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Billet de blog 12 juil. 2022

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Bolloré mène croisade

L’intégriste voit des antéchrists partout. Lui qui a considérablement aidé à propulser l’extrême droite fait la promotion d’un cardinal de la curie ultra-conservateur. Chronique également sur les oublis de Marianne à propos de « l’hôpital qui va craquer ».

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Illustration 1

Alors Bolloré impose à la rédaction de Paris-Match une couverture avec le cardinal réactionnaire du Vatican, Robert Sarah. Pour servir la soupe, Philippe Labro : à 85 ans, il poursuit avec componction son bonhomme de chemin médiatique et pour plaire au milliardaire il se propulse au Vatican et interviewe le cardinal originaire de Cote d’Ivoire, anti-avortement. Comme dit Libération, Vincent Bolloré n’est pas parvenu à faire élire Zemmour président, pourquoi ne pas aider à faire élire un pape (car Sarah est papabile). En  plus, pour le patron de la chaîne d’extrême droite CNews, c’est pain bénit : Sarah ne cesse de discourir sur la montée des populations d’origine musulmane qui menace l’Occident « décadent, sans enfants, sans familles », et qui plus est homo.

Dans son livre Sodoma, véritable encyclopédie sur les mœurs vaticanes, Frédéric Martel présente Robert Sarah comme « le cardinal le plus anti-gay de la curie romaine » (ce qui ne l'empêche pas, comme de très nombreux monseigneurs, « d'être entouré d'homosexuels », signe d’une hypocrisie consubstantielle à la curie). Il n’hésite pas à comparer la menace LGBT au terrorisme islamiste, il a fricoté avec les intégristes de Mgr Lefebvre, redoutant le Grand Remplacement, soutenant la Manif pour tous et ayant mené campagne contre le préservatif en Afrique en pleine épidémie de Sida (ce qui, compte tenu, de l’impact d’un évêque dans certains de ces pays signifie qu’il a des morts sur la conscience). Martel cite un prêtre qui décrit le cardinal « un brin envouté », priant sans cesse, faisant preuve, selon un  théologien, d’« un archaïsme qui place la superstition avant la raison ». Ce que Bolloré approuve manifestement alors que ses médias font des gorges chaudes sur les jeunes musulmans de France qui feraient passer leur croyance avant les lois de la République (ce qui, ceci dit en passant, est une interprétation erronée, détournée d’un sondage). Dans une émission de CNews dont j’ai déjà rendu compte [ici], alors qu’il était interrogé mollement sur « ce qui se passe en ce moment » [sous-entendu la pédophilie des prêtres], Sarah s’est insurgé, affirmant que si vraiment des prêtres ont commis des abus, c'est qu'ils ne sont pas prêtres : « c’est qu’ils sont coupés de Dieu, ce sont des prêtres sécularisés ».

Illustration 2
Le Cardinal ultra-conservateur est parfois aussi sur Europe 1 aux côtés des non moins ultra-conservateurs Sonia Mabrouk et Mathieu Bock-Côté, avec Nicolas Barré, des Echos. [capture d'écran]

La rédaction de Match a contesté que ce prélat se prélasse en Une, en page intérieure passe encore que Labro soit dithyrambique, mais en couverture quand même ! Alors qu’on a des photos de Laetitia ou de Brigitte en attente dont le lectorat est friand, bien plus qu’un ivoirien en soutane ! Et  Lagardère qui est encore théoriquement le patron, sollicité par les journalistes protestataires, n’a pas bougé le petit doigt. Selon Libération, Bolloré serait prêt à couler Paris-Match pour satisfaire « ses obsessions politico-religieuses ».

[11 juillet]

Pourquoi l’extrême droite a le vent en poupe ?

Un grand article paru dans Le Monde daté du 9 juillet fait le point sur la façon dont certains médias ont considérablement facilité l’avancée de l’extrême-droite dans notre pays (avec une hausse de 7 points à la présidentielle). Bolloré avec, entre autres, CNews, C8, Europe 1, Paris-Match, est dans la ligne de mire, mais pas seulement : Valeurs actuelles  dont l’impact en kiosque reste limité dispose d’une présence dans les médias disproportionnée. Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, les chaines YouTube, les idées racistes, anti-égalitaires, suprémacistes, ont le vent en poupe. L’extrême-droite a su tirer parti de la conception de Gramsci de la conquête du pouvoir consistant à remporter la bataille culturelle. L’article fait un constat pessimiste, se gardant bien de dire comment en sortir. Or la question qui compte c’est : comment la vraie gauche peut contrer cette idéologie qui continue à prétendre être républicaine alors qu’elle affiche sans cesse des positions contraires aux valeurs de la République.

. Comment l’extrême droite a infiltré les médias, par Sandrine Cassini et Aude Dassonville.

[9 juillet]

L’hôpital va craquer ?

Devant la crise de l’hôpital, l’hebdomadaire Marianne publie un dossier dans lequel, conformément à sa démarche habituelle populiste, il désigne les « coupables ». On note dans les vignettes Wanted de couverture la présence de Martine Aubry (parce qu’elle a institué les 35 heures), mais pas Roselyne Bachelot (son cas est traité bien succinctement à l’intérieur alors que sa loi HPST a fortement désorganisé les soins). Olivier Véran est dans la ligne de mire, ainsi qu’Agnès Buzyn, sans qu’il soit porté à leur crédit le fait d’avoir acté la fin du numérus clausus sur les formations de médecins annoncée dès septembre 2018 par Emmanuel Macron (même si la mise en œuvre, bien incomplète, n’a été effective qu’en septembre 2021).

Illustration 3

Si « les dérives de certains médecins sont pointées du doigt » (comme démissionner de leur poste pour revenir comme « mercenaire », en intérim, avec un salaire 4 fois supérieur), strictement rien n’est dit de la politique de la CNAM avec le dispositif MICA (mécanisme d’incitation à la cessation d’activité). Ce mécanisme a été mis en place en 1988, incitant les médecins généralistes à partir en pré-retraite avec une forte indemnité : il était alors considéré qu’ils étaient trop nombreux, donc coûteux pour la Sécu avec leurs prescriptions. Damned, c’est Rocard qui a fait ça ? Pas du tout : c’est une loi du 5 janvier 1988, donc sous Chirac premier ministre, de cohabitation (Michèle Barzach, ministre de la santé).

Jacques Barrot (sous Balladur également premier ministre de cohabitation) a accru le dispositif en 1997 (qui a perduré jusqu’en 2003) : 260.000 francs par an pour pousser le médecin à partir en retraite à 56 ans, et ce durant 9 années, jusqu’à son départ en retraite (la somme, à partir de 2000, a été légèrement réduite à partir de 60 ans). Selon une étude de la DREES, le revenu libéral moyen des généralistes et des pédiatres, en activité, était en 1997 de 300.000 francs. On peut évaluer le total perçu par chacun à 2,34 millions de francs, équivalent à 475.000 euros, selon le convertisseur Insee (des médecins plus jeunes en salivent encore, ils se souviennent de leurs collègues plus âgés partant si tôt avec le pactole). Au même moment, Bernard Pons, ministre des Transports, menait campagne contre les traminots qui revendiquaient de pouvoir bénéficier d’une retraite à 55 ans. À noter que ce dispositif très coûteux n’a pas eu grand effet sur la consommation médicale globale. Mais on a bien veillé à ne pas trop en causer.

Certes, cela ne concernait pas les médecins hospitaliers, mais comment ne pas voir que la santé, comme le reste, est systémique. Comment se préoccuper de l’hôpital sans penser la médecine de ville ? Comment annoncer que l’hôpital va craquer sans poser le problème des citoyens qui ne trouvent plus de généralistes, encore moins de spécialistes en libéral parce qu’ils sont trop peu nombreux et leurs cabinets saturés ? Et comment parler de l’hôpital sans rien dire d’Happytal, société privée installée dans l’hôpital, faisant des profits et en en faisant faire à l’hôpital, au détriment des finances des malades ?

[10 juillet]

Morts violentes

Michel Debout, professeur émérite de médecine légale et droit de la santé, publie une tribune dans Le Monde : il évoque une statistique selon laquelle 40 % des Français se sentent plus déprimés qu’avant la crise du Covid, comme en Espagne, plus qu’en Suède, mais moins tout de même qu’en Allemagne, Pologne et Irlande. Les pensées suicidaires sont en hausse et le passage à l’acte a augmenté. L’auteur prône des mesures préventives.

Illustration 4

Les deux infos n’ont pas vraiment de lien (encore que) : Actu (filiale d’Ouest-France) publie un article sur la mortalité sur les routes : il y a 50 ans (en 1972), 16 600 morts chaque année, soit la population de Mazamet (Tarn). Du coup, une action spectaculaire fut menée (en mai 1973), tous les habitants de la ville de Mazamet se couchant dans les rues pour symboliser la perte annuelle en France d’une ville comparable à celle de Mazamet (action renouvelée en 2008, mais cette fois pour symboliser 12 000 vies sauvées en six ans). L’année du Covid (2020), le nombre de morts avait diminué de près de 700. L’an dernier, environ 3000 morts (5 fois moins qu’en 1972) et l’espoir persiste de faire baisser encore ce chiffre.

. Avec le Covid-19, une vague dépressive et suicidaire atteint les travailleurs français, tribune de Michel Debout, professeur émérite de médecine légale et droit de la santé, Le Monde du 5 juillet.

. Il y a un demi-siècle, la population de Mazamet dans le Tarn était rayée de la carte, Actu.

 [6 juillet]

. Ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook, à la date indiquée entre crochets, reproduites ici selon des versions légèrement remaniées et complétées.

Billet n° 692

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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