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Les Gilets Jaunes: La défaite des Gauches

À propos du blog
Ce samedi près de deux cent quatre-vingt mille personnes ont réussi à paralyser le pays. Ce serait faire preuve de mauvaise foi ou de cynisme que n’y voir qu’une revendication sur la hausse des taxes sur les carburants (relatives comme le montrent les comparaisons avec les autres pays européens) et, par conséquent, une « résistance » à la transition écologique. C’est aussi rapidité d’analyse que s’en tenir à une révolte des « oubliés », des ruraux, des zones péri-urbaines. Cette révolte est en fait plus profonde. Elle consacre quarante années de délaissement d’une fraction de la population par l’ensemble des pouvoirs successifs dont notamment les gauches socialistes, communistes et bien évidemment de centre gauche. Aussi, ces « oubliés », invisibles jusqu’alors, sont les « oubliés » de la gauche. Ceux qui en 1981 ont porté « L’Union de la Gauche » au pouvoir sont les retraités d’aujourd’hui et les forces vives qui fêtaient la victoire de François Mitterrand le 11 mai 1981. Un raccourci rapide dites-vous ? Si vous rapprochez ce blocage du soutien à plus de soixante-dix pour cent de la population à ce mouvement, comme le montrent les sondages dépêchés hier, on peut voir que le malaise est infiniment plus profond que ce que le gouvernement en place veut bien y voir. Ce mouvement n’a pris de court que ceux qui ne sont jamais fréquenté les urgences ou les hôpitaux sur une période de vingt ans et n’ont pu constater la dégradation du service public. Ceux-là ne se promènent pas dans les banlieues qui ont englouti des plans villes de ministres en quête de notoriété. Ceux-là ne se rendent pas compte du malaise des étudiants confrontés à une rupture plus brutale qu’auparavant entre ceux qui peuvent accéder à l’enseignement supérieur qui débouche sur des formations qui embauchent et ceux qui sont parqués dans des lieux d’attente avant d’être déversés dans une vie qu’ils voudraient active, et qui, si elle l’est est faite de petits boulots épuisants. Ceux-là toujours, ne se sont pas rendu compte qu’en ne protégeant pas suffisamment nos industries et conditionner les aides publiques aux entreprises à une vérification concrète des résultats en termes d’emploi et de salaire, ils précipitaient une partie de la population dans la précarité. Cette précarité se manifeste par cette dénonciation apparemment extravagante de mesures comme la contestation des contrôles techniques plus rigoureux qui vont entraîner des frais énormes en termes de réparation de leur moyen de transport, ou encore la limitation de vitesse à 80 comprise comme un moyen d’accroître la pression fiscale . Ces épiphénomènes sont la traduction exacte de la précarisation d’une classe moyenne qui se voit marginalisée et méprisée. Ce gouvernement arrive au moment où tous les abandons des gouvernements successifs se coagulent. De plus, il faut bien le reconnaître, il n’a pas été d’une grande adresse dans la mise en place de ses premières mesures. L’impression bien réelle de ne favoriser que les « très riches » comme l’a insidieusement glissé François Hollande, a même gâché l’ensemble des opportunités que le gouvernement socialiste n’avait pas su ou pu saisir. A la suite du traumatisme de la Loi Travail passée à coups de 49.3, la population espérait un répit ou tout au moins une politique sociale d’envergure. L’incompréhension a été totale, historique même. En effet, il y a eu maldonne en 2017 avec l’émergence d’une extrême droite qui a focalisé les rejets et l’élection d’Emmanuel Macron a donné l’impression au pouvoir actuellement en place que les votes en sa faveur plébiscitaient une politique libérale (moins brutale il est vrai que celle promise par des Fillon ou même des Juppé). C’était faux. Argumenter dans le sens contraire cela revient à sous-estimer ce qui s’est passé hier, le soutien que le mouvement reçoit de la part des français. Les revendications bien que confuses qui émergent du mouvement des « gilets jaunes » sont évidemment des revendications qui portent sur la hausse du pouvoir d’achat, des mesures concrètes destinées à sauvegarder les services publics, en bref, une véritable justice sociale. Paradoxalement, ce mouvement, initialement récupéré par l’extrême-droite, s’est très vite débarrassé de cet oripeau comme il s’est débarrassé de la simple révolte contre la hausse du prix du diésel. Il a exprimé l’ensemble des valeurs de gauche que les Gauches traditionnelles ont peu à peu abandonné. Pour employer une expression pas forcément heureuse, je doute que l’ADN de ce gouvernement soit prêt à comprendre la nature profonde des volontés qui se sont exprimées hier. Il n’est pas certain non plus que ce qu’il reste de la gauche de gouvernement, et de Fi soit tout aussi capable de le comprendre. L’Assemblée Nationale, face à de nouvelles élections, ne sera plus celle-là, mais bien malin pourrait dire ce qui pourrait émerger d’une dissolution. Quant au gouvernement, l’analyse de Hulot qui y souligne la puissance des lobbies se révèle chaque jour plus pertinente. Le mouvement des « gilets jaunes » traduit l’impuissance des politiques à comprendre quarante, voire cinquante années de délaissement des classes défavorisées, des classes moyennes. Il n’est pas certain que la dissolution de l’Assemblée soit une solution. Le paysage politique français est un champ de ruine, les gauches sont réduites à l’impuissance, et fort heureusement, les « gilets jaunes » ont pour l’instant réussi à repousser la gueule de l’extrême droite… Jusqu’à quand ?