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Le blog de philippe jorgji

enseignants au lycée du paysage et de l'environnement Fénelon en Seine saint Denis
vaujours - france
À propos du blog
La direction profite du covid 19, pour fermer discrètement un lycée agricole en Seine saint Denis, et réutiliser son bâtiment et ses terrains à dessein. Depuis le 24 février 2020, l’équipe enseignante et les salariés du Lycée du Paysage et de l’Environnement de Fénelon-Vaujours (comprenant 160 élèves actuellement en formation) sont en lutte afin de sauver leur établissement d’une mort programmée. Ce lycée agricole sous contrat d’association avec le ministère de l’agriculture, crée en 1845, et rattaché à l’ensemble scolaire éducation nationale Fénelon-Vaujours, s’est en effet vu signifier sa fermeture à l’horizon de juin 2020. Après près de deux siècles d’activité donc, et alors que le gouvernement lance sur les routes le camion de « l’aventure du vivant » vantant les mérites des métiers de l’agriculture, l’organisme de gestion de l’école Fénelon-Vaujours, en concertation avec ses partenaires (le Centre National de l’Enseignement Agricole Privé et le diocèse de Seine-Saint-Denis), souhaite donc fermer cette école, sous prétexte de déficit de l’ensemble scolaire . Déficit qui serait alimenté en grande partie par ce lycée agricole. Mais l’argument du déficit ne serait-il pas créé artificiellement pour justifier cette fermeture ? D’autres raisons, moins avouables que celles découlant de la froide raison gestionnaire, ne seraient-elles pas à l’origine de cette fermeture ? UNE ÉCOLE, UNE HISTOIRE L’ensemble scolaire Fénelon-Vaujours (établissement privé catholique sous contrat avec l’état) existe donc depuis le XIXe siècle. A l’origine, il s’agissait d’un lycée agricole qui aujourd’hui propose des formations en espaces verts, écologie, métiers de l’environnement. Le site à 15 km de Paris est maintenant constitué de plusieurs unités pédagogiques réparties sur les 9,7 hectares de terrain appartenant à l’école (une école maternelle et primaire, un collège, un lycée général éducation nationale, un internat et un lycée agricole rattaché au ministère de l’agriculture) et a pour bâtiment principal un des trois derniers châteaux du XVIIIe siècle de Seine-Saint-Denis. La commune de Vaujours sur lequel il se situe est une ville d’environ 7000 habitants. Elle est l’une des dernières communes de Seine-Saint-Denis avant la Seine-et-Marne. Les 9,7 hectares de l’ensemble scolaire se situent à proximité de la mairie, au sein de la vieille ville de Vaujours (ville qui connait une forte pression immobilière avec le projet du grand Paris). UNE RÉALITÉ QUI CHANGE EN PEU DE TEMPS A l’été 2018, la direction informait le Comité Social et Économique que le groupe scolaire dans son ensemble avait fait part de plusieurs centaines de milliers d’euros de bénéfices des comptes rendu validés par la direction de cette instance en témoignent. Dix-huit mois plus tard la même direction informait le même Comité Social et Économique d’un déficit de plusieurs centaines de milliers d’euros, et de l’urgence de redresser les comptes en montrant du doigt comme responsable principal de cette débâcle financière Le Lycée du Paysage et de L’environnement. Comment passe-t-on en un temps si court à de tels renversements comptables ? Est-ce le lycée du paysage et de l’environnement qui a dilapidé ces sommes ? Toute personne présente depuis au moins trois ans dans l’ensemble scolaire Fénelon-Vaujours a pu constater d’étranges investissements et dépenses somptuaires assez peu en adéquation avec un établissement en déficit chronique à l’exception d’une année. Des artistes hébergés en résidence au sein de l’établissement avec soirées de vernissages financés par l’établissement. Des entrepreneurs conviés à des réceptions et cocktails dans l’établissement et au frais de l’établissement. Après appel d’offres, la direction a également décidé de choisir l’entreprise la plus chère afin de restaurer un certain nombre de commodités de l’ensemble scolaire (pour la somme astronomique de près de 300 000€, chiffres présentés au Comité Sociale et Économique). L’établissement, en danger économique, a également opté au printemps et à l’été 2019 pour la reconstruction du mur du logement de fonction du chef d’établissement directeur coordinateur (sans qu’aucune urgence n’ait été constatée quant au danger que de tels travaux auraient motivé). Des dépenses légitimes pour un établissement économiquement en bonne santé, mais qui semblent invraisemblables pour une institution qui connaitrait de spectaculaires pertes financières. Comme l’affirmait encore la direction il y a quelques jours à vos confrères du Parisien , le déficit de l’ensemble scolaire s’élèverait à ce jour à 400 000€. Le Comité Social et Économique a tout de même pris l’initiative de nommer un expert-comptable indépendant en février 2020. Celui-ci a présenté ses conclusions lors de la séance extraordinaire du Comité Social et Économique de Fénelon le 07 mai 2020 précise en substance : « Aussi, en utilisant les données du prévisionnel 2019/2020, la CAF NETTE serait de près de 700 K€, et donc en restant prudent, on s’aperçoit que le groupe scolaire FÉNELON pourrait investir entre 500 K€ et 700 K€ annuellement (ce qui correspond à la moyenne des dernières années) à partir de cet exercice sans avoir besoin d’emprunter et sans mettre en danger sa trésorerie. L’école n’a plus d’emprunt et peut donc investir 700 K€ sans incidence sur sa trésorerie. En conclusion, l’expert souligne le contraste entre la perte comptable de 2018/2019 et la capacité nette d’autofinancement qui reste positive et qui permet de continuer sur le même niveau d’investissement que ces dernières années compte tenu du fait très important que l’ensemble des emprunts est désormais remboursé. » L’argument du déficit a été depuis des mois l’élément essentiel sur lequel la direction s’est réfugiée afin de dissoudre le lycée agricole. Au regard de l’audit indépendant, de légitimes questions autour de l’incompétence ou de la manipulation d’une direction voulant se séparer d’une de ces unités pourraient se poser. Mais quelles motivations alors pour fermer ce lycée agricole si les finances de l’ensemble scolaire ne mettent pas en danger la pérennité des activités éducatives ? COMMENT SE SÉPARER DU LYCÉE AGRICOLE ? Une première tentative de scission a été proposée par la direction, permettant de bien distinguer les deux entités pédagogiques et donc mettre en évidence le déficit présenté comme chronique du lycée du paysage. Sans succès, l’idée ayant murie dans l’esprit de la direction un peu trop tardivement pour le faire dans les délais réglementaires impartis. L’idée étant pourtant ingénieuse d’affecter au lycée agricole des charges fixes importantes afin de prouver son insolvabilité et à terme de le fermer. Malheureusement aucune concertation structurée et argumentée n’a été mise en place par la direction .L’équipe avait des propositions mais elle n’a jamais été valablement consultée. Puisque la séparation n’était pas réalisable, une autre option a rapidement été évoquée à partir de l’automne 2019 : celle de rapprocher les unités du lycée agricole et du lycée général. Par-delà le fait que les deux entités ne relèvent pas des mêmes ministères (ministère de l’éducation nationale pour le lycée général et ministère de l’agriculture pour le lycée agricole) avec les difficultés légales et juridiques que cela implique, d’autres éléments, pédagogiques et organisationnels rendaient extrêmement problématique cette idée du rapprochement entre ces deux unités. Ce projet a été abandonné principalement à cause de l’incompatibilité de mélanger des élèves d’un ministère avec ceux d’un autre ministère. A signaler que jamais les deux équipes pédagogiques, celle de l’éducation nationale et celle du ministère de l’agriculture se sont rencontrées et échangées sur ce rapprochement. ET SI L’ENJEU ÉTAIT PUREMENT SPÉCULATIF ? De plus, des rumeurs persistantes depuis près d’un an font état de projets immobiliers concernant une partie des 9,7 hectares de l’ensemble scolaire Fénelon-Vaujours, une partie vierge de toute construction servant de terrain d’application des élèves du ministère de l’agriculture (terrain de surcroit proche de la ligne RER B). Afin de dissiper tout doute sur ce sujet, la question a été posée à la direction de l’ensemble scolaire Fénelon-Vaujours à l’automne dernier qui a répondue par la négative. Les rumeurs persistant tout de même après la décision du processus de fermeture du lycée agricole, le Chef d’établissement et le Président du conseil d’administration de l’organisme de gestion ont adressé une lettre à l’association des parents d’élèves de l’ensemble scolaire début mars 2020 afin de lever les doutes sur cette question. En substance « […] l’association propriétaire de l’établissement a émis l’hypothèse de vendre une ou deux parcelles de terrain pas ou peu utilisées dans les activités de l’établissement. ». Lettre adressée à l’association des parents d’élèves de Fénelon-Vaujours par le Président du conseil d’administration de l’organisme de gestion Fénelon-Vaujours et le chef d’établissement . Cette fois-ci donc, pas de réponse négative lorsque ce sujet est évoqué. Une ou deux parcelles de terrain seulement. Pour la bonne cause. Renflouer les caisses. Mais la consultation du Plan Local d’Urbanisme de la commune de Vaujours, validé en décembre 2017 nous permet de constater que la zone Nord (les fameux terrains d’application) de l’ensemble scolaire Fénelon-Vaujours a été classée Zone UL à l’occasion de la révision du PLU. Donc de zone non constructible à constructible. Un autre élément de ce même Plan Local d’Urbanisme nous permet de constater plus complètement les projets autour de cette zone Il apparait donc clairement sur ce projet que ce ne serait pas une ou deux parcelles de terrain qui serait vendue pour renflouer les caisses, mais à terme plus de la moitié des 9,7 hectares de l’ensemble scolaire Fénelon-Vaujours qui seraient impactée par diverses constructions d’équipements. La mairie souhaite comme il est dit dans le document d’urbanisme « construire de nouveaux logements ». La vente de ces terrains à la mairie est une aubaine. Mais pour cela il faut fermer le lycée agricole qui a besoin de ses terrains. Et en provocant sa fermeture, on récupère un bâtiment aux normes de moins de vingt-cinq ans financé par la région Ile de France qui profitera aux élèves de l’école primaire dont les locaux sont hors normes car vieux de plus de cinquante ans. Mais pour cela il faut rompre le contrat d’association avec le ministère de l’agriculture et ainsi fermer définitivement le lycée agricole mettant à la porte 160 élèves, 30 enseignants et personnel de la vie scolaire. Par ailleurs, sur ce plan d’occupation des sols, la totalité des terrains utilisés par le lycée agricole pour assurer les parties pratiques de ses formations seraient condamnés . Une pétition circule depuis février afin de peser sur la décision de fermeture . Elle a déjà récolté plus de 4200 signatures à ce jour et est adressé aux différents acteurs dont dépend la décision de fermeture du Lycée du Paysage et de l’Environnement de Fénelon-Vaujours. BRAS DE FER CONTRE BONNE VOLONTÉ Les représentants du personnel tentent tant bien que mal de se battre contre cette décision qui au regard des découvertes de la réalité financière de l’établissement et des projets immobiliers qui se précisent parait semaine après semaine totalement inique. Ils ont prouvé que l’interprétation des comptes de l’ensemble scolaire Fénelon par la direction est erronée, expert à l’appui. Ils ont démontré que l’affectation des terrains d’application des élèves du lycée agricole aurait pour objectif de faire une opération immobilière, quitte à sacrifier les idéaux de solidarité prôner par le projet éducatif de l’établissement : « Par notre ouverture à tous, nous veillons à ce qu'il y ait une place pour chacun et que chacun trouve sa place et s'y sente bien accueilli. Nous voulons enseigner et transmettre des valeurs humaines. Nous mettons tout en œuvre pour trouver le soutien et les aides qui permettent à chacun de donner le meilleur de lui-même . » Les enseignants, les parents d’élèves ont sollicités les instances de tutelle, le diocèse de Seine-Saint-Denis, le CNEAP (Conseil National de l’Enseignement Agricole Privé), sans succès. Le ministère de l’agriculture a également été sollicité. Selon ses représentants notamment le directeur régional de l’agriculture, ils ne peuvent rien faire face à une décision qui relève d’un établissement privé certes sous contrat d’association avec l’état, mais sur lequel ce dernier n’a aucune prise, à part financer un bâtiment, verser une subvention annuelle, et verser des indemnités de licenciement à vingt-cinq enseignants pour un soi-disant déficit financier permettant de faire des affaires, et cela au frais du contribuable. Et qu’importe que les formations qui sont proposées par le lycée agricole soient porteuses d’avenir, métiers du paysage et de l’environnement, agriculture urbaine, apiculture, sensibilisation des jeunes en formation à l’écologie, au développement durable. Et même si quelques formations en apprentissages subsistent à cette fermeture, elles sont bien moins nombreuses que les formations qui vont disparaître. Une stratégie bien fragile de la direction pour faire croire à l’intérêt qu’elle porte à ces métiers. POUR CONCLURE Comment une direction qui se réclame de l’éthique chrétienne peut elle aussi facilement couper la branche qui l’empêche d’atteindre son dessein ? Un établissement qui aime son prochain ne doit-il pas tendre la main afin d’exprimer sa solidarité et non pas avoir pour objectif de spéculer sur d’hypothétiques plus-values financières ? Même si l’enseignement agricole au niveau national connaît quelques difficultés pour attirer les jeunes, faut-il au niveau local s’en débarrasser ? Le territoire de la Seine saint Denis ne se doit-il pas de proposer des parcours de formations diversifiés pour des jeunes issus de milieux très différents ? L’état ne devrait-il pas modifier la loi Rocard qui touche aux contrats d’association avec les établissements privés afin de pouvoir exercer un contrôle plus précis de l’argent public ? Et le diocèse de Saint-Denis, certes qui n’est pas propriétaire du site, mais qui en assure la gestion, ne devrait-il pas agir lorsqu’une de ses brebis s’égare ?