Service national : le recul de Blanquer ne met pas fin à la menace

Le caractère obligatoire du SNU n’est « certainement pas un sujet de court terme » : avec cette apparente reculade, Blanquer ne fait que reconnaître les difficultés concrètes d’application du projet sans toutefois en remettre en cause le principe.

Le caractère obligatoire du SNU (service national universel) n’est « certainement pas un sujet de court terme » : avec cette apparente reculade, Blanquer ne fait que reconnaître les difficultés concrètes d’application du projet sans toutefois en remettre en cause le principe. Avec comme objectif de désamorcer la contestation, au demeurant très limitée, née ces dernières semaines dans les lycées, cette annonce confirme surtout que le projet initial est reconnu comme peu compatible avec les contraintes budgétaires.

En réalité, cette approche très réductrice du sujet est bien dans la ligne d’un dispositif qui laisse de côté toutes les questions fondamentales jamais débattues depuis un an, principalement le principe de la conscription qui place chaque individu, dès l’âge de 16 ans (avec le recensement obligatoire), dans un rapport de dépendance à l’armée, sans qu’il soit possible de s’y soustraire. Mais également, dans la ligne de l’éducation à la défense, la collaboration toujours plus étroite entre l’Education nationale et la Défense, au mépris de la plus élémentaire liberté de conscience, notamment par la confusion entretenue entre sécurité et défense militaire ou encore entre citoyenneté et nationalité.

A défaut d’informations officielles ou d’une renonciation publique qui ne viendra probablement pas, l’avenir proche du SNU pourrait se réduire, comme la chose avait d’ailleurs été annoncée, à un service fondé sur le volontariat, un peu dans l’esprit de l’actuel service civique, avec la Creuse comme terrain d’« expérimentation ». Ainsi circonscrit, le gouvernement se verrait d’un coup délivré de la menace d’une contestation massive des jeunes, en même temps que débarrassé des contraintes d’un financement impossible à assurer (à moins de s’aveugler toujours davantage…), tout en conservant aux yeux de l’opinion la fiction d’un service réellement universel pour 2026, une échéance qui, dans le contexte actuel, équivaut aux calendes grecques.

Mais une seconde hypothèse n’est pas exclue, celle, assez perverse, d’un service dilué tout au long de la scolarité des élèves, dont les modalités avaient été définies en début d’année par la commission de la Défense de l’Assemblée nationale (compte-rendu sur cette note de blog) et qui a fait l’objet en septembre d’une proposition de loi. Ce dispositif, s’articule autour de l’extension de la JDC (journée défense et citoyenneté) à une semaine entière ainsi que d’une semaine obligatoire d’imprégnation de valeurs « civiques » et militaires qui se déroulerait chaque année en collège. Un dispositif qui offrirait aux yeux de ses instigateurs l’inestimable avantage – outre son coût réduit – de soumettre l’ensemble des élèves, de surcroît très jeunes, à une vision militaire de la citoyenneté, incontestable travers obsessionnel de l’éducation civique scolaire.

Enfin, puisque l’actualité semble vouloir donner une vigueur nouvelle aux programmes populistes les plus insensés (ou qui passaient pour tels il y a peu de temps…), l’éventualité d’un rétablissement pur et simple d’un service militaire à l’ancienne n’est pas à écarter. Dans un pays qui n’a jamais digéré la « suspension » du service militaire, au point de conserver le principe de la conscription accouplé à celui d’une armée de métier, un pays dans lequel l’armée est un sujet tabou, jamais interrogé, un pays qui accepte tous les engagements militaires sans discussion, un pays qui a la fâcheuse tendance à voir dans les chefs militaires un recours aux désordres du moment, voire un modèle de gouvernement des individus, un pays qui se découvre une passion nouvelle pour n’importe quelle initiative démagogique rebaptisée expression directe, un pays où le bruit de la rue voudrait se faire passer pour la voix du peuple, on ne serait pas vraiment surpris de voir, un jour pas très lointain, l’encasernement général faire l’objet d’un retour en force dans le cursus éducatif et civique des jeunes. Par la magie d’un referendum, par exemple…

 

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