Portfolio

Dix expositions en 2019

Un classement est toujours arbitraire, qui plus est lorsqu'il s'agit de choix subjectifs. Voici donc dix expositions qui m'ont marqué en 2019, auxquelles on pourra ajouter celles de Tania Mouraud, Ellen Gallagher, Giulia Andreani, Trine Sondergaard, Dorothy Iannone ou Gyan Panchal. Je réalise que ce choix sensible, instinctif plutôt que réfléchi, interroge sur la place de chacun.e.
  1. Rétrospective Jannis Kounellis, Fondazione Prada, Venise

    La Fondation Prada Venise n'en finit pas de déjouer les clichés habituels sur les fondations d'entreprise en proposant une nouvelle fois, avec la première rétrospective de Jannis Kounellis (1936 - 2017) depuis sa disparition, la plus belle exposition vénitienne accompagnant la Biennale.Dans l'éclat de ses salons d’apparat au charme légèrement suranné, le palais devenait un écrin dans lequel étaient présentées les œuvres de l’artiste d'origine grecque, l'une des figures les plus importantes du mouvement Arte povera. Des grandes peintures de mots ("Giallo" en rouge sur fond blanc, "Notte" en noir sur fond blanc) à l'armée de vestes, chapeaux et chaussures posés à même le sol – rendant tangible la présence du maitre –, des sacs de charbons au chalumeaux à gaz, rarement une exposition rétrospective n'aura été aussi juste, aussi intense. Germano Celent, le critique d'art qui nomma le groupe Arte povera en 1969, en a choisi chacune des pièces. Les objets non activés distillent une certaine nostalgie dans laquelle transparait peut-être plus encore la force dramatique de l'œuvre de Kounellis. Sans nul doute, la plus belle exposition vue cette année. 

  2. Koichi Korita, Les terres, miroir du monde, Saint-Gilles-du-Gard / Aigues-Mortes

    En Camargue, Kôichi Kurita poursuit l'édification de sa bibliothèque des terres en y intégrant celles du delta du Rhône, sujets de l'exposition "Les terres, miroir du monde". Elle révèle l'incomparable beauté des sols aux étonnantes variations de couleurs, reflets d’une identité singulière qui atteste de la diversité des territoires traversés.

  3. Cristof Yvoré, FRAC Provence-Alpes-Côte-d'Azur

    Disparu en 2013 à l'âge de quarante-sept ans, Cristof Yvoré a construit une œuvre sensible et personnelle, affranchie des codes et tendances de la peinture, hors du temps. A Marseille et Clermont-Ferrand, un corpus d'une soixantaine de pièces permet d'en appréhender l'essence. Celle d'une traversée intérieure, à l'abri du monde, qui interroge ce que peindre veut dire aujourd’hui

  4. Fiction Congo, Musée Rietberg, Zurich

    A Zurich, le Musée Reitberg fait dialoguer œuvres historiques et art contemporain de la République démocratique du Congo. En confrontant les archives Himmelheder, point de départ de « Fiction Congo », aux créations des artistes congolais contemporains, l’exposition pose un regard critique sur la colonisation.

  5. David Wojnarowicz, History keeps me awake at night, Mudam Luxembourg

    David Wojnarowicz a traversé les années 80 comme une comète. Artiste autodidacte, homosexuel, séropositif, il construit une oeuvre protéïforme, politique, radicale, marquée par l'urgence des années sida. Le Mudam Luxembourg accueille la première rétrospective européenne de cet artiste incandescent, fasciné par Rimbaud, dont l'art, l'activisme et la vie personnelle ne faisaient qu'un.

  6. Le mur et l’espace, séismes dans la tapisserie aux biennales internationales de Lausanne 1962-1969, Cité internationale de la tapisserie, Aubusson

    Pendant près de trente ans (1962 - 1995), la Biennale internationale de Lausanne a révolutionné la tapisserie mondiale. A Aubusson, l'exposition "Le mur et l'espace" explore les quatre premières éditions qui couvrent les années 1960 et bouleversèrent toutes les règles qui régissaient la tapisserie de lice française, remettant en cause sa suprématie et faisant du médium un art subversif.

  7. Mohamed Bourouissa, "Libre échange", Rencontres de la photographie, Arles, "Désolé", Ecole municipale des Beaux-arts de Gennevilliers / Galerie Edouard Manet

    A Arles, Mohamed Bourouissa est revenu sur quinze ans de création artistique, permettant d'appréhender dans son ensemble une œuvre jusque-là présentée par fragments, traversée par des problématiques contemporaines récurrentes. A Gennevilliers, il est le commissaire de l'exposition «Désolé», une excuse qui fait écho à l'histoire de la représentation et des identités.

  8. Réinventer Calais, Centre photographique d'Ile-de-France, Pontault-Combault

    Un an avant la destruction de la Jungle de Calais, huit photographes partent à la rencontre de ses habitants, répondant à la commande publique «Réinventer Calais» du Centre national des arts plastiques et du PEROU. Le Centre photographique d'Ile-de-France expose leurs travaux, inédits jusque-là. Loin des clichés, ils témoignent du quotidien d’une ville-monde et de ses futurs possibles.

  9. Manuela Marques, Et le bleu du ciel dans l'ombre, Musée de Lodève

    Au Musée de Lodève, l'exposition "Et le bleu du ciel dans l'ombre" rend compte du travail réalisé par Manuela Marques lors de la première résidence de territoire de l'institution. Derrière ce titre aussi poétique qu'énigmatique, la photographe convoque la trace, le prélèvement et le déplacement, invitant au voyage dans un paysage chimérique imaginé à partir de ceux arides, des Causses du Larzac.

  10. Anne Le Troter, Parler de loin ou bien se taire, Le Grand Café, Saint-Nazaire - Centre d'art contemporain

    Anne Le Troter transforme le Grand Café à Saint-Nazaire en banque du sperme dans une installation sonore immersive où le langage oral occupe une place centrale. Entre théâtre et création plastique, "Parler de loin ou bien se taire" prolonge ses recherches récentes et transforme un discours utilitaire standardisé en comptine. Brillant.

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