Geoffroy Roux de Bezieux, philosophe

Le patron du Medef disait ce matin à la radio qu’un revenu d’assistance c’est pas « philosophique ». Et autres petites chroniques sur l’ « entreprise libérée », sur le Comité des Forges, sur Bayrou qui ne sait pas qu’il est au Plan, sur Darmanin ancien d’Action Française…

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Louis Gallois a été un patron d'entreprise (dont PSA) mais aussi le président de la FNARS, devenue la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS). Il préside actuellement l'expérimentation de Territoires Zéro chômeurs de longue durée (TZCLD). Pour montrer que les chômeurs dans leur galère sont contraints à effectuer sans cesse de multiples démarches, a eu un jour cette phrase : « Être chômeur c'est un métier à plein temps ».

Interrogé ce matin sur un RSA-jeunes ponctuel compte tenu de la crise actuelle, Geoffroy Roux de Bezieux, patron du Medef, a déclaré sur France Inter qu'il n'y était pas favorable : « sur le revenu universel et le RSA, nous on préfère toujours un revenu d'activité, du travail plutôt qu'un revenu d'assistance, c'est plus philosophique » !

Il défend l'expérience TZCLD, sans rien dire de ce que le Medef pourrait faire pour qu'elle ne reste pas concentrée sur quelques territoires comme c'est le cas pour le moment. Il concède que l'on pourrait donner « une prime spécifique pour les jeunes, pourquoi pas, une prime de compensation de la perte de revenu » mais pas un RSA. Et d'ajouter de sa voix doucereuse : « instaurer le fait qu'être pauvre c'est un métier à plein temps, moi je ne suis pas favorable ».

Voilà comment ce "philosophe", également "philanthrope" [reconnu par la Fédération de France car Monsieur soutient financièrement et généreusement des associations... cathos intégristes], fait mine de ne pas comprendre la phrase de Louis Gallois. Très franchement, cette mauvaise foi confine au cynisme.

Dans son extrait écrit, France Inter ne rapporte pas que le patron du Medef a dit : « c'est plus philosophique ». 

Quelques rappels à propos du « philanthrope » Roux de Bezieux

Entreprise libérée ?

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Le Groupe Hervé (secteur du bâtiment) prétend fonctionner « sans chef et sans ordres ». Les (3000) salariés sont classés comme "moutons", "dauphins" et "renards". Plusieurs ont été virés ou ont été licenciés car contestataires.  Le patron est un ancien député PS, il conteste les syndicats qui n’ont rien à faire dans son entreprise (excepté un délégué CFDT). Émission Secret d’info sur France Inter (comme toujours, très bien faite avec, sur le site, accès à un compte-rendu écrit et détaillé de l’émission). Une sociologue analyse ce type d’entreprises dites libérées comme des formes pernicieuses d’exploitation capitaliste, fonctionnant comme une secte : les salariés sont libres... de prendre la porte. Ici et ici.

L’ancêtre du Medef finançait le parti nazi

Jennifer Richard, écrivaine, vient de publier Le diable parle toutes les langues (Albin Michel) : c’est le roman d’un marchand d’armes bien réel, Basil Zaharoff (1849-1936), banquier, magnat de la presse et du pétrole, philanthrope, comme il se doit quand on truste de telles fonctions. Dans une recension du Monde des livres (8/01), il est qualifié par Gladys Marivat de « vautour responsable de millions de morts » pour son commerce des armes. Par ailleurs, Jennifer Richard a découvert dans les archives nationales allemandes à Berlin une note du secrétaire du parti nazi, datée de 1932, dans laquelle il est indiqué que Zaharoff finance le parti d’Hitler (tous les ouvrages sur cet homme le niaient jusqu’alors). La note précise aussi que, parmi les  contributeurs, il y a le Comité des forges français (c’est-à-dire le Medef de l’époque). En ce temps-là, le patron des patrons se nomme François de Wendel.

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Je publie une photo de l’annuaire du Comité des Forges de 1912-1913 (que mon grand-père, traducteur dans une grande entreprise de métallurgie, m’a donné jadis). On y lit la façon dont ces ultra-capitalistes, à la fin du XIXème siècle, cherchent à contourner un projet gouvernemental d’assurance obligatoire sur les accidents du travail, préférant « les libéralités patronales » : « l’industrie peut se suffire à elle-même pour fonder des œuvres de prévoyance, et qu’il n’est pas nécessaire de recourir pour cela au socialisme d’État ». Ils prévoient également, du fait de « conflits sans cesse grandissants entre le capital et le travail », de lutter contre « le chômage forcé »… c’est-à-dire les grèves ouvrières. Les patrons payent une assurance et sont indemnisés s’il y a une grève : ainsi les ouvriers sans impact sur leur patron sont contraints de reprendre le travail. Mais attention, il y a des patrons resquilleurs : des dispositions sont prises pour empêcher certains de favoriser des grèves pour percevoir l’assurance !

Rappelons que François de Wendel, celui qui finançait Hitler, avait fait fortune en pressurant pendant des décennies les ouvriers y compris leurs enfants dès le plus jeune âge. Il est le grand-oncle d’Ernest-Antoine Sellières de Laborde, ancien patron du Medef, un des héritiers de la fortune de Wendel : il n’a jamais envisagé d’indemniser les descendants de ces prolétaires. Il est toujours à la tête d’une société financière de Wendel. Accusé de fraude fiscale, il devait s’acquitter il y a deux ans d’un redressement de 29,4 millions d’euros, mais cette mesure a été invalidée, comme de juste, pour un vice de forme par une cour administrative. Seulement le Conseil d’État ayant annulé la décision de cette cour, le baron pourrait bien être finalement condamné à payer. Et si les héritiers des ouvriers des forges réclamaient leur dû ?

Darmanin chez les Fachos

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Gérald Darmanin dit vouloir dissoudre Génération identitaire, qui déroule une vision raciale du monde, s’appuyant sur la théorie aux accents conspirationnistes du «grand remplacement» (suspectant une «guerre raciale» larvée en cours, à laquelle ce mouvement d’extrême-droite excite ses adhérents).

Pourtant, non seulement le ministre traîne déjà quelques casseroles (vie privée et déclarations racistes), mais on en voit poindre d’autres : en 2008, il a publié quelques articles pour le mensuel de la Restauration nationale, Politique Magazine, courant royaliste, ce que vient d’indiquer le canard de Marion Maréchal-LePen, L’Incorrect. Et l’Action Française rappelle que Darmanin fut un temps dans ses rangs. À deux jours du triste anniversaire de la tentative de coup d’État des fascistes à Paris, le 6 février 1934. Remember ! [4 février]

Le Plan de Bayrou

François Bayrou cause régulièrement dans le poste pour parler de la proportionnelle ou de sa bonne ville de Pau, dont il est maire. Il avait été durant un mois et quatre jours Garde des Sceaux mais écarté car pèse sur lui, en tant que patron du MoDem, l’affaire judiciaire des emplois fictifs des assistants parlementaires des députés européens, encore pas jugée.

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À ma connaissance, on ne l’entend pas sur le développement économique du pays, il ne s’exprime jamais sur la transition écologique et sociale (ce que Nicolas Hulot lui reprochait le 7 février dans Le Monde), il ne propose rien en ces domaines, ne donne aucune piste sur ses éventuels travaux. On finirait par totalement oublier que depuis septembre 2020, Monsieur est Haut-commissaire au Plan. C’est à se demander s’il en a été informé.

Et voilà qu’il proclame ces jours-ci qu’à 4000 euros par mois on fait partie de la classe moyenne (alors que le revenu médian est exactement de 1789 euros… ce qui n’est pas révolutionnaire). On voit comment la notion fumeuse de « classe moyenne » est passablement instrumentalisée par la classe dominante.

Non au RSA !

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A la mi-janvier, Bruno Le Maire se prononçait contre le RSA pour les jeunes. Il ne cesse d'agiter la dette comme un épouvantail. N'oublions pas qu'au moment où on apprend que Madame Sarkozy Cécilia percevait une indemnité nette mensuelle de 3088 € de la suppléante de son mari devenu ministre (pour un job à mi-temps qu’elle n’exerçait pas), l’épouse de Bruno Le Maire a été rémunérée 3000 € par mois pendant 4 ans (comme Mediapart l’a révélé en 2013) pour un travail qui n’avait jamais été évoqué publiquement (elle était « mère au foyer » selon BLM). Après cette révélation, alors elle a été présentée comme préparant ses discours et alimentant son site internet !

L’assistanat des profiteurs  

« La leçon sur l’assistanat donnée par des catégories qui profitent, bien plus que les autres, des largesses de l’État-providence et de l’entreprise, et qui sont tout autant présentes parmi les fraudeurs, est à la fois moralement inacceptable et politiquement risquée. Tout en croyant rassurer la France populaire, elle engendre un décalage dévastateur entre les discours et les actes, attisant un populisme dont profite largement l’extrême droite, qui l’utilise au mieux. » Sur le site de l'Observatoire des inégalités Les assistés de la France d’en-haut.

. Certaines de ces petites chroniques sont parues sur mon compte Facebook.

Billet n° 601

  Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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