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Billet de blog 23 avr. 2021

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LE MÉTIER DE PSYCHOLOGUE : NAVIGATION EN EAUX TROUBLES.

Quelques repères pour comprendre les enjeux, l’agitation et les précipitations en cours concernant «  l’avenir des psychologues à l’ère de l’expérimentation » Chèques sans provisions ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quelques repères pour comprendre les enjeux, l’agitation et les précipitations en cours concernant «  l’avenir des psychologues à l’ère de l’expérimentation » ( cf journée d’étude du 23 mars 2019 à l’Université Jean Jaures de Toulouse), à partir de l’expérimentation en cours sur 4 départements :

« Prise en charge par l’assurance maladie des thérapies non médicamenteuse »

Cette expérimentation débutée en 2018 et prolongée jusqu’en 2022 dans ses orientations et son évolution ( 2 modifications de la procédure ) contient les éléments de réflexions permettant d’envisager l’avenir de la profession.

Depuis 2018, j’ai fait une compilation de l’expérience de ce parcours . Il y a des reprises mais la chronologie des évènements nous conduisent à la situation actuelle.

Voici quelques balises.

13 octobre 2018

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/131018/prise-en-charge-par-l-assurance-maladie-des-therapies-non-medicamenteuses

08 novembre 2018

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/081118/suite-prise-en-charge-par-l-assurance-maladie-des-therapies-non-medicamenteuses

17 juillet 2019

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/170719/3-prise-en-charge-par-l-assurance-maladie-des-therapies-non-medicamenteuses

16 février 2021

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/160221/dispositif-de-prise-en-charge-des-soins-psy-evaluation-suite

18 février 2021

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/180221/dispositif-experimental-cpam-soins-psy-evaluation

18 mars 2021

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/180321/le-medecin-son-malade-et-le-psychologue-la-passe

28 mars 2021

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/280321/protegeons-l-acces-aux-soins-psychiques-eviter-le-naufrage

Les différentes annonces gouvernementales et les aménagements des mutuelles en sont des péripéties.

Les dégâts collatéraux des mesures de restriction des liens sociaux personnels et professionnels ont été un accélérateur de troubles identifiés comme relevant de la « santé mentale ».

Il est important de souligner que ces troubles, dans le domaine de la santé au travail , ont été multiplié par 7 depuis janvier 2018.

La santé mentale apparaît dans le code du travail en 1980. ( sources Alain Supiot, Travail Salaire Profit , Mordillat Arte 2019 )

Aux TMS ( troubles musculo squelettiques du XX ème siècle) ont succédé les RPS ( Risques Psycho Sociaux du XXI ème siècle) dans l’organisation et les contraintes managériales actuelles.

De nouveaux métiers tels les Happyness Chief Officer ont intégré les CODIR  et de nouvelles préoccupations hantent désormais les managers et les Plans de Formation des entreprises: la QVT ( Qualité de Vie au Travail).

Cette évolution est consubstantielle de l’évolution du néo libéralisme et des avatars du capitalisme financier.

Pour aller à l’essentiel, le mode de production détermine les rapports de production et le lien social.

Le covid a accéléré tout cela et nous nous rendons compte que ces « troubles » sont un danger pour l’ordre social ( risque de mouvements sociaux), pour son corollaire l’ordre politique ( risque d’instabilité ou d’orientation politique « extrémistes »).

Tous ces risques euphémisent le risque dominant de « troubles »  de la production dans ce qui est attendu d’une reprise économique, de la reprise de la compétition mondiale et de la course à la productivité et au profit.

Les enjeux sont tels que Patrick Artus économiste en chef de Natixis, conseiller de notre exécutif et figure importante du monde économique anticipe une période déterminante :

Il a présenté son prochain ouvrage à paraître : « la dernière chance du capitalisme » dans l’émission de Nicolas Doze, les Experts sur BFM Busines le 22 avril 2021.

https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/les-experts/les-experts-la-derniere-change-du-capitalisme-selon-patrick-artus-22-04_VN-202104220123.html

C’est bien à ce sauvetage que nous assistons avec cet appel aux psychologues pour « prendre en charge les troubles anxieux et dépressifs d’intensité moyenne et modérée » puis les étudiants, puis les enfants ...

Au delà du bien être, du soin ou du prendre soin, du bonheur et autres tout aussi bienveillantes et bonnes intentions dont l’enfer est pavé, la santé mentale est d’abord la mise en place d’une politique publique.

Il est aussi question de reproduction des forces de productions. Le courrier adressé aux médecins et aux psychologues participants au dispositif précise clairement que l’évaluation sera économico médicale.

Désormais les psychologues n’y seront pas conviés, mais assignés et l’enjeu pour la profession sera de naviguer sans trop s’égarer dans ces espaces contraints ( ce qui est déjà le cas dans les secteurs sociaux, médico-sociaux et sanitaires ).

Le SPP dans son Webinaire ( 16 avril 2021) décrit parfaitement ce mécanisme de convocation-assignation.

Dans les « négociations » et les rencontres qu’ils rapportent, ils décrivent cet effet d’entonnoir ou les discussions du 1er cercle sont constructives et encourageantes mais où, plus on s’approche du cercle des « décideurs » ( les hauts fonctionnaires de la CNAM par exemple), plus les positions sont arrêtées et non discutables.

Cette expérience d’entrée dans le dur est politique, c’est la rencontre avec le réel et la logique de la politique de santé dont la santé mentale est une déclinaison.

Il convient, dans l’intérêt de la profession de repérer cette logique et de définir une stratégie collective pour préserver ce qui peut et doit l’être.

Cette logique n’est pas à déplorer, il est heureux qu’un état souverain, démocratique, puisse définir sa politique, la financer sur des fonds publics et se donner les moyens de l’appliquer et de la contrôler.

Le contraire serait très inquiétant.

Dès lors que les psychologues répondent à cet appel et que leurs actes seront financés sur ces fonds publics, il est évident que leur pratique s’inscrira dans le cadre contraints des politiques publiques et donc dans « un parcours de soin », évidemment !

Ce parcours de soin sera, dans la logique structurelle de son organisation médicale, orienté par une prescription, évidemment !

Certains, conscients des contradictions de certaines positions syndicales ou collectives, proposent un adressage pour contourner les effets ( symboliques/imaginaires) de la prescription, ce qui je le crains contribue au discrédit de la profession .

Pour la CNAM ce sera une prescription !

Actuellement, dans le dispositif CPAM, le parcours est jalonné de 3 prescriptions ( 4 si on considère l’avis psychiatrique).

Dire qu’il ne convient ni aux psychologues ni aux médecins est une évidence.

La question n’est donc pas de revendiquer un accès libre ( à interpréter comme direct) aux soins psychologiques, mais à négocier comment et pourquoi cette prescription sera rédigée.

Il y a donc la matière à réflexion pour un nouveau dispositif...

Dans ce parcours de soin, concernant la santé mentale, les médecins psychiatres auront une fonction déterminante, évidemment !

Pour ceux qui en doutait, la modification de la procédure du 1er mai 2019 l’a clairement rappelé: elle impose pour la poursuite de la prise en charge, un avis formalisé d’un médecin psychiatre ou du DSPP pour valider la 3ème prescription du médecin traitant !

Il n’est pas concevable, si on veut bien considérer le dispositif et sa logique, de promouvoir une contestation et la moindre chance de déroger à cette logique d’inscription de la pratique psychologique dans une logique de soins médicaux ou para médicaux.

La question n’est donc pas de s’affranchir de la tutelle des médecins psychiatres mais de réfléchir à l’organisation et à la place de chacun dans le parcours de soin, ce qui est loin d’être évident pour les psychiatres. Il y a là matière aussi à réflexion.

La formation sera bien sur orientée vers une approche médicale complémentaire, évidemment par des DU spécifiques ou divers stages ou internats …

Il y a là aussi matière a réflexion.

https://youtu.be/Ohs8jZyUGbE

Les questions de rémunération des séances, leur durée, les bilans devront alors, bien sur être abordées et je précisais, pour ce qui concerne la tarification (cf blog dessus), qu’il faudra intégrer cette rémunération dans la logique des rémunérations des médecins traitants et psychiatres, évidemment.

La tarification ne se fera pas avec les seuls critères proposés par la profession ( ses représentants).

Concernant la diversité des approches, elle n’est pas remise en question dans la convention de l’expérimentation, puisqu’en annexe est précisé 4 orientations qui me semblent recouvrir la majorité des pratiques.(cf blog ci-dessus)

Il faudra veiller alors que cette disposition ne soit pas « annexe ».

La question d’un Ordre ou instance ordinale, ou Haut Conseil, ou …. toute instance euphémisée chargée par l’état d’une délégation de compétence pour la formation, le contrôle de la pratique et les sanctions se posera, évidemment.

Là aussi les discussions et «  négociations » avec les représentants de la profession seront importantes.

L’État préférera toujours déléguer ses prérogatives disciplinaires à une instance corporatiste qui préservera les normes et valeurs dominantes.

(https://www.facebook.com/groups/444132896874426/user/100000032724273/)

Bref, dans cette navigation en eaux troubles, la profession doit s’organiser, se rassembler, ce qui est très difficile compte tenu la diversité des approches des sensibilités...pour défendre l’essentiel.

Certains pensent devoir sortir du port toutes voiles dehors, alors que le vent souffle, la mer est agitée, et la météo incertaine.La navigation sera difficile.

Je crains alors le naufrage.

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