Rarement l'actualité nous a offert de telles déflagrations de "vie réelle" (versus de nos certitudes). Actuellement c'est ce qui se passe.
Je ne parle pas ici de ce que monsieur Cahuzac vient enfin d'avouer comme l'indigne ministre qu'il est donc, car, même si cela illustre parfaitement ce que j'écris (en cela qu'il s'agissait tout de même de certitudes de Président de la république!) ce n'est point mon propos. 

Je parle d'une lynchage de jeunes garçons par des villageois d'Egypte "on ne sait pas trop pourquoi" et des différents commentaires qui émaillent l'article de Libération  qui en parle. On nous explique clairement les différentes tortures qu'ont subies les deux jeunes gens, de la part de ceux qui étaient leurs voisins, et ce, sans que personne ne sache vraiment de quelles "terribles actions" ces adolescents de 17 ans avaient pu se rendre coupable.
Les faits c'est qu'ils sont morts, qu'ils ont été sauvagement  torturés et qu'on ne sait toujours pas très bien ni pourquoi, ni qui a fait ça, ni comment l'ambiance a pu tourner "à ce point".
 Libération résume la chose sous le titre  "Deux jeunes lynchés, le terrible miroir d'une Egypte à la dérive", titre sur lequel j'aimerai m'arrêter un instant car cette Egypte à la dérive serait, d'après ce que je comprends du papier, l'Egypte, sans "homme fort" sans "vengeance forte". 

Je cite: " "Moubarak était corrompu, mais au moins il tenait le pays. On a cru à cette révolution mais elle n'a rien apporté de bon, que du désordre" peste une des tantes (des victimes NDRL) "Si les frères musulmans sont honnêtes  ils doivent faire appliquer la loi islamique et punir par la mort les assassins de mon neveu", s'emporte une autre".

Première constatation, on est ici en plein dans ce que n'importe quel connaisseur correct des pays arabes sait: "Si on démolie le palais, c'est pour rentrer dans la mosquée". Le drame c'est que j'écris "première constatation", alors que déjà cette évidence à beaucoup, beaucoup de mal a être accepté par l'Occident. Même si les faits sont à travers tout le monde Arabe sans appel pour l'instant, l'Occident continue de se bercer avec délice de la certitude que la seule vision que l'on peut avoir du monde, c'est la sienne a savoir: "ni palais, ni mosquée". (On pourrait douloureusement ironiser sur le fait que le pays avec lequel le grand gourou occidental est le plus complice, a même réussi à mettre la mosquée dans le palais et réciproquement. Nous ne le ferons pas, car les mentalités doucement évoluent sur l'étrange histoire d'amour et de trahison qui uni les Etats Unis à l'Arabie Saoudite...)

Eh bien c'est faux. Nous voyons que c'est faux, nous entendons que c'est faux mais , rien à faire, nous sommes convaincus qu'il faudrait que ça devienne vrai...

J'ai trop vécu entre ces deux mondes pour le souhaiter moi même. Ce serait un total reniement de mes convictions concernant  la variété des schémas des sociétés de notre planète et la capacité qu'ils ont à satisfaire les uns et faire souffrir les autres. Beaucoup de modèles ne me plaisent pas, mais de là à penser que le nôtre est "le bon" il y a un pas que je ne franchirai pas. C'est sans doute le moins pire pour nous, étant donné notre histoire, notre géographie, les aléas du déroulement des choses, mais pour "les autres".....?....je n'en sais rien.

 

Revenons-en à nos malheureux ados égyptiens qui pendent au bout d'une corde. Ce que nous disent les tantes des victimes c'est que Moubarak avait comme unique qualité de "tenir le pays" ...Qu'entendent-elles par là?

 

Suggèrent-elles ce que j'affirmais  en octobre 2012  (cette date est un lien vers le billet): "Ce sur quoi je veux insister c'est ce "drôle de rapport" à la toxicité étatique, a entretenu , sur place, un quiproquo majeur sur ce que l'on est en droit d'attendre d'un état, d'un chef." ?

Quand à l'Islam, ya haram! Quel violent visage nous montre-t-il là.

On parle de la loi du talion et c'est fini.

 

ça c'est le constat. 

Les paroles de gens qu'il faut entendre. 

"tenir un pays" "punir par la mort".

Et à cela on peut rajouter les paroles , accompagnées d'un haussement d'épaules, d'un employé de restaurant du village "ça a été une grosse colère, tout le monde regrette aujourd'hui, ça ne se reproduira plus". Voilà son commentaire sur ce qu'on qualifie là-bas "d'accident".


Aurais-je l'audace de suggérer que dans un contexte de ce type, on ne s'étonne qu'à moitié qu'un tyran, ou qui que ce soit en soif d'omnipotence, puisse faire son nid? Rien ne vient de nul part et j'ajouterais à cela que la relation à la violence et le rapport au sang, est, de loin, ce qui m'a le plus désorientée dans le monde bédouin...

Je ne suis pas en train de bâtir des excuses aux criminels que sont , ou étaient, les tyrans du monde arabe. Je suis en train de dire que l'Occident devrait écouter avec plus de respect la parole des syriens, qui actuellement, ne veulent pas encourager la "révolution".

Ceux qui demandent instamment à la France de ne pas rajouter du sang au sang, en envoyant des armes à on ne sait trop qui de cette guerre civile. 

Tout ceux qui refusent de soutenir les "rebelles".

Ceux que justement, on ne laisse pas trop s'exprimer dans les médias français parce qu'ils nous agacent, ou parce qu'ils sont incompréhensibles à notre logique.

C'est ce que défend avec brio et connaissance Thomas Friedmann (éditorialiste du New York times) et inutile de préciser que je partage largement son point de vue, sur cette masse de population que l'on refuse de voir.

Pourquoi "ces gens là" sauraient-ils moins bien que nous, ce qui est en accord avec ce qu'il peuvent, et veulent, vivre chez eux? Pourquoi refusons nous de leur faire confiance?

Accepter d'entendre, en face, ce que ces gens là essayent de nous dire sur leur réalité serait déjà une grande étape dans cette situation on-ne-peut plus nouée depuis la démission de Moaz Al Khatib,  président de la coalition des opposants au régime syrien.

 

Ps: Monsieur Fabius n'a toujours pas répondu à ma lettre, mais Monsieur Hollande semble être en pleine reflexion sur ce qui, il y a encore peu, semblait très clair au journal Le Monde: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/02/23/pourquoi-il-faut-armer-les-rebelles-syriens_1837790_3218.html . Je ne perds donc pas espoir.

Voici donc par étape, ma reflexion hebdomadaire commencée en octobre.

Je continuerai d'essayer de coller au mieux à l'actualité.

A  mercredi prochain.


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

Là où j'en suis de ma reflexion...(4)

Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

Là où j'en suis de ma reflexion...(6)

Là où j'en suis de ma reflexion...(7)

Là où j'en suis de ma reflexion...(8)

Là où j'en suis de ma reflexion...(9)

Là où j'en suis de ma reflexion...(10)

Là où j'en suis de ma réflexion (11)

Là où j'en suis de ma reflexion (12)

Là où j'en suis de ma reflexion (13)

Là où j'en suis de ma reflexion (14)

Là où j'en suis de ma reflexion (15)

Là où j'en suis de ma reflexion (16)

Là où j'en suis de ma reflexion (17)

Mon dernier papier

 ma lette ouverte à Laurent Fabius

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

Lien vers "Ma Syrie" (20)

Lien vers "Ma Syrie" (19)

Lien vers "Ma Syrie" (18)

Lien vers "Ma Syrie" (17)

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Lien vers "Ma Syrie" (12) 

Lien vers "Ma Syrie" (11) 

Lien vers "Ma Syrie (10)

Lien vers "Ma Syrie" (9)

Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

Lien vers "Ma Syrie" (6)

Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 

 

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