majorité du progrès clinique se fait quand le patient n'est pas avec le médecin.

Les technologies mobiles peuvent accompagner les cliniciens.

L'objectif de la recherche est de collecter des données, et l'objectif clinique est d'intervenir aux moments opportuns.

L'outil est un smartphone, avec une minute 30 secondes d'entretien réalisé de façon répété dans la journée. L'étude a été proposée à 280 sujets sains (ou saints, vierges de tout ?). 93% ont accepté, 2% ont perdu le smartphone (ou l'ont cassé, peut-être), il y a eu 83% de réponses (compliance), ce qui a conduit à 35 entretiens (il est conseillé de en pas répondre tout le temps, par exemple quand on conduit). Joêl Swendsen a présenté les statistiques d'études sur différents troubles psychiatriques. Il me semble que c'est dans la schizophrénie que le degré& de réponses était le plus bas (69%), mais quand même élevé. Il a souligné que dans les addictions (héroïne, cocaïne), il n'y avait aucune perte :)

Les biais de la méthode : fatigue, entraînement.

Il n'y a que deux études sur l'autisme. L'une a concerné 19 adolescents : 86% ont donné leur accord, 0% de pertes, 85% de compliance. Les activités remontées par l'outil sont assez similaires à celles des neurotypiques, mais les émotions vécues ne sont pas identiques.

Les outils connectés permettent par exemple de mesurer la tension, de recenser les activités,le poids, la fréquence cardiaque.

Il fait état d'une étude parue dans JAMA Psychiatry en ce qui concerne les troubles bipolaires. Le trouble bipolaire de type I est spécial : il serait clairement un trouble homéostatique.

La prise en charge a fait l'objet d'essais cliniques. 5 études sont parues, dont une d'un essai randomisé. Très peu d'études sur l'autisme.

Le point fort de l'autisme, c'est l'existence des associations. Sinon, c'est le Far West. Sur Apple store, il y a 200 applications. La FDA (agence américaine) est en train de prendre des mesures pour réglementer ces applications. Il faut se poser la question de la sécurité des données (qui y a accès ? Si c'est diffusé en Europe, le RGPD s'applique). On peut se poser la question : les applications mobiles vont-elles décourager d'aller voir le médecin ? Enfin, les études portent sur une utilisation sur deux semaines : qu'en sera-t-il sur une longue durée ?

Sur le sujet, voir : http://applications-autisme.com/

Le programme Autisme et Nouvelles technologies de la FIRAH. Voir aussi document FIRAH.

En réponse à une question sur l'utilisation possible du contact avec le smartphone, Joël Swendsen a indiqué que les thérapies comportementales et cognitives étaient efficaces pour traiter les symptômes positifs et négatifs de la schizophrénie. Il pourrait y avoir des suggestions de modifier son activité.

Quentin Guillon - Eye tracking et autisme

Psychologue et chercheur, déjà impliqué dans l'étude du CERPPS présentée par Bernadette Rogé et Cyrielle Claverie, Quentin Guillon nous a expliqué de façon très pédagogique comment fonctionnait l'eye tracker, ce petit boîtier pas trop onéreux (10.000 €), simple d'utilisation (une semaine de formation), adapté à différentes populations, et facilement portable. De 2002 à 2019, il y a eu 335 études publiées (autisme et eye tracking), 44 en septembre pour l'année 2019, soit un rythme de 4 par mois.

Quentin Guillon avec Jacquelline Nadel à l'Université d'Automne de l'ARAPI Quentin Guillon avec Jacquelline Nadel à l'Université d'Automne de l'ARAPI

En plus de son accessibilité, l'utilisation de l'eye tracking provient, en second lieu, à la formalisation, au début des années 2000, de l’hypothèse d’un « defaut » d’attention/orientation et de motivation sociale dans l’autisme, hypothèse qui trouve son origine dans les études rétrospectives des films familiaux conduits dans les années 90.

Près des 3/4 des études portent sur l'exploration visuelle des visages et des scènes sociales.

Il a réalisé une méta-analyse de 156 articles, en a retenu 97. Ces études ont regroupé 2.137 personnes autistes et 2.356 contrôles, âgées de 6 mois à 40 ans, à 82% masculines, au" fonctionnement moyen" : il s’agit des scores moyens des QI des groupes autistes et contrôles rapportés dans les études. L’idée était ici de souligner que bien que l’eye tracking puisse être employée avec une diversité de profils, les études ont tendance à inclure des individus avec un QI moyen (dans la norme donc, autour de 100)

Les différences montrent moins d'intérêt - chez les personnes autistes - pour les visages et les yeux, qui permettent de lire et de comprendre les interactions.

Si on fait varier (en plus) le contenu social, les différences sont majorées. Il y aussi des différences augmentant avec l'âge pour les yeux (qui sont moins fixés) et pour la bouche (plus fixée).

Des études ont lieu désormais avec des lunettes, qui ont l'avantage de faire sortir du labo, de pouvoir enregistrer les paroles. Il est possible de les faire porter aussi à l'interlocuteur. Il a été ainsi possible de calculer un délai de 400 millisecondes pour signaler la fin du tour de parole par un regard adressé à autrui, puis par le détournement du regard.

On constate que les fonctions sociales sont préservées chez les personnes autistes, mais avec un timing différent. Ce sera intéressant d'analyser les conversations entre personnes autistes.

L'eye tracking, c'est un moyen d'objectiver les différences, et d'intervenir ensuite sur la qualité de vie.

Quentin Guillon précisera que les saccades sont peu étudiées dans la littérature scientifique. Il serait peut-être possible de pratiquer le neurofeedback, en floutant certaines zones.

Je l'ai ensuite interrogé sur la question du regard dans la conduite automobile. Je me souviens d'une petite étude américaine qui conclurait à ce que les personnes autistes qui conduisent regarderaient les côtés de leur file, mais pas assez la circulation dans leur voie. Il m'a indiqué qu'il y avait deux études, une par rapport au conducteur autiste, l'autre par rapport au piéton autiste (qui doit interpréter ce que va faire le conducteur). Je pense qu'il faut plus d'études sur le sujet, pour faciliter l'apprentissage de la conduite : parfois, une rééducation par orthoptiste a été très utile pour le permis de conduire.

PS :mise à jour 21/10/2019

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