Arnault-Squarcini, exemple de convergence entre fricosphère et flicosphère ?

Fabrice Arfi rapporte la 16° mise en examen de Bernard Squarcini pour une affaire au profit de Bernard Arnault. La multiplication des mises en examen de Bernard Squarcini sans que soit évoqué la question du recel de ces infractions par Bernard Arnault interroge, mais elle contribue à illustrer la convergence, le confusionnisme, entre fricosphère et flicosphère, aux dépends de la démocratie.

L'article de Fabrice Arfi souligne l'alliance - la porosité et la confluence - entre la flicopshère et la fricosphère et, accessoirement, la nocuité du pantouflage des hauts fonctionnaires, que l'article manque de mettre en cause malgré les évidences.

Les 16 mises en examen d'un très haut fonctionnaire de la police nationale - cela tourne dramatiquement au comique de répétition - n'ont pas l'air d'affecter beaucoup Bernard Squarcini et Bernard Arnault, ni Emmanuel Macron qui est allé inaugurer - avec eux ? - la nouvelle galerie du luxe pour touristes à la Samaritaine. Laquelle a fait la quasi unanimité de la classe politique, comme pour la manifestation fascistoïde du 19 mai devant l'Assemblée nationale. L'appétence à l'argent et la mansuétude pour la violence institutionnelle se rejoignent et interroge sur le degré d'abdication démocratique ou l'imperméabilité persistante de la culture politique française à la démocratie.

Y-a-t'il matière à penser que la justice fonctionne bien quand, au regard des 16 mises en examen, une employée de supermarché est licenciée immédiatement pour une remise de 2.80 euros et que la justice poursuit  un SDF pour s'être nourri dans une poubelle ?

Non.

Quant au fonctionnement de la police à propos duquel l'article de Fabrice Arfi précise : " L’enquête judiciaire a depuis permis d’établir que l’agent de la DCRI, qui s’était plaint en interne de la mission au profit de LVMH, avait été placé sur écoute dans la foulée de ses récriminations, entre le 19 décembre 2008 et le 23 février 2009. ", ce nouveau témoignage illustre, confirme, la conception verticale, brutale et anachronique de l'autorité qui domine dans la police. Le renvoi d'un sociologue de l'école des commissaires interroge sur une formation produisant une police hermétique à la critique et la vérité :

Le soutien public de Macron aux affaires d'Arnault que montre sa présence à l'inauguration de son supermarché du luxe à touristes, comme les affaires Benalla, Kohler, Arnault Squarcini, Le Drian Arnault, etc.  signalent une mentalité - un confusionnisme de plus - qui capte et détourne l'Etat et explique que la France soit un pays corrompu au point d'en inquiéter les institutions européennes :

Lutte contre la corruption : la France doit faire mieux au niveau de l’Exécutif et des services répressifs  GRECO Strasbourg 9 janvier 2020

Emmanuel Macron prétend vouloir se représenter dans ces conditions.

L'homme sans programme choisit et se désigne déjà comme adversaire Marine Le Pen, elle-même mise en cause dans des affaires de détournements de fonds publics.

Ce n'est pas digne d'une démocratie et l'issue en est prévisible, si les journalistes acceptent d'être réduits à servir de passe-plats.

En effet, 70 à 80% de l'électorat, selon les tendances que signalent déjà des sondages connus des partis politiques et de la presse, dit qu'il n'ira pas voter au second tour des présidentielles en cas de duel Macron Le Pen. Les régionales ont alerté sur le sérieux du risque important d'abstention.

Il faut donc que la presse politique se réveille et travaille, dans le respect du pluralisme, à identifier une alternative crédible à ce scénario qui s'annonce déjà comme un échec démocratique.

Les journalistes doivent rompre avec cette inertie à réduire la politique à un tiercé de candidats mais propose une analyse critique et sérieuse des programmes et de leur pertinence à résoudre les inégalités sociales et économiques qui frappent la population.

C'est le défi que pose l'élection présidentielle de 2022 à la profession des journalistes français.

La victoire de Le Pen sera une conséquence de la médiocrité du 4° pouvoir, comme l'a été celle de Macron.

La démocratie à basse intensité trouve aussi sa source dans la faiblesse intellectuelle et l'inertie des membres d'une profession, qui ne manque pourtant pas de critiquer toutes les autres.

L'électorat a le droit à une information utile et efficace. Les élections précédentes démontrent que ce n'est pas du tout le cas (voir également "Attali dénonce l'absence de programme des candidats"). Cela commence déjà par les journaux si la politique est envahie de bavards.

Les médias sont trop captés par des prétentieux qui les monopolisent et sacrifient la démocratie à leur ego en faisant de la notoriété par procuration. C'est-à-dire en invitant les gens dont on parle pour faire parler d'eux - talk show et infotaitnment  - plutôt que d'alimenter le débat d'idées.

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