Portfolio

2019, année théâtrale

Un classement qui n'engage que moi, auquel on pourrait ajouter les corps interdits de Rébecca Chaillon dans «Où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute», ceux de «Reconstitution: le procès de Bobigny» d'Emilie Rousset, ceux de «Pièce» de Gremaud/Gurtner/Bovay ou encore ceux découverts dans «Le mariage» de Timeau de Keyser. Ils appellent encore de bien beaux levers de rideau.
  1. Una costilla sobre la mesa : Madre d'Angelica Liddell au Théâtre Vidy-Lausanne.

    Avec "Una costilla sobre la mesa : Madre", bouleversant requiem d'une fille à sa mère défunte, Angélica Liddell a ouvert de façon magistrale la cinquième édition du Festival Programme Commun à Lausanne, emplissant de son amour et sa douleur le pavillon du Théâtre de Vidy. De son retour sur la terre natale maternelle nait cette sublime et intense prière théâtrale.

  2. Le bruit des arbres qui tombent (reprise) de Nathalie Béasse au Théâtre de la Bastille

    Lorsque l’on a gouté au merveilleux des œuvres théâtrales de Nathalie Béasse, on devient aussitôt accro à la grande poésie visuelle qui se dégage de ces petits riens lorsqu’ils deviennent soudain les précieux éléments d’un décor improvisé aussitôt disparu. Chaque soir, au Théâtre de la Bastille qu’elle occupait juste avant l'été, avec pour seul accessoire un immense rideau de plastique noir guidé par quatre comédiens, elle signait l’une des ouvertures les plus époustouflantes que j’ai pu voir au théâtre, à l’onirisme débordant, c'était "Le bruit des arbres qui tombent."

  3. Qui a tué mon père de Stanislas Nordey à La Colline -Théâtre National

    A la Colline, l'interprétation magistrale de Stanislas Nordey révèle l'importance du texte d'Edouard Louis. "Qui a tué mon père" pièce engagée, se situe au croisement de l'intime et du politique. Seul en scène face aux effigies du père qui se multiplient, Nordey donne corps à ce récit douloureux mais nécessaire, dénonçant la mise à mort des classes populaires. Incandescent.

  4. Doreen (reprise) de David Geselson au Théâtre de la Bastille

    Reprise au Théâtre de la Bastille de « Doreen » imaginée par David Geselson à partir de la bouleversante «Lettre à D.» d’André Gorz. C’est depuis l’intimité de leur salon qu’est contée, dans une intensité rare, cinquante-huit ans de la vie d'un couple. L'histoire d'un amour fou, un amour dont la nécessité vitale est contenue dans cette lettre d’adieu au monde. Eblouissant.

  5. Neuf mouvements pour une cavale d'Aurelia Lüscher au Théâtre des Ilets - CDN de Montluçon (création)

    Récit de la vie et de la mort d'un fermier conté avec la force du désespoir par sa sœur, Antigone des temps modernes, "Neuf mouvements pour une cavale", tragédie contemporaine de la violence capitaliste en milieu rural, dénonce la mort des paysans et interroge le droit à la violence défensive. Face au déni de justice, la Cie le Désordre des choses transforme le deuil en révolte.

  6. Retour à Reims de Thomas Ostermeier au Théâtre de la Ville - Espace Pierre Cardin

    Thomas Ostermeier s’empare du « Retour à Reims » de Didier Eribon comme miroir d’une société en plein questionnement. Devant le public de l’espace Pierre Cardin, le metteur en scène allemand fait entrer l'urgence du présent dans lequel à la mémoire ouvrière se mêlent désormais l'actualité des gilets jaunes et des enfants d’immigrés. Un grand théâtre politique.

  7. Convulsions de Frédéric Fisbach au Théâtre Ouvert

    Au Théâtre Ouvert, le texte d'Hakim Bah revisite le mythe des Atrides, l’un des plus violents que nous ait légué le théâtre grec, en le transposant dans l'ordinaire d'un futur proche monstrueux. « Convulsions » montre toutes les violences, tour à tour insupportables, grinçantes, abjectes, soubresauts d'une humanité à l’agonie, la nôtre.

  8. Place de Tamara Al Saadi, vu au Théâtre de Gennevilliers

    Comment se construit-on dans le déracinement de l’exil? Comment grandir avec un héritage culturel nourri de larmes ? Quelle place accorde-t-on dans notre société aux enfants de la guerre nés ailleurs ? "Place" de Tamara Al Saadi conte l'apprentissage de Yasmine, jeune adolescente dont la famille est réfugiée à Paris depuis la Guerre du Golfe. Formidable et nécessaire.

  9. Les bonnes de Robyn Orlin au Théâtre de la Bastille

    Dans cette version mise en scène par la chorégraphe et metteuse en scène sud-africaine Robyn Orlin, à la domination sociale s’ajoute la domination raciale qui fut longtemps le quotidien de son pays. Fidèle à la distribution d’origine voulue par Genet, Claire et Solange, sœurs et domestiques assassines, sont interprétées par des comédiens ici noirs africains, tandis que Madame s’incarne évidemment sous les traits d’un comédien blanc. Les images du film de 1975 réalisé par Christopher Miles servent de décor de fond, créant un subtil dialogue entre théâtre et cinéma. Ramenée aux trois personnages féminins principaux, condensée afin d’en livrer cette intensité rare qui rend tangible le tragique et la violence présents dans l’œuvre de Genet, la pièce se meut en une histoire de la folie qui apparaît peu à peu sur le corps usé de Solange, réceptacle de toutes les haines et humiliations infligées par la bourgeoisie sur les classes populaires, dominants et dominés d'une Humanité à la fois effrayante et pathétique.

  10. Rémi de Jonathan Capdevielle à Nanterre-Amandiers

    Jonathan Capdevielle se saisit du récit d'Hector Malot pour composer un voyage initiatique subtilement traversé par des problématiques contemporaines. « Rémi » est rythmé par les obsessions du metteur en scène dont on retrouve l'univers poético-folklorique. Du théâtre autobiographique au spectacle jeune public, Jonathan Capdevielle n’en finit pas de nous transporter.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.