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Appel aux élites intellectuelles : Mettez les mains dans le cambouis !…

Retraité.
LE GRAU DU ROI - FRANCE
À propos du blog
Contre appel lancé aux intellectuels suite à l'appel de trois intellectuels sur Le Monde.fr du 7 septembre 2018... Dans une tribune du Monde en date du 7 septembre 2018, P. Servigne, S. Kilani et N. Gonzalès lancent un appel à mobilisation. “Le vieux monde se précipite dans l’abîme…”, il y a urgence et c’est “dans les semaines et mois qui viennent (nous en sommes là)…” qu’il faudrait réagir. Pourtant chacun d’entre nous mesure bien l’inertie des peuples, y compris de ceux qui sont les plus avancés dans le processus d’effondrement. Certes, le temps dont nous disposons pour nous préparer à cet effondrement est très court (une dizaine d’années, peut-être plus, sans doute moins). En revanche, les principaux acteurs de cette catastrophe, ceux qui jusque-là en ont bien profité, savent se préparer. Leur Nouvel Ordre Mondial est déjà pensé, imaginé, mis en œuvre. Quel qu’en soit le prix humain, écologique et économique, ils se préparent à construire quelques ilots privilégiés, hyper protégés, à l’abri des guerres, famines et pandémies qu’ils auront eux-mêmes provoquées. Pour les autres, ceux qui n’ont pas l’heur d’appartenir à cette “élite”, le projet qui domine c’est le survivalisme individuel si bien exposé dans les dystopies hollywoodiennes. Quand l’homme se trouve dans une situation désespérée, sans possibilité d’imaginer une issue possible, les réactions les plus fréquentes sont le déni (c’est une fausse alerte, ça passera), l’ivresse (puisque c’est foutu, je profite jusqu’au bout de tout ce qui m‘est encore permis), la toute-puissance (bien armé et avec mon kit de survie, je prends le maquis)… “La voie de la négociation et de la réforme est une impasse”, c’est clair. “Penser que les citoyens puissent être rapidement déterminés à se mobiliser massivement semble être une chimère”, c’est tout aussi clair. La seule chance que nous ayons de limiter les dégâts et de retrouver une capacité collective à se constituer en “puissant lobby”, c’est d’avoir en tête une autre société possible et désirable. Or, ce qui est proposé aux peuples sensés constituer ce fameux lobby, ce n’est que replâtrage du vieux monde ou conversion personnelle façon “colibri” ! Aucune civilisation ne s’est fondée sans un mythe, sans un récit, sans un projet qui fasse rêver, qui enthousiasme, qui donne envie. Nous n’avons plus le temps de réparer, de convaincre, de convertir. Mais nous avons encore le temps d’imaginer un après où les causes premières de l’effondrement seraient éliminées, à commencer par la nécessité actuelle de la croissance et des profits financiers. C’est ce que j’ai tenté de faire en écrivant une fiction expliquant comment une crise financière mondiale pourrait nous conduire vers une société sans argent, une société où l’échange marchand serait remplacé par l’ACCÈS à tous les biens, services et savoirs, pour tous et sans condition. Écrit en 2013, il est maintenant presque épuisé mais en ligne gratuitement. Il a été traduit en grec et publié cet été par les éditions Aparsis d’Athènes. La “crise” grecque dont personne ne voit comment elle pourrait se résorber (si ce n’est l’inénarrable Pierre Moscovici, mais d’ici 2060 !) donne à cet écrit une force inattendue. Le projet de société que je suggère n’est peut-être pas le meilleur, mais c’est le seul, sur le “marché des idées”, à proposer une réponse globale à toutes les impasses systémiques qui s’annoncent. On a le droit de le critiquer ou de s’en gausser, mais refuser de le prendre en considération ou d’en proposer un meilleur devient de jour en jour plus suicidaire. Plutôt que de lancer un appel à la mobilisation générale, ne serait-il pas plus productif de proposer de quoi sortir du TINA, de cette fin de l’Histoire, de cette impuissance généralisée ? La collapsologie a suffisamment mis en lumière que la croissance et la nécessité de réaliser des profits financiers induisent mécaniquement l’effondrement global. Il est temps de construire autre chose et nous en avons maintenant les moyens techniques. Dans la prochaine décennie, les courbes exponentielles si bien décrites par le rapport Meadows vont passer le point de non-retour. Nous n’y survivrons qu’au prix d’une vraie révolution copernicienne, d’un changement brutal de “bassin d’attraction” comme disent les physiciens. Il est temps que les élites intellectuelles, seules capables d’élaborer cette révolution, sortent de leur réserve, de leurs spécificités théoriques, et mettent “les mains dans le cambouis” pour proposer d’autres paradigmes sociétaux que la croissance et le profit. Pablo Servigne, vous vous refusez à proposer une solution ; Anselm Jappe, vous écrivez que le seul réalisme est d’abolir l’argent, la valeur, le salariat…, et vous vous refusez d’en imaginer concrètement les conséquences ; vous, les ex-cadres de la BRI auteurs de “Revolution Required”, vous vous refusez à penser hors système capitaliste…, vous, les intellectuels les plus révolutionnaires, vous vous cantonnez aux principes (le commun, le convivialisme…). Il vous reste quelques mois, Pablo Servigne a raison, pour offrir à l’humanité un projet cohérent, global, faisable, et qui seul pourra mobiliser le plus grand nombre. Faute de quoi, le chaos le plus terrible précédera la fin de l’Histoire humaine et donnera raison aux survivalistes !...