L’Hebdo du Club #32: éloge des petits ruisseaux

A l’heure où la Catalogne se débat pour son indépendance, cet Hebdo du Club numéro 32 (déjà!) met l’accent sur les liens qui tous les jours font vivre la démocratie. Le projet de coopérative Coopcycle, la solidarité autour des migrants de la Chapelle, les réunions de la pharmacie de l’Ariane…

Le Club vit, depuis une dizaine de jours, au rythme de la crise politique en Catalogne. Tous les jours, diverses contributions alimentent la Une de Mediapart. Certaines pro-indépendantistes. A l'instar du manifeste lancé, le 29 septembre, par Xosé Manuel Beiras, figure historique de la gauche indépendantiste de Galice. Ou de la déclaration commune de solidarité avec le peuple catalan, du 2 octobre, des représentants du NPA français (dont Olivier Besancenot), espagnols de Anticapitalistas et grecs de DEA qui affirment que « l'Etat espagnol a perdu définitivement sa légitimité en Catalogne ». Et sont convaincus « que la rupture démocratique, qui a déjà commencé en Catalogne, contribuera sans aucun doute se poursuivre sur le chemin de la rupture avec ce régime ainsi qu'à l'ouverture de processus constituants sur la base de l'action des peuples dans tout l'Etat espagnol. » A noter que ces prises de positions ne sont pas limités aux politiques qui contribuent au Club, d'autres blogueurs, dont Antoine de Montpellier, ont fait état dans leurs billets de la vigueur du mouvement national catalan, via les assemblées de quartiers.

D'autres sons de cloche, plus critiques sur le mouvement indépendantiste, se sont exprimés. comme celle de Gilles Mirambeau, maître de conférences à l'Université Pierre et Marie Curie à la Sorbonne, et « résident-biochercheur à Barcelone et Paris », avant le référendum du 1er octobre, sur « la provocation du gouvernement de Catalogne ». 

Sans oublier, les nombreuses contributions, ni pour, ni contre la légitimité de l’indépendance, mais qui ont ardemment défendu le droit au référendum. Dans cette série, le billet du sociologue Eric Fassin, sur le déni de démocratie du premier ministre espagnol Mariano Rajoy, est assurément à lire. Ainsi que l'appel d’intellectuels de nombreux pays « invitant à des médiations qui dépassent les frontières nationales. »

En attendant les rebondissements que ne manquera pas de susciter la déclaration d’indépendance du Parlement catalan prévue pour lundi, l’Hebdo du Club vous propose une balade sur des chemins moins escarpés, mais tout aussi importants pour l’avenir démocratique des sociétés européennes.

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Eloge des liens qui libèrent

Parce que l'avenir appartient à la jeunesse, commençons notre focus par CoopCycle, une initiative portée par des jeunes militants, issus de la mouvance Nuit Debout, dont l'ambition est de créer un logiciel concurrent à Deliveroo, destiné à des coursiers organisés en coopératives. Nous les avions rencontrés cet été, trouvé le projet pertinent, et invité à nous raconter leur aventure dans un blog. Fin septembre, notre collègue Dan Israel en a même fait un récit mettant en perspective ce projet de plateforme numérique alternative.

Le 3 octobre, CoopCycle a publié un 6e billet au titre percutant « La vie d'un livreur vaut moins que la voiture d'un patron » que nous vous invitons à lire. Il s'agit du témoignage d'un livreur engagé dans la coopérative qui fait la démonstration qu'il est possible de s'organiser dans un secteur ubérisé et de gagner des droits. « Steven est livreur à vélo chez Deliveroo. Excédé d'être exploité par la plateforme de foodtech, il raconte comment il est entré en lutte au sein du collectif CLAP et pourquoi le combat des livreurs rejoint celui de nombreuses professions qui subissent l'ubérisation. » Il nous détaille ce que signifie être ubérisé (pas de fiche de paie, pas de droits aux côtisations patronales sur le chômage ou la retraite, pas de Smic horaire...) et comment il s'est organisé avec ses camarades du CLAP pour éviter la répression et mener des actions. « Depuis, on a également gagné une assurance gratuite payée par la boîte à tous les livreurs, ce qui est une bonne chose, parce que jusqu'ici, entre 60 et 80 % des livreurs roulaient sans aucune sécurité. » Et avec ses amis, bien sûr, ils ne comptent pas s'arrêter là...

... et de la fraternité sans laquelle rien n'est possible

Issouf, l'ancien étudiant malien de Thot, « l'école diplômante de français à destination des migrants » qui a illuminé le live Mediapart du 4 octobre consacré aux solidarités citoyennes, rappelait (autour de 50') que ceux qui s'engagent auprès des migrants n'aident pas, mais «agissent» ! Car ici, comme dans de nombreux autres domaines, les citoyens relèvent l'honneur perdu des Etats qui ne respectent pas les droits qui sont censés les fonder.

Cette semaine, la lettre d'un migrant à la rue dans l'est parisien, harcelé par la police toutes les nuits, nous explique aussi pourquoi l'engagement du « peuples français » est précieux: « sans les peuples français, aucune migration, et aucun réfugié ne (pourraient) vivre en France ». Et nous envoie un message : « Sans étranger comment le pays se développe, se conditionne, se remplit ? Avec la bénédiction des étrangers le pays progresse. Conseillez la police peuple français ! » Cette lettre a été collectée puis publiée par le collectif citoyen « la Chapelle en lutte », toujours aussi vaillant sur le terrain. 

Dans un registre moins dramatique, le billet de D. Codani nous raconte une réunion dans l'arrière boutique d'une pharmacie de l'Ariane, un quartier excentré « réputé périlleux » de Nice, où la fraternité, simple et essentiel, y est célébrée. Le « bon vivre » ensemble n'a pas besoin « de grande leçon de morale. Juste une tranche de quotidien. », nous rappelle-t-ilQuant à l'alcool, qui pose parfois problème pour se rassembler entre musulmans et non-musulmans, il illustre en photo comment les gens de l'Ariane ont trouvé une façon amusante de contourner le problème...

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« L'ambiance est tout sauf morose. La plupart des invités ne consomment aucun alcool, mais aucun alcool n'est nécessaire quant on a la joie d'expliquer aux autres ce que l'on a soi-même préparé pour eux, pour l'ami qui a installé sa pharmacie là et qui a permis de trouver le meilleur remède. Car la pharmacie c'est normalement la première étape après le médecin, mais à l'Ariane, c'est souvent aussi la première étape avant le médecin (...). » 

Mediapart, le film des abonnés

Dans un billet daté de mi-septembre, nous vous racontions qu'à l'occasion des 10 ans de Mediapart, le 16 mars 2018, nous allons tenter de faire raconter cette aventure par ses lecteurs. Nous vous invitions à participer (si vous êtes (ex) ouvrier(e), employé(e) ou paysan(ne) n'hésitez pas à nous contacter, vos témoignages nous intéressent). « Car qu’est-ce qu’un journal sans ses lecteurs ? Que serait Mediapart sans ses abonnés, les dizaines de milliers qui nous lisent seulement, les milliers qui commentent ou tiennent leur blog ? ».

Pour la réalisation de ce film (le tournage, le montage et la postproduction), nous travaillons avec les étudiants en seconde et dernière année de journalisme de l’université de Bordeaux Montaigne (IJBA), encadrés par une équipe de professionnels. Les premiers tournages ont commencé, ils sont d'une très grande richesse. Corinne N. a eu la gentillesse de se prêter au jeu. Elle a publié en fin de semaine dernière, un billet que je vous recommande. Elle propose avec 3 autres abonnés de Mediapart habitant Bordeaux et sa région d'organiser une réunion, avant la fin décembre, « afin d’avoir le plaisir de faire de nouvelles connaissances, partager des réflexions et même, soyons fous, des "opinions" » (...) Y’aura la télé de Mediapart et de gentils interviouveurs, y faut pas en avoir peur, je les ai vus, ils sont très gentils, ils ont de tout petits appareils de prise d’images et de sons (franchement, dans mon salon ils étaient trois (quatre avec moi, mais j’avais rangé le chat) et on pouvait encore bouger ! »

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