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Les Sports mécaniques, une arme de destruction massive

À propos du blog
La France vient de renouer avec l’organisation au Castellet du Grand prix de France de F1 après dix ans d’absence. Le Collectif national pour l’interdiction des Sports mécaniques lance à cette occasion une pétition nationale et publie l’ouvrage-Manifeste Les sports mécaniques, une arme de destruction massive (éditions le Bord de l’eau). Ce coup de gueule est d’autant plus vital que les résistances contre les SM s’effritent alors que la situation climatique s’aggrave. Nous n’appelons pas à boycotter le Grand prix de France de F1 parce que nous n’aimerions pas les bolides mais parce qu’ils symbolisent tout ce avec quoi il va falloir rompre pour rendre une Terre habitable à dix milliards d’humains. Les SM, spectacle de la vitesse Le culte de la vitesse serait déjà en soi une raison suffisante pour souhaiter l’interdiction des SM, car elle est identifiée comme la principale cause des accidents dans près de 26 % des accidents mortels de la route mais elle l’est dans 46 % de ceux subis par les jeunes. Ce culte de la vitesse s’opère dans un monde lui-même en constante accélération et dénaturation du temps. Accélérer encore serait une folie au moment où nous dépassons chaque 8 août (et mi-mai en France) les capacités de régénération de la planète et où nous entrons dans la sixième grande phase d’extinction des espèces. Accélérer encore serait également une folie puisque nous savons que la vitesse est toujours un rapport social qui favorise les plus forts. Accélérer encore serait enfin une folie dès lors que la vitesse dépasse déjà nos capacités neurologiques et que la seule solution pour être capable demain de gérer une nouvelle accélération serait de donner raison à ceux qui souhaitent passer de l’homme sapiens au transhumain. Les SM c’est la religion de la vitesse à l’heure où la planète se meurt. Les SM, un sport de riches sous perfusion Les SM sont particulièrement rentables pour leurs propriétaires mais ce sport de riches constituent un modèle économique impossible, puisque tous les Grands Prix sont déficitaires, au point que Max Mosley, alors président de la FIA, avait lancé, à plusieurs reprises, un cri d’alarme sur la viabilité économique de ce sport et que la FI s’est expatriée dans de nombreux régimes totalitaires. Il fallait donc bien toute la folie d’un Christian Estrosi pour engager des collectivités locales dans ce traquenard ! Les SM et le Dieu-Moloch automobile Les SM entretiennent un jeu constant avec le mort, c’est pourquoi Hemingway pouvait écrire qu’« Il y a seulement trois sports : la tauromachie, la course automobile et l’alpinisme ». Les SM rendent acceptables les centaines de millions d’humains déjà sacrifiés au Dieu-Moloch automobile. La mortalité routière coûte 3 % du PIB mondial soit beaucoup plus que tous les budgets de la culture réunis. La Banque mondiale estime les pertes économiques dues aux accidents de la route de 65 à 100 milliards de dollars par an, soit plus que ce qui serait nécessaire pour régler le problème de la grande pauvreté dans le monde. Les SM, médaille d’or du machisme Les SM héritent dans ce domaine d’un double passif. Celui, côté sportif, du baron de Coubertin expliquant qu’une « olympiade femelle ne pourrait qu’être inintéressante, inesthétique et incorrecte ». Celui, côté automobile, de l’identification de la mécanique à la virilité qui rend contre-nature toute fusion femme/machine. La suppression des pompom girls n’empêchera pas que les SM c’est la desexusalisation or, c’est bien connu, la femme, c’est le sexe ! Les SM ou la passion de la pollution de l’air L’humanité produit chaque année 6,8 milliards de tonnes d’équivalant carbone soit plus du double de ce qui est possible pour transmettre à nos enfants une planète où il fasse encore bon vivre et où il soit possible d’espérer. Les SM donnent un mauvais exemple en faisant d’un maux dont la planète crève un spectacle. L’humanité, qui ne sait déjà pas comment apprendre à se passer des citadines (mêmes moyennes) qui produisent chacune, annuellement, environ deux tonnes et demi de CO2, n’a que faire d’une F1 qui émet 250 tonnes de CO2 par saison (dix-neuf courses de moins de deux heures plus les essais). Les SM roulent très à droite ! Les dirigeants passés et présents de la F1 ont toujours été très à droite, mais certains ont même flirté avec le fascisme. C’est vrai du prince Paul de Metternich (1917-1992), premier Président de la FIA, bien connu pour sa participation à la Guerre d’Espagne, aux côtés de Franco, puis pour son engagement au sein de la division Azul. C’est vrai du drôle de résistant, Jean-Marie Balestre (1921-2008), qui dirigea la Fédération internationale de sport automobile (FISA) de façon tyrannique entre 1978 et 1991, et qui est passé du combat contre l’antisémitisme à la haine des juifs. C’est vrai de Max Mosley, longtemps Président de la FIA, fils d’Oswald Mosley, fondateur en 1932 du British Union of Fascists, lui-même membre de l’Union Movement, après 1945. Quant à Bennie Ecclestone, le grand argentier de la F1, il n’a jamais caché sa tendresse pour Hitler qui « était efficace » et pour Poutine : « M. Poutine perd du temps en Russie. Il doit diriger l’ensemble de l’Europe parce que personne d’autre ne peut le faire » . John C. Malone, devenu, en 2017, le propriétaire de la F1, 310e place au classement Forbes des plus grandes fortunes mondiales, siège au Conseil d’administration du Cato Institute, un tink tank au service des thèses libertarienneset d’Expedia, un gestionnaire d’agences de voyage fondé par Microsoft et dont la capitalisation dépasse 10 milliards de dollars . Il est également membre de la direction de The Nature Conservancy (TNC), une drôle d’ONG « écolo » en relation directe avec les industries liées au saccage de la planète comme le secteur des combustibles fossiles. Les SM ou la passion de l’inégalité Le SM sert de support à la passion inégalitaire car, d’une part, il est un sport, et, d’autre part, il concerne la voiture que Jacques Lacan qualifiait d’outil de monstration de soi et que Luc Boltanski a étudié dans son statut d’attribut de pouvoir. Le verbe conduire est proche de commander. Le sport n’existe déjà que par la recherche de performances mesurées pour obtenir des classements. Le problème c’est qu’il n’y a que trois places sur les podiums pour dix milliards d’humains... Coubertin considérait d’ailleurs que les SM constituait une dangereuse provocation à la révolution…tant ils exhibent des rapports de domination. Les SM ou la passion de la pollution sonore Les conduites de bruit ont toujours une signification. Celle des SM n’est pas la même que celle des charivaris du Moyen Âge, droit exercé par les jeunes contre les remariages des ainés leur volant un amour possible. Le bruit dans les SM est d’une toute autre nature puisqu’il est l’arme des puissants, non plus l’inversion symbolique d’un rapport de force mais sa confirmation. C’est le droit que se donne une minorité de polluer l’existence des autres. Ce bruit n’est pas d’abord contraint mais voulu, pensé, organisé. L’idée même de mettre en cause cette culture du bruit est considérée comme profondément hérétique. Ce bruit fait partie de la violence intrinsèque des SM, dont souffrent les pilotes, les mécaniciens, les spectateurs et tous ceux qui ont le malheur d’habiter à proximité des circuits. L’Agence européenne de l’environnement estime que le bruit est la cause d’au moins 10 000 décès prématurés par an en Europe, qu’il gène 20 millions de personnes et cause des troubles du sommeil chez huit millions. 40 % des Français se déclarent gênées par le bruit qui est la première cause de la mal-vie moderne. La F1 est, certes, l’emblème du capitalisme financier ,depuis son rachat pour 8 milliards de dollars par Liberty Media de John Malone, mais les autres formes de SM ne valent pas mieux, du Dakar, poursuite du colonialisme par d’autres moyens, jusqu’aux rodéos, métaphore du capitalisme sauvage. Les SM c’est toujours l’apologie d’une route libérée de ses autres usage(r)s. Son idéal est celui d’un territoire livré à la seule voiture, mais pas seulement à la voiture (ou à la moto) mais à la voiture (ou à la moto) sans limite. Paul Ariès Auteur de Les sports mécaniques, une arme de destruction massive (Le Bord de l’eau, 2018)
  • Une civilisation de la gratuité est-elle possible ?

    Par | 17 commentaires | 10 recommandés
    L'Observatoire international de la gratuité lance une mobilisation en trois temps : la publication le mercredi 5 septembre du livre-manifeste Gratuité vs capitalisme (Editions Larousse) ; le lancement d'une pétition nationale en faveur de la gratuité en octobre ; l'organisation du deuxième Forum national de la gratuité à Lyon début 2019.
  • Y A T IL "TROP" OU "PAS ASSEZ" D’HUMAINS FACE AUX LIMITES ECOLOGIQUES ?

    Par | 2 recommandés
    Les milieux de l'écologie et des gauches se divisent sur la question démographique. Le capitalisme productivisme nous menace-t-il d'un trop ou d'un pas assez d'humains ? Dans cette tribune collective, Paul Ariès, Florent Bussy, Thierry Brugvin et Christian Godin dégagent des pistes de réflexion et d'action.
  • Pourquoi la Formule 1 roule très à droite ?

    Par | 3 commentaires | 2 recommandés
    Les sports mécaniques ne sont pas seulement une arme de destruction massive de la planète (pollution de l'air et sonore). Ils véhiculent aussi des contre-valeurs. L'exemple vient de loin et de haut puisqu'un survol rapides des positions politiques des dirigeants de la F1 a de quoi surprendre et inquiéter.
  • Le stalinisme était-il un national-bolchévisme ?

    Par | 17 commentaires | 1 recommandé
    La gauche restera orpheline d'utopie tant qu'il ne sera pas capable de produire sa propre analyse du stalinisme. Le stalinisme ne fut pas seulement le triomphe du productivisme mais de l'étatisme. Il nous faut prendre très au sérieux l'hypothèse du national-bolchévisme d'autant plus que l'ouverture des archives russes prouve l'alliance de Staline et d'une certaine extrême-droite.
  • Pétition : Nucléaire : Avant qu’il ne soit trop tard !

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    Cette pétition réunit pour la première fois dans l'histoire des pacifistes en lutte contre la bombe et des antinucléaires combattant les centrales. Cette pétition historique est signée par personnalités de la société civile et des politiques comme des députés de la France Insoumise et des dirigeants nationaux du NPA. Pour soutenir cet appel : stopnucleaires.canalblog.com
  • Pétition : Nucléaire : Avant qu’il ne soit trop tard !

    Par | 1 commentaire | 2 recommandés
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  • Que nous disent les rêves broyés de 1917 ? Pierre Zarka/P. Aries avec Gilles Alfonsi

    Par | 3 commentaires | 1 recommandé
    Dialogue autour du livre Les rêves de la jeune Russie des soviets, une histoire antiproductiviste de l'URSS entre Paul Ariès et Pierre Zarka, ancien directeur du quotidien l'Humanté, ancien député. Dialogue animé par Gilles Alfonsi pour Cerises (ACU-Ensemble !)
  • Pour une nouvelle alliance entre animaux, éleveurs et mangeurs !

    Par | 8 commentaires | 1 recommandé
    Paul Ariès, Carlo Petrini, Josef Zisyadis, Jean Ziegler signent ensemble une tribune qui fera date en ouvrant des perspectives pour l'alimentation humaine. Comment manger moins de viande mais mieux ? Comment ne pas être dupes des projets en matière de biotechnologies alimentaires ? Quelle alimentation paysanne ? Pourquoi refuser une alimentation sans paysans et sans éleveurs ?
  • Une histoire politique de l'alimentation est-elle possible ?

    Par | 1 recommandé
    Entretien des Z’indigné(e)s avec notre ami Paul Ariès à l’occasion de la sortie de son livre : Une histoire politique de l’alimentation, du paléolithique à nos jours (Ed. Max Milo).
  • Une histoire antiproductiviste du stalinisme est-elle possible ?

    Par | 7 recommandés
    Les gauches mondiales sont défaites car pas encore remises de la tragédie historique que fut le stalinisme. L'ouvrage "Les rêves de la jeune Russie des soviets, une lecture antiproductiviste de l'histoire du stalinisme" apporte une lecture originale dans le cadre du centenaire d'Octobre 1917. Vous découvrez notamment que la jeune Russie des soviets fut d'abord le pays le plus écolo au monde.