Version numérique de la revue Dedans-Dehors, ce blog informe sur les conditions de détention en France. Il décrypte les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs effets sur le terrain. Il1…
donne la parole aux témoins quotidiens de la prison : les détenus et leurs proches venant au parloir, les professionnels et intervenants en détention (personnels pénitentiaires, médecins, enseignants, associations, chercheurs…). Des informations et paroles qui reflètent une toute autre réalité que celle des faits divers. Cet envers du décor, où se cachent les dégâts et effets contreproductifs de l’approche répressive, dans laquelle médias et politiques ont enfermé le débat public. www.oip.org
Photo de couverture : (c) G. Korganow / CGLPL
Depuis 2009, toute personne détenue peut selon la loi bénéficier d’au moins une visite trimestrielle dans une unité de vie familiale. Sauf que dix ans après, plus des deux tiers des prisons en sont encore dépourvues – à commencer par les maisons d’arrêt. Et même quand elles sont bel et bien construites, à portée de main, les UVF restent parfois inaccessibles...
« Le maintien des liens familiaux, condition fondamentale de la réinsertion des personnes placées sous main de justice et de la prévention de la récidive, est une des principales missions de l’administration pénitentiaire », affirme le ministère de la Justice. Et pourtant, ce droit fondamental est quotidiennement malmené. Des deux côtés des murs, les obstacles à surmonter sont nombreux.
Dans son adresse à la Nation en réaction au mouvement des gilets jaunes, le président Emmanuel Macron a décrété « l’état d’urgence économique et social ». Un programme pour lequel il ne souhaite visiblement pas s’appuyer sur le monde associatif, tant celui-ci est le grand perdant de son début de quinquennat et des dernières annonces politiques.
Simulacre de consultation des syndicats et acteurs de terrain, indifférence aux alertes des instances de protection des droits de l’homme, court-circuitage du Parlement… L’examen du projet de loi Justice révèle la conception du débat démocratique du gouvernement.
Émeric est décédé le 17 mars 2018. Il venait d’avoir 25 ans. Condamné à trois mois de prison pour des amendes de transport non payées, il avait été incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, où il se serait donné la mort quelques jours avant sa sortie. Face au silence des institutions, sa mère cherche, sans relâche depuis huit mois, à savoir ce qui s’est passé.
Pour faire son deuil, il faut comprendre, mettre des mots, être soutenu… Un cheminement quasi-impossible pour les familles de personnes décédées en prison. Au sentiment d’impuissance engendré par le fait que leur proche leur était inaccessible s’ajoutent souvent le silence de l’administration, l’absence d’accompagnement sur les démarches à entreprendre, les obstacles à l’établissement de la vérité
Après un décès, les mesures mises en place pour informer les détenus et les accompagner psychologiquement sont dérisoires. Enquête sur un déficit de prise en charge symptomatique du peu de considération que l’institution porte à ceux dont elle a « la garde ».
Partout, la prévention du suicide est reconnue comme un enjeu de santé publique, placé sous le pilotage du ministère de la Santé. Partout ? Sauf en prison, où la Santé doit composer avec la Pénitentiaire. Si bien que l’approche sanitaire peine à s’imposer, dans cet univers plombé par ses logiques disciplinaires.
Trop occupée à vouloir empêcher le passage à l’acte, l’administration pénitentiaire en oublie de considérer le besoin d’aide des personnes en souffrance. Et échoue, depuis plus de vingt ans, à prévenir le suicide en prison. Entretien avec Philippe Carrière, ancien psychiatre en prison. [Dossier Morts en prison, 6/11.]
Face à la vague de suicides sans précédent qui touche Fleury-Mérogis depuis le début de l'année, les autorités avancent une solution : les « codétenus de soutien ». Un dispositif qui recycle en fait de vieilles recettes très discutables.