L’insoluble affectif (par André Bernold)

« Qu’il y ait ou non une solution aux problèmes, cela ne trouble guère qu’une minorité ; que les sentiments n’aient point d’issue, ne débouchent sur rien, se perdent en eux-mêmes, voilà le drame inconscient de tous, l’insoluble affectif dont chacun souffre sans y réfléchir. » E.M. Cioran

« Qu’il y ait ou non une solution aux problèmes, cela ne trouble guère qu’une minorité ; que les sentiments n’aient point d’issue, ne débouchent sur rien, se perdent en eux-mêmes, voilà le drame inconscient de tous, l’insoluble affectif dont chacun souffre sans y réfléchir. » E.M. Cioran

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J’ai ce texte de la main même de Cioran. Il me l’a offert le 16 mai 1986, il y a plus de 31 ans : il y a un génération. C’est moi qui l’ai choisi. il est tiré de l’un de ses livres, je ne me souviens plus précisément duquel. L’encre a beaucoup pâli : pensant bien faire, pour cet autographe d’apparat sur le papier d’Amalfi que je lui avais fourni, il s’est servi d’une encre brune, exactement la même, curieusement, que Beckett, pour recopier pour moi ses poèmes. L’encre brune devait avoir la cote, à l’époque. Le choix n’a pas été très heureux. De l’encre. Pas du texte. Il me semble avoir gardé toute sa force.

Si je procédais comme Max Jacob dans ses Méditations d’avant l’aube, j’écrirais : « Cinq heures du matin. L’insoluble affectif [répété en marge]. L’insoluble affectif est cette chose que le démon a placée sous nos pas… véritable peau de banane… (plus que vingt minutes)… »

Si, en revanche, j’étais un vulgarisateur de la science, un mauvais, pas un bon, je présenterais ainsi mon affaire : « On pourrait dire, à titre d’hypothèse, que la psyché selon E.M. Cioran ressemble à ce qu’en topologie élémentaire on appelle bouteille de Klein, une espèce de gourde dont le long col flexible se replie vers la paroi de ladite gourde et la pénètre comme une trompe d’éléphant orientée vers son socle.

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Je dis « ressemble ». C’est sans rigueur, parce que je ne suis ni mathématicien ni topologue, je ne sais pas, au fond, ce que c’est qu’une bouteille de Klein, je ne suis qu’un vulgarisateur de la science, un mauvais, pas un bon, à qui une illustration de Sullivan a tapé dans l’œil en 2006, ce qui suppose quand même une certaine mémoire, un pauvre bougre de Bernold, une gourde, quoi. Je ne recommencerai pas, c’est promis. »

Je souhaitais juste attirer votre attention sur cette notation de Cioran. Songez-y bien. Merci. La situation est sans issue, ce papier ne débouche sur rien, je me perds en moi-même.

André Bernold, le 12 octobre 2017

 

Voir aussi, d'André Bernold :

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