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Portfolio 17 janv. 2022

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2021, théâtrale

2021 en dix pièces qui, entre fermetures sanitaires et interdictions culturelles, m'ont marqué. Dans ce classement, forcément subjectif, aurait pu figurer « Tiens ta garde » du Collectif Marthe, « Toute la vérité » d’Adrien Béal Théâtre Déplié, « A bout de sueurs » d’Hakim Bah et Diane Chavelet ou encore « Théories et pratiques du jeu d’acteur.rice » de Maxime Kurvers.

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  1. Simon Gosselin

    Le passé, Julien Gosselin (Odéon Théâtre de l'Europe)

    Julien Gosselin adapte Leonid Andreiev et son théâtre de l’excès, créant une pièce radicale à l’intensité suffocante qui parle de la folie. Une marche vers l’Apocalypse qui est aussi une mise en abîme du théâtre. Comme à son habitude, le metteur en scène mélange le texte aux images filmées en direct et à la création musicale. La caméra prolonge l’espace de la scène, ouvre de nouveaux possibles, donne à voir l’intime, loin des simples effets de style trop souvent employés par facilité lorsqu'il s'agit de vidéo au théâtre. Julien Gosselin réussit un spectacle immense dans lequel on croise des spectateurs de carton et la mélancolie des orang-outans. Brillant

  2. Sophie Madigan

    Carte noire nommée désir, Rebecca Chaillon (CDN Nancy Lorraine, Théâtre de la Manufacture)

    Une nouvelle fois, Rébecca Chaillon surprend, épate, bouleverse. Avec ses deux derniers spectacles, elle s’impose à coups d’uppercuts poético-politiques comme l’une des figures majeures de la scène française et au-delà, assurément l’une des plus singulières, l’une des plus nécessaires aussi. Avec ses textes sensibles et ses images fortes, elle invente un théâtre engagé dont on ne sort jamais indemne mais qui fait à chaque fois grandir. Ses propositions ne prétendent pas mener toutes les batailles, encore moins répondre à toutes les questions auxquelles sont confrontées les femmes noires. Elles apportent, à l’instar des productions de la chanteuse et chorégraphe Dorothée Munyaneza ou de l’autrice et metteuse en scène Eva Doumbia, leur contribution par le biais du spectacle vivant à une décolonisation des territoires politiques qui est aussi celle des corps soumis au désir de l’homme blanc. « J’ai envie que les gens ressortent en sachant quelle place illes prennent dans la société, et qu’illes nous laissent un espace où l’on puisse imaginer nos futures nous » précise l’autrice. « Si l’on pouvait être noires dans le futur, qu’est-ce que l’on aimerait voir, qu’est-ce que l’on aimerait faire, qu’est-ce que l’on aimerait être entre nous ? Mon seul programme c’est que les gens nous regardent en train de faire ça ». Le théâtre comme lieu de la décolonisation mis en œuvre par la performance, assurément Rébecca Chaillon n’a pas fini de nous éblouir.

  3. Christophe Reynaud de Lage

    Peer Gynt, Hendrick Ibsen, Anne-Laure Liégeois (Théâtre du Peuple, Bussang)

    À Bussang, « il y a un théâtre comme une grande cabane de bois au fond de la forêt, un théâtre comme un grand vaisseau prêt à recevoir tous les mots et les rêves qu’ils dessinent » écrit Anne-Laure Liégeois dans sa note d’intention. « C’est cet espace de théâtre somptueux, riche de toutes les histoires passées qui sera l’écrin de Peer Gynt. Vide, dépouillé, pour recevoir tous les artifices des théâtres de Peer Gynt : la féérie et la farce, la tragédie et la comédie, le théâtre du symbole et celui de la philosophie » poursuit-elle. Le Théâtre du Peuple possède indéniablement cet élan merveilleux, celui d’une fête célébrant, depuis cent vingt ans, le spectacle vivant « par et pour le peuple ». Le bruissement des pieds sur le plancher au moment des saluts ne dit pas autre chose que l’immense plaisir des spectateurs qui composent, à ce moment précis, le meilleur des publics. Le théâtre d’Anne-Laure Liégeois porte en lui la promesse des chuchotements du monde. 

  4. Christophe Reynaud de Lage

    Brulé.e.s, Tamara Al Saadi (Le Préau, CDN de Normandie - Vire) 

    A l'occasion du festival « A VIF » initié par le Préau CDN de Normandie–Vire, une demi-douzaine de spectacles se déroulent en milieu scolaire, parmi lesquels « Brulé.e.s » de Tamara Al Saadi qui met en scène l’adolescence, période fondatrice de notre regard sur le monde. La pièce sera jouée deux fois, redistribuant les rôles pour mieux éclairer les ressorts de la stigmatisation sociale. Créé en huis clos au 104 à Paris en février dernier, le nouvel opus de l’autrice et metteuse en scène franco-irakienne Tamara Al Saadi, dont le travail s’articule entre la recherche en sciences sociales et la création théâtrale, fait l’effet d’une bombe dont la déflagration n’en finit pas de se propager tout au long de la pièce.

  5. Vincent Pontet, Comédie-Française

    7 minutes, Stefano Massini, Maelle Poésy (Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier)

    Sur le plateau du Vieux-Colombier, onze ouvrières déléguées tentent de construire une parole collective pour répondre à la proposition de leurs nouveaux dirigeants. Maëlle Poésy met en scène « 7 minutes » à la manière d'un thriller social pour mieux interroger nos résistances. Que sommes-nous prêts à accepter pour conserver à tout prix notre emploi ? Avec « 7 minutes », Maëlle Poésy fait entrer au répertoire de la Comédie Française le présent de la classe ouvrière au moment où celle-ci disparait dans l’indifférence. La metteuse en scène convoque une parole collective des précaires qu’elle confie aux comédiennes de la vénérable institution. En installant l’usine en lutte dans la Maison de Molière, Maëlle Poésy fait de la marge le centre, des invisibles les héroïnes d’une histoire qui est la nôtre.

  6. Pierre Grosbois

    Féminines, Pauline Bureau (Théâtre de la ville)

    Pauline Bureau conte avec éclat l'incroyable aventure humaine de la première équipe de France féminine de football. De l'usine au stade, de la grève à la coupe du monde, « Féminines » est une épopée dans laquelle le collectif conduit à l’émancipation, autorisant d’autres vies possibles bien au-delà des rêves. Rythmée par la musique qui occupe une place stratégique dans la dramaturgie, la pièce, cinématographique, navigue remarquablement entre récit collectif et intime. Pauline Bureau est allée à la rencontre des Féminines du Stade de Reims, de celles et ceux qui ont fait l’histoire, jusque-là injustement méconnue, interviewant joueuses, entraineurs, journalistes, supporters. Elle fait le choix de la comédie qu’elle installe dans l’atmosphère d’exaltation et de joie qui prévalent généralement aux compétitions sportives, pour conter dix ans d’une vie commune, le destin hors norme de cette équipe féminine de football qui, de la farce de l’Union en 1968 à la victoire lors de la coupe du monde à Taipei en 1978, a dépassé ses rêves, a rendu possible l’impossible.

  7. Théâtre de la Poudrerie

    Notre histoire / Se construire, Jana Klein et Stéphane Schoukroun (Théâtre de la Poudrerie, Sevran, Monfort Théâtre)

    Deux pièces intimes de Jana Klein et Stéphane Schoukroun qui se lisent comme un diptyque. Dans la première, ils racontent leur histoire qui se confond avec celle du XXe siècle. Il est juif, elle est allemande. Ils s’aiment. Ensemble, ils vont se construire tant bien que mal, devenir parents. Avec beaucoup d’humour, la pièce opère un va-et-vient constant entre fiction et réalité, brouillant la frontière entre les deux. En passant de l’intime au politique, leur histoire devient aussi un peu la nôtre.

    La seconde est la reconstitution d’une enquête sur le quartier des Beaudottes à Sevran et ses habitants, « Se construire » de Jana Klein et Stéphane Schoukroun fait dialoguer récit collectif et vécu intime dans les collèges de la banlieue parisienne avec la complicité du Théâtre de la Poudrerie.

  8. Christophe Reynaud de Lage

    Fraternité, conte fantastique, Caroline Guiela Nguyen (Odéon Théâtre de l'Europe aux Ateliers Berthier)

    Caroline Guiela Nguyen sonde le futur en plongeant l’humanité dans le désarroi et le chagrin après la disparition soudaine de la moitié de celle-ci. «Fraternité, conte fantastique » fait le récit de ceux qui restent à travers la vie d’un centre de soin et de consolation dans lequel des personnes de tous horizons tentent de prendre soin les uns des autres. Fresque d’anticipation, la pièce interroge la part d’avenir contenu dans le présent et fait le pari de l’altérité. Dans cette odyssée humaine, reconnaitre l’autre comme un frère est la condition sine qua non à la construction d’un futur commun avec les disparus, à la survie de l’humanité.

  9. Rituel 4 : Le grand débat, Émilie Rousset & Louise Hémon (Théâtre de Gennevilliers)

    Durant plus d’une heure, les comédiens (formidables)  Emmanuelle Lafon et Laurent Poitreneaux reprennent des extraits des débats télévisés opposant les deux candidats à la présidence de la république. De Mitterand - Chirac à Sarkozy - Royal ou Giscard - Mitterand, les petites phrases fusent et les lumières se fond de plus en plus basses. Au bout du compte, le sommeil gagne aussi les candidats qui paraissent s’être endormis, atomisés par leur propre discours. La politique est un sport de combat où les joutes verbales sont des armes redoutables et bien souvent hilarantes.

  10. Plaidoirie pour vendre le Congo, Sinzo Aanza, Aristide Tarnagda, Théâtre Acclamations (Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine)

    Le texte sublime, effroyable, terriblement humain dans son absurdité, du jeune auteur congolais Sinzo Aanza, mis en scène par Aristide Tarnagda, interroge le prix des morts. Le conseil de surveillance du quartier 2 Masina est réuni pour débattre la proposition du gouvernement d’indemniser les familles ayant perdu un parent dans une bavure de l’armée. On rie des commotions de nos démocraties, des contradictions de nos politiques. « Rire pour expulser le trop de fiel qui bouche les cœurs. On va rire du laid afin qu'affleure le beau. Le rêve ».

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