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Nous avions vingt ans. Tu étais en Allemagne. Nous nous étions donné rendez-vous à Paris. Tu vins m’accueillir, Gare Saint-Lazare, à ma descente du train. Nous avons déambulé dans la capitale, main dans la main, flâné jusqu’à l’île de la Cité et Notre-Dame, en ce 11 novembre doux, triste et gris.
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Nous avions vingt ans. Après la nuit passée entre tes bras, allongés sur la couverture à même le sol comme deux vagabonds, j’aimais ouvrir la petite fenêtre de la pièce pour humer l’air de l’aube.
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L’été, à l’aube, dans les années 1970, nous montions parfois, main dans la main, sur la falaise, pour nous asseoir dans l’herbe et regarder la mer ensemble quand, plus bas, loin de nous, la ville commençait seulement à s’ébrouer au bout de la nuit.
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Vision de Cassandre
11 septembre 2001
Matin d’azur lumineux, ciel de fin d’été en Normandie. Il est presque neuf heures. Aux quatre points cardinaux, jusqu’à l’horizon, clarté bleue sans limites.
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Ils sont bien loin les Jours de l’An de mon enfance où nous ne manquions jamais d’aller souhaiter la Bonne Année aux grands-parents autrefois instituteurs. Ils nous donnaient une orange, comme dans leur propre enfance, au temps où les agrumes étaient un luxe,
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Il fait sombre sur l’aéroport de Lisbonne. Nous embarquons patiemment, pressés comme des harengs dans une boîte à sardines. Un bel oiseau, ailes et fuselage d’argent (je pense à Leonardo qui avait tenté de l’imaginer et de le dessiner) va bientôt m’emporter vers un rêve inconnu au nom chargé d’histoire.
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Enfin le ciel est à l’image de ma peine, uniformément gris sous la pluie qui ruisselle le long des carreaux, le paysage sans horizon, ma vie sans avenir. Si seulement je pouvais dormir, comme le loir lérot qu’autrefois, on trouvait parfois dans nos contrées, caché dans un tas de bois, au cœur d’une bûche, et ne me réveiller qu’au printemps pour m’émerveiller devant les fleurs nouvelles au soleil !
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Un grand soleil dans le ciel bleu de l’hiver insulte un peu plus mon inextinguible chagrin. J’envie nos chers disparus qui dorment enfin sous leur pierre. Ils ne souffrent plus. Pourquoi t’ai-je tant donné, tant aimé ? Pourquoi te plais-tu à me faire tant de mal
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Noël n’est plus qu’un attrape-nigaud de la consommation somptuaire, une vitrine illuminée, garnie de marchandises inutiles venues de l’Empire du Milieu, nouvel atelier prolétaire. Les beaux sapins décorés, déplantés de leurs forêts natales du Grand Nord, se morfondent aux Antipodes,
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Noël s’est réveillé dans un paysage uniformément sombre et gris, brouillard et pluie sur la Normandie de ma lointaine enfance, image de ma nostalgie d’aujourd’hui, depuis que mon Amour de toujours est parti, me laissant seule avec mes souvenirs, mes espoirs vains, mon pardon et mon chagrin, alors que mon cœur rêve encore de lui.