Le jardin naturel (9)

suite des billets: Le jardin naturel (1) ; Le jardin naturel (2) ; Le jardin naturel (3) ; Le jardin naturel (4) ; Le jardin naturel (5) ; Le jardin naturel (6) ; Le jardin naturel (7) ; Le jardin naturel (8)


rappel : le mémoire ici présenté a été réalisé dans le cadre de la formation des Guides Nature du Pays des Collines (province du Hainaut - Belgique), session 2012-2014. Les indications légales et réglementaires citées sont donc valables uniquement pour la Belgique, quand bien même on trouve presque toujours des textes traitant les mêmes sujets de manière identique ou approchante en France. De même il est important de rappeler que toutes les références de végétaux qui sont proposées le sont pour la Belgique (hors les zones littorales et les Ardennes Belges) ; elles sont toutefois adaptées pour la plus grande partie de l'actuelle région Haut de France. Pour les autres régions se rapprocher des pépiniéristes spécialisés en plantes indigènes et/ou se renseigner auprès d'associations locales.

                                                    La prairie fleurie

 

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Une partie de la pelouse peut avantageusement laisser la place à une prairie fleurie. Cette zone qui devra être bien ensoleillée verra fleurir quelques magnifiques plantes vivaces au milieu des graminées.

Une prairie ne comporte ni nielles, ni coquelicots, ni bleuets. Ces plantes annuelles ne se maintiennent d’une année à l’autre que si le sol est suffisamment dénudé pour permettre la germination de leurs graines… ce qui n’est pas le cas dans une prairie de fauche, mais bien dans un champ cultivé. Coquelicots, bleuets et bien d’autres ne fleuriront que si vous retournez le sol au moins tous les deux ans. On les retrouvera donc plutôt dans les plates-bandes fleuries (voir chapitre suivant)

Non seulement, la prairie demande moins de travail que la pelouse qui doit être tondue tous les 15 jours à la belle saison, mais surtout, elle attire un grand nombre d'insectes butineurs tels que les papillons et les abeilles. Les graminées servent de plantes hôtes pour les œufs et les chenilles de nombreux papillons.

Paon-du-jour (Aglais io) Paon-du-jour (Aglais io)

 

Liste non exhaustive des principales fleurs de prairie :

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                                             Mise en place

Choisir un emplacement bien ensoleillé, si possible en continuité avec la pelouse rase des abords immédiats de la maison. Ceci facilitera les observations de près sans écraser les plantes et sans déranger les insectes.

 Dans un environnement préservé, le semis de graines de prairie n’est généralement pas nécessaire. En laissant simplement pousser la pelouse, les graines en dormance dans le sol se manifesteront dès que les conditions leur deviendront favorables. Les premières plantes à fleurir seront les pâquerettes, les véroniques, les renoncules, les pissenlits puis les hampes florales des plantains. Ces premières espèces basses vont être supplantées par les graminées tandis que d’autres plus hautes comme la marguerite, l’achillée mille-feuille, le lotier corniculé vont pouvoir s’épanouir.

Un apport de quelques graines peut parfois s'avérer nécessaire, ou même le repiquage de quelques plants entre les graminées. Les espèces choisies doivent être issues de souches locales.

 

                                           Entretien

 Une fauche annuelle, effectuée toujours à la même époque, suffit. Deux époques sont favorables :

  • mi-juillet, pour favoriser plutôt les plantes à floraison printanière
  • mi-septembre pour favoriser les fleurs d’été.

 Surtout ne pas broyer les herbes, afin de permettre le ramassage du foin. La faux est assurément l’instrument le mieux adapté. Cependant, une tondeuse réglée à une hauteur de coupe maximale convient également.

 

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Aussi paradoxal que cela puisse paraître, plus le sol est pauvre en éléments nutritifs (surtout azote et phosphore), plus la diversité végétale est grande. En effet, les sols trop riches favorisent les espèces dites nitrophiles (« qui aiment l’azote »), qui sont envahissante et déjà surreprésentées dans nos régions. L’ortie en est un bel exemple. Il faudra donc impérativement exporter le foin coupé. Il pourra servir de paillage dans le potager ou autour des arbustes de la haie, ou encore servir d’abris hivernal pour les insectes et petits mammifères s’il est disposé en tas dans un coin du jardin.

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Un mot sur le fauchage traditionnel

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L’utilisation de la faux au temps de la débroussailleuse peut paraître démodée. Cependant elle présente une foule d''avantages pour celui qui sait la manier :

  • Economique : l'achat et l'entretien d'une faux est bien moins cher que celui d'une débroussailleuse.
  •  Sécurité : durant le travail il n'y à pas de risques de projection de gravillons du au mouvement rapide du fil de nylon ou du couteau.
  •  Travail précis : Il est possible avec une faux de travailler très près des plantes sans risque de les endommager.
  •  Ecologique : pas de combustible nécessaire donc pas de pollution !
  •  Facile : l'effort à fournir est plus petit car il ne faut pas porter le poids de la débroussailleuse.
  •  Sain : le travail à la faux est sain pour le corps comme pour l'esprit. Il n'y a pas de bruit.

 

                                              La friche

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Si le jardin le permet, pourquoi ne pas laisser évoluer une partie dégagée du terrain sans intervention aucune. Selon la nature du terrain et sa localisation par rapport aux autres habitats du jardin, une friche se formera après quelques années, c'est-à-dire une végétation dense et impénétrable constituée de buissons et de ronces, avec une épaisse litière herbeuse. La friche constitue un refuge fort apprécié par la faune, particulièrement en hiver: les petits mammifères s'y sentiront à l’abri et les insectes s'installeront dans les tiges creuses. En pratique, il est conseillé de débroussailler la friche après une dizaine d'années pour éviter le reboisement total.

 

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On pourra notamment y trouver l’ortie dioïque (urtica dioica), qui, malgré sa triste réputation, joue un rôle fondamental dans la nature. C’est la plante hôte d’un grand nombre de magnifiques papillons, entre autre le paon de jour (Aglais io), la petite tortue (Aglais urticae), le Robert-le-diable (Polygonia c-album), le vulcain (Vanessa atalanta) et le carte géographique (Araschnia levana). Par ailleurs l’ortie est très utile au jardinier (voir le chapitre consacré au purin d’ortie).

 © julien populin © julien populin

 

                                       Les plates-bandes fleuries

Il est facile d'intégrer quelques plantes indigènes dans les plates-bandes. C'est le meilleur endroit pour installer les plantes annuelles: coquelicots, bleuets ou nielles ont besoin d'un sol fréquemment retourné.

 

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Certaines viendront naturellement: ce sont celles que l'on a trop vite tendance à éliminer, alors qu'elles sont jolies et ont pour la plupart un intérêt pour les animaux du jardin; d'autres pourront être plantées en respectant leurs besoin en lumière, en humidité, etc. Comme pour les plantes ornementales, le choix des plantes sauvages se fera en fonction de l’ensoleillement.

Les semis se feront en avril-mai ou en septembre- octobre. Pour préparer le terrain il faudra retourner le sol et enfouir correctement les touffes d’herbes. Après cet enfouissement, le sol sera travaillé très finement. Les mottes d’herbes qui resteraient en surface où les éventuels rhizomes seront soigneusement enlevés.

Ensuite, on laissera reposer le sol pendant deux à trois semaines maximum. Pendant cette période, les semences d’adventices présentes dans la terre vont germer (faux-semis). Un second travail du sol, superficiel – quelques centimètres de profondeur tout au plus – suivra alors et permettra d’éliminer ces jeunes plantules. Le sol sera par la même occasion correctement nivelé pour accueillir le semis du mélange choisi.

 

                                          Les plantes de soleil 

 

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Les plantes vivaces sont présentes même en hiver. Au fil des années, la plante grandit et s’étoffe. Elle se ressème ou fait de nouvelles pousses à partir des racines.

Les annuelles germent, fleurissent, fructifient et meurent en un an. Elles sont les premières à coloniser un sol nu. Pour les entretenir, il suffit de retourner la terre au mois d’octobre, afin de recréer les conditions favorables à leur germination au printemps suivant.

Les bisannuelles présentent un cycle de vie s’étalant sur deux années. La première année elles germent et forment des feuilles (le plus souvent sous forme de rosette au niveau du sol). La deuxième année, les fleurs apparaissent. Ensuite, la plante meurt, laissant la place à un nouvel individu l’année suivante. L’entretien consiste à laisser les rosettes en place la première année et à retourner le sol lorsque la plante a fleuri.

 

                                           Les plantes d’ombre

 

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Elles poussent dans les milieux ombragés et s’intègrent facilement à l’ombre de la haie. Elles sont vivaces pour la plupart :

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                                          Le tas de pierres

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 Un simple tas de pierres est un écosystème à lui tout seul!

Vous pouvez aussi vous lancer dans l’aventure d’un muret en pierres sèches (c’est-à-dire sans mortier) :

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 Le mur ne doit pas forcément être linéaire, on peut aussi l’enrouler sur lui-même et réaliser ainsi une « spirale à insecte ».

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 Choisir si possible des pierres locales, de tailles et formes différentes, pas trop arrondies avec quelques grandes dalles assez épaisses qui permettront de bloquer l’édifice.

 Si le terrain est instable, faire une petite fondation de 20 à 30 cm de profondeur avec des graviers ou des caillasses bien tassés.

 Poser la première rangée, composée d’un maximum de grosses pierres plates, en sachant que la base du mur doit être plus large que le sommet. Monter ensuite le muret. Il sera constitué de deux pans et l’espace entre ceux-ci sera rempli de sable ou de caillasse. À chaque nouvelle rangée, disposer les pierres en quinconce par rapport à celles de dessous. Y insérer un nichoir à abeilles solitaires.

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La végétation adaptée à ce milieu extrême s’implantera mieux si, lors de la construction, de la terre ou quelques touffes de mousses sont disposés de temps en temps entre les joints.

Fougères, corydale jaune, orpin, ruine-de-Rome, chélidoine, géranium herbe-à-Robert, mousses et lichens ne tarderont pas à coloniser l’ouvrage. Et pour ce qui est de la faune, les insectes y trouveront la chaleur et les cavités nécessaires à la chasse ou à la reproduction. Les oiseaux aussi le visiteront comme terrain de chasse (la grive se sert d’une grosse pierre pour casser les coquilles d’escargots). Les reptiles viendront y prendre un bain de soleil et les batraciens hiberneront peut-être dans les cavités.

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Prochain billet : Les nichoir et le nourissage des oiseaux

 

 

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